Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Pressantes exhortations à une religieuse pour s'avancer dans l'amour de Jésus-Christ, son divin Époux · Alphonse de Liguori

    Pressantes exhortations à une religieuse pour s'avancer dans l'amour de Jésus-Christ, son divin Époux

    La sainte charité, ou bien l'a m on r divin, est ce qui rend les ames saintes. Quand la charité entre dans une âme, toutes les vertus y entrent avec elle. Venerunt autem mihi omnia bona pariter cum illa (Sap., iv, 11). Et quand le divin amour vient à manquer à une religieuse, soudain les vertus s'en vont et les fautes se multiplient. Aussi saint Augustin disait : Ama, et fac quod velis; aime Dieu, et fais ce que tu voudras. Oui, car celui qui aime Dieu véritablement fait tous ses efforts pour lui plaire, et fuit au contraire tout ce qui pourrait le moins du monde l'offenser. Et voilà d'où vient qu'il y a tant de religieuses dans les monastères, et cependant très-peu de saintes ; c'est que l'on y aime peu Jésus-Christ, lequel nous a tous aimés et es! mort pour fous, mais qui affectionne plus particulièrement et est mort plus spécialement pour les ames qu'il a arrachées aux périls du monde, pour les rendre toutes siennes. Sainte Madeleine de Pazzi, interrogée par ses compagnes pourquoi elle baisait si souvent les murs du monastère, leur répondit : Parce que ces murs me délivrent des périls du monde.

    Mais, ma chère sœur, si vous vous trouviez être une de ces religieuses qui vivent dans le relâchement et ne cherchent point â s'amender, réfléchissez et pensez que par vos vœux sacrés vous avez renoncé au monde : par le vœu de pauvreté, vous avez renoncé A vos aises; par celui de chasteté, A foule satisfaction des sens; par celui d'obéissance, A votre propre volonté. Vous avez en général renoncé à tous les biens que pouvait vous offrir le monde. Ne veuillez donc pas aujourd'hui retourner, pour ainsi dire, au monde, en plaçant votre affection dans quelque chose de terrestre, sûre ainsi de déplaire souverainement à Jésus-Christ, qui se tient pour très-offensé qu'une de ses épouses, consacrée à son amour, aime quelque chose hors de lui.

    Vous avez quitté le monde et ses plaisirs, vous vous emprisonnée entre quatre murailles ; vous vous êtes privée de votre liberté et séparée de vos parents ; de plus, dans le monastère, vous portez les charges de la communauté. Je dis cela, non certes pour que vous vous glorifiiez d'avoir fait beaucoup pour Dieu ; car tout cela, au contraire, est très-peu de chose, en comparaison de la gloire immense que Dieu vous prépare dans le Paradis, et même en comparaison de cette douce paix qu'il fait encore éprouver dans cette vie à ses épouses, qui ont tout abandonné pour l'amour de lui; mais parce qu'il y a une très-grande consolation pour une religieuse dévote à dire avec amour un mon Dieu et mon tout, Deus meus et omnia, ou encore devant le saint Sacrement de l'autel, avec un soupir étouffé : Mon Jésus, je ne veux que vous seul et rien de plus, ou bien avec un regard amoureux fixé sur le crucifix : Et si je ne vous aime pas, qui voudrais-je aimer ? Tout cela, je le répète, est peu de chose ; mais il suffit. Maintenant, pour vivre selon votre état, vous avez nécessairement beaucoup à souffrir; or, que voulez-vous faire? Voulez-vous par hasard, après avoir abandonné le monde, votre maison, vos parents, vous exposer au danger de vous damner dans le monastère? Une sainte religieuse s'animait, par cette considération, à souffrir avec patience tous les tourments de la vie présente. Eh quoi! disait-elle, aurais-je abandonné le monde pour venir me damner dans ce monastère? Et, en effet, tel est le danger que court une religieuse qui ne vit pas comme une religieuse, mais qui est dans une tiédeur volontaire et habituelle.

