Opuscules relatifs au Saint-Sacrement · Alphonse de Liguori
II. Actes pour la Communion : Actes avant la Communion
I. ACTE DE Foi. Ecce hic venit saliens in mouiibus iransitiens colles. (Cant. u. 8. ) O mon bien aimable Sauveur, combien ne vous a-t-il pas fallu franchir de montagnes âpres et rudes pour venir vous unir à moi dans le Sacrement de l'autel! Vous avec dû descendre du rang suprême à la simple humanité, d'immense devenir enfant, de Seigneur esclave; tomber du ciel dans une étable, après avoir passé du sein de l'Éternel dans celui d'une vierge; quitter votre trône de gloire pour monter à un odieux gibet. Et ce matin encore? Il faudra qu'abandonnant le séjour céleste vous veniez habiter dans mon corps !
En ipse stat post parietem nostrum, respiciens per fenest)as, prospiciens per cawello*. (Gant, Î I. 9. ) Allons mon âme, courage! voici Jésus toujours brûlant du même amour qui l'a conduit à mourir pour toi; maintenant il se tient caché dans le Sacrement, sous des espèces commimc&fprospiciens percancellos. Cet amant passionné, désirant que nous répondions aux sentiments qu'il a montrés, nous regarde sans être vu du fond de l'hostie qui le renferme, il nous observe comme à travers une jalousie; c'est surtout sur moi qu'il tient les yeux fixés, sur moi qui vais me nourrir ce matin de sa chair divine; il veut savoir à quoi je pense, ce que j'aime, ce que je désire, ce que je cherche, quelle offrande je vais lui offrir.
Réveille-toi donc mon âme, prépare-toi à recevoir Jésus, d'abord avec la foi en lui disant : il est donc vrai, mon Rédempteur bien-aimé que dans peu d'instants vous allez venir dans mon cœur ? O Dieu que la plus grande partie des hommes veulent reconnaître, je vous croie» je vous confesse et je vous adore dans le Saint-Sacrement pour mon Seigneur et mon Sauveur; et pour confesser cette vérité, je donnerais volontiers ma vie. Vous venez pour m'enrichir de vos grâces et vous unir à moi ; quelle confiance ne dois-je pas avoir dans les effets de votre venue.
II. ACTE DE CONFIANCE Mon âme, dilate-toi; Jésus t'aime et il peut te combler de biens. Attends tout de lui, car c'est tort plein d'amour et poussé par l'amour qu'il arrive à toi. Oui, mon Jésus, mon espérance, je me confie en votre bonté; en vous donnant vous-même à moi ce matin, vous allumerez dans mon cœur la pure flamme de votre amour, et un vrai désir de vous plaire, afin que dorénavant, je ne fasse que les seules choses qui seront à votre gré.
III. O mon Dieu! mon Dieu. véri-
ACTE D'ANOXIE.
table et. unique amour de mon âme, que pouviez-vous faire de plus pour que je vous aimasse? Il ne vous a pas suffi, Seigneur, de mourir pour moi ; vous avez voulu instituer ce grand Sacrement pour vous donner tout à moi, et vous unir étroitement et cœur-à cœur à une créature aussi vile et aussi ingrate que je le suis. 11 y a plu*; vous m'invitez vous-même à vous recevoir, vous désirez ardemment que je vous reçoive ! ô amour immense, amour incompréhensible, amour infini! Un Dieu qui se donne tout entier à moi !
Le crois-tu? mon âme, eh ! que fais-tu? quedis-tu? Dieu ! oh Dieu, aimable infini, unique objet digne de tous les amours, je vous aime de tout mon cœur, par-dessus tout, plus que moi-même et que ma propre vie. Ah! que ne puis-je vous voir aimé de tous les hommes, cher à tous les c œ u i s, autant que vous le méritez. Je vous aime, ô Dieu très-aimable, et pour vous mieux aimer punis mon faible cœur aux cœurs des Séraphins, au cœur de Marie très-sainte, au cœur de Jésus-Christ, votre fils bien-aimé. Je vous aime, ô bonté infinie, de cet amour dont vous aiment les saints, Marie et Jésus; et je n'aime que vous seul, parce que vous seul êtes digne, d'amour. Sortez de mort cœur, affections mondaines, qui n'êtes point à Dieu. Mère de l'amour saint, Marie, aidez-moi, je vous prie, à aimer ce Dieu que vous désirez tant voir aimé de tous!
IV. Ainsi, mon âme, tu vas te
À C I E D'HUMILITÉ.
nourrir des c h a i i M sacrées de Jésus-Christ? En es-tu digne? Eh ! mon Dieu, que suis-je et qui êtes-vous ? Je sais bien que c'est vous qui vous donnez à moi, mais sachez qui je suis, moi qui dois vous recevoir.
Est-il possible, ô mon Jésus, que vous, pureté infinie, vous désiriez habiter dans cette âme qui servit si souvent de demeure à votre ennemi, qui, si souvent, fut souillée de péchés hideux? Je connais, Seigneur, toute votre majesté, toute ma misère ; je n'ose me présenter devant vous. Je voudrais m'éloigner de vous par respect, mais si je m'éloigne, ô ma vie où irai-je, à qui aurai-je recours ? Eh ! que deviendrai-je ? Oh non, je ne m'éloignerai pas, je chercherai au contraire à me rapprocher davantage. Vous voulez que je vous reçoive pour nourriture ; vous m'y invitez même ; je viens donc mon aimable. Sauveur, je viens vous recevoir ce matin, humilié, couf 113 de mes défauts, mais tout rempli de confiance en votre miséricorde et en votre amour.
