Pratique de l'amour de Jésus-Christ · Alphonse de Liguori
Chapitre I : Combien Jésus-Christ mérite d'être aimé de nous, pour l'amour qu'il nous a montré dans sa passion
Ipse enim pater amat vos quia vos me amastis. ( Jo. xvi. 27. ) H Y a des hommes, dit St. - François de Sales, qui placent la perfection dans l'austérité de la vie, d'autres la trouvent dans l'oraison ; ceux-ci, dans la fréquentation des sacrements, ceux-là, dans les aumônes ; mais tous se trompent. La perfection consiste à aimer Dieu de tout notre cœur. L'apôtre a écrit : Super omnia charitatem habete quoi est vinculum perfectionis. ( Coloss. 3. 1 4. ) C'est la charité qui cimente et conserve toutes les vertus, qui rendent l'homme parfait. Aussi, St.-Augustin disait-il : Ama et fac quod vis, aimez Dieu et faites ce que voudrez, parce qu'une âme qui aime Dieu apprend par cet amour même, à ne faire jamais rien qui puisse lui déplaire c l à faire tout ce qui lui plaît.
II. Dieu ne mérite-t-il pas tout notre amour ? Il nous a aimés de toute éternité. In charitate perpétua dilexi te. ( Jer. xxxi. 3. ) Homme, dit le Seigneur considère que j'ai été le p r c m i e i à t'aimer; tu n'étais pas encore, le monde même n'existait pas, et déjà je t'aimais, depuis que je suis Dieu, je t'aime ; depuis que je me suis aimé moi-même, je t'ai aimé aussi* Elle avait donc bien raison, nette pieuse vierge, S t c. - Agnès, lorsqu'on lui proposait s u r l a t e r r e d ' a u t r e s époux, qui lui demandaient son amour, de leur répondre Âb atio a:natore preventa sum. Allez disait-elle, amants de ce monde, et cessez de prétendre À mon amour : mon Dieu a été le premier à m'aimer, il m ' a a i m é d e t o u t e é t e r n i t é, il est juste q u e j e r é s e r v e p o u r lui toutes mes affections, et que je n'aime que lui.
III. Dieu, voyant que les hommes se laissent captiver par des bienfaits, voulut que des bienfaits les enchaînassent à son amour. Il dit donc : in funiculif Adam tvaham $os, in vinculis charitatis. ( Ose ae. xi. Je veux attirer les hommes à mon amour avec ces liens, par lesquels les hommes se laissent captiver, c'est - à - dire, avec les liens de l'amour. C'est l'amour, en effet, qui a présidé tous les d o n s q u e D i e u a faits à l'homme, après l'avoir doué d'une â m e à son image, ornée des facultés de la mémoire, de l'intelligence et de la volonté, après lui avoir donné un corps pourvu de sens, il a c r é é p o u r l u i l e c i e l e t l a t e r r e, et beaucoup d'autres choses, toutes par amour pour l'homme : les cieux, les étoiles, les planètes, les rivières, les fontaines, les montagnes, les plaines, les fruits et les diverses espèces d'animaux, afin que toutes ces créatures soient utiles à l'homme, et que l'homme Y aime par reconnaissance de tant de bienfaits. Cœlum et terra, s'écriait St, - Àugustin, et omnia mihi dicunt, ut amem te. Mon Dieu, disait-il, tout ce que je vois sur la terre et au-dessus de la terre me parle et m'excite à vous aimer, parce que tout me dit que vous l'avez fait par amour pour moi. L'abbé de Rancé, fondateur de la Trappe, sentait son cœur brûlant d'amour pour Dieu, quand, de son hennit âge, il regardait les collines, les fontaines, les oiseaux, les fleurs, les planètes, les cieux que Dieu avait créées par amour pour lui.
