Opuscules spirituels · Saint François de Sales
Les douze petits traittés
Traitté II : Conduitte particulière pour passer utilement la journée
EXCITATUS à somno, mane statim, in hœc verba, gratiasagam Domino Deo meo : In matutinis meditabor in te, quia fusiii adjutormeus. Cogitabo posteà sacrum aliquod mysterium, prsesertim pastorum devotionem, qui in ipsis nascentis aurorse incunabilis divinum Infantem natum adoraverunt; ejusdem (Jesu) apparitionem, cùm, in triumphali suse resurrectionis die, dulcissimffî Matri sese-ostendit; et Mariarum sedulitatem, quae, ut vidèrent et venerarentur defuncti vitse Dei corpus, surnmâ pie-
ARTICULUS VII.
Quoniam verô hujusmodi devotionis actus nonnunquam nocturni fragores impediunt, iis si forte caperer, in custodis Angeli consideratione recreabor, dicendo : Dominus à dextris est mihi, ne commovear; quod de custode angelo doctores aliqui interprétai sunt. Versum etiam hune adducam in memoriam : Scuto circumdabit te veritas ejus; non timebis à timoré nocturno. Utar prcetereà sanctis hisce Davidis verbis : Dominus illuminatio mea et salus mea; guem timebo? Quasi diceretur : Neque sol, neque ejus radii, mea lux preecipua sunt; neque-me salvabit societas, verùm ipse solus Deus, qui aequè mihi propitius est nocte ac die.
1. Le matin, aussi tost que je seray esveillé, je rendray grâces à mon Dieu avec ces parolles du psalmiste royal David : In matutinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus (Ps. 62); c'est-à-dire : Dés l'aube du jour, vous serez le subjet de ma méditation, d'autant que vous avez esté ma sauvegarde. Par après, je penseray à quelque Sacré mystère, signamment à la dévotion des pasteurs, qui vinrent sur le lever de l'aurore adorer le divin Poupon; à l'apparition qu'il fît à Nostre-Dame, sa douce mere, le jour de sa triomphante résurrection ; et à la diligence des Maries, lesquelles, esraeuës de pitié, se levèrent de bon matin pour honnorer le sepulchre du vray Dieu de la vie, trespassé. En suite de quoy, je considereray que nostre amoureux Sauveur est la lumière des Gentils et la lumière qui dissipe les ténèbres du péché; et sur quoy, faysant une saincte resolution pour toute la journée, je chanteray avec David : Marie adstabo tibi, et videbo, quoniam non Deus volens iniquitatem tu es (Psal. 5 ) ; Je me leveray de bonne heure, et, me mettant en vostre présence je considereray que vous estes le Dieu auquel desplaist l'iniquité, partant je la fuïray de tout mon possible, comme chose souverainement desaggreable à vostre infinie Majesté.
2. Je ne manqueray tous les jours d'oûyr la saincte messe; et affin d'assister convenablement à cet ineffable mystère, j'inviteray les facultez de mon ame d'y faire leur devoir, avec cet excellent verset: Venite et videte opéra Domini, quse posuit prodigia super terram (Ps. 45); Venez voir les œuvres du Seigneur, venez admirer les merveilles qu'il daigne faire en nostre terre : Transeamus usque Bethléem, et mdeamus hoc verbum quod factura est, quod Dominus os tendit nobis (Luc. 2). Allons à l'église, car c'est là où Ton fait le pain supersubstantiel, avec les sainctes parolles que Dieu a mises en la bouche des prestres, pour nostre consolation.
3. Comme le corps a besoin de prendre son sommeil pour délasser et soulager ses membres travaillez, de mesme est-il nécessaire que l'ame ayt quelque tems pour sommeiller et se reposer entre les chastes bras de son céleste espoux, affin de restaurer par ce moyen ses forces et la vigueur de ses puissances spirituelles, aucunement recréuës et fatiguées; partant, je destineray tous les jours certain tems pour ce sacré sommeil, à ce que mon ame, à l'imitation du bien-aymé disciple, dorme en toute asseurance sur l'amiable poictrine, voire dans le cœur amoureux de l'amoureux Sauveur.
Or, tout ainsi que par le sommeil corporel toutes les opérations corporelles se resserrent tellement dans le corps, qu'elles n'entendent rien pour tout au delà d'iceluy; aussi donneray-je ordre que mon ame en ce tems-là se relire tout à fait en soymesme, et qu'elle ne fasse autre fonction que de ce qui luy touchera et appartiendra, obeyssant humblement au dire du prophète : Sitrqite postquàm sederitis, qui manducatis panem doloris (Ps. 126); O vous qui mangez volontiers le pain de douleur, ou en la doleance de vos fautes, ou en la condoléance de celles du prochain, ne vous levez pas, n'allez pas aux occupations extérieures de ce siècle laborieux, que vous ne vous soyez au préalable suffisamment reposez en la contemplation des choses éternelles.
