Réflexions sur la vérité de la révélation divine contre les principales objections des déistes · Alphonse de Liguori
Chapitre I : La révélation divine est nécessaire et elle n’est pas contraire à la raison
La révélation divine est nécessaire, et elle n’est pas contraire à la
raison.
Dan;; la seconde partie de mon ouvrage, sur ta V¿rite de la Foi, j’ai déjà écrit fort au long contre le système contagieux des- déistes. Pourquoi revenez-vous donc sur une telle m atière, me dira quelqu’un, persuadé que mes soins seront superflus ? Mais Les ennemis de notre religion ne se lassent jamais delà combat lie, par une infinité d’opuscules,qu’on imprime chaque jour, pourquoi trouvcra-l-on superflu que ses amis ne se lassent point de la défendre? À l’insolence et à l’excès de leur fureur il faudrait opposer toute la force de la valeur chrétienne. Nous voyons aujourd’hui portent en triomphe Ici' mensonges de l’incrédulité par d’innombrables écrivains pervers, qui tous se sont engagés à les accréditer ; et pour notre malheur, la vérité de la foi divu.fc, qui seule devrait être prêchée et vénérée, n’a qu’un bien petit nombre de prosélytes, qui prennent ouvertement sa défense ; tandis v]uc les autres, en grand nombre, qui pourraient et qui devraient la soutenir, se tiennent silencieux, ou l>Je.i ils n’en parlent qu’avec beaucoup de réserve. Je regrette infiniment de ne pas avoir un fond de science suffisant pour l’opposei à tous les déistes, pour l’em ployer continuellement à défendre la révélation divine qui est la base et le fondement de notre foi et de notre religion catholique. Corrigez les aiceurs et je changerai de langage ; Emendate mores et emendabo verba, disait St.-Augustin aux hommes impudiques, fâchés do l’entendre s’élever, si souvent contre l’impudicité. Que les incrédules finissent une bonne fois de répandre leur poison, qui est cause de la mort de tant d’âmes ; et alors nous cesserons, d’écrire contre eux, et d'avertir de leur erreur les personnes qui se laissent égarer par leurs mensonges. Il s’agit de religJen, il s’agit du salut des âmes, rachetées par le sang de Jésus-Christ, il s’agit de la foi, sans laquelle il n’y a point, de sahU; toute application, toute fatigue tout excès auxquels nous pouvons nous livrer sont bien peu de clJesc, en comparaison de si grands biens.
II. Que de peine j’ai à entendre que quelques objections des déistes contre les vérités qui nous ont été révélées, fassent de l’impression sur quelqu’un, principalement sur les jeunes gens, qui se plaisent à entendre parler de liberté, en Irai nés par l’appelit de leurs sens. Ils entendent tellement exalter la raison naturelle, le découvertes des anciens philosophes sur la nature de Dieu et de l’homme., qu’ils commencent par doulcr des maximes de la religion, ensuite ils les réprouvent, et finissent par adopter les sentiments des naturalistes, eu disant que, pour se sauver, il suffi? à l'homme de vivre selon la religion naturelle, sans qu’il soit nécessaire de s’attacher à la religion révélée. La première lâche des déistes pour renverser la religion chrétienne, c’est de rejeter, comme superflu et inutile, la nécessité de la révélation divine sur laquelle est fondée toute notre religion ; ensuite ils ne sont plus arrêtés pour dire que les mystères que nous croyons révélés de Dieu, tels que la Sainte-Trinité, l’incarnation da Verbe, la rédemption du genre humain, la grâce, l’eucharistie et les autres Sacrements ainsi que les dogmes que nous apprend notre religion, sont tous inventés par les prêtres, et qu’ils sont plus nuisibles qu’utiles. Voici de quelle manière parle Rousseau, dans son Émilc : ( tom. m. pag. 87. ) « La religion, dit-il, consiste â savoir qu’il existe un auteur suprême, qui nous commande d’être justes, de nous aimer réciproquement les uns les autres et d’être fidèles à nos promesses; elle consiste en outre à savoir qu'après cette vie, il y en a une autre dans laquelle cet être suprême récompensera les bons et punira les méchants. » Ensuite il ajoute : Voilà la véritable et la seule religion qui n’est pas sujette au fanatisme. ( Par fanatisme il entend la révélation) Je n’en connais pas d’autre que celle-là. Aussi, dit-il ensuite : Laissez là tous les dogmes, tous les mystères, et toutes les doctrines capricieuses qui servent à rendre les hommes plutôt fous que bons.
