Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Pratique de l'amour de Jésus-Christ · Alphonse de Liguori

    Chapitre III : De la confiance sans bornes que nous devons placer dans l'amour que Jésus-Christ nous a témoigné, et dans tout ce qu'il a fait pour nous

    I. David plaçait dans son futur Rédempteur toutes ses espérances de salut et il disait : In manus tuas Domine cornmendospiriium mutim; redemisUme Domine Deus ventalis. ( F s a l m. xxx. 6. ) A combien plus forte raison ne placerons-nous pas notre espérance dans Jésus-Christ, depuis qu'il est venu sur la terre accomplir l'œuvre de la rédemption. N'est-ce pas à nous surtout qu'il appartient de dire et de répéter : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum ; redemisti me, Domine, Deus verilaiis.

    II. Si nous avons de grandes raisons pour craindre la mort éternelle, à cause des offenses dont nous nous rendons coupables envers Dieu, nous avons des motifs plus justes encore d'espérer la vie éternelle dans les mérites infinis de Jésus-Christ. Car ces mérites ont pour nous sauver beaucoup plus de pouvoir que nos péchés n'en ont pour nous perdre. Nous avons péché, et par là nous avons mérité l'enfer; mais le Rédempteur est venu pour se charger de tous nos péchés j et pour les expier par ses souffrances : Vere languores nostros ipse Ju/ît, et dolores nostros ipse portavit. ( Isa. LUI. 4. )

    III. Au moment même on nous avons eu le malheur de pécher, Dieu a écrit contre nous la sentence de mort éternelle; mais qu'a fait notre compatissant Rédempteur ? Delem quod adversus nos erat chirographum decreti... et ipsum îulit de medio, aff'tgens illud crucL (Coloss. 1 1. 1 4. ) lia effacé de son sang le décret de notre condamnation, et ensuite il l'a attaché à sa croix, afin qu'en gardant ce décret de condamnation rendu pour les péchés commis, nous gardions aussi la croix sur laquelle Jésus-Christ en mourant Fa effacé avec son sang, et q n j nous reprenions l'espérance du pardon et du salut éternel.

    IV. O combien mieux parle en notre faveur le sang de Jésus-Christ! combien plus il attire sur nous la miséricorde divine que le sang d'Abel ne parlait contre Gain ! Àccessistis admcdialorem Jesum, et sanguinis asperslonem médius loq lient em quam Abel. ( Hebr. xii. 24. ) C'est comme si l'Apôtre disait ; Bienheureux les pécheurs qui, après leur péché, ont eu recours à Jésus crucifié. Jésus qui a versé tout son sang pour devenir médiateur et pacificateur entre les pécheurs et Dieu, et obtenir le pardon des premiers. Vos iniquités crient contre vous, mais le sang du Rédempteur s'élève pour vous défendre. A la voix de ce sang précieux, la justice divine pouvait-elle ne point s'apaiser.

    V. Nous avons, il est vrai un compte rigoureux à rendre de tous nos péchés au juge éternel. Mais quel sera notre juge ? Pater... omne judicium dedit filio. ( Jo. v. 22.) Consolons-nous donc; c'est à notre Rédempteur iv.

    lui-même que le t\ éternel a remis le soin de nous juger. Quis est qui condemnet? Nous dit 5t.-Paul pour nous encourager. Christus Jésus, qui mortuus est, qui etiam interpellai pi o nobis. (Rom. viii. 34. ) Quel est le juge qui doit nous condamner ? C'est ce même Sauveur, qui pour ne pas nous condamner a la mort éternelle, s'est condamné lui-même à mourir ; et qui, non content de cela s'occupe maintenant dans le ciel à solliciter son père de nous sauver. C'est ce qui fait dire à St.-Thomas de Villeneuve : Que crains-tu, pécheur, si tu détestes ton péché ? comment te condamnerait-il, celui qui est mort pour ne pas te condamner ? Te repoussera-t-il, si tu te jettes à ses pieds celui qui est descendu du ciel pour te chercher, quand tu le fuyais ? Quid limes peccator ? Quomodô damnabii pœnitentem, qui moritur ne damneris ? Quomodô abjicict redeuniem, qui de cœlo venit quapens te ?