V. A C T E D E D O U L E F I ;. Combien je regrette, ô Dieu de mon âme, de ne pas vous avoir aimé avant ce moment, et au lieu de vous aimer, de vous avoir tant de fois offensé, pour satisfaire mes penchants au mépris de votre bonté infinie, de votre grâce, de votre amitié ; d'avoir voulu, ô mon Dieu, vous perdre volontairement.,1e me repens, Segucur, de toute mon âme. Je déteste les fautes que j'ai commises, graves ou légères, je les déteste plus que tout, parce qu'elles vous ont offensé, vous, bonté infinie. J'espère que vous m'aurez déjà pardonné, mais si je n'avais pas encore obtenu le pardon, daignez me l'accorder avant que je vous reçoive. Lavez de votre sang précieux cette âme où dans peu vous allez habiter.
VI. ACTE DE DÉSIR. Courage, mon âme, voici l'heure de bonheur où ton Jésus va te choisir pour sa demeure. C'est le roi du ciel, c'est ton Rédempteur, ton T>icu< qui vient vers toi ; prépare-toi à le recevoir avec amour; appelle-le avec désir; dis-lui : Viens, ô mon Jésus, dans cette âme qui te désire. À\aut que vous vous donniez à moi, je veux me donner à vous, je vous donne mon misérable cœur ; acceptez-le, Seigneur, et hâtez-vous d'en prendre possession.
Venez, ô mon Dieu, venez promptement et sans tarder. Mon bien unique et infini, mon trésor, ma vie, mon paradis, mon amour, mon tout ; je voudrais vous recevoir avec cet amour que vous ont montré les âmes les plus saintes et les plus aimantes, avec l'amour qu'avait Marie. J'unis ma communion à leurs communions.
Très-sainte Vierge Marie, ma mère, me voici près de recevoir votre fils. Je voudrais avoir votre cœur et votre amour. Donnez-moi, ce matin, votre Jésus comme vous le présentâtes aux pasteurs et aux saints Mages. C'est de vos mains si pures que je veux le recevoir. Dites-lui que je suis votre serviteur dévoué, que plus il me regardera d'un œil bienveillant, plus l'heure qui s'approche m'unira étroitement avec lui.
Il n'est pas d'oraison plus agréable A Dieu, ni plus utile à l'âme que celle qui se fait pour le remercier, après la communion. Plusieurs ailleurs graves, Suarez, Gaétan, Valence, de Lugo et d'autres, pensent que la communion, tant que durent les espèces sacramentelles, produit pour l'âme les plus grands biens, si toutefois l'âme persiste à faire de nouveaux actes d'amour divin. Le concile de Florence, sur le décret d'Eugène IV, adressé aux Arméniens, nous enseigne que le très-Saint Sacrement produit dans l'âme, les mêmes effets que les aliments terrestres produisent sur le corps, auquel ils donnent la force et la santé.
C'est pour cela que les âmes saintes tâchent de rester en oraison après la communion, le plus qu'elles le peuvent. Le Vén. Avila, bien qu'à la tête de ses missions, passait toujours deux heures en oraison, après la communion. Le P. Balthazar Alvarez disait que le temps qui suit la communion est très-précieux, et qu'il lui semblait entendre de la bouche même de Jésus-Christ les paroles qu'il adressait à ses disciples : Me autem non semper habelis.
C'est une mauvaise pratique, après la communion, que de se mettre à lire, comme font beaucoup de personnes ; il vaut mieux employer au moins un peu de temps en aspirations, en prières jaculatoires, à s'entretenir avec Jésus-Christ qui est alors en vous, à répéter des paroles affectueuses. Jésus, dans le jardin des Olives, passa trois heures à redire les mêmes prières ; et oravit tertio, eumdem sermonem dicens. ( Matth. 26. )
C'est donc par des aspirations et des prières, que l'âme doit s'entretenir avec Jésus-Christ après la communion. II ecl hou d?.Hic (pie les actes d'oraison qui suivent la réception du Sacrement ont un tout autre mérite aux yeux île Dieu, que ceux qui y oui faits en un autre temps, parce que 1 "âme se trouvant alors unie avec Jésus-Christ, les prières prennent plus de valeur par la présence de Jésus.
Il faut <V\m encore qu'après la communion, Jésus-Christ se trouve plus disposé à distribuer ses grâces. Ste.-Thérèse dit qu'après la communion, Jésus.'établit dans î'àmc ctniuimsurun iroue de grâces, et qu'il lui dit : Quia vis ut tibi frwiam ? domine s'il lui disait : Ame, je suis venue exprès pour te faire grâce ; demande-moi ce que tu veux et tout ce que tu veux, tu seras satisfaite.
Oh ! quels trésors de grâces tu recevais, âme dévote, si tu continuais A l'entretenir avec Jésus- Christ, après la ccn:niunion, au moins pendant une heure ; tu pourrais lire les actes suivants, q r e je place ici pour ton avantage. Cela, au reste, ne suffira pas, et il faudra, pendant le jour de la communion, se maintenir dans une union étroite avec Jésus-Christ, ai moyen des aspirations et de la prière.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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