IV. De même, Ste.-Marie Madeleine de Pazzi1, lorsqu'elle tenait dans ses mains une belle fleur, se sentait embrasée d'amour pour Dieu ; le Seigneur, disait-elle, a donc pensé de toute éternité à créer cette fleur, par amour pour nous ! Auss", cette fleur devenait-elle un trait d'amour qui la frappait doucement, et l'unissait plus intimement à Dieu. Ste.-Thérèse, au contraire, disait qu'en voyant les arbres, les fontaines, les ruisseaux, les prairies, tous ces beaux objets de la création lui rappelaient son ingratitude ; puis-je aimer si peu, disait-elle, le Dieu qui a tant fait pour être aimé de moi ? On raconte encore à ce sujet qu'un pieux solitaire, marchant dans la campagne croyait que l'herbe et les fleurs qu'il voyait l'accusaient d'ingratitude envers Dieu, et lui, tout en cheminant, les frappait de son bâton, et leur disait, taisez-vous, taisez-vous ; vous m'appelez ingrat, vous me dites que Dieu vous a créées par amour pour moi „ et que je ne l'aime pas ; mais je vous ai comprises ; taisez-vous, taisez-vous ; ne me faites plus de reproches.
V, Mais Dieu ne s'est pas contenté de nous donner toutes ces belles créatures, pour captiver tout notre amour, il s'est donné lui-même tout entier à nous. Le père éternel a été jusqu'à nous livrer son fils, son propre fils. Sic enim Deus dilexit mundum, ut filium suum unigenitum darct. ( J O. I I K 1 6. ) Que fit-il, lorsqu'il vit que nous étions tous morts, et privés de sa grâce à cause du péché ? Par l'amour immense, et même, comme l'écrit l'apôtre, par l'excès d'amour qu'il nous portait il envoya son fils chéri satisfaire pour nous, et nous rendre ainsi cette vie * que le péché nous avait enlevée. Propter nimiam charitatem suam quâdileicil nos> et cilm e&senms moxUd peccalis, comivificavlt noi> in Christo. (Ephes. n. t\ et 5. ) Et en nous donnant son fils, qu'il immole pour nous sauver nous-mêmes, il nous donne avec lui sa grâce, son amour et le paradis, biens précieux, mais bien moins précieux que son fils. Qui etiam proprio ftlio suo mnprpercit sed pro nobis omnibus tradidit illum, quomodo non etiam eam Mo omnia nobis donaoit ? ( Rom. vin. 32. )
VI. Et le fils lui-même, par l'amour qu'il nous porte s'est aussi donné à nous tout entier : Dilexii nos, et tradidit semetipsum pro iwbU. (Gai, u. 2 0. ) Pour nous racheter de la mort éternelle et nous faire recouvrer la grâce divine et le paradis perdu, il se fit homme, et se revêtit de chair comme nous : Et veibum caro factum est. ( J O. i. 1 4. ) C'est donc un Dieu qui s'anéantit ; Exinanivit semetipsum, formant bervi ac* cipiens et habitu inventus ut homo. (Phil. n. 7.) "Voilà le maître du monde qui s'humilie jusqu'à prendre la forme d'un esclave, et se soumet à toutes les misères auxquelles les autres hommes sont sujets.
VII. Mais ce qui est bien plus étonnant, c'est qu'il pouvait bien nous sauver sans mourir, et sans souffrir; mars non, il choisit une vie de douleur et d'opprobre, une mort cruelle, et ignominieuse. Il expire sur une croix, gibet infâme destiné aux scélérats : Bumitiavit semetipsum, fadas ohtdiens usqtu admortem, mortem autem crucis. (Phil. n. 8.) Mais pourquoi, pouvant nous radier sans souffrir, voulut-il choisir la mort, et la mort de la croix? Pour nous montrer l'amour qu'il nous portait. Dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis. Il nous aima, et parce qu'il nous aimait, il se livra aux douleurs, à l'ignominie, à la mort la plus cruelle qu'eût jamais soufferte aucun homme.