    Ce n'est pas une véritable tiédeur que celle où pensent être quelques bonnes religieuses, lesquelles, dans l'oraison ou la communion, n'éprouvent pas une dévotion sensible, et pour cela s'imaginent être abandonnées de Dieu, mais cependant n'abandonnent pas leurs saints exercices, bien que tout leur semble chose perdue. Non, rien n'est perdu; qu'elles continuent à suivre constamment leurs dévotions accoutumées, car Jésus-Christ les récompensera de tout ce qu'elles auront fait; et plus grandes auront été les peines endurées par elles, plus grande? seront aussi les consolations et plus longs seront ces jours de paix que leur fera goûter le Seigneur. La véritable tiédeur est l'état de celles qui commettent des fautes délibérément, sciemment, n'en tenant aucun compte et ne pensant point à s'amender ; celles-ci sont dans un éminent danger de se damner, parce que, se trouvant peu rapprochées de Dieu et dans une grande faiblesse spirituelle, il n'est pas difficile au démon de les faire tomber en péché grave, et elles restent en état de perdition.

    Eh quoi ! pensez-vous qu'il n'y ait point de religieuses en enfer? Hélas! combien en verrons-nous de damnées au jour du jugement! puisqu'un grand nombre se sont abandonnées pendant leur vie à l'habitude du péché, au moins véniel, on doit raisonnablement craindre que Dieu ne les vomisse et ne les abandonne, suivant cette menace faite dans l'Apocalypse : Mais parce que vous êtes tiède, je vais vous vomir; sed quia tepidus es, incipiam te evomere (Apoc, ni, 46). Une tasse d'eau chaude mêlée à une d'eau froide, à quoi peut-elle servir qu'à provoquer le vomissement; et telle est justement, à l'égard de Dieu, la vie d'une religieuse tiède, qui s'endort sur ses fautes habituelles, qui mêle la dévotion avec le péché, l'oraison avec les conversations mondaines, la communion avec affections terrestres. Tous ses discours sont pleins de vanité; elle dit tout haut qu'elle se reconnaît la pire de toutes, et puis elle prétend être préférée à toutes et exige l'estime de toutes; et s'il lui est parfois adressé une parole injurieuse, elle se dresse comme une tigresse; souvent elle accable elle-même en paroles le prochain; souvent elle se vante de la noblesse de sa maison et de ses parents; elle se montre surtout très-jalouse de sa propre estime, et dit : « L'estime de moi-même, je ne la cède à personne. » Aussi prétend-elle l'emporter en tout ce qu'elle entreprend, dût périr le monde. Cette malheureuse estime de soi-même est la perte d'un grand nombre de religieuses.

    Elle dit encore qu'elle mérite mille enfers pour ses péchés, et puis elle ne peut souffrir une maladie, une douleur, une simple contrariété, tandis qu'elle se montre impatiente envers toutes les autres. Elle dit qu'elle ne veut que Dieu seul, et puis elle désire entendre et voir les curiosités du monde. Elle veut Dieu seul, et puis elle veut perdre le temps au parloir en des conversations oiseuses et dangereuses parfois. Elle veut Dieu seul, et puis elle se refuse à l'obéissance, même après les demandes elles prières réitérées de l'abbesse. Une religieuse qui vit ainsi dans le relâchement et qui mêle le monde avec Dieu, les dévotions avec le péché, que fait-elle autre chose que se moquer de Dieu ? Mais Dieu ne souffre pas les insultes : Deus non irridelur.

    Il faut donc que celle qui se trouve dans ce misérable état prenne de nouveau la résolution de se donner toute à Dieu. Autrement elle doit craindre une perte probable, et d'autant plus qu'elle aura fait davantage d'exercices spirituels, qu'elle aura reçu de Dieu plus fréquemment des avertissements et des lumières qui l'auront conduite à se proposer une meilleure vie, à la commencer même, mais pour retomber toujours dans les mêmes habitudes de péché. O ma sœur, si par malheur vous vous trouvez dans se déplorable état, ne perdez pas courage ; car Dieu sera prompt à vous aider à sortir de votre tiédeur, pourvu que vous le vouliez. Mais si vous le voulez réellement, vous n'hésiterez pas à vous faire violence, et vous prierez instamment Jésus-Christ de vous accorder son secours. La prière est toute-puissante : Qui petit, accipit : Qui prie, obtient; c'est une promesse de Dieu même qui ne peut manquer. Priez donc et persistez dans la prière : mais il faut en outre que vous vous fassiez violence ; Violenti rapiunt illud. L'Evangile dit que le paradis n'est conquis que par ceux qui se font violence pour l'obtenir. Il faut ici de la résolution ; une résolution forte d'en finir avec le monde, e t d e vous donuer tout entière et sans réserve à Dieu, peut seule vous rendre sainte. Ne vous laissez pas effrayer de vos nombreux défauts habituels; une âme résolue surmonte tout. J'ai dit une forte résolution, et non celle de quelques-unes qui ont bonne intention, mais qui restent irrésolues d'action. Le démon n'a pas peur des âmes irrésolues, disait sainte Thérèse. Et que voulez-vous attendre davantage? Que Dieu vous envoie la mort? et que la mort vous retrouve dans ce trouble et ce désordre de conscience où vous vivez, après tant de lumières et de secours reçus dans vos exercices spirituels et en tant d'autres occasions, et auxquels vous avez jusqu'ici si mal répondu?