Tindall, théologien anglais, parle aussi sur le même ton : N ’offensez personne ; soyez juste, honnête et fidèle, et vous serez saint.
III. Mais nous soutenons que la seule religion naturelle ne suffit pas à l’homme pour le faire parvenir à sa fin dernière : qu’il doit connaître avec certitude, et sans crainte (le se tromper, la nature de Dieu, et ses attributs; la nature de l’âme, sa spiritualité et son immortalité, et tous se» devoirs envers Dieu, et le culte spécial, qu'il est tenu de lui rendre. Si l’on manque de ces connaissances, il n’y a ni sainteté, ni salut, ni religion. Or, sans l’aide de la révélation divine, les hommes seraient obliges de s’adonner à des études longues et laborieuses, pour pouvoir apprendre, par les seules lumières naturelles les vérités, ou au moins les principales vérités de la religion naturelle, telles que l'existence de Dieu, ses perfections, sa providence, les lois du juste et de l'honnête, et toutes les propriétés de l’âme. Mais la plus grande partie des hommes ne seraient pas capables de telles études, parce que ceux-ci n’ont pas une conception assez facile, ceux-là ne s’adonnent qu’aux intérêts temporels, et les autres qu’aux emplois publics. De sorte que la plus grande partie ne pourraient connaître que très-imparfaitement les vérités île la religion, et cette ignorance les empêcherait d’accomplir leurs devoirs; tandis qu’au contraire, la religion, par la raison qu’elle doit être utile au salut de tous, des savants et des ignorants, doit être universelle et facile à comprendre par tous les hommes, soit d’un esprit élevé, soit d’un esprit borné.
IV. En outre, les hommes d’un esprit élevé ne pourraient même parvenir à connaître la vérité de la religion naturelle, qu’à un âge bien avancé, après avoir acquis la connaissance des choses par une longue expérience. De plus, ces hommes savants, comme ils sont entourés de passions qui leur font voir de travers les vérités, malgré vin examen long et approfondi des choses qui tiennent aux premiers principes dictés par la nature, ont cependant entr’eux des opinions si différentes, que Cicéron en paiiiat de«.-âges de l’antiquité^ dit : Qu’il y a tant de variété entr’eux, qu’il serait impossible de compter leurs divers sentiments. Tan la s uni in r (trie laie, ni. f-oruin ma Lest u.m sit dintimerare sentent lus. D’où il faut conclure, qu’ils ont dù nécessairement tomber dans beaucoup d’erreurs.
Il e^t donc impossible de parvenir à connaître, sans craiute de nous tromper, la vérité de cette religion, qui nous conduit à obtenir la vie éternelle et bieuheuxviu.
reuse, si nous ne nous appuyons pas sur l’autorité infaillible de la révélation divine. C'est le sentiment du philosophe Locke, dans sou Christianisme raisonnable : Qui pourrait croire ces vérités, (lit-il, comme incontestables, si la révélation ne nous les avait pas manifestées? Bayle lui-méme avoue la nécessité do la révélation : La raison fait connaître à l’homme ses ténèbres, son impuissance et la nécessité d'une révélation.
V. Il est vrai que quelques philosophes anciens, tels que Platon. Aristote, Epicure, Démocrite, ont fait plusieurs découvertes, par les seules lumières naturelles, sur Dieu, sur l’Ame, sur les vertus, sur les lois, sur les récompenses et sur les peines, comme Grotius en a fait le relevé (»le verá relig. Christ.) ; mais i|MC d’erreurs essentielles n’y trouvez-vous pas? que de fausses idées, que de sentiments différents qui jettent dans plus de confusion, qu’ils n’établissent de vérités? Les nus ont formé un Dieu corporel; les autres lui ont ôté la providence; ceux-ci ont approuvé le culte des idoles; ceux-là ont permis la vengeance, comme Cicerón; et d'autres enfin, la communauté des femmes, comme Platon. Le protestant Barbayrac, dans ses notes sur Pultendorî, nous dit que là où il n’y a pas de vraie religion, tout système de bonne morale peut être spéculatif, mais qu’il ne sera jamais mis en pratique; et le savant P. Ansaldi, dans son ouvrage contre les déistes, écrit sagement que ceux qui ne sont pas dans la vraie religion, mesurent la justice d’après leurs passions, de manière qu’ils jugent les choses justes ou injustes, selon que la passion du moment le leur suggère ; et il rapporte à cet égard une parole de Cicërou, qui a dit que l'homme est naturellement incliné à la justice, mais qu’ensuite la corruption des passions éteint la connaissance de la vraie justice. Voilà jusqu’où peut arriver la seule raison naturelle, privée de la révélation divine.