VIII. Aussi St. - Paul, cet amant dévoué de Jésus-Christ dit à ce sujet : Charitas Christi urget nos (2. Cor. v. 14. ) et l'Apotre veut dire que ce qui nous oblige à l'aimer ce n'est pas tant ce qu'il a souffert, que l'amour qu'il nous a montré en souffrant pour nous. Écoutons ce que dit St.-François de Sales sur le texte cité : « Quand nous savons que Jésus, vrai Dieu, nous a aimés jusqu'à souffrir pour nous la mort, et la mort de la croix, n'est-ce pas en quelque sorte comme si nous avions nos cœurs à la presse, et que, par la force de la pression,l'amour s'en exprimât avec une violence d'autant plus forte qu'elle est plus aimable ? » Il ajoute ensuite : « Ah ! pourquoi ne nous jetons-nous pas sur Jésus crucifié, pour mourir sur la croix avec celui qui a voulu y mourir par amour pour nous ? Je le tiendrai, devrions-nous dire, et je ne l'abandonnerai jamais ; je mourrai avec lui, et je brûlerai dans les flammes de son amour. Un même feu consumera ce divin créateur, et sa misérable créature. Mon Jésus se donne tout entier à moi, et je me donne tout entier à lui Je vivrai et mourrai sur son cœur; ni la mort, ni la vie, ne me sépareront jamais de lui. O amour éternel, mon âme vous cherche, et vous choisit pour toujours. Ah ! venez Esprit-Saint, et enflammez nos cœurs de votre amour, ou aimer, ou mourir. Mourir à tout autre amour, pour vivre avec l'amour de Jésus. O Sauveur de nos âmes, faites que nous disions éternellement dans nos cantiques : Vive Jésus, j'ai nie Jésus. Vive Jésus, que j'aime. J'aime Jésus, qui vit dans les siècles des siècles. »
IX. L'amour que Jésus-Christ portait aux homme» était si grand, qu'il lui faisait désirer l'heure de sa mort, pour leur montrer sa tendresse. C'est pourquoi il disait pendant sa vie : Baptismo habeo baptizari, et quomodo coarcior usque dum perficiatur ! (Luc. xii. 50. ) Je dois être baptisé avec mon propre sang, et avec quelle ardeur je désire que l'heure de ma passion arrive, afin que les hommes connaissent promptement l'amour que je leur porte ! Et St.-Jean parlant de cette nuit, dans laquelle Jésus commença sa passion, s'exprime en ces termes : Sciens Jésus, quia venit hora ejus, ut transeat ex hoc mundo ad Patrem, cum dilexisset suos, in finem dilexit eos. (Jo. xm. 1.) L e R é * dempteur appelait cette heure, son heure, hora ejus parce que l'instant de sa mort était celui qu'il désirait pour donner aux hommes la dernière preuve de son amour, en mourant pour eux sur une croix, au milieu des douleurs.
X. Mais qui a pu porter un Dieu à mourir sur un gibet, entre deux scélérats, avec tant d'ignominie pour sa divine majesté ? Quis fecit hoc ? Demande St.-Bernard, et il répond : Fecit amor, dignUatis néscius. Ah ! l'amour, quand il veut se faire connaître, ne s'inquiète pas de ce qui convient à la dignité de l'amant, mais de ce qui peut le manifester plus sûrement à l'objet aimé. St.-François de Paule avait donc bien raison de s'écrier à la vue du crucifix : O charité, ô charité, ô charité ! Ainsi nous devrions tous, en voyant Jésus sur la croix, nous écrier de cœur : O amour, ô amour, ô amour !
