Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Opuscules pieux · Alphonse de Liguori

    I. Flèches de feu, ou preuves que Jésus-Christ nous a données de son amour dans l'œuvre de la Rédemption (2/2)

    Il c.«i vrai, mon Rédempteur, que par le passé, j'ai renoncé à votre amour, pour ne pas abandonner mes plaisirs; maintenant, éclairé et changé par votre grâce, je suis disposé à donner mille fois ma vie pour vous ! OS) ! fusse-je mort plutôt que de vous avoir offensé; oh ! vous eusse-je toujours aimé ! je vous remercie de ce que vous me donnez le temps de vous aimer dans cette vie, pour vous aimer ensuite dans l'éternité. Rappelez-moi toujours, mon Jésus, la mort ignominieuse que vous avez soufferte, pour que je n'oublie pas tout ce que je vous dois; de reconnaissance et d'amour. Je vous aime, bonté infinie, plus que je ne puis le dire, faites-moi mourir, détruisez-moi, anéantissez-moi, avant que je cesse de vous aimer. Je \ous dirai avec St.-François de Sales : O amour éternel ! mon à me vous cherche. Venez, Esprit Saint, et enflammez nos cœurs de votre amour. Aimer ou mourir. Mourir à tout autre amour que celui de Jésus !

    XX.VIL Churitas enim Christi nrget nos. (2.Cor. V. Voici les belles paroles de St.-François de Sales sur ;e passage, dans son livre de l'Amour Divin ; elles sont tendres et pleines d'onction. Écoutez-moi, Théotime ; rien n'agit plus fortement que l'amour sur le cœur de l'homme Qu'un homme sache qu'il est aimé d'une personne quelle qu'elle soit, il se sent porté à l'aimer aussi ; si c'est un homme du peuple et que celui qui l'aime soit un grand seigneur, il se sentira plus disposé encore à l'aimer; mais si ce grand seigneur était un monarque, combien plus cette disposition serait active ? Or, vous savez que Jésus, le vrai Dieu, vous a aimé jusqu'à souffrir la mort pour vous, la mort sur une croix, n'est-ce pas, pour ainsi dire, avoir vos cœurs sous une machine qui les foule les presse, et en exprime l'amour avec une force d'autant plus grande que Dieu est plus aimable ?

    Puisque vous voulez être aimé de moi, mon Jésus, rappelez-vous toujours l'amour que vous avez eu pour moi et les peines que vous avez souffertes pour me le témoigner. Faites que ce souvenir ne s'éloigne jamais de mon esprit ni de celui de tous les hommes, car il n'est pas possible de croire à vos souffrances, sans vous aimer. Ce qui a causé autrefois les désordres de ma coupable vie ; c'est de n'avoir pas considéré ["amour que vous aviez pour moi. Cependant je n'ignorais pas combien je vous déplaisais par mes péchés 5 et malgré cela j'y ai persévéré. Chaque fois que j'y songe, je voudrais mourir de douleur: et je n'aurais joint le courage de vous en demander le pardon, si je ne savais que vous été? mort exprès pour me pardonner. Vous m'avez supporté, pour qu'en pensant à mes offenses et à votre passion, mon repentir et mon amour croissent également. Je me repens, mon cher Rédempteur, et je vous aime de toute mon âme. Après tant de marques d ' a c c u i et de miséricorde que vous m'avez données, pourrais-je vouloir aimer un autre objet que vous ? Non, et je veux vous aimer de toutes mes forces. mon amour et mon tout. Mon amour, parce que je mets en vous toutes mes affections ; mon tout, parce que je ne veux rien que vous. Faites donc, ô mon Dieu que dans cette vie, à l'heure de la mort, et durant toute l'éternité, je vous appelle toujours mon amour et mon tout

    XXVI H. Charitas Christi urget nos. Considérons de nouveau la force de ces paroles. L'Apôtre veut dire que c'est moins ce que Jésus-Christ a souffert pour nous, qui doit nous exciter à l'aimer, que l'amour qu'il nous a fait voir en s'exposant volontairement aux souffrances. Cet amour faisait dire à notre Sauveur lui-même, qu'il éprouvait le plus grand désir d'arriver à l'heure de la mort, pour nous faire connaître son amour immense. Baptismo habeo baptizari, et quomodo coarctor usque dum perficiatur. (Luc. XII. 50.) Et dans la nuit qui précéda sa mort, il ajouta ; Desiderio desiderovi hoc pnscha manduca^e vobiscum* (Luc. XXII. 13.)