    Prenez donc courage et demandez-vous à vous-même, comme autrefois saint Bernard, qui étant dans son monastère répétait : Bernard, qu'es-tu venu faire ici?Ztornardc, adquid venisli? Et pourquoi me suis-je faite religieuse? Est-ce pour perdre mon âme? Et si par hasard quelqu'une disait : Mais je ne me suis ps Toile religieuse de mon plein gré, mais seulement pour ne pas déplaire à mes parents, à celle-là je répondrais : Or maintenant vous vous trouvez engagée dans l'état religieux; que voulez-vous faire? Voulez-vous à la fois vous créer un enfer deçà et delà? Faites donc aujourd'hui, comme on dit. le nécessité vertu.

    J'ai dit un enfer deçà : et, en effet, une religieuse qui vit dans une tiédeur habituelle et volontaire, telle que je l'ai définie plus haut, mène une vie très malheureuse. Infortunée, lui dirais-je, tu as laissé le monde pour t'unir à Dieu, et maintenant te voilà loin du monde à la fois et loin de Dieu! Et qui ne serait ému de compassion pour une religieuse qui vit dans un ri déplorable état?

    Mais il y a un remède à ces maux, si elle veut en être délivrée. Qu'elle s'affermisse dans la résolution de se donner toute à Dieu. Dieu est toujours prêt à la soutenir pourvu qu'elle veuille prendre les moyens qui lui sont offerts. Car pour se rendra sainte, il ne suffit pas de se dire : Je veux me rendre sainte, mais il faut en prendre les moyens. Avant tout, il est nécessaire d'écarter tous les empêchements; il faut ôter de son cœur toute rancune contre le prochain; il faut en ôter également et chasser toutes les affections envers quelque personne que ce soit, au dehors ou au dedans du monastère ; Jésus-Christ est un époux jaloux, et spécialement de notre cœur ; il veut entièrement et pour lui seul le cœur de ses épouses. Il faut enfin écarter tout ce qui pourrait être an empêchement au progrès de l'âme, dans le divin amour, comme sont les faveurs et toutes les conversations et occupations oiseuses. Toutes les religieuses qui aiment de cœur Jésus-Christ, aiment la solitude ; les lieux qu'elles préfèrent sont le chœur et la cellule, parce que là elles entendent plus souvent la voix de Jésus-Christ.

    Il faut en outre s'attacher à nourrir dans son cœur ce saint amour; et voici les moyens pour y parvenir : 1 ° L'oraison mentale; il ne suffit pas à une religieuse de la seule oraison de la communauté; pour s'avancer dans la perfection, elle a besoin de beaucoup d'oraison. L'oraison est la fournaise où s'allume et s'entretient le feu de l'amour divin ; tous les saints se sont rendus tels par l'oraison; or, pour tirer un très-grand profit de l'oraison, il ne faut pas cesser d avoir devant les yeux le souvenir de la passion de Jésus-Christ. L'amour qui n'est pas produit par la passion est faible, disait saint François de Sales. — 2° La lecture spirituelle qui est la compagne fidèle de l'oraison. Dans l'oraison, nous parlons à Dieu ; c'est Dieu qui nous parle dans la lecture. Or, la lecture des Vies des saints est peut-être la plus utile et la plus profitable de toutes. — 5° La communion fréquente. Ce moyen est le plus efficace de tous.

    Mais, dira telle religieuse, pour communier souvent, il faut éviter avec soin toutes les imperfections; comment ferai-je, moi qui y suis si sujette ? Ma chère sœur, point de doute que pour communier souvent, il faille faire cesser nos fautes ; mais cela s'entend de nos fautes pleinement volontaires et habituelles. Du reste, si une religieuse qui fréquente la communion, tombe quelquefois par faiblesse dans une faute vénielle, elle ne doit point pour cela abandonner la fréquentation à la sainte table. Il suffit qu'elle en ait un vrai repentir dans le cœur avec une sincère résolution de n'y plus retomber, qu'elle s'en confesse de suite, si elle en a la commodité, sinon qu'elle communie. D'ailleurs les personnes qui désireraient voir ce sujet traité plus au long que dans cet opuscule où il n'est qu'indiqué, peuvent lire mon ouvrage intitulé : La vraie épouse de Jésus-Christ, ou la sainte religieuse.

