Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Questions sur le livre de la Trinité de Boëce · Saint Thomas d'Aquin

    Introduction aux questions sur le livre de la Trinité

    « Je remonterai jusqu’au commencement de sa naissance, je la produirai au jour et la ferai connoître, » Sagesse, VI. L’esprit de l’homme embarrassé du poids d’un corps corruptible ne peut fixer son coup d’œil naturel dans la première lumière de la vérité qui rend tout facile à connoître ; c’est pourquoi suivant le progrès de la cognition naturelle, la raison doit aller des choses postérieures aux premières, des créatures à Dieu. Romains, I, 20 : « Les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles depuis la création du monde par la connoissance que ses créatures nous en donnent. » Et Sagesse, XIII, 3 : « La grandeur et la beauté delà créature peuvent faire connoître et rendre en quelque sorte visible le Créateur. » C’est aussi ce qui est dit dans Job, XXXVI, 25 : « Tous les hommes le voient, chacun le considère de loin. » En effet les créatures qui servent à faire connoître Dieu naturellement, sont séparées de lui par une distance infinie. Mais comme la vue se trompe facilement à l’égard des choses que l’on considère de loin, ceux qui ont cherché à connoître Dieu par le moyen des créatures, sont tombées dans de nombreuses erreurs. C’est pourquoi il est dit dans la Sagesse, XIV, 11, que les créatures sont devenues un filet où les pieds des insensés se sont pris. Et dans le Psaume LXIII, 6 : « Ils ont failli dans leurs investigations. » Aussi la providence divine a mé-

    OPUSCIILUM LXIX. E j USDEV DOCTORIS, PRÆCLARE QU j ESTIONES SUPER LIDRUM DE TniN ITA TE. « Ab initio nativitatis investigabo, et te rit creator h orum videri. » Et hoc est ponam in lucem sd en tiam illius, » Sap,3 quod dicitur Job j XXXVI : « Omnes h o-VI. Naturalis mentis hum anæ in tu itu s, mines vident eum, unusquisque in tu e tu r pondéré corruptibilis corporis aggravatus procul. » Creaturæ enim per quas n a tu rain prima veritatis luce, ex qua omnia sunt lite r cognoscitur Deus, in in fln itu m ab ipso facile cognoscibilia, deflgi non potest, unde distant. Sed quia in bis quæ procul videnoportet quod secundum naturalis cognitio-tu r, facile visus decipitur, idcirco ex creanis progressum, ratio a posterioribus in tu ris in Deum cognoscendum tendentes, p rio ra deveniat, et a creaturis in Deum. in errores m ultipliées inciderunt : unde Rom., 1 : « Invisibilia ipsius a creatura S ap., XIV, dicitur quod creaturæ factæ xnundi per ea quæ facta sunt, iutellecta sunt muscipulæ pedibus insipienrium ; et conspiciuntur ;» et Sap., XIII : a A m agni- in Psalm. LXIII : «D efecerunt scrutantes: » tu dine speciei creaturæ cognoscibiliter po- et ideo Deus hnm ano generi aliam tutam

