Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Opuscules pieux · Alphonse de Liguori

    I. Flèches de feu, ou preuves que Jésus-Christ nous a données de son amour dans l'œuvre de la Rédemption (1/2)

    Qu in d on considère l'amour immense que Jésus-Christ nous a fait voir durant sa vie, et principalement par sa mort et les souffrances qui l'ont accompagnée, il n'es! pas possible de rester insensible et froid envers un Dieu qui nous a tant aimés. St.-Bonaventure appelle les plaies de notre Rédempteur, plaies qui blessent les cœurs les plus durs, et qui enflamment d'amour divin les âmes les plus froides. Pulnera corda saœcn iv*'nerantia et mentes congclatas inflammantia. Nous allons donc considérer dans ce court examen de l'amour de Jésus-Christ, tout ce qu'a fait le Rédempteur, d'après l'Écriture, pour nous montrer l'amour qu'il nous porte et nous obliger à l'aimer.

    l.Dilejtit nos et tradidit semetipsum pro nobis. (Ephes. v. 2.) Dieu avait comblé les hommes de bienfaits pour les obliger à l'aimer ; mais non seulement ces ingrates créatures ne l'aimaient point, mais encore elles refusaient de reconnaître en lui leur Seigneur. Dans un seul canton de la terre, dans la Judée, le peuple qu'il iv.

    avait autrefois choisi gardait encore sa mémoire, mais ce peuple le craignait plus qu'il ne l'aimait. Dieu qui voulait au contraire qu'on l'aimât au lieu de le craindre, se revêtit de la forme humaine, adopta un genre de vie sujet à l'indigence, à l'obscurité, aux tribulations, et il voulut que sa vie se terminer par une mort douloureuse et abjecte; et pourquoi ? pour gagner nos cœurs. Si Jésus-Christ ne nous avait point rachetés ? il n'eût été ni moins heureux ni moins grand; mais il voulut nous sauver au prix de ses souffrances, comme si de notre bonheur eût dépendu le sien. Il pouvait nous racheter sans souffrir, mais il n'a voulu nous soustraire à la mort éternelle qu'en mourant lui-même ; et bien qu'il eût mille moyens de nous sauver, il a choisi celui qui était le plus humiliant et le plus douloureux, la mort sur une croix. ; et cela, pour gagner l'amour des ingrats mortels. Quelle cause put donc avoir sa naissance et sa mort, accompagnées l'une et l'autre de tant d'humiliation et de douleur, si ce n'est r.'uriour qu'il nous porte ?

    Hélas! mon Jésus, que l'amour qui vous fit mourir pour moi sur le calvaire, me fasse mourir à toutes les affections mondaines ; qu'il m'embrase de ce feu sacré que vous êtes venu allumer sur la terre. Je maudis mille fois ces indignes plaisirs qui vous ont coûté tan dedouhuir. Je me repens, ô mon Rédempteur, et de toute mon âme, de toutes les offenses que je vous ai faites. Je voudrais à l'avenir n'agir que pour vous c é m e n t e r, et j'aimerais mieux mourir que de vous offenser. Vous n'avez rien épargné pour nous prouver l'amour qui remplit votre cœur ; je n'épargnerai rien à mon tour pour vous montrer que je vous aime. Vous nous avez aimés sans réserve, ce sera sans réserve aussi que je me livrerai à l'amour.

    II. Sic Deus dilexit mundum ut filium suum unigenitum daret. (Jo. v. 16.) Quel sens renfermé dans ces mots ! Ils signifient que nous ne serons jamais en état de comprendre quel degré d'amour il a fallu pour qu'un Dieu se déterminât à livrer son fils à la mort, pour sauver les hommes qui s'étaient perdus. Qui d'ailleurs pouvait nous faire un don d'une si haute valeur, sinon un Dieu dont l'amour était infini ?

