Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Opuscules spirituels · Saint François de Sales

    Les douze petits traittés

    Traittés III et IV : Prattique pour tout le jour et exercice de la préparation

    METTEZ ordre qu'aussi-tost que serez esveillée, vostre ame se jette du tout en Dieu par quelque saincte pensée, telle que cellecy : Comme le sommeil est l'image de la mort, aussi le réveil est l'image de la résurrection. Je croy que mon Rédempteur est vivant et qiC en ce dernier jour je ressusciteray (Job, 19). O Seigneur, que ce soit, s'il vous plaist, à la vie éternelle : Cette espérance repose dans mon sein. Hé! de grâce, donnez vostre dextre à l'ouvrage de vos mains : vous avez compté mes pas, mais pardonnez-moy mes offenses (Job, 14). Voyant le jour, passez avec la considération de la lumière corporelle à la spirituelle, ou bien de la temporelle à l'éternelle, et dites avec David : O Seigneur, en vostre clarté nous verrons la lumière (Ps. 35). Et vous habillant, après avoir fait le signe de la croix, dites tacitement : Revestez-moy, mon Dieu, du manteau d'innocence et de la robbe nuptiale de charité. Cela estant fait, occupez-vous quelque tems en la méditation.

    Arrivée que serez à l'église pour oilyr la messe, tandis que le prestre préparera le calice et le missel, mettez vous en la presence de Dieu. Depuis le Confiteor jusques à l'Evangile, produisez des affections de contrition ; de l'Evangile jusques à la Préface faites la protestation de foy; après le Sanctus, considérez le bénéfice de la mort et passion de Nostre-Seigneur; à l'Eslevation, adorez tres-profondement le divin Sauveur, et offrez-le à Dieu son Pere; après l'Eslevation, remerciez-le tres-humblement de l'institution de ce sainct sacrement; quand le prestre dira le Pater, recitez-le mentalement en toute dévotion ; à la Communion, communiez-vous réellement ou spirituellement; après la Communion, contemplez Nostre-Seigneur assis dans vostre cœur, et faites venir devant luy, l'un après l'autre, vos sens et vos puissances, pour oiïyr ses commandemens et pour luy promettre fidélité.

    Quand vous voudrez le matin sortir de vostre chambre, demandez humblement congé et bénédiction à vostre bon ange; le long du jour faites force oraysons jaculatoires; quand l'horloge sonnera, eslevez vostre cœur en disant : Dieu soit beny, l'éternité s'approche; pendant les affaires, regardez souvent la divine bonté, ayez provision de quelques parolles enflammées qui, de tems en tems, servent de refrein à vostre ame; avant le souper, j'approuve fort un petit de recollection.

    Entrez chaque jour de la semaine, dévotement, dans l'une des sacrées playes de nostre douloureux et amoureux Sauveur : le dimanche, entrez dans celle du costé; le lundy, dans celle du pied gauche; le mardy, dans celle du pied droict; le mercredy, dans celle de la main gauche; le jeudy, dans celle de la main droicte; le vendredy, dans les cicatrices de son adorable chef; le samedy, retournez entrer dans son sacré costé, affin que par iceluy vous commenciez et finissiez vostre semaine.

    S'il vous advient aucunes fois d'obmettre quelque chose de ce que je vous ordonne, n'entrez poipt pourtant en scrupule. Au reste, il faut que vous fassiez tout par amour, et rien par force; il faut plus aymer l'obeyssance que craindre la desobeyssance. Je veux que vous ayez l'esprit de liberté, non de celle qui forclost (1 ) l'obeyssance (car c'est la liberté de la chair), mais de celle-là qui bannit la contraincte, le scrupule et l'empressement. Je veux que s'il se présente occasion juste ou charitable de laisser vos exercices, ce vous soit une espèce d'obeyssance, et que ce manquement soit suppléé par amour. Je veux que vous fassiez tout sans empressement et avec esprit de douceur. Eslevez souvent vostre esprit à Dieu, mesme en Faysant les œuvres de Dieu. Em- (t> Exclut.

    ce mien exercice; et pour ce que la préparation est comme un fourrier à toutes nos actions, je m'y occuperay, selon la diversité des occurrences, et tascheray par le moyen d'icelle, de me disposer à bien et louablement traitter et prattiquer mes affaires.

    1. La première partie de cet exercice est l'invocation. Partant, recognoissant que je suis exposé à une infinité de dangers, j'invoqueray l'assistance de mon Dieu, et diray : Domine, nisi custodieris animam meam, frustra vigilat qui custodît eam (Ps.* 126); Seigneur, si vous n'avez soing de mon ame, c'est en vain qu'un autre en aura du soing.