Mais quand même, avec les seules lumières de la raison, on pourrait arriver à la connaissance de toutes les vérités naturelles, soit qu’elles concernent les choses divines, ou les choses humaines, ces connaissances appartiendraient à l’intelligence ; mais qui est-ce qui donne ensuite à la volonté la force de suivre le bien connu et de fuir le mal? Beaucoup de savants connaissent le prix de la vertu et la difformité du vice, ils sont capables d’examiner leur origine, ils savent les définir ; ils enseignent même aux autres les préceptes de la morale; mais ensuite, entraînés par les passions de la cupidité, de la colère, de l’envie, ou de l’impudicilé, ils sont pires que les autres ! C’est une chose sûre et prouvée, même par l’expérience, que, pour bien vivre, nous avons besoin de la grâce, qui entraîne la volonté, et lui donne la force d'embrasser le bien connu. La seule intelligence naturelle n’est pas suffisante pour nous faire marcher constamment dans le chemin droit ; les sens et les passions nous font souvent perdre la route, et souvent même ils nous font voir tellement de travers, que nous ne connaissons plus ni le bien ni le mal ; un œil sain voit très-clairement ; mais s’il est malade, ou il ne voit pas, ou il voit très-peu. Cette impuissance pratique à laquelle tous les hommes sont sujets, nous force à reconnaître la nécessité de la grâce, qui ne nous est accordée que dans la seule religion révélée.
VII. En outre,sans la révélation divine, comment pourrions nous savoir la manière de nous réconcilier avec Dieu, après avoir perdu sa grâce par quelque faute bien grave? La seule intelligence naturelle nous apprend les préceptes naturels, que Dieu veut être obéi, une fois qu’il ordonne, et qu’il punit très-sévèrement ceux qui ont la témérité de transgresser ses lois sous ses yeux. Or, celui qui a commis quelque péché, et qui voit la punition qu’il a méritée, comment pourra-t-il, sans la révélation de Dieu, qui promet de pardonner au pécheur repentant, comment pourra-t-il. dis-je, trouver la paix contre le remords qu’il éprouve d’avoir fait le mal, et comment se délivrera-t-il de la terreur de la vengeance divine, si ce n’est en s’abandonnant au désespoir, et en se donnant une mort volontaire ? Suivant la lumière naturelle, le seul repentir du crime commis n’est pas un moyen, auprès des tribunaux, pour recouvrer la bonne grâce du prince que l’on a perdue, ni pour éviter les peines infligées par les lois. Les païens croyaient se purifier de leurs péchés en se lavant dans la mer ou dans les fleuves, ou en brûlant des veaux et de.« poulets sur les autels de leurs Dieux; mais qui ne voit pas que tous ces moyens étaient vains et ridicules? Les Juifs avaient leurs sacrifices d’expiation pour les fautes qu’ils avaient commises; mais ces sacrifices ne servaient simplement, qu’à les purifier des taches contractées extérieurement, et jamais de celles qui existaient, dans l’intérieur de leur âm e; et encore est-il vrai de dire, que si le repentir de*; péchés leur suffisait pour obtenir leur pardon, c’est parce qu’ils avaient foi au moins implicitement, au Messie, qui, par sa mort, devait leur obtenir la réconciliation avec Dieu : c’est ce que nous apprend la religion révélée ; elle nous dit. que les pécheurs ont l’espérance certaine du pardon, fondés sur la passion de Jésus-Christ, qui s’est chargé de toutes nos fautes, qui a satisfait par ce moyen à la justice divine, et qui a obtenu, par se» mérites le pardon aux pécheurs. Ma<s, sans cette révélation, il n’existerait aucun espoir de pardon.