    VI, Et si r i O t r c faiblesse nous fait craindre de succomber sous les attaques de nos ennemis contre lesquels nous avons encore à combattre, voici ce que nous avons à faire, suivant la recommandation de l'Apôtre : Curramus ad propositum nobis certamen a^picienles in auctorem fidei et comummatorem Jetutn, qui proposito sibi gaudio sustinuit crucem confusione contemptâ» (Hebr. xii. 2.) Marchons courageusement au combat, en regardant Jésus qui, du haut de sa croix, nous offre son appui et nous promet la victoire et la céleste couronne. Si en quelques occasions nous avons succombé, c'est que nous avons cessé de regarder les plaies et les ignominies de notre Rédempteur, et que nous avons négligé de lui demander son secours; mais si à l'avenir nous mettons sous nos yeux tout ce qu'il a souffert pour l'amour de nous et sa promptitude à nous secourir, quand nous avons recours à lui, non certes nous ne serons pas vaincus par nos ennemis. Ste.-Thérèse s'écrie, dans les généreux élans de son, àme : Io non intendo certi tremori, demonio, demonio, dote possiamo dire, Dio Dio e farlo iremaxe* Je ne comprends pas ces frayeurs qu'on a du démon, lorsque nous pouvons dire, ô Dieu : O Dieu, et faire trembler le démon lui-même. D'un autre côté, cette Sainte disait que si nous ne mettons pas en Dieu toute notre confiance, tous nos efforts ne nous serviront de rien, ou que du moins ils produiront peu d'effet. Tous les soins que nous pouvons prendre, nous aident bien peu, ce sont ses propres paroles, si nous ne commençons par perdre notre confiance en nous-mêmes, pour la placer en Dieu seul.

    Oh ! quels mystères d'espérance et d'amour sont pour nous la passion de Jésus-Christ et le Saint Sacrement de l'autel ! Mystères par lesquels, eh ! qui jamais pourrait le croire, si la foi ne nous y obligeait ? un Dieu tout-puissant a voulu se faire homme, verser tout son sang et mourir de douleur sur un morceau de bois ; et pourquoi? Pour payer la dette de nos péchés et pour nous sauver, nous, vers de terre, faibles et rebelles! Ensuite, nous donner son propre corps en guise de nourriture, afin de pouvoir s'unir tout entier à nous, ce corps jadis offert en sacrifice sur la croix! O Dieu! de combien d'amour ces deux mystères devraient enflammer le cœur de tous les hommes! Quel pécheur, quelque dépravé qu'il puisse être, pourra désespérer du pardon s'il se repent du mal qu'il a fait, en voyant un Dieu qui a tant d'amour pour les h c mm es et tant de penchant à leur faire du bien ? Aussi, tout rempli d'espérance, St. - Bonaventure s'écriait : Comment me refuserait-il les grâces nécessaires pour arriver au salut, celui qui pour me sauver a tant fait, tant souffert ? Fiducialiter agam immobilité? speransnildl ad salutem necessarium air eo negadum^ qui tanta pro mea salute fecit et perlulit ?

    VIII. A de amas ergo, nous dit l'Apôtre, eam fiduciâ ad thronum gratiae ut misericordiam consequamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportuno. (Hebr. IV. 16.) Le trône de la grâce, c'est la croix où Jésus s'assied comme sur son trône, pour distribuer ses grâces et ses miséricordes à quiconque les demande. Mais si nous voulons trouver les secours propres à nous sauver, recourons promptement à lui, car un temps peut venir où nous ne les trouverons plus. Courons donc promptement embrasser la croix de Jésus-Christ, et faisons-le avec confiance entière. Que notre misère ne nous épouvante point ; nous trouverons en Jésus crucifié toutes les richesses, toutes les grâces. In omnibus divitesfucti es fis in Mo lia ut nihil vobis desit in ulla gratia. ( 1. Corin. 5 cl 7.) Les mérifes de Jésus-Christ nous ont enrichis de tous les trésors divins, ut nous ont rendus capables de recevoir toutes les grâces que nous désirons.