    Enfin, la religieuse qui veut se faire sainte doit être sans cesse et entièrement en accord avec la divine volonté, recevant avec calme et patience les maladies ou autres choses désagréables qui lui arrivent. Fiat voluntas tua, c'est là la parole qui se trouve toujours dans le cœur et sur les lèvres des saints ; parce que le véritable amour de Dieu est dans une volonté toujours conforme à la volonté de Dieu. Je finis. Prenons courage et faisons-nous saints. Jésus-Christ est toujours prêt à nous aider. Nos fautes passées ne doivent pas nous effrayer : il a promis lui-même de les oublier toutes, lorsque nous nous appliquerions à l'aimer de cœur. Et qui pourrions-nous aimer, mes chères sœurs, si nous n'aimions pas Jésus-Christ, lui qui a versé tout son sang pour nous dans sa passion et qui nous donne sa propre chair en nourriture dans la communion? Que peut faire de plus un Dieu pour gagner notre amour? Caritas Christi, dit saint Paul, urgel nos; l'amour que nous porte Jésus-Christ nous presse, nous force, pour ainsi dire, de l'aimer. Aimons-le donc d'aujourd'hui à toujours, et aimons-le sans réserve. Celle qui garde quelque réserve avec Dieu, et ne se donne pas tout entière à lui, reste toujours en danger de l'abandonner, Une religieuse qui s'est réellement donnée toute à Dieu, ne se plaint jamais de rien. Elle est satisfaite d'être pauvre ; elle ne désire point de paraître et aime à être placée, comme on dit, à la grosse pointe. Elle aime la règle, remplit avec obéissance tous les offices dont on la charge, et accepte avec résignation et calme les mépris, les maladies, el toutes les choses fâcheuses. Au contraire, la religieuse qui ne s'est pas donnée toute à Dieu, dédaigne la règle, ne peut souffrir aucune contrariété, se plaint de tout, veut que rien ne lui manque, prétend paraître la mieux de toutes, être honorée par les emplois les plus relevés, ou bien elle trouble et bouleverse tout le monastère. Or, cette âme dans laquelle abondent habituellement les passions, est en grand péril de se perdre, parce que toute passion vicieuse, en s'emparant d'une ame, lui ôte en même temps la lumière, et que cheminer dans l'obscurité, c'est courir le danger de tomber dans un précipice. Ainsi, je le répète, mes sœurs, si nous voulons assurer notre salut éternel, donnons-nous entièrement à Jésus-Christ, et adressons-lui souvent ces paroles : Mon Jésus, je vous veux vous seul et rien de plus. Et recommandons-nous aussi à sa divine Mère, la priant toujours ainsi : Ma reine el ma mère, faites-moi aimer Jésus-Christ, et je ne vous demande rien de plus.

    PRIÈRE.

    Mon Jésus, qui devez un jour être mon juge, Neprojiciasmeà facie tuâ, ne me repoussez pas de devant votre face. Je reconnais combien de fois vous m'avez appelée â me donner toute entière à vous ; moi j'avais bien souvent aussi promis de le faire, mais je vous ai été infidèle; et qu'est-ce que j'attends ? Est-ce que vous m'abandonniez au pouvoir de mes passions? et qu'ainsi je me perde et que j'aille me précipiter en enfer? Ah ! prenez pitié de moi et recevez-moi, aujourd'hui que je me propose fermement de me donner toute à vous, je dis toute et sans réserve. Je ne puis rien espérer de ma propre force, je ne compte que sur l'effet de votre infinie bonté. Aidez-moi donc; faites-le par ce sang que vous avez répandu pour moi et dans lequel je fonde toute ma confiance. Je me confie encore en votre intercession, ô digne mère de Dieu ; priez, vous, pour moi ; une prière de vous peut me faire sainte. La mort s'approche et va m'atteindre, je ne veux point mourir dans l'état défectueux où j'ai vécu jusqu'ici. Secourez-moi, ma reine, et faites que je sois toute à Dieu, comme il le désire. Amen. Ainsi je l'espère* qu'il en soit ainsi.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Pressantes exhortations à une religieuse pour s'avancer dans l'amour de Jésus-Christ, son divin Époux

    1 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.