XI. Ah! si la fui ne nous en assurait, qui pourrait Jamais croire qu'un Dieu tout-puissant, infiniment heureux, a aimé l'homme, jusqu'à paraître insensé par amour pour lui ? Nous avons vu la sagesse elle-même, c'est-à-dire le verbe éternel, tomber en démence par l'excès d'amour qu'il portait aux hommes ! Ainsi parlait St.-Laurent Justinien : Fidimua sapientem prec nimuiale amoris infaluatuml Ste.-Marie Madeleine disait la même chose, un jour qu'étant en extase, elle prit dans ses mains un crucifix, et qu'elle s'écriait : Oui, mon Jésus, vous êtes fou d'amour, je le dis et le dirai toujours, vous êtes fou d'amour, mon Jésus. Mais non, dit St.-Denis l'Aréopagite,(Lib.4de div. hom. ) Ce n'est pas une folie, mais c'est l'effet ordinaire de l'amour divin, de mettre l'amant hors de lui, pour le donner tout entier à l'objet aimé. Eœtasim facit divinus amor.
XII. Oh ! si les hommes s'arrêtaient à considérer, en regardant Jésus crucifié, l'affection qu'il a portée à chacun d'eux! » Et de quel amour, disait St.- François de Sales, ne serions-nous pas embrasés à la vue des flammes qui se trouvent dans le sein du Rédempteur! O h ! quel bonheur de pouvoir brûler du même feu dont brûle notre Dieu! Quelle joie d'être unis à Dieu par les chaînes de l'amour» St. - Bonaventure appelait les plaies de Jésus - Christ, des plaies qui blessent les cœurs les plus insensibles, et enflamment les âmes les plus glacées : Ruinera dura corda vutnerantia et mentes congelatas inflammanlia. Oh ! que de flèches amoureuses jaillissent de ces plaies pour aller frapper les cœurs les plus durs ! Oh ! que de flammes s'élancent du cœur ardent de Jésus-Christ, pour enflammer les cœurs les plu» froids ! Oh ! que da chaînes sortent de ce côté percé, pour lier les cœurs les plus indomptables !
XIII. Le vénérable Jean d'Âvila, qui était si plein d'amour pour Jésus-Christ que dans aucun de ses sermons il ne manquait de parler de l'amour que Jésus-Christ nous porte, écrivit, dans son Traité de L'Amour, que ce très-aimable Rédempteur a pour les hommes ces sentiments passionnés, qui sont trop beaux pour n'être pas insérés ici. C'est ainsi qu'il parle :
XIV. o O divin Rédempteur! vous avez aimé l'homme à un tel point, que celui qui considère cet amour ne peut s'empêcher de vous aimer, parce que votre amour fait violence aux cœurs, comme dit l'Apôtre : Charitas Christi urget nos. L'origine de l'amour de Jésus-Christ pour les hommes est son amour pour Dieu. Aussi dit-il, lu jour de la Cène : Ut cognoscat mundus quiddiUgo patrem, surgitc, eamas. Mais où veut-il aller? Mourir pour les hommes sur la croix. »
XV. » Aucune intelligence ne parvient à comprendre, combien est ardent ce feu dans le cœur de Jésus-Christ. Si, au lieu d'une mort, Dieu lui eût ordonné d'en souffrir mille, il avait assez d'amour pour les souffrir toutes. Et si les tourments qui lui furent imposés pour tous les hommes lui avaient été imposés pour le salut d'un seul, il l'aurait fait pour chacun, comme il le fît pour tous. Et si au lieu de rester trois heures sur la croix, il eût été nécessaire d'y rester jusqu'au jour du jugement, il avait assez d'amour pour s'y soumettre; de sorte