Réponse à trente-six articles du lecteur de Venise · Saint Thomas d'Aquin

    Articles XI à XIII

    Si l’harmonie des sphères célestes venoil à être détruite, les éléments qui composent les corps corruptibles se sépareroient-ils subitement selon leur adhérence particulière? Cette proposition peut être vraie ou fausse, selon le sens qu’on y attache. Car il doit se faire, à un moment donné, que l’harmonie des corps célestes, comme tout mouvement, doit cesser, parce que le dernier instant du temps correspond au dernier instant du mouvement. Si donc on veut dire que la corruption de ces corps, ou leur séparation en ses divers éléments doit se faire en un instant, cette idée est vraie quant à son principe, et fausse tant qu’au fait, car les corps célestes conservent ou donnent le mouvement, en sorte que la dissolution des corps, qui doit arriver par l’interruption de cette cause, doit avoir lieu par défaut de mouvement. Mais le commencement et la fin de quelque mouvement que ce soit ne peut être instantané, mais exige un certain espace de temps. Le contraire ne peut avoir lieu que par l’intervention de Dieu, qui abolirait toutes les lois de l’harmonie universelle. Car Dieu est la cause de l’existence de tous les êtres, continue et immuable; et comme il a tout créé en un instant, et non peu à peu, de même tout cesseroit d'être à la fois, par la seule interruption de son action providentielle, et non par celle d’un mouvement quelconque.

    ARTICLE XII

    Après l’œuvre des six jours, Dieu donna-t-il le mouvement à quelque corps, immédiatement et par lui-même? Je crois que non, quant au mouvement naturel à la créature. Mais les miracles, comme par exemple la résurrection d’un mort, la guérison de l’aveugle-né, et autres semblables, s’opèrent immédiatement par Dieu, quoiqu’il y emploie le ministère des anges par rapport aux effets qui en dépendent.

    ARTICLE XIII.

    Dieu peut-il ou veut-il donner le mouvement aux corps immédiatement et par lui-même? Cette proposition est complète. D’un côté il semble que Dieu, par sa puissance et son adorable volonté, peut faire mouvoir immédiatement toute espèce de corps, et, d’un autre côté, je ne vois pas comment cette proposition : il ne peut faire mouvoir un corps, répugne à sa puissance, à moins que ces paroles ne se rapportent à ce qui suit, savoir : que l’action d’imprimer le mouvement, qui est divisible et qui n’a qu’une durée, soit une action divine, qui est son essence la plus pure, car Dieu ne peut faire ni ne veut ceci. Mais lorsqu’on dit que Dieu donne le mouvement à un corps, par ces mots, il donne le mouvement, on n’entend point une action divisible et passagère, mais une action simple, qui est son essence ; car ce n’est pas Dieu seulement, mais toute intelligence imprime le mouvement par l’action du commandement, comme nous l’avons déjà dit. Or le commandement d’une intelligence n’est autre chose que l’idée d’un effet tendant à l’accomplissement de sa volonté. Et la volonté et l’intelligence de Dieu n’est autre chose que son essence. D’où il suit que de même que l’action par laquelle Dieu a fait les créatures, et celle par laquelle il peut imprimer le mouvement aux corps, n ’est autre chose que son intelligence et sa volonté.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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