    nagé aux hommes une voie plus sûre pour arriver à le connoître en communiquant cette connoissance à leurs esprits par la foi, c’est pourquoi il est dit dans la première Epître aux Corinthiens, II, 1 i : « L’Esprit de Dieu connoît seul ce qui le concerne ; mais Dieu nous l’a révélé à nous par l’Esprit saint. » C’est cet Esprit qui nous inspire la foi. Dans la seconde au Corinthiens, IV, 13 : « Ayant le même Esprit de foi : » comme il est écrit Psaume CXV, 10 : « J’ai cru, c’est pourquoi j ’ai parlé ; » nous aussi nous croyons, c’est pour cela que nous parlons. En conséquence comme les notions reçues par les sens sont pour les créatures le principe de cognilion naturelle, de même les connoissances de la première vérité communiquées par la foi sont le principe de cognition surnaturelle; c’est pour cela que de part et d’autre on procède dans un ordre différent. En effet, les Philosophes qui suivent l’ordre de la cognition naturelle font passer la science des créatures avant la science divine, la science naturelle avant la Métaphysique; c’est tout le contraire chez les théologiens, la considération du Créateur passe avant celle de la créature. Boëce s’étant conformé à cet ordre et ayant l’intention de traiter des matières qui ont trait à la foi, a établi le principe de ses méditations dans la première origine des choses, c’est-à-dire sur la Trinité d'un Dieu simple; c’est pourquoi on peut lui appliquer les paroles citées plus haut : Dès mon entrée, etc.. Sur cela on peut noter, relativement au présent Opuscule adressé à Symmaque, patrice de la ville, trois choses, savoir, la matière, le mode et la fin. La matière de cet ouvrage est la Trinité de personnes dans une essence divine, qui se produit dès l’origine où le Père engendre la sagesse divine de toute éternité. Prov., VIII, 24 : « Les abîmes n’existaient pas encore et déjà j’étois conçue, » et Ps. II, 7 : v Je vous ai engendré aujourd’hui. » Cette nativité est le commencement de toute la cognitionis providit, suam notitiam theologos proceditur e converso, ut créaper fidem m entibus hominum infundens ; toris consideratio considerationem præveunde dicitur I. Cor., II : « Quæ Dei sunt n iat creaturæ. Hune ergo ordinem secutus nemo novit nisi spiritus Dei ; nobis antem B oetius, ea quæ sunt fidei tractare in te nrevelavit Deus per spiritum suum, et hic dens, in ipsa sum m a rerum origine p rin ­ est spiritus quo efficimur credentes. » II. cipium suæ considerationis in s titu it, scili-Cor., IV : « Habentes eum dem spiritum cet de T rinitate unius simplicis Dei : unde fidei, » sicut scriptum est P salm. CXV : ei competunt verba præmissa : Ab in itio, « Credidi propter quod locutus sum ; » et etc. In quibus verbis circa præsens opusnos credim us propter quod et ioquimur. c u lu m,'q u o d ad Sym m achum p a tritiu m Sicut ergo naturalis cognitionis principium u rb is com posuit, tr ia possunt n o ta ri, sciest creaturæ n o titia a sensu accepta, ita licet materia, modus et finis. M ateria qnicognitionis desuper datæ principium est dem bujus operis est in una divina essentia prim æ veritatis notitia per fidem infusa, trin ita s p erso n aru m, quæ consurgit ex et hinc est quod diverso ordine hinc inde p rim ana tiv ita te, qua divina sapientia a procedit. Philosophi enim qui naturalis P â tre æ tem aliter gen eratu r. Proy., VIII : cognitionjs ordinem se q u u n tu r, præ ordi- « Nondum eran t ab yssi, et ego jam connant scientiam de creaturis scientiæ divinæ, cepta eram ; » et Psalm. Il : « Ego hodie scilicet naturalem m etaphysicæ ; sed apnd genui te. » Quæ quidem nativitas in itiu m autre nativité, parce qu’elle seule comprend parfaitement la nature de celui qui engendre. Toutes les autres sont imparfaites, toutes celles en vertu desquelles l’engendré reçoit ou une partie de la substance de celui qui engendre, ou seulement une ressemblance, c’est pourquoi il est nécessaire que toute autre nativité dérive de celle-là par une certaine imitation. Ainsi dans l’Epître aux Philip., III, 15, « Qui donne son nom à toute paternité, à raison de quoi on dit, le Fils premier-né de toute créature; » aux Col., I, 15 : « Afin de désigner l’origine et l’imitation et non la même condition d’origine. » Aussi c’est avec raison que l’on dit, Ab initio, etc., et Prov., VIII, 22 : « Le Seigneur m’a possédé au commencement de ses voies. » Cette nativité n’est pas seulement l’origine des créatures, elle l’est aussi du Saint-Esprit qui procède de celui qui engendre et de celui qui est engendré, comme il ne dit pas initium nativitatis investigabo, mais ab initia, il déclare que l’investigaüon ne se termine pas à ce commencement de la nativité, mais qu’il passe à d’autres choses après avoir commencé par là.