    Je vous rends grâce, Père éternel, de m'avoir donné votre fils pour Rédempteur. Je vous rends grâce aussi, ô fils de Dieu, qui m'avez racheté au prix de tant de douleurs et avec tant d'amour. Eh ! que serais-je devenu, après tant d'offenses que je vous ai faites. Si vous, mon Jésus, vous n'aviez pas souffert la mort pour moi. Ah ! que ne suis-je mort moi-même avant d,} vous avoir offensé, ô mon Sauveur ! Ah ! je vous en conjure, faites-moi participer à la haine profonde que le péché vous inspire, et pardonnez-moi ceux que j'ai commis. Mais ce n'est pas assez que d'obtenir le pardon ; vous êtes mille fois digne d'être aimé ; vous m'avez aimé jusqu'à souffrir la mort ; je dois vous aimer tant qu'il me restera un moment de vie. Je vous aime, bonté infinie, de toute mon âme et plus que moi-même; je veux mettre en vous toutes mes affections. Mais, Seigneur, aidez-moi, je ne voudrais point vivre comme jusqu'à ce jour, dans l'ingratitude : Ah ! dites-moi ce qu'il faut que je fasse, et secondé par votre grâce, je tenterai • j'accomplirai tout. Oui, mon Jésus, je vous aime et veux toujours vous aimer, mon trésor, ma vie, mon amour, mon tout.

    III. Neque pet sanguinem hircorutn aut vitutorum^ sed per proprium sanguinem iniroivit semel in sancto, œternâ rédemption* intenta. (Hcb:\ ix. 1 2. ) Eh ! qu'était-ce que le sang de fous les veaux et même celui de tous les hommes pour nous faire acquérir la grâce divine ? Le sang de l'homme Dieu pouvait seul nous mériter le pardon, et le salut éternel. Mais si Dieu lui-même n'avait pas trouvé ce mode de rédemption pour les homme?, qui jamais aurai* pu y songer? Soi> amour seul pouvait le trouver et l'accomplir. Le saint homme Job avait donc raison de dire à ce Dieu si a i m i n t : Qu'est-ce que l'homme, Seigneur, pour que vous le fassiez, si grand ? ? Pourquoi votre cœur s'abandonne-t-il ainsi à son amour pour lui ? Quid est homo, quia magnifier* eum ? Aut quid apponis ergo eum cor tuum. (Job. vu. 17.)

    Ah mon Jésus ! c'est peu d'un cœur pour vous aimer ; j'aurais les cœurs de tous les hommes, que ce serait peu encore. Qu'il y aurait donc d'ingratitude de ma part si mon cœur se divisait entre vous et les créatures ! non, mon amour ; vous voulez tout, vous méritez tout, je veux vous donner tout : et si je ne puis vous donner (oui ce cœur, comme vous le méritez ; prenez-le vous-nieruc, Seigneur, afin que je puisse dire avec vérité : Deus cordis mei. O mon rédempteur ! par les mérites de voire vit* abjecte et tourmentée, donnez-moi la véritable humilité qui me fera aimer le mépris des hommes et une vie obscure. Faites que j'embrasse avec amour les malades, les affronts, les persécutions, les peines intérieures, et toutes les croix qui me viendront de votre main. Faites que je vous aime, et ensuite disposez de moi. O cœur aimant de Jésus! faites que je devienne épris de vous, en me faisant connaître tout ce que vous valez. Que je sois tout il vous, avant que je meure. Je vous aime mon Jésus, s Dus qui êtes si digne d'être aimé cl qui désirez tout mon amour. Je vous aime de tout mon cœur et de toute mon âme.

    IV. Benignitas ac humonitai appât ttit Salvatoris nostri Dei. (Ad. Tit. in. h.) Dieu aima l'homme de toute éternité. In charitate perpetua dilexi te. (Jer. xxxi. 3.) Avant l'incarnation du Verbe, dit St.-Bernard, la puissance divine s'était manifestée en créant le monde, et la sagesse divine en le gouvernant; mais après l'incarnation, l'amour de Dieu pour les hommes se montra pleinement, Et en fait, depuis que nous avons vu Jésus-Christ mener une vie s: agitée et faire une mort si douloureuse, nous ne pourrions, sans lui faire injure, douter de la vive affection qu'il a pour nous Aussi et parce qu'il nous aime, il veut que nous l'aimions; et s'il est mort pour nous, c'est afin que nous vivions pour lui : Pro omnibus mortuus est Christus, ut et qui vivant jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit. (2. Cor. v. 15. )