    Vous désiriez, ô mon Jésus ! avec tant d'ardeur d'être aimé de moi, que ce fut le désir de toute votre vie de souffrir et de mourir pour nous, afin de nous mettre dans la nécessité de vous aimer, ne fût-ce que par reconnaissance. Comment se fait-il pourtant que nous montrions si peu d'empressement pour obtenir votre amour ? Malheureux insensé que j'étais! non seulement je ne désirais point votre amour, mais encore je m'attirais votre haine par mon irrévérence. Je connais, mon Rédempteur chéri, tout le mal que j'ai fait, et je le déteste et m'en repens de tout mon cœur. Je désire votre amour aujourd'hui, par-dessus tous les biens de la terre; car je vous aime plus que moi-même, et je ne désire que vous aimer et être aimé de vous. Oubliez, mon Jésus, toutes mes offenses, et aimez-moi. Vous savez d'ailleurs combien je suis faible. aidez-moi, mon Jésus, objet de mon amour, aidez-moi, Jésus, mon espérance. Aidez-moi aussi de vos prières, ô Marie, mère de Dieu.

    XXIX. Majorant hâc tlUeclionem nemo habet ut animam suam portât quis pro amicis suis, (Jo. xv. 13.) Que pouvait faire de plus le Seigneur, ô mon âme ! pour se faire aimer de toi ? donner sa vie pour un autre c'est la plus grande marque d'affection qu'un ami puisse donner. Mais quelle affection que celle d'un Dieu qui veut mourir pour.«es créatures! C'était là ce qui faisait dire à S t. - J c a n : In hoc cognovirnus c/tari tattm Dû quoniam ille animam suam pro nobis posuit. (I. Jo. m. 13.) Si la foi ne nous révélait ce grand événement, qui pourrait le croire?

    Ah ! mon Jésus, je crois que vous êtes mort pour moi, et comme je n'ai payé qu'avec de l'ingratitude et des injures, l'amour que vous m'avez montré en vers suit votre sang pour moi, je me déclare coupable et digne de mille enfers. Je rends grâce à votre cœur miséricordieux, qui a promis de pardonner à celui qui pc rcpciit. Confiant on cette divine promesse, j'espère de vous le pardon, puisque j'éprouve un repentir sincère d'avoir tant de fois méprisé votre amour ; mais puisque cet amour ne m'a pas encore abandonné, je me livre à lui tout entier. Vous avez terminé votre vie, mon Jésus, en mourant de douleur sur une croix. Que puis-je vous rendre pour cela, misérable créature que je suis. Je vous consacre ma vie, et j'embrasse toutes les souffrances qui me viendront de votre main, durant ma vie et au moment de la mort. Attendri et confus de votre miséricorde envers moi, j'embrasse vos pieds sacrés, et c'est là que je veux vivre et mourir. Ne permettez par, mon divin Rédempteur, après tant d'amour que vous: m'avez montré, que je me sépare de vous. O mon Jésus, faites, je le répète, que je vive et meure à vos pieds, embrassant votre croix.