que Jésus aima plus qu'il ne souffrit. O amour divin, combien vous avez été plus ardent que vous ne l'avez paru au-dehors ! car tant de plaies, tant de meurtrissures nous indiquent un grand amour, mais ne nous en disent pas toute l'étendue. Au-dehors ce fut une étincelle qui jaillit de cet océan immense d'amour, qui brûlait en dedans. La plus grande preuve de l'amour, c'est de donner sa vie pour ses amis ; mais cette preuve n'a pu suffire à Jésus-Christ pour exprimer le sien. »
XVI. « C'est cet amour qui met hors d'elles-mêmes les Ames sensibles, et les jette dans l'étonnement, lorsqu'il se dévoile à elles. De là vient qu'on se sent brûler les entrailles, qu'on désire le martyre, qu'on se réjouit dans les souffrances, qu'on se promène sur les charbons ardents, comme sur des roses, qu'on soupire après les tourments, qu'on se réjouit de ce que le monde craint, qu'on embrasse avidement ce que le monde abhorre. L'âme qui a épousé Jésus-Christ sur la croix, dit St.-Ambroise, ne voit rien de plus glorieux, que de porter avec elle le.s indignes de la croix. »
XVII. » Mais de quelle manière, ô mon amant» vous paierai-je votre amour, Le sang doit être payé avec le sang. Que je sois couvert de ce sang; que je sois cloué sur cette croix! Reçois-moi aussi, couronne d'épines, élargis-toi, afin que je puisse y mettre ma tête. O clous sacrés ! laissez les mains innocentes de mon Sauveur, et percez ce cœur de compassion et d'amour. Mon Jésus, dit St.-Paul, vous êtes mort pour vous rendre maître des vivants et des morts, non par des châtiments, mais par l'amour : In hoc Christ as mortuus est et resurrexit, ut mortuorum et vivoram dominetnr. ( Rom. xiv. 9. ) »
XVII J. » O larron des cœurs! La force de votre amour a brisé aussi nos cœurs si durs. Vous avez embrasé tout le monde de votre amour. O Sauveur très-aimant, enivrez nos cœurs de ce vin, brûlez nos cœurs de ce feu, frappez-les de cette flèche de votre amour. Cette croix est une arbalète qui blesse les cœurs. Que tout le monde sache que j'ai le cœur blessé. O mon amour,qu'avez-vous fait? Vous êtes venu pour me guérir, et vous m'avez blessé? vous êtes venu pour m'enseigner à vivre, et vous m'avez rendu comme insensé ? ô très-sage démence ! que Je ne vive plus désormais sans vous. Seigneur, tout ce que je vois dans la croix, tout m'invite à vous aimer; le bois, la figure, les plaies de votre corps, et surtout votre amour, tout, je le répète m'invite à vous aimer et à ne vous oublier jamais. »
XIX. Mais pour arriver au parfait amour de Jésus-Christ il faut t n prendre les moyens. Voici ceux que donne St.-Thomas d'Aquin : (Opusc. de Dilect. dei. §. 1. ) 1 °. Avoir un souvenir continuel des bienfaits de Dieu, tant généraux que particuliers. 2 °. Considérer l'infinie bonté de Dieu, qui est toujours prêt à nous faire du bien, qui nous aime toujours et ne demande de nous que notre amour. 3°. Eviter avec soin la moindre chose qui puisse lui déplaire. 4 ° - Renoncer à tous les biens sensibles de cette terre, richesses, honneurs et plaisirs des sens. Le F. Taulero ajoute qu'un grand moyen encore pour obtenir le parfait amour de Jésus-Christ, c'est de méditer sa sainte passion.