    De plus, recognoissant que la conversation m'a autresfois fait tomber en beaucoup d'imperfections et de manquemens, je m'escrieray : Ssepè expugnaverunt me à juventute meâ, dicat nunc anima mea (Ps. 128); O mon ame, dites hardyment : Dés mon bas aage on m'a grandement et fort persécutée; et de plus : Domine, eslo mihi in Deum protectorem, et in domum refugii, ut salvum me facias (Ps. 30) ; O mon Dieu, soyez mon protecteur, soyez-moy lieu de refuge, sauvez-moy des embusches de mes ennemys. Domine, si vis, potes me mundare (Matth, 8); Seigneur, pourveu que vous le vouliez, vous me pouvez rendre net.

    En somme, je le prieray de me faire digne de passer la journée sans l'offenser; à quoy servira ce qui est escrit au psalme 143 : Notam fac mihi viam in quâ ambulem, quia ad te levavi animam meam. Eripeme de inimicis meis, Domine, ad te confugi: dôce me facere voluntatem tuam, quia Deus meus es tu. Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam : propter nomem tuum, Domine, vivificabis me in sequitate tuâ; J'ay eslevé mon cœur à vous pour cet effect : delivrez-moy, ô mon Dieu, de mes adversaires; apprenez-moy à faire vostre volonté, puisque vous estes mon Dieu ! vostre bon esprit me conduira par la main au bon chemin, et vostre divine Majesté me donnera la vraye vie par son indicible amour et par son immense charité.

    2. La seconde partie est l'imagination, qui n'est autre chose qu'une prévoyance ou conjecture de tout ce qui peut arriver le long de la journée, Donc, je penseray sérieusement aux accidens qui me pourront survenir, aux compaignies où possible je seray contrainct de me treuver, aux affaires qui peut-estre se présenteront, aux lieux où je seray sollicité de me transporter ; et ainsi, avec la grâce de Nostre-Seigneur, j'iray sagement et prudemment au devant des difficultez et des occasions dangereuses qui me pourroient surprendre et prendre.

    3. La troisiesme partie est la disposition. C'est pourquoy, après avoir discrètement conjecturé les divers labyrinthes où aysement je m'esgarerois et courrois risque de me perdre, je considereray diligemment et rechercheray les meilleurs moyens pour esviter les mauvais pas; je disposeray aussi, et ordonneray à part moy de ce qu'il me conviendra faire, de l'ordre et de la façon qu'il faudra observer en tels et tels négoces, de ce que je diray en compaignie, de la contenance que je tiendray, de ce que je fuiray ou rechercheray.

    4. La qnatriesme partie est la resolution. En suitte de quoy je feray -un ferme propos de ne jamais plus offenser Dieu, et spécialement en cette présente journée. Pour cette fin, je me serviray des parolles du prophète royal David : Nonne Deo subjecta eris, anima mea? ab ipso enim salutare taum (Ps. 98); eh bien! mon ame, n'obeyrez-vous pas de bon cœur aux sainctes volontez de Dieu, veu que de luy despend vostre salut? Ah ! que c'est une grande lascheté de se laisser persuader et conduire à mal faire, contre l'amour et désir du Créateur, par crainte, amour, désir et hayne des créatures, quelles qu'elles soient! Certainement, ce Dieu d'infinie majesté estant recognu de nous digne de tout honneur et service, ne peut estre mesprisé qu'à faute de courage. A quel propos contrevenir à ses équitables loyx pour esviter les dommaiges du corps, des biens et de l'honneur? que nous peuvent faire les créatures? Or sus, consolons-nous et fortifions-nous tous ensemble sur ce beau verset du Psalmiste : Dominas regnavit, irascaniur populi ; qui sedet super Cherubim, moveatur terra (Ps. 26). Que les meschans fassent du pis qu'ils pourront contre moy; le Seigneur est puissant pour les tous royalement subjuguer. Que le monde gronde tant qu'il voudra contre moy seulement, il ne m'importe, puisque celuy qui domine sur tous les esprits angeliques est mon protecteur.

    5. La cinquiesme partie est la recommandation. Voilà pourquoy je me remettray, et tout ce qui despend de moy, entre les mains de l'éternelle Bonté, et la supplieray m'avoir tousjours pour recommandé. Je luy laisseray absolument le soing de ce que je suis et de ce qu'il veut que je sois; je diray de tout mon cœur : Unam petii à te, Domine Jesu, hanc requiram, ut faciam voluntatem tuam omnibus diebus vitae mese (Ps. 30); Je vous ay demandé une chose, ô Jésus mon Seigneur, et derechef je vous lademanderay, à sçavoir, que j'accomplisse fidellement vostre amoureuse volonté tous les jours de ma pauvre et chetive vie. In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum ; Je vous recommande, ô bénin Seigneur, mon ame, mon esprit, mon TTI.

    cœur, ma mémoire, mon entendement et ma volonté : hé! faites qu'avec et en tout cela je vous serve, je vous ayme, je vous playse et honore à jamais.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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