    XXX. Ego si eœaltatns faero à terra, omnia traham ad meipsum. (Jo. xn. 32.) Vous avez dit, ô mon Sauveur, qu'étant sur la croix, vous attireriez à vous tous nos cœurs. Pourquoi donc mon cœur est-il resté séparé de vous tant d'années ? Oh ! la faute n'en est point à vous. Combien de fois m'avez-vous appelé? et j'ai toujours été sourd à votre voix. Combien de fois m'avez-vous pardonné m'avez-vous averti par les remords de ma conscience, après que je vous avais offensé? et j'ai toujours recommencé. O mon Jésus ! sauvez-moi de l'enfer; car, dans l'enfer, je devrais maudire à jamais toutes les grâces que vous m'avez faites. Ces mêmes grâces, les lumières que vous m'avez données, vos avis réitérés. la patience avec laquelle vous m'avez supporté, votre sang versé pour mon salut, ce seraient là des tourments mille fois plus cruels q»te tous les tourments de l'enfer. Mais vous m'appelez de nouveau, je vous entends; vous me dites avec amour, comme si je ne vous avais jamais offensé : Ditiges Dominant Deum tuum ex ioto corde tuo. Vous m'ordonnez de vous aimer, et je vous aime de tout mon cœur. Mais, si vous ne me l'ordonniez pas, après tant de preuves reçues de votre amour, pourrais-je vivre sans vous aimer ? Non, car je vous aime de tout mon cœur. Je vous aime, parce que vous me l'ordonnez; je vous aime, parce que vous êtes digne d'amour infini ; je vous aime et ne veux jamais cesser de vous aimer ; ne le permettez pas, ô mon Jésus crucifié. Rappelez-moi sans cesse la mort que vous avez soufferte p j u r moi. Rappeliez-moi les bienfaits que je tiens de vous, et faites que leur souvenir m'excite de plus en plus à vous aimer et à me consumer pour vous, qui vous êtes consumé sur la croix, comme victime de votre amour pour moi.

    X X X L Qui etiam proprio filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum : quomodo non etiam num illo omnia nobis donacit? ( I l o m. vin. 3 2. ) Que de flammes d'amour devraient allumer dans nos cœurs ces paroles : Pro nobis omnibus tradidit illum. La justice divine, blessée par nos péchés, devait être satisfaite : que fait Dieu? pour nous pardonner, il faut la mort de son fils ; cette mort seule pourra payer notre dette : proprio filio suo non pepercii. Dieu! Si le Père éternel avait été capable de douleur, quelle douleur n'eût-il pas ressentie, en dévouant à la mort son fils chéri ! figurons-nous le père, tenant Jésus mort dans ses bras ; Propîer s ce lus popul i mei, dira-t-il, perenssi eum. ( Isa. LUI. 8. ) Quand St.-François de Paule considérait la mort de Jésus-Christ, il s'écriait, dans un élan d'amour: O charité! ô charité! ô charité! et il avait bien raison. Remarquons les autres paroles de l'Apôtre ; combien ne sont-elles pas consolantes! Quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit? Et comment craindrais-je en effet, ô mon Dieu! que vous ne me donnassiez pas le pardon, la persévérance, votre amour, le paradis et toutes les grâces que je puis attendre de vous, après que vous m'avez donné l'objet le plus cher de vos affections, votre propre fils? Je sais maintenant ce que je dois faire pour obtenir de vous toutes les grâces : je dois vous les demander pour l'amour de Jésus-Christ, comme il me l'a dit lui-même : Amen, amen dico vobis : si quid petieriiis Patrem in nomine meo dabit vobis. ( Jo. xvi. 13. )

    Mon souverain Seigneur, j'ai autrefois méprisé votre majesté et votre bonté infinie; aujourd'hui je vous aime, je me repens amèrement de vous avoir offensé, je voudrais mourir plutôt que de vous offenser encore. Pardonnez-moi et accordez-moi les grâces que je vous demande au nom de Jésus-Christ; la sainte persévérance jusqu'à la mort, un parfait et pur amour pour vous, une résignation constante à votre volonté, le paradis. Je vous demande, par les mérites de Jésus-Christ, car pour moi je ne mérite que des châtiments, non des grâces; mais vous ne refusez rien à ceux qui vous prient par votre fils. O mon Dieu! je ne dois pas craindre que mes péchés m'empêchent d'être tout à vous, Jésus-Christ les a déjà expiés, et vous êtes disposé à donner pour l'amour de Jésus-Christ tout ce qu'on désire. Exaucez-moi donc, ô mon Dieu ! je veux vous aimer de toutes mes forces, et vous appartenir tout entier. Marie, Vierge sainte, aidez-moi.