XX. Qui peut nier que la dévotion à la passion de Jésus-Christ ne soit la plus utile, la plus tendre, la plus chère à Dieu, celle qui console le plus efficacement les pécheurs, celle qui enflamme le plus les ames aimantes ? Et d'où recevons-nous plus de biens que de la passion de Jésus-Christ ? D'où tirons-nous la certitude du pardon, la force contre les tentations, l'espérance d'aller en paradis ? d'où nous viennent tant d'éclairs de vérité, tant d'inspirations d'amour, tant de mouvements qui nous portent à changer de vie, tant de désirs de nous donner à Dieu. Si ce n'est de la passion de Jésus-Christ ? L'Apôtre avait donc bien raison d'appeler excommunié quiconque n'aime pas Jésus-Christ. Si quis non amat Dominum nostrum Jesum Christum, sit anathema. ( 1. Cor. xvi. 2 2. )
X X L St.-Bonaventure dit qu'il n'y a pas de dévotion plus propre à sanctifier une âme, que la méditation de la passion de Jésus-Christ ; c'est pourquoi il nous conseille de méditer chaque jour ce mystère, si nous voulons avancer dans l'amour divin : Si vis proficere, quotidiè medilerh Domini passionem; nihil enim in anima ita operatur universalem sanctimoniam, sicut meditatio passions Christi Et d'abord, dit St.-Augustin, comme le rapporte Bustis, une larme répandue par le souvenir de la passion a plus de mérite que le jeûne au pain et à l'eau toutes les semaines. Magis meretur vel unam lacrymam emittere ob memoriam passionis Christi, quàm si qualibet hebdomadâ in pane jejunaret. Voilà pourquoi les saints se sont toujours occupés à considérer les douleurs de Jésus-Christ. St.-François d'Assise, par ce moyen, devint un séraphin. Un jour il fut trouvé pleurant et criant à haute voix. On lui demanda la cause de ces larmes. Je pleure, répondit-il, sur les douleurs et les ignominies de mon Sauveur, et ce qui m'a fait pleurer le plus amèrement c'est que les hommes, pour qui il a tant souffert, vivent sans y penser. En disant cela, les larmes redoublèrent à tel point que celui qui l'avait surpris en cet état se mit aussi à pleurer. Quand ce Saint entendait un agneau bêler, ou qu'il voyait quelque chose qui lui rappelait le souvenir de Jésus crucifié, aussitôt il recommençait à pleurer. Une autre fois, étant malade, quelqu'un lui conseilla de se faire lire quelque livre de dévotion : Mon livre, répondit-il, c'est Jésus crucifié. C'est pourquoi il ne faisait autre chose qu'exhorter ses frères à penser toujours à la passion de Jésus-Christ ; Quiconque, dit Tiépoli, ne s'enflamme pas de l'amour divin, en voyant Jésus mort sur la croix, ne te ressentira jamais.
O verbe éternel ! vous avez eu trente-trois années de sueurs et de souffrances, vous avez donné votre sang et votre vie pour sauver les hommes, vous n'avez rien épargné pour vous faire aimer d'eux ; comment peut-il donc se trouver des hommes qui le savent, et ne vous aiment pas ! O mon Dieu, je suis moi-même un de ces ingrats. Je vois le tort que je vous ai fait, mon Jésus, ayez pitié de moi. Je vous offre ce cœur ingrat, ingrat mais repentant. Oui, je me re périt s et je regarde comme le plus grand mal de vous avoir dédaigné. Je me repens et je vous aime de toute mon âme ! Mon àme, aime un Dieu enchaîné pour toi comme un coupable, un Dieu flagellé pour toi comme un esclave, un Dieu qui a souffert pour toi d'être appelé roi par moquerie, un Dieu mort pour toi sur la croix, comme un malfaiteur. Oui, mon Sauveur, mon Dieu, je vous aime, je vous aime. Ah! rappelez-moi toujours combien vous avez souffert pour moi, afin que je n'oublie jamais de vous aimer. Cordes, qui avez lié Jésus, liez-moi avec Jésus ; épines, qui avez couronné Jésus, blessez-moi d'amour pour Jésus. Clous, qui avez percé Jésus, clouez-moi à la croix de Jésus, afin que je vive et que je meure uni à Jésus. O sang de Jésus, enivrez-moi du saint amour! O mort de Jésus, faites-moi mourir à toutes les affections de la terre ! Pieds percés de mon Sauveur, je m'attache à vous; délivrez-moi de l'enfer que j'ai mérité. Mon Jésus, dans l'enfer je ne pourrais plus vous aimer, mais je veux vous aimer toujours. Mon bien-aimé Sauveur, sauvez-moi, pressez-moi contre vous, et ne permettez pas que je vous perde jamais ! O refuge des pécheurs, Marie, Mère de mon Sauveur, assistez un pécheur qui veut aimer Dieu, et qui se recommande à vous. Secourez-moi par l'amour que vous portez à Jésus-Christ,
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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