VIII. Les déistes disent : Mais la religion doit être proportionnée à l'homme et à sa capacité naturelle; par cette raison, on ne peut supposer que Dieu ait voulu l’obliger à croire des mystères qui surpassent sa raison naturelle : c'est l’auteur des Lettres sur la Religion essentielle, qui tient un pareil langage.
Je répondrai premièrement que ce n’est pas injuste de la part de Dieu de nous obliger à croire des mystères, qui surpassent notre intelligence naturelle; car il est (très-juste que nous assujettissions à Dieu, non seulement noire volonté, en obéissant à ses précepte?, mais encore notre esprit, en croyant fermement tout ce qu’il nous propose de croire, bien que nous ne le comprenions pas; nous le devons à la majesté et à l’autorité d’un Dieu. Mais pour répondre directement au faux raisonnement de l'auteur cité, je dirai que si l’homme était créé seulement pour cette vie mortelle et pour les biens de la terre, comme les brutes, dans ce cas, la seule religion naturelle lui serai! suffisante, sans qu’il eût besoin de croire à des mystères qui surpassent ¡’intelligence humaine ; mais Dieu l’a créé pour le paradis, je ne veux pas dire pour celui de Mahomet, dont les bêtes mêmes auraient honte, parce que cet imposteur ne promet, pour la vie éternelle, d’autres biens que les plaisirs des sens; mais pour le paradis céleste, où l’on jouit de biens spirituels et éternels, si grands que nous pourrons bien les éprouver dans l’autre monde, mais que nous ne pouvons pas les comprendre dans celui-ci, tant que nous sommes mortels, ainsi que nous l’apprend l’Apôtre : L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, et le cœur de l’homme n’a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. Ocalas non v id it, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit quae prœparaoit Deux «#, qui d'.ligunl ilium. (1. Cor. u. 9.) Par conséquent, Dieu nous ayant créés pour un état surnaturel et pour des biens qui surpassent notre capacité; il était nécessaire que nous en eussions un désir ardent, cl surtout une croyance inébranlable, afin que nous fissions tous nos efforts pour les obtenir par nos bonnes œuvres. Et c’est pour cela qu'il nous a appris, par sa révélation, que ces biens qui nous sont destinés dans le ciel sont incompréhensibles. Ainsi donc, une fois établi que ¡’homme est créé dans cet ordre surnaturel pour la vie future, la religion révélée est bien proportionnée, je ne veux pas dire à la capacité que nous avons dans cette vie temporelle, mais à celle que nous espérons avoir dans l’éternité, qui est notre fin dernière.
IX. Mais répliquent les déistes, la religion révélée est nnosculeinenl supérieure mais elle est encore contraire à la raison naturelle ; et c'est précisément parce qu*c!lc lui est supérieure qu’elle lui est contraire. Bayle dit: Nous voyons la révélation contraire à la raison, et la raison coutraireàla révélation : donc, en déduit-il, ou nous sommes trompés par la raison, ou la révélation nous trompe ; et il en conclut que la révélation n’existe pas. Non, M. Bayle, la révélation est vraie, elle ne nous trompe pas, parce que votre supposition est absolument fausse car si la révélation est supérieure à la raison, elle ne lui est pas contraire. On dit qu’une proposition est supérieure à la raison, toutes les fois que la raison ne peut comprendre la manière dont ses termes sont liés entr’eux. On dit qu’elle est contraire à la raison, lorsque l’esprit voit une répugnance positive entre ses termes. Les mystères révélés sont supérieurs à la raison,parce que nous ne pouvons comprendre comment et de qu’elle manière ils existent ; un esprit fini ne pourra jamais comprendre ce qui est très-clair à un esprit infini, tel que Dieu. Par exemple. Bayle écrit qu’on ne peut comprendre comment il se fait, qu’il existe en Dieu trois personnes distinctes et une seule nature; car nous savons que trois personnes forment trois natures individuellement distinctes. Nous répondons que nous ne pouvons comprendre comment cela se fait, mais comme es mystère de la Ste.-Trinité est supérieur à notre raison, quoique notre raison ne puisse pas le comprendre, cependant nous ne pouvons pas affirmer qu’il soit faux.