    XXXII. Nos autem prœdicamus Chrisium crucifixant 3admis quidem scandalum, gentibus autem sluUiliam. (i. Cor, i. 23.) St.-Paul nous fait entendre par ces paroles que les Gentils, quand on leur disait que le fils de Dieu était mort crucifié pour le salut des hommes, traitaient ce discours de folie. Qui ne croirait en effet que c'est une folie de dire, que Dieu a voulu mourir pour Je salut de ses créatures ? Stultum visum est, dit St.-Grégoire, Deum velle mort pro hominum salute. Ste.- Marie-Magdelaine de Pazzi s'écriait, dans ses amoureuses contemplations : Ne savez-vous pas, mes sœurs, que J é M i s est tout an ou r, que son amour est une folie? Oui, mon Jésus, vous êtes fou d'amour; je l'ai dit et le dirai toujours.

    Mon Rédempteur bien-aimé, que ne puis-je avoir le.-? cœurs de tous les hommes, et avec tous ces cœurs vous aimer comme vous le méritez! Mais pourquoi, sur cette terre où vous avez répandu votre sang, ô Dieu d'amour, et donné votre vie pour nous sauver, se trouve-t-il si peu d'hommes remplis de votre amour! Vous n'êtes venu pourtant sur la terre que pour allumer dans nos cœurs le feu de cet amour, et vous ne désirez rien tant que de le voir brûler. Ignem veni mittere in terram, et quid volo, nisi ut arrenlalur? (Luc. xii. Zj9.) Je vous en conjure avec la sainte Église, tant pour moi que pour tous les hommes : tui amoris in eh ignem accende accende. Mon Dieu! Dieu de bonté et d'amour, aimable infini, faites-vous connaître et aimer de tous. Je n'hésite p o i n t a o u s prier, moi qui si long-temps ai dédaigné vos faveurs; mais aujourd'hui vous m'avez éclairé de vos lumières, et VOUS m'avez blessé de tant de traits d'amour, partis de votre cœur enflammé, épris de mon âme, que j'abjure l'ingratitude, pour ne m'occuper désormais que de vous, que je veux aimer de toute?* mes forces. Je ne prétends, en vous aimant, à aucune consolation; je n'en mérite point, il me suffit de vous aimer. Je vous aime, mon bien suprême, mon Dieu et mon tout. Dent meus et omnia.

    XXXIII. Posait in eo ini qui laies omnium nostram, et Dominus voluit conterere eum. ( Isa. LUI. 6 5. 1 0. ) Voilà jusqu'où est arrivé l'amour divin. Le Père éternel a chargé son fils de tous nos péchés, et il a voulu que ce fils, qu'il chérissait, payât à la rigueur notre dette. Aussi l'Apôtre, parlant de cet amour, l'a représenté comme excessif ; Propter nimiam charitatem suam, quâ dilexit nos; et cum essemus mortui peccatis, convivificavit nos in Christo. (Ephes. 2. 4. )

    Vous ne m'avez que trop aimé, ô mon Dieu, et je n'ai été envers vous que trop ingrat et trop négligent. Mais jetez les yeux, ô Père éternel, sur la croix où votre fils unique est mort, et par les mérites fie sa passion, aimez-moi, Seigneur, et pardonnez-moi. Cor çontriium et hn.vitiaium, Derrs? nm despicies. Vous ne méprisez pas un cœur qui s'humilie et se repent. Je mérite, je le sais, tous les tourments de l'enfer, mais le repentir de vous avoir offensé remplit tout mon cœur ; vous ne me repousserez point, et vous aurez pitié de moi. Mais le pardon ne me suffi pas ; je veux que vous m'accordiez un grand amour pour vous, capable de compenser les offenses dont je suis coupable. Je voudrais surtout savoir vous aimer comme vous le méritez. Mais hélas! je ne puis rien par moi-même. Ah! Seigneur, rendez-moi reconnaissant de l'amour immense que vous avez eu pour les hommes ; je vous en conjure au nom de Jésus, votre fils, faites que pendant ma vie je triomphe de tout pour vous satisfaire, qu'à la mort je me trouve tout-à-fait uni à votre volonté, afin que je puisse ensuite vous aimer face-à-face dans le paradis, d'un amour parfait et éternel.