    IX. Jésus, dit St.-Léon, nous a apporté par sa mort de plus grands biens que le démon ne nous a causé de mal par le péché. Amplioia adepii sumns per Christi gratiam, qudmpvr diaboli amiseramus invidiam. (Scr. 1. de Ascens.) Ces paroles éclaircissent ce qu'a dit d'abord St.-Paul ; Que le bienfait de la rédemption a été plus grand que le péché : La grâce a excédé la faute. Non sicut delictum, ita et donum ; ubi abundavit delictum^ superabundamt pratia. (Rom. v. 15. 20. ) Le Sauveur lui-même nous excite à espérer toutes les faveurs, toutes les grâces par ses propres mérites. Voici d'ailleurs comme il nous indique la manière d'obtenir de son père tout ce que nous désirons : Amen, amen dico vobis, si quid petieritis Patrem in nomine meo dabit vobis. ( Jo. xv;. 23.) Tout ce que vous désirez, dit-il, demandez-le en mon nom à mon père, et je vous promets qu'il vous exaucera. Comment mon père pourrait-il vous refuser aucune grâce, lui qui vous a donné son fils unique qu'il aime comme lui-même ? Pro nobis omnibus tradidit illum, qtwmodô non etiam cum illo omnia nobis donavit ? (Rom. vni. 32.) Mais il est nécessaire de le prier; Dieu est libéral envers qui le prie. Dives in omnes, qui iuvocant eum. (Rom. x. 12.)

    X. Je veux encore ajouter ici de belles pensées empruntées aux lettres du vén. Jean d'Avila, sur la grande confiance que nous devons avoir dans les mérites de Jésus-Christ.

    XI « N'oubliez pas qu'entre le père éternel et nom, nous avons pour médiateur Jésus-Christ, qui nous aime et qui s'est uni à nous par des liens d'amour si étroits que rien n'est capable de les délier, à moins que l'homme ne les rompe lui-même par le péché mortel. Le sang de Jésus-Christ crie toujours pour nous, demandant miséricorde, de telle sorte que le bruit de nos péchés n'est pas entendu. La mort de Jésus-Christ a fait, pour ainsi dire, mourir nos fautes. O mors, ero mors tua. Ceux qui se perdent, ne se perdent pas faute d'expiation, mais parce qu'ils ne veulent point profiter par le moyen des sacrements de l'expiation offerte par Jésus-Christ.

    XII. Jésus-Christ a pris à sa charge l'affaire de notre salut, comme la sienne propre. Il s'est approprié nos péchés, quoiqu'il ne LC 3 ait pas commis, et pour ces péchés, il a cherché le pardon ; et plein pour les hommes d'un violent amour, il a demandé pour eux, comme s'il l'eût fait pour lui-même, que tous ceux qui s'approcheraient de lui fussent aimés de son père. Il a obtenu ce qu'il désirait ; et Dieu a voulu que Jésus et nous, nous fussions tellement unis comme en tin seul corps, que nous fussions aimés ou haïs ensemble ; et comme Jésus n'est ni ne peut être haï de son père, si nous lui restons unis par l'amour, nous serons aimé» avec lui. Car il suffît que Jésus soit aimé de Dieu, pour qu'à notre tour nous soyons aimés, puisque Jésus-Christ peut plus pour nous faire aimer que nous ne pouvons pour nous faire haïr, et que le Père éternel aime plus encore son fil** qu'il ne hait le pécheur.

    XIII. Jésus a dit à son père : Je veux, mon père, que ceux que vous m'avez donnés, soient avec moi où je suis : Pater quos dedisti mihi, volo ut ubi sum ego, et illi tint mecum. ( J o. xvxi. 2 4 } L'amour a vaincu la haine, parce qu'il était plus fort qu'elle ; nous avons obtenu le pardon, nous sommes aimés, et nous sommes certains que là où se trouve un lien d'amour si f c r l, nous n'éprouverons jamais d'abandon. Le Seigneur a dit par la bouche d'Isaïe ( x u x. Une mère peut elle oublier son fit*? Et si jamais elle ne le peut je ne l'oublierai pas moi qui tiens ton nom écrit sur mes mains. Ces inscriptions sur ses mains ont été faites de son propre sang. Que rien donc ne trouble notre sécurité, de tout ce qui nous vient de ces mains sacrées qui ont été clouées à la croix, en témoignage de l'amour qui nous est accordé.