    O mon Sauveur! quand commencerai-je à reconnaître l'amour que vous m'avez montré? Autrefois, au lieu de vous aimer je vous ai payé en injures et j'ai dédaigné votre grâce ; mais comme vous êtes la bonté infinie, je n'ai point perdu la confiance. Vous avez promis le pardon au repentir; vous remplirez, Seigneur, votre promesse. Je vous ai offensé en préférant à vous ma propre satisfaction ; mais aujourd'hui je me repens de toute mon âme, et rien ne m'afflige autant que de penser que je vous ai n^Misé* vous, mon bien suprême. Pardonnez-moi et unissez-moi à vous par un lien d'amour éternel, afin (pie je ne vous quitte plus, et que je vive uniquement pour vous aimer et vous obéir. Oui, mon Jésus, je ne veux, vivre que pour vous, je ne veux aimer que vous; et au temps passé je vous ai abandonné pour les créatures, maintenant j'abandonne tout pour me donner à vous. Je vous aime ô Dieu de mon âme, plus que moi-même. Marie, mère de Dieu, obtenez de Dieu pour moi que je lui sois fidèle jusqu'à la mort.

    V. In hoc apparaît charitas Dei in nobis, quia filium suum unigenitum misit Deus in mundum, ut virâmes per eum. (,lo. iv. 10.) Tous les hommes étaient morts par le péché : ils seraient restés dans le même état, si le Père éternel n'avait envoyé son propre Fils pour les rendre à la vie, en souffrant la mort. Eh ! quoi un Dieu mourir pour les hommes ! un Dieu! eh! que sont les hommes ? Quis sum ego ? Disait St.-Bo-naventure, quare, Domine? car me tdm amasii? Que suis-je, Seigneur? pourquoi m'avez-vous tant aimé ? Mais c'est là qu'éclate principalement l'amour de ce Dieu : In hoc apparuit charitas Dei. L'Église dit dans ses offices du Samedi-Saint : O mira circa nos Vice pictatis dignatio! O inœrtimalrilis dilectio charitatis! ut servnm redimens filium tradidistil O piété immense, ô prodige, ô excès de l'amour divin ! pour délivrer un esclave du péché, de la mort éternelle, il livre à la mort son Fils innocent !

    Vous avez agi ainsi, ô mon Dieu ! afin que nous vivions pour Jésus-Christ, ut vivamus per eum. Oui, il est bien juste que nous vivions pour celui qui a donné son sang et sa vie. O mon Rédempteur chéri ! à l'aspect de vos plaies et de cette croix sur laquelle je vous vois mourir pour moi, je vous consacre ma vie et ma volonté. Ah! faites que je sois tout à vous, afin que d'aujourd'hui en avant, je ne cherche que vous seul. Je vous aime, bonté infinie, je vous aime, amour infini, faites que je vive en répétant sans cesse : Mon Dieu, je vous aime! faites encore que ce soient mes dernières paroles à l'heure de la mort : mon Dieu je vous aime ! je vous aime !

    VI. Per tiscera misericordim Dei nostri, in quibus visïtavil nos ariens ex alto. ( Luc. i. 73.) Le Fils Je Dieu est descendu sur la terre pour nous racheter, et il est venu, par la seule impulsion de sa miséricorde. Mais Seigneur, si vous aviez compassion de l'homme qui s'était perdu, ne vous suffisait-il pas d'envoyer un ange pour le racheter? Non, dit le Verbe éternel, je veux aller moi-même, afin que l'homme comprenne combien je l'aime, Propterea maxime Christus advenit, ut cognosceret homo quantum eum diligat Deus. Mais, mon Jésus, depuis que vous êtes venu pour vous faire aimer, y a-t-il beaucoup d'hommes qui réellement vous aiment ? Malheureux que je suis moi-même ! vous savez comment je vous ai aimé autrefois, vous savez le mépris que j'ai fait de votre amour. Ah ! que ne puis-je mourir de douleur! je me repens.i mon Rédempteur chéri, de vous avoir ainsi dédaigné.