    XXXIV. Ego sum pastor bonus ; bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis. ( J o. x. 1 1. ) Que dites-vous, mon Jésus ? quel pasteur donne sa vie pour ses brebis? Vous seul avez pu le faire, parce que vous êtes Dieu d'amour infini, vous seul pouvez dire, et animam pono pro ovibus meis. (Ibid.) Vous seul avez pu montrer au monde cet excès d'amour qui vous a conduit volontairement à la mort pour 1 amour de nous. Moïse et Élie parlaient de cet amour excessif lorsqu'ils disaient sur le mont Thabor : Dicebani excessum ejus, quem cornpleturns e+at in Jérusalem. (Luc. ix. 31.) Aussi St.-Jean nous engage-t-il à rendre amour pour amour à un Dieu qui a été le premier à nous aimer. Nos ergd diligavxus cum, quoniam Deus prior dilexit nos. ( 1. J o. iv. 19.) Comme s'il disait : Si vous ne voulez pas aimer ce Dieu pour sa bonté infinie, aimez-le au moins pour avoir porté par amour pour nous, la peine qui nous était due.

    Rappelez-vous donc, mon Jésus, que je suis une de ces brebis pour qui vous avez donné votre vie. Jetez sur moi un de ces regards bienveillants, que du haut de la croix vous laissiez tomber sur les âmes. N'avez-vous pas dit que vous étiez ce pasteur aimant qui trouvant une de ses brebis égarée, la prit sur ses épaules et la porta dans sa maison, où il appela ses amis, pour qu'ils vinssent se réjouir avec lui. Congraiulamini mihi, quia inveni ovem meam, quae perierat. (Luc. xv. 6.) Je suis moi, la brebis égarée; cherchez-moi Seigneur. Erracisicut arh quae periH, quaere servum tuum. (Psalm. CXVIII. 17fi )

    Si vous ne m'avez pas encore trouvé, et c'est par ma faute prenez-moi maintenant et attachez-moi à vous, pour que je n'aille pas de nouveau me perdre. Votre amour servira de lien ; si vous ne m'attachiez pas ainsi de ce lien si doux, vous me perdriez encore. Ah ! ce n'est point votre faute, je le répète ; si je ne suis pas uni à vous par des nœuds d'amour; c'est moi, ingrat que je suis, qui vous ai toujours fui. Maintenant je vous prie, par cette miséricorde infinie qui vous a fait descendre sur la terre pour me chercher, de ne pas m'abandonner à moi-même, afin que je ne puisse plus m'égarer. Mon Rédempteur chéri, je ne veux plus vous perdre de vue; je renonce à tous les plaisirs, à tous les biens de la terre, je souffrirai, s'il le faut, avec joie les plus grands tourments et la mort même, pour ne point me détacher de vous. Je vous aime, mon très-aimable Jésus ; je voir aime, mon bon pasteur, qui a\ez voulu mourir pour votre brebis égarée; mais cette brebis maintenant vous aime plus qu'elle même ; elle ne désire pas autre chose que de brûler d'amour. Ayez-en compassion mon Jésus ; aimez-la, et ne permettez plus qu'elle se sépare de vous.

    XXX \. Ego pono anime m meam.... nemo tollit eam a me, sed ego pono eam a meipso. (Jo. x. 17. et 18.) Voilà donc le Verbe incarné qui, poussé du seul amour qu'il a pour nous, accepte la mort de la croix pour rendre aux hommes la vie éternelle qu'ils ont perdue. C'est un Dieu, dit St.-Thomas, qui fait pour l'homme ce que l'homme lui-même n'aurait pu faire, s'il eût été Dieu lui-même; comme si Dieu, privé de l'homme, n'avait pu être entièrement heureux : Quasi homo, dit le Saint, Dei Deus es*et, quasi sine ipso beatus esse non posset. Nous avons péché, et en péchant nous avons mérité la mort éternelle. Mais Jésus a pris sur lui notre dette, et il l'a payée par ses douleurs et par sa mort. Vère langtw/s naslros ip*e tulii, et dolores noslros ipse portavit. (Isa. LUI. 4.)