    XIV. Il n'est rien qui puisse nous effrayer autant que Jesus-Christ a de pouvoir pour nous rassurer. Les péchés que j'ai commis me pressent, ceux que peut-être je commettrai m'épouvantent, le démon me tend des embûches : je n'ai qu'à demander miséricorde à Jésus-Christ, qui a poussé l'amour pour moi jusqu'à souffrir la mort ; pourrai je manquer de confiance, moi, de qui le salut a été mis à un si haut prix, qu'un Dieu s'est sacrifié pour moi. O mon Jésus port assuré de tous ceux qui recourent à toi au moment des tempêtes, ô pasteur vigilant! celui-là se trompe qui veut s'amender, et qui ne met pas en toi sa confiance; car tu as dit : Ne craignez rien, je suis celui qui afflige et qui console. Quelquefois, je mets l'homme dans un état de souffrances et de misères, qui semblent pour lui un enfer; mais ensuite je l'en fais sortir, en lui servant d'appui. Je suis votre avocat, car j'ai fait ma cause de votre cause; je suis votre garant, car je suis venu payer vos dettes. Moi, votre Seigneur, qui vous ai rachetés démon sang, non pour vous abandonner, mais pour m'enrichir de vous, que j'ai délivrés de la mort à un si haut prix, je n'éviterai pas ceux qui me chercheront. Ne suis-je pas allé au-devant de ceux qui ne me cherchaient que pour m'outrager? Je n'ai pas détourné ma face de ceux qui me frappaient : je ne la détournerai pas de ceux qui voudront m'adorer. Mes enfants douteraient-ils démon amour, eux qui m'ont vu aux mains de mes ennemis pour l'amour d'eux? Ai-je méprisé jamais celui qui m'a aimé? Ai-je abandonné celui qui m'a appelé à son secours? Ne cherché-je pas même ceux qui ne me cherchaient pas?

    XV. Si tu crois que le père éternel t'a donné son fils, crois bien qu'il te donnera tout le reste ; car tout le reste est pour lui moins que son fils. Ne pense point que Jésus-Christ f a oublié, puisqu'il t'a laissé de son amour le gage le plus fort qu'il pût te donner, dans le sacrement de l'Eucharistie.

    O mon Jésus, mon amour ! que de belles espérances me donne votre Passion ! Comment craindrai-je de ne pas recevoir le pardon de mes péchés, le paradis, et toutes les grâces dont j'ai besoin, d'un Dieu tout puissant qui m'a donné tout son sang ? O mon Jésus, mon espérance et mon amour, vous avez voulu perdre la vie pour me sauver : je vous aime par-dessus tout, mon Rédempteur et mon Dieu ! vous vous êtes donné à moi, tout entier, je vous donne toutes mes affections, toutes mes volontés, c'est avec elle que je répète, je vous aime j je vous aime, et que je veux toujours dire, je vous aime, je vous aime. C'est ainsi que je veux vivre et mourir ; j'exhalerai mon dernier soupir en prononçant ces mots : Mou Oïcii, je vous aime, afin de commencer dès ce moment à vous consacrer un amour qui durera ton le l'éternité. Je vous aime donc, Seigneur, et parce que )ô vous aime, je me repens vivement de vous avoir offensé. Malheureux que je suis ! pour ne pas perdre une jouissance d'un moment, je me suis mille foi? exposé à vous perdre, vous, souverain bien ! Cette pensée fait le plus grand de mes tourmente ; ce qui me console, c'est de penser que j'ai affaire avec la bonté infinie, qui ne dédaigne point un cœur qui l'aime. Oh ! que ne puis-je mourir pour vous, qui êtes mort pour moi ! mon Rédempteur chéri, j'attends fermement de vous le salut éternel dans l'autre vie, et, dans celle-ci, la faculté de persévérer saintement dans votre amour ; de mon côté, je ferai tous mes efforts pour y réussir. Mais, par les mérites de votre mort, accordez-moi la persévérance à vous prier. Je vous le demande aussi, Marie, ma souveraine, et je l'espère de vous.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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