4. Que si, comme il advient souvent, je ne puis treuver autre heure pour ce repos spirituel, à tout le moins desroberay-je une partie du repos corporel pour l'employer fidellement en un si vigilant sommeil. Voicy donc comme je feray : ou je veilleray mesmement dans le lict quelque peu de tems après les autres, si je ne puis faire autrement; ou je m'esveilleray après le premier sommeil; ou bien le matin je me leveray devant les autres, et me ressouviendray de ce que Nostre-Seigneur a dit à ce pFopos : Vigilate et orate, ne intreiis in tentationem (Matth. 26); Veillez et faites orayson, de peur que vous ne soyez en tentation.
5. Si Dieu me fait la grâce de m'esveiller parmy la nuict, je resveilleray incontinent mon cœur avec ces parolles : Media nocte clamor factus est : Ecce sponsus venit, exite obviam ei (Ibid. 25); Sur le minuict on a crié : Voilà l'espoux qui vient, allez au devant de luy. Puis, par la considération des ténèbres extérieures, entrant dans la considération de celles de mon ame et de tous les pécheurs, je formeray cette prière : Illuminare his qui in tenebris et in umbrâ mortis sedent, ad dirigendos pedes nostros in viarn pacis (Luc. i ). Hé! Seigneur, puisque les entrailles de vostre miséricorde vous ont fait descendre du ciel en terre pour nous venir visiter, de grâce, illuminez ceux qui gisent estendus de leur long dans les ténèbres d'ignorance et dans l'ombre de la mort éternelle, qui est le péché mortel; conduisez-les aussi, s'il vous plaist, au chemin de la paix intérieure.
Je tascheray encore de m'exciter, prononçant ces parolles du sainct Prophete-Roy : In noctibus extollite manus vestras in sancia, et benedicite Dominum (Ps. 133); Eslevez et estendez de nuict vos mains vers le ciel, et bénissez le Seigneur. Je mettray peine d'effectuer son commandement : Qu<e dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini (Ibid. 4); Ayez repentance, mesme dans le lict, des péchez que vous commettez avec la seule pensée; ce que pour deuëment accomplir, à l'imitation de cet harmonieux cygne pénitent : Lacrymis meis stratum meum rigabo, Je baigneray ma couche de mes larmes.
6. Parfois je me retourneray à mon Dieu mon Sauveur, et luy diray : Ecce non dormitabit, neque dormiet, qui custodit Israël (Ps. 120); Non, vous ne dormez ny ne sommeillez point, ô vous qui gardez l'Israël de nos ames. Dum médium silentium tenerent mnnia, et nox in suo cursu médium iter haberet, omnipotens sermo tuus, Domine, à regalibus sedibus venit (Sap. 18). Les plus sombres ténèbres de la minuict ne peuvent donner aucun obstacle à vos divins effects : à ceste heure-là vous nasquites de la Vierge sacrée vostre Mere ; à ceste heure-là aussi vous pouvez faire naistre vos célestes grâces dans mon ame, et nous combler de vos plus chères faveurs. Ah ! Rédempteur pitoyable ( { ), illumina oculos meos, ne itnquam obdormiamin morte, neqaando dicat inimicus meus : Prœvahii adversùs eum (Ps. 12). Illuminez tellement mon pauvre et aveuglé cœur des beaux rayons de vostre grâce, que jamais il ne s'arresle en façon quelconque en la mort du péché. Hé ! ne permettez pas, je vous prie, que mes ennemys invisibles puissent dire : Nous avons eu barre sur luy. Enfin, après avoir considéré les ténèbres et les imperfections de mon ame, je pourray dire les parolles qui sont en Isaye : Custos, quid de nocte? custos, quid de nocte (Isa. 21)? c'est-à-dire : O.
(1> Plein de pitié.
surveillant, surveillant, reste-t-il encore beaucoup de la nuict de nos imperfections? et j'entendray qu'il me respondra : Venu mane, et nox, le matin des bonnes inspirations est venu; pourquoy est-ce que tu aymes plus les ténèbres que la lumière?
7. D'autant que les nocturnes frayeurs ont accoustumé d'empescher telles dévotions, si par fortune je m'en sentois saisy, je m'en delivreray avec la considération de mon bon ange gardien, disant : Dominits à dextris est mihi,ne commovear (Ps. iS) ; Mon Seigneur est à mon costé droict, affin que je ne craigne rien : ce qu'aucuns docteurs ont expliqué du bon ange. Je me souviendray de ce verset : Scuto circumdabit te veritas ejus, non timebis à timoré noctumo (Ps. 90) ; L'escu de la foy et ferme confiance en Dieu me couvrira, c'est pourquoy je ne dois avoir peur de chose quelconque. D'abondant je me serviray de ces sainctes parolles de David : Dominus illuminatio mea, et salus mea : quem timebo (Ps. 26) ? qui est autant que si on disoit : Le soleil ny ses rayons ne sont pas lumière principale, ny la compaignie ne me sauve pas; mais Dieu seul, lequel m'est aussi propice la nuict comme le jour.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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