X. De même en parlant des autres mystères révélés, nous disons que nous ne pouvons pas les comprendre avec les seules lumières naturelles, mais aucun naturaliste ne prouvera jamais que ces mystères ne puissent pas être vrais. Il n’y a que Robert O lchol, théologue anglais qui ait voulu soutenir, que les doctrines révélées sont fausses, parce qu’elles sont contraires à la raison ; mais François Fcrrier ( Lib. 1. contra gentes ) nous apprend que cet écrivain fut censuré par tous ses coreligionnaires. Il est vrai que les principes (le la raison naturelle sont des rayons de la sagesse éternelle; mais les mystères révélés de Dieu sont aussi une participation de sa sagesse ; de sorte qu’il est impossible qu’ils soient contraires à la raison naturelle ; s’il en était autrem ent, Dieu qui est la vérité par essence, serait contraire à lui-même : ainsi nous pouvons dire seulement que nous ne comprenons pas les mystères révélés, mais nous n’affirmerons pas qu’ils soient faux. Étant prouvé ensuite que Dieu a révélé ces mystères, nous devons assujettir la raison à la révélation, bien que notre raison ne les comprenne pas ; parce que nous ne pouvons les comprendre que perce que la révélation est supérieure à notre raison.
XI. Mais qui peut nous assurer (répliquant de nouveau le."* déistes ), que c’est Dieu qui a fait la révélation ? C’est, l’Église catholique, que Dieu nous a donnée comme maîtresse pour nous apprendre les vérités (>e la foi; nous en sommes encore certains par tous les signes, ou motifs de crédibilité, qui sont si forts et si convaincants qu’ils ne peuvent être rejetés que par ces hommes obstinés, qui veulent nier même les vérités les mieux connues. Ces motifs sont, les autorités des Écritures saintes, l’accomplissement des prophéties, les miracles, la conversion des païens, la constance des martyrs, et autres, dont j’ai parlé en détail dans la seconde partie de mon ouvrage sur la vérité de la foi, sans compter ce que j’en ai dit dans ce traité-ci. Cependant je veux en indiquer ici seulement les principaux, et d’abord je parlerai de l’autorité de l’Écriture sainte.
XII. C’est une vérité reconnue par toute« les histoires, et particulièrement par celle de la Sainte Bible, qui est l’écriture la plus ancienne, c’est une vérité reconnue, dis-je, qu’après la création du monde, et des hommes, tous les peuples ( excepté les Juifs auxquels a été faite la première révélation ) vivaient dans l’aveuglement des ténèbres de l'ignorance, plongés dans les vices les plus détestables, et, pour leur plus grand malheur, privés de la connaissance du vrai Dieu : car ceux-ci adoraient les planètes, ceux-là les animaux, d’autres les pierres, le plus grand nombre d’entr’eux adoraient des Dieux fabuleux et vicieux, comme Jupiter l’adultère, l’impudique Vénus, l’incestueux Apollon, le vindicatif Vulcain. Ils adoraient même des hommes morts, qui de leur vivant avaient été des monstres de vices et de cruautés. Les philosophes anciens eux-mêmes, qui passaient pour les maîtres du monde, quoi qu’ils eussent reconnu un seul Dieu, tombèrent dans une infinité d’erreurs, à cause de l’obscurité de la raison humaine-; c’est St.-Paul qui nous le dit : Ils se sont égarés dans leurs vains raisonnements, et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres. Evanuerunt inacogitationibiis et obscuratum est insipiens cor eorum ( Rom. i. 21. ) Que d’erreurs n’ont-ils pas débitées sur les préceptes mêmes de la nature ! Platon admettait la communauté des femmes. Aristote et Cicéron approuvaient la vengeance. En résumé, au milieu de cette grande obscurité, et de cette perversité de mœurs, chacun ne s’occupait que de seconder ses passions et les appétits des sens; aussi l’enfer se remplissait-il continuellement des âmes de ces malheureux.