    Ah! mon Jésus, puisque j'ai été cause de tant de peines que vous avez souffertes sur cette terre, je vous prie de me faire participer à la douleur que vous avez eue de mes péchés, et de m'inspirer de la confiance dans les mérites de votre passion. Que serais-je devenu, si vous n'aviez daigné satisfaire pour moi la justice divine ? O majesté infinie! je me réjouis de vous avoir offensé, mais j'espère de votre bonté qu'elle me pardonnera. Appliquez à mon âme, ô Sauveur du monde! le fruit de votre mort. D'ingrat et de rebelle que j'étais, rendez-moi votre fils si aimant, qu'il n'aime que vous et qu'il ne craigne rien tant que de vous déplaire. Que cet amour infini qui vous a fait mourir pour moi, détruisez dans mon cœur toutes les affections terrestres. Prenez aussi mon corps, mon Jésus qu'il serve à vous obéir ; prenez mon cœur, qu'il ne désire que votre satisfaction ; prenez ma volonté qu'elle ne veuille que ce que vous voulez. Mon Rédempteur je vous embrasse et je m'attache à vous ; ne dédaignez pas de vous unir à moi. Je vous aime, mon Dieu, je vous aime, mon bien I aurais-je la force de vous quitter, après que vous m'avez fait connaître combien vous m'avez aimé, combien vous avez été miséricordieux envers moi, car vous changiez en faveurs lc« grâces et tes châtiments que j'avais encourus. O vierge sainte ! obtenez pour moi la grâce d'être agréable à votre fils.

    XXXVI, Dflern quod adrtrsàs nos erat chirographam decreti quod erat contrarium nobis et ipsam tulit de medio, afligen* illud crut'.. (Colos. in. IZj.) La sentence de notre mort était déjà écrite ; nous étions traités en rebelles contre la majesté divine offensée : Jésus-Christ a effacé de son sang la condamnation. et pour nous délivrer de toute crainte, il l'a attachée à sa croix. Tu vois, ô mon âme, l'obligation que tu as à ton Rédempteur ; écoute maintenant ce que te dit le Saint-Esprit. Gratiam fide jussoris lui ne oldiriscaris. ( Eccl. xxix, 2 0. ) N'oublie jamais les grâces de ton garant, qui s'est chargé de ta dette, a payé pour toi et a affiché sur la croix la quittance du paiement. Quand tu te souviendras de tes péchés, regarde aussitôt la croix, et prends de la confiance. Regarde ce bois sacré teint du sang de l'Agneau de Dieu, espère : aime un Dieu qui t'a tant aimé.

    Oui, mon Jésus, j'espère tout de votre infinie bonté. Rendre le bien pour le mal à quiconque se repent de ses fautes, c'est un des caractères de votre essence divine*.le regrette par-dessus toutes choses, mon cher Rédempteur, d'avoir autrefois dédaigné vos bontés. Touché de votre amour, je vous aime et je brûle de pouvoir vous plaire, en me soumettant à vos volontés. Malheureux! quand je vivais dans le monde, j'étais esclave du démon : il était mon Seigneur. Maintenant que je crois posséder votre grâce, mon seul maître, ô mon Dieu, mon seul amour, c'est vous. Emparez-vous donc de moi, mon Jésus, tandis que je suis et que je veux être à vous. Je n'oublierai jamais vos souffrances ; ce souvenir ne fera qu'augmenter mon amour. Je vous aime, mon très-aimable Sauveur, je vous aime, Verbe incarné; mon trésor, mon tout. Je vous aime, je vous aime.

    XXXVII. Si quis peccaverit advocatum habemus apud patrem Jesum Christum justum, et ipse est propiiialio pro precatis tn&trh. ( 1. Jo, n. 1. et 2. ) Que de confiance doivent inspirer ces paroles au pécheur repentant. Jésus-Christ fait pour eux dans le ciel l'office d'avocat, et certainement il obtient leur pardon. Quis est qui condemnet ? dit St. - Paul, Christus Jésus qui mortuus est qui etiam. intcrprllnl pro nobis. ( Rom. vui. 3£. ) Si nous détestons les péchés que nous avons commis, qu'avons-nous à craindre ? Quel est celui qui doit nous condamner ? C'est Jésus-Christ qui est mort pour empêcher notre condamnation, et qui dans ce moment nous défend auprès de son père. Quis ergo nos separabit a charitate Christi? continue l'Apôtre. Puisque Jésus nous a pardonné, et qu'il nous a reçus dans sa grâce, qui voudrait lui tourner le? épaules et se séparer encore de loi ?