    En effet sa doctrine se divise en trois parties. La première sur la Trinité des personnes de la procession desquelles dérive toute autre nativité et procession, est renfermée dans ce livre que nous avons entre les mains pour tout ce qu’il faut savoir sur la Trinité et l’unité; aussi bien que dans un autre livre qu’il adresse à Jean, diacre de l’Eglise de Rome, sur la manière dont nous exposons la doctrine relativement à la distinction des personnes et à l’unité d’essence, et qui commence par ces mots, Quœro an pater. La seconde partie traite de la procession des bonnes créatures du Dieu bon dans le livre adressé au même Jean de Hebdom., lequel commence par ces mots, Postulas a me. La troisième partie roule sur la séparation des créatures par le est omnis nativitatis alterins, cum ipsa sola ab initio designatur quod in hujusmodi sit naturam perfecte capiens generantis ; nativitatis initio ejus perscrutatio non finiomnes autem alise imperfectæ sunt, secun-tu r, sed quod ab hac incipiens ad alia proclum quas genitum au t partem substantiæ cedit, ejus nam que doctrina in très partes generantis accipit, aut solam similitudi- dividitur. Prima namque de trin ita te pernem. Unde oportet quod a prædicta nati- so n aru m, ex quarum processione omnisvitate omnis alia nativitas per quamdam alia nativitas et processio derivatur, contiim itationem derivetur. Et Philip., I tl : n etu r in hoc libro quem præ m anibus h acr Ex quo omnis paternitas in cœlo et in b em us, quantum ad id quod de trinitate te rra nominatur, et propter hoc dicitur et un itate sciendum est. In alio vero libro filins primogenitus omnis creaturæ. » Col.,. quem ad Joannem Diaconum Ecclesiæ RoI : « Ut nativitatis origo et im itatio dési­ m anæ scribit de modo præ dicandi, quo gné tu r, non eadem generationis ratio ; » u timur in* personarum distinctione eteset ideo convenienter dicitur: Ab initio,etc. sentiæ un ita te, qui sic incipit : Quæro an Proverb VHl : « Dominus possedit me in P ater. Secunda vero pars est de processione initio viarum suarum ; » nec solum creatu- bonarum creaturarum a Deo bono, in libro raru m est initium prædicta n ativ itas, sed qui ad eumdem Joannem scribitur de Hebetiam Spiritns sancti, qui a generante ge- domadibus, qui sic incipit : Postulas a me. nitoque procedit. Pro hoc autem quod non Tertia vero pars est de separatioue creatudicit : Initinm nativitatis investigabo ; sed rarum per Christum. Quæ quidem in duo Christ. Celle-ci se divise en deux parts. Dans la première on propose la foi enseignée par le Christ, par laquelle nous sommes justifiés, dans le livre intitulé, De Fide Christiana, qui commence par ces mots, Christianam fidem. Secondement on expose ce qu’il faut croire du Christ, c’est-à-dire comment deux natures se trouvent dans une même personne, dans le livre sur les deux natures et l’unique personne du Christ adressé au même diacre, lequel commence par ces mots, Anxiè te quidem. Il y a deux manières de traiter ce qui concerne la Trinité, comme dit saint Augustin dans le premier De Trinitate, savoir par l’autorité et par des raisonnements. Saint Augustin a employé l’une et l’autre, comme il dit lui-même ; quelques saints Pères, comme Ambroise, Hilaire, n’en ont employé qu’une, c’est-à-dire l’autorité; Boëce a mieux aimé la seconde manière, savoir le raisonnement, supposant ce que les autres avoient établi par l’autorité. C’est pourquoi le mode employé dans cet ouvrage est désigné par ces mots, mvestigabo, où il exprime l’investigation de la raison, Eccl., XXXIX, 1, Sapientiam, c’est-à-dire la notion de la Trinité, antiquorum, c’est-à-dire que les anciens ont établi par l’autorité seule, exquiret sapiens, c’est-à-dire traitera à l’aide de la raison. C’est pourquoi il dit dans la préface, investigatam dintissime. Le but de cet ouvrage est de faire conuoître les choses cachées autant qu’il est possible in statu vice. Eccl., XXIV, 31 : « Ceux qui me font connoître auront la vie éternelle. » C’est pour cela qu’il dit, palam in lucem scientiam illius. Job, XXVIII, 11 : « Il a fouillé la profondeur des fleuves, et il a exposé au grand jour ce qui étoit caché. »

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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