XIII. Maintenant je le demande : d’où vient l’origine d’un si grand aveuglement et d’un si grand désordre dans l’homme, reconnus par les païens mêmes, en se voyant chacun presqu’entraîné à embrasser le mal, bien connu * comme nous le savons par un de leurs poètes: Video bona, proboque, détériora, sequor ; je vois le bien, je l’approuve et j’embrasse le ma! ? Comment Dieu pouvait-il, en créant l’homme doué de raison, pour l’aimer et le servir, comment pouvait-il le créer déréglé en lui-même, avec un esprit si obscurci, et une volonté si portée au mal, voilà pourquoi Job disait, comme en se plaignant à Dieu : Pourquoi m’avez-vous mis dans un état contraire à vous et où je suis à charge à moi-même? Quarè posuisti me contrarium tibi, et factas sum mihimetipsi gravis'i (Job. vu. 20.) Bayle aussi avoue (comme nous l'avons dit plus haut) que : « La raison fait connaître à l’homme ses ténèbres, son impuissance et la nécessité d’une » révélation. » Mais où trouverons-nous cette révélation divine, qui nous découvre ce grand désordre dans l'homme ?
XIV. Voici la religion chrétienne, qui, par le moyen des saintes Écritures, nous découvre l’origine de ce grand mal. Ce que j’ai trouvé seulement, dit l’Ecclésiaste, est que Dieu a créé l'homme droit et juste, et qu’il s’est lui-même embarrassé dans une infinité de questions : H oc tnveni quid Deus fecit hominem rectum, et ipse se infmitîs mucutrit quœslionibus. (Eccl. vu. 30.) Dieu a créé l’homme avec un esprit éclairé et une volonté saine, comme nous l’apprenons par la révélation; mais la cause de tout ce mal, c’est le péché de notre premier père, Adam, qui, par sa faute, a infecté tous ses descendants ; et de-là, il a fallu que Dieu, par la nouvelle lumière de la révélation, è ( ’lirât l’hom me, pour lui faire connaître les vérités de la foi, et que par une nouvelle grâce, obtenue en vertu des mérites du Rédempteur, il le fortifiât, pour lui faire remplir tous ses devoirs.
XV. Puis ces mêmes- Écritures, nous apprennent les autres mystères révélés de Dieu. Mais, disent le» déistes, pouvons nous être bien assurés que c’est Dieu qui a parlé dans ces Écritures ? J’ai traité ce point au long dans mon ouvrage de la Vérité de la Foi, où j’ai démontré la véracité et l’authenticité des Écritures île VAiicien et du Nouveau Testament. Je dirai seulement ici, que Dieu, pour nous rendre certains des vérités révélées dans ces saintes Écritures, a établi entre tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ; une correspondance parfaite. Et pour comprendre la force de cet argument, il faut savoir que le volume des saintes Écritures, est composé de plusieurs livres, qui sont ou historiques, ou renfermant les lois, ou prophétiques et moraux; et que les derniers vendent témoignage des prem iers, et surtout du Pentateuque de Moïse. En outre, nous voyons dans les derniers livres sacrés, approuvés partout, les mêmes points de la loi que Dieu a donnée à Moïse, et leur accomplissement également recommandé. Les auteurs de ces livres ont vécu dans différents siècles, et ont été les hommes les plus saints, les plus savants et les plus éclairés de leur nation, tels qu’un Samuel, un David, un Daniel, un Ézéchiel, un Salomon, un Isaïe, un Jérémie et autres prophètes, dont les prédictions ont été dans la suite vérifiées par les événements. Ainsi, il n’existe pas un livre qui puisse présenter des caractères de véracité plus authentiques, que celui des Écritures saintes ; de plus, il a pour lui le sentiment commun d'une nation entière, qui a toujours été dans l’inébranlable persuasion, que que ces livres ont été inspirés de Dieu.
XVI. Le Nouveau Testament rend un témoignage authentique de la vérité de l’Ancien, et celui-ci certifie à son lour l’authenticité du Nouveau. Ainsi, le grand nombre de siècles qui se succèdent, au lieu d’obscurcir l'évidence de la vérité de la révélation. ne fait que la rendre plus claire et plus positive. Les livres de la loi ancienne ont été la figure ou IVbnuche du portrait qui, dans la loi nouvelle, s’est présenté évidemment à découvert ; parce qu’ils ont prédit tous les événements de la rédemption humaine, accomplies dans la suite, par la vie et par la mort de Jésus-Christ. De manière qu’on ne peut nier les Écritures de l’Ancien Testament, sans récuser toutes celles du Nouveau, où l'on parle des anciennes; et de même, on ne p<3ut refuser d’admettre celles du Nouveau, sans refuser aussi les anciennes, où l’on voit clairement prédits les événements, qui appartiennent à la Rédemption humaine, tels que la venue du Messie et la conversion des Gentils.