    Non, mon Jésus, je ne veux plus vivre loin de vous. Je regrette ces jours malheureux où j'étais privé de votre grâce. Maintenant j'espère que vous m'avez pardonné, car vous m'aimez d'un amour immense. O bonté infinie ! je me repens de vous avoir tant négligé autrefois; aujourd'hui je vous aime de tout mon cœur et plus que moi-même ; je jouis plus de savoir ne vous êtes infiniment heureux que si j'avais moi-même toutes les félicités de la terre; car je vous aime plus, vous qui méritez un amour infini, que je ne m'aime moi-même, qui ne mérite que l'enfer. Mon Jésus, je ne veux de vous, que vous..

    XXXVIII. Venite ad me omnes qui labnratts et oneraiï estis, et ego reficiam vos. (Matth. xi. 28. ) Écoutons Jésus-Christ, qui du haut de la croix où il est attaché, ou de l'autel où il réside dans le Sacrement, non» appelle à lui, nous, faibles et malheureux, pour nous consoler et nous enrichir de ses grâces. Quels mystères d'amour et d'espérance, renferment la passion de Jésus-Christ et le Sacrement de l'Eucharistie; mystères^} ni seraient incroyables sans le secours de la foi. Un Dieu qui veut verser son sang jusqu'à la dernière goutte ! Hic est sanguis meus, qui pro multis effundetur* (Matth. xxvi. 28.) Et pourquoi ? pour nous purger de nos péchés. Ce même Dieu qui ensuite se donne pour aliment à nos âmes ! ces deux grands mystères devraient attendrir les cœurs les plus durs, et encourager les pécheurs les plus désespérés. Nous nous sommes enrichis en Jésus-Christ dit l'Apôtre, de toute sorte de biens, et aucune grâce ne nous manquera. In omnibus diviies facti estis in Mo.... ita ut nihil vobis desit in alia gratiâ. ( 1. Cor. i. 5. 7.) II suffit que nous implorions de Dieu sa miséricorde, et ses grâces retomberont sur chacun de ceux qui le prient. Deus in omnes qui invorant illum. (Rom. x. 12.)

    Si j'ai raison de craindre que le pardon ne me soit refusé, tant je suis chargé de péchés r,t de fautes, j'ai plus de raison encore d'espérer, ô mon Sauveur ! à cause de votre bonté. Je vous ai abandonné comme un fils ingrat, mais je retourne à vos pieds rempli de douleur, et attendri par le souvenir de votre miséricorde, je vous dis humblement : Pater, non sunt dignu* tocari filius tnus. Vous avez dit que lorsqu'un pécheur se convertissait, la joie était dans le paradis : Gaudium erit in cœlo super uno peccatore pvnitcntiam apenic. (Luc. xv. 7.) C'en est fait, j'abandonne tout, je me convertis à vous; mon père crucifié, je vous ai offensé, en vous abandonnant volontairement, rendez-moi votre grâce et votre amour. Veni ut vitam habeant, avez-vous dit encore, et abundantius habeant. ( Jo. x. 10.) Ainsi j'espère non seulement votre grâce telle que je l'avais avant de vous offenser, mais encore une grâce plus abondante, qui augmente mon amour pour vous. Ah ! que ne puis-je vous aimer, ô mon Dieu, autant que vous le méritez- Je vous aime plus que moi - même, je vous aime de tout mon cœur ; je ne désire le paradis que pour pouvoir vous aimer dans l'éternité. Quid mi in est in cœlo, et d te quid rolui super terram ? Deus cordis mei et pars mea Deus in aeternum. O Dieu de mon cœur! prenez possession de ce cœur tout entier, et détachez-le de tout ce qui n'est point vous, car vous êtes mon unique trésor et mon unique bien. O Marie, mon espérance, gagnez-moi tout à Dieu par \o* prières.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Opuscules pieux

    6 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.