    Ah! Seigneur, accordez-moi le pardon, et avec le pardon la grâce de vous aimer; ne souffrez pas que je méconnaisse plus long-temps l'amour que vous m'avez porté. Maintenant je vous aime ; mai-5 c'est peu encore, et vous méritez un amour infini ; puisse-je au moins vous aimer de toutes mes forces. O mon Sauveur! ma joie, ma vie, mon tout ! que puis-je vouloir aimer si ce n'est vous? je soumets toutes mes volontés à la vôtre, et pour toutes les souffrances que vous avez eues pour moi, j'offre de souffrir autant qu'il vous plaira. Eloignez de moi les occasions de vous offenser : D/e nos inducas in tentationem; sed libéra nos d malo. Délivrez-moi du péché et disposez ensuite à votre gré de moi. Je vous aime bonté infinie, et avant de vivre sans vous aimer je préférerais tous les tourments et la mort même.

    Vit. Et Verbum caro factum est. ( Jo. 1.) Dieu envoya l'Archange Gabriel à Marie, pour lui demander si elle voulait qu'il devint son fils ; Marie y consentit, et le Verbe se fit homme. O prodige qui étonne le ciel et la nature ! le Verbe devenu chair ! Un Dieu fait homme ! Que serait-ce, si nous voyions un roi transformé en ver de terre, pour sauver, en mourant, la vie d'un vermisseau ? O mon Jésus ! vous êtes mon Dieu qui, ne pouvant mourir parce que vous êtes Dieu, avez pris la nature humaine, pour vous rendre capable de mourir pour mon salut.

    Mon doux Rédempteur, comment est-ce que je ne meurs pas de douleur, à l'aspect de tant de miséricorde et de tant d'amour que vous m'avez montré? Vous êtes descendu du ciel pour me chercher, moi, brebis égarée, et je vous ai toujours repoussé, parce que je préférais à vous mes plaisirs passagers. Mais puisque vous m'appelez, je quitte tout: Je veux être à vous, à vous seul, objet unique de toutes mes affections. Dilectus meus viild et ego UIL Pensez à moi, car je ne veux penser qu'à vous, faites que je vous aime toujours, dussé-je rester privé de toutes les consolations sensibles, dussé-je souffrir mille tourments. Vous voulez, je le vois, que je sois à vous tout entier ; je le veux aussi, je reconnais qu'il n'y a dans le monde que mensonge, illusion, fumée, fange et vanité; vous seul êtes le véritable bien ; vous seul me suffirez. Mon Dieu, je vous veux et rien de plus. Écoutez-moi Seigneur: Vous, et rien de plus.

    VIII. Semetipsum ewinanivit. Voici le Fils unique du Tout-Puissant, Dieu comme son Père, faible enfant dans une grotte. Semetipsum eorinanivit formam servi accipicns, in similitudinem hominum factus. (Phil. II. 7, ) Voulez-vous voir un Dieu dépouillé de tous ses attributs ? entrez dans le caveau de Bethléem, et vous le trouverez sous l<i forme d'un enfant, entouré de langes. Il ne peut se mouvoir, il p le un, il tremble de froid. O sainte foi ! dites-moi quel est cet enfant sans asile ? de qui est-il fils ? C'est le fils de Dieu, répond la fui. Dieu lui-même. — Eh ! qui l'a réduit à ce triste état ? — L'amour qu'il ressent pour les hommes. — S'en trouvera-t-il parmi eux un seul qui n'aime point Dieu.

    Mon Jésus, vous avez vu toute votre vie s'écouler au milieu des souffrances; vouliez par là me faire connaître votre amour, et moi j'ai employé ma vie à vous mépriser et à vous offenser par mes péchés. Hélas! faites-moi connaître le mal que j'ai fait et l'amour que vous méritez ; et puisque vous m'avez supporté jusqu'à présent, ne permettez-pas que je vous afflige davantage. Allumez en moi votre saint amour et rappelez-moi toujours combien vous avez souffert pour moi, afin qu'à commencer de ce jour, j'oublie tout pour ne plus penser qu'à vous. Vous êtes venu sur la terre pour régner sur nos cœurs ; faites sortir du mien tout ce qui vous empêcherait de le posséder tout entier. Que ma volonté soit toujours conforme à la vôtre; que la vôtre soit la mienne, et et qu'elle serve toujours à régler mes actions et mes désirs.