XVII. Ces Écritures ont été publiées dans la suite, chez tous les peuples ; de sorte qu’il a été moralement impossible de les altérer. Et qui aurait pu les altérer? Les païens ne pouvaient certainement pas se charger de ce travail, parce qu’ils n’avaient qu’y faire. Les Juifs non plus; car s’ils les avaient altérées, ils auraient supprimé, avant tout, plusieurs faits qui les couvrent d’opprobre, et plus particulièrement, ils en auraient ôté tant de prophéties, qui prédisaient si clairement la venue du Messie, qu’ils refusent si obstinément de croire, ainsi que toutes les circonstances qui se sont accomplies dans la suite, comme la destruction du temple et de la ville de Jérusalem, leur dispersion et la mort qu’ils ont fait souffrir eux-mêmes au Rédempteur; tout autant de faits prédits par les prophètes : Les chrétiens n’ont pas pu les altérer non plus; car les Juifs n'auraient pas manqué de publier les fausses additions, ou les changements que les chrétiens y auraient laits ; or, les Juifs n’en parlent pas.
XVIII. E;i outre, ces Écritures ont été très-clairement prouvées par les miracles arrivés, tant dans l’ancienne Loi, que dans la nouvelle. Nous entendons par miracle, un prodige qui surpasse les forces de la nature, suivant le sentiment commun des hommes, et qui arrive par l’invocation du nom de Dieu, appelé en témoignage de la religion ; d’où il s’en suit, que les vrais miracles qui sont au-dessus de l’ordre naturel des choses, ne peuvent être que l’ouvrage de Dieu, qui peut seul changer l’ordre de la nature. Tel fut le miracle opéré, lorsque les Hébreux passèrent la Mer Rouge, qui se ferma sur les Égyptiens, et les fit tous périr. Tel fut le miracle, arrivé en présence de deux millions d’hommes, de la colonne de nuées, qui se montrait aux Hébreux dans le désert, pour les mettre à l’abri des rayons du soleil, et de la colonne de feu, qui, pendant la nuit, éclairait leur marche. C'est un miracle que la prédiction de Moïse, sur l’abîme qui devait engloutir Datan et Abyron. C’en est un que la vue donnée par Jésus-Christ, à l’aveugle-né ; c’en est un, d’avoir rassasié cinq mille personnes dans le désert, avec cinq pains et deux poissons ; d’avoir ressuscité Lazare, qui avait été dans le tombeau pendant quatre jouis ; ce sont aussi des miracles, les autres prodiges arrivés non pas secrètement, mais en présence de beaucoup de monde; en cela, bien différents des miracles que Mahomet dans l'Alcoran, dit avoir opérés ; mais que personne n’a vus. Et puis, tous les miracles de Jésus-Christ, confirment les Écritures de l’ancienne et de la nouvelle Loi,puisque les Évangiles sont un mélange de l’une et de l’autre.
XIX. Les adversaires disent ; mais qui sait si ces prodiges n’ont pas été opérés par les démons, dont nous ne connaissons pas les forces ? On répond, que ni Dieu existe, ce que les déistes admettent, il ne peut permettre aucun miracle en témoignage d’une fausse religion ; parce que s’il le permettait, il nous tromperait lui-même. En sorte que c’est à la divine providence de nous faire comprendre quels sont les miracles vrais ou faux, qui arrivent pour confirmer la religion. Les miracles divins ont la force intrinsèque et surnaturelle de nous persuader que c’est Dieu qui les opère; c'est par là, que nous savons, que les miracles arrivés pendant la propagation de l’Évangile, contribuèrent beaucoup à faire connaître aux païens, le vrai Dieu et la foi véritable. La raison donc, nous persuade, que la révélation divine a été déjà faite, et qu’elle n'a été d’abord manifestée à d'autres, qu’aux Hébreux, et ensuite plus parfaitement aux chrétiens.
XX. Maintenant, que nous connaissons que cette révélation divine, a été consignée dans les saintes Écritures, voyons ( ce qu’elle nous fait savoir. Elle nous apprend qu’Adam, qui fut le premier homme que Dieu a créé, a été créé juste, ayant un esprit capable de distinguer ses obligations, et une volonté portée au bien, quoique libre de suivre le mal, s’il voulait l’embrasser ; que Dieu lui a promis la vie éternelle, s’il lui obéissait, et qu’il l’a menacé des peines éternelles, s’il lui désobéissait. Mais Adam s’étant rendu coupable envers Dieu, en mangeant du fruit défendu, il fut privé de la grâce divine; et comme il s’était révolté contre Dieu, le sens de sa raison se révolta contre lui. Et ce châtiment passa dans tous les hommes, comme fils d’un père rebelle, étant de toute justice, qu’un homme rebelle soit disgracié près de son souverain, ainsi que tous ses descendants. C’est pourquoi, à cause de la faute qui nous a été transmise, notre intelligence s’est trouvée obscurcie pour connaître la vérité, et que notre volonté est devenue faible, pour embrasser le bien.
XXI. Toutes ces vérités révélées nous sont manifestées clans les saintes Écriture?, et la raison nous les démontre. C’est une grande témérité, que d’en douter. Autrement, comment pourrions-nous penser, que Dieu, qui a éternellement aimé l’homme, In charitate perpetua dilexi te, (Jer. xxxi. 3.) l’eût créé si imparfait, avec un esprit obtus et incapable de connaître ses devoir?, et avec une volonté tellement inclinée au mal, qu’il existe, dans chaque homme une guerre continuelle, entre les sens et la raison ? Môme, en nous unissant à ces matérialistes, qui ne reconnaissent pas Dieu, mais la nature, comme auteur de l’homme, comment pourrions-nous nous persuader, que la nature, qui, selon eux, a mis de l’ordre dans toute chose, ait formé l’homme dans un tel dérangement, et dans un tel désordre ? Non, ni Dieu ni la nature, n’ont formé l’homme si déréglé ; c’est le péché qui fit que la concupiscence luttât contre la raison, et la tint telle, que nous la voyons inclinée au mal, et enveloppée de ténèbres. Il est inutile de parler des autres signes, qui prouvent la vérité de la religion révélée, parce que les seuls que nous venons de rapporter en abrégé, suffisent pour persuader tout homme sensé.
XXII. Que les déistes cessent donc une fois de dire que la religion révélée est inutile et contraire à la raison, puisque, s’ils le disent, parce qu'ils pensent que les vérités révélées lui sont contraires, ils ne peuvent l’affirmer, (comme nous l’avons dit au nM 9. et 10. ) qu’après avoir prouvé que les mystères révélés, répugnent indubitablement à la raison ; ce que personne n’a jamais prouvé, et ne prouvera jamais, parce que les mystères révélés ne s'opposent pas à la raison. Ils peuvent dire seulement, que nous ne les comprenons pas, en quoi nous sommes d’accord avec eux ; mais non, parce que ces mystères sont contraires à la raison, mais parce qu’ils la dépassent, et qu’ils appartiennent à la condition surnaturelle de la félicité éternelle, pour laquelle nous sommes créés ; or, quoique nous ne puissions comprendre la nature de cette félicité, nous devons la croire, parce que c’est Dieu qui nous Ta révélée. Donc le* déistes, ne pouvant pas prouver que les vérités révélées, soient contraires à la raison, ne pouvant pas dire non plus, que la révélation, c'est-à-dire, la manifestation des mystères que nous devons croire, le soit ; il ne leur reste plus qu’à affirmer, que la religion révélée est superflue et inutile, et qu’il suffit à L’homme, pour atteindre son dernier but du salut, d’avoir la religion naturelle. Mais nous avons déjà répondu à cette objection dès le commencement du n° 2., où nous avons prouvé, que la révélation non seulement, n’est pas inutile à l’homme,-mais qu’au contraire, elle lui est nécessaire après le désastre, causé par le péché.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.