    IX. Parvutus datas est' nobis, filius natus est nobis. ( Isa. ix. 6. ) Si le Fils de Dieu a voulu naître enfant parmi nous, c'est afin de se donner à nous dès l'enfance, et d'acquérir ainsi votre amour. Pourquoi, dit St.-François de Sales, Jésus a-t-il pris cette aimable et douce condition de l'enfance, si ce n'est pour nous exciter à l'aimer et à nous confier en lui ? St.-Pierre Chrysologue l'avait dit auparavant: Sic nasci voluit, qui voluit amari.

    Enfant chéri, mon Sauveur, je vous aime et je me confie en vous. Vous êtes toute mon espérance et tout mon amour. Que serais-je donc devenu, si vous n'étiez descendu du ciel pour me sauver ? L'enfer, je le sais, serait devenu mon partagea cause des offenses que je vous ai faites. Bénie soit votre miséricorde, car vous me pardonnez dès que je me repens de mes péchés. Oui, mon Jésus, je me repens de tout mon cœur de vous avoir dédaigné; recevez-moi dans votre grâce, et faites que je meure à moi-même pour vivre seul avec vous, mon unique bien. Feu dévorant, brûlez en moi tout ce qui déplaît à vos yeux, et attirez vers vous toutes mes affections. Je vous aime, o Dieu démon âme ; je vous aime, mon trésor, ma vie, mon tout; je vous aime, et je veux, en rendant le dernier soupir, dire encore je vous aime, afin de commencer alors à vous aimer d'un amour plus parfait qui n'aura point de fin.

    X. Les saints prophètes soupirèrent long-temps après la venue du Messie : Borate cœli desuper, et nubes pluant justum. (Isa. xtv. 8.) Er.Atte agnurn dominatorem terræ. (Ibid. xvi- 1.) Satuiare iuum da nobis. fPsahn. txxxiv. 6. ) Utindm dirampères cœlos, disait le même prophète Isaie, et descenderes î à fade tud montes deflaerent.*... Jquce ardèrent ignL Seigneur quand les hommes vous verront descendre sur la terre pour l'amour d'eux les montagnes s'aplaniront, c'est-à-dire le hommes vaincront, pour vous servir, toutes les difficultés qui d'abord leur semblaient de montagnes insurmontables A quae ardèrent Igni; les âmes les plus froides, en vous voyant incarné se sentiront brûler de votre amour. Et tout cela s'est vérifié sur quelques âmes privilégiées, telles que celles de Ste.-Thérèse de St.-Philippe de Néri, de St.-François Savérien, qui, bien qu'ici-bas ont brûlé de ce feu sacré. Mais ces âmes sont-elles bien nombreuses ? Hélas, elles le sont trop peu.

    Oh ! mon Jésus. je veux être de ce petit nombre d'âmes bienheureuses. Je devrais depuis long-temps brûler dans l'enfer, séparé de vous, vous haïssant et vous maudissant à jamais ; mais non, vous m'avez attendu patiemment, pour qu'à la fin je brûlasse non de ce feu malheureux mais de celui de votre amour. C'est pour cela que vous m'avez donné tant de lumières et que vous avez si souvent frappé mon cœur, tandis que j'étais éloigné de vous ; vous avez tant fait, en un mot, qu'avec vos doux attraits vous m'avez enchaîné à vous aimer. Me voilà tout à vous maintenant, tel que je veux toujours être. C'est à vous maintenant qu'il appartient de me rendre fidèle et je l'attends de votre bonté. O mon Dieu! pourrai-je désormais vous quitter et vivre sans votre amour ne fut-ce que pour un moment? Je vous aime, mon Jésus, par-dessus toute chose, plus que moi-même, de tout mon cœur, de toute mon âme, et tout cela est peu; exaucez-moi, Jésus, donnez-moi plus d'amour, plus d'amour, plus d'amour. Marie, priez Dieu pour moi.

    XI. Despectum et novlssimum mrorutn. ( Isa. LUI. S ) Voilà qu'elle fut la vie du fils de Dieu fait homme, mvimwum virorum ; il fut traité comme le plus vil et le dernier des hommes. A quel plus bas degré pouvait-il descendre que de naître dans une étable, vivre en ouvrier inconnu et méprisé, être pris et lié comme un malfaiteur, battu de verges comme un esclave, souffleté, traité de roi par raillerie couvert d'opprobre, et mourir enfin sur un gibet infâme. O novissimum et attissimum ! décrie St. - B e r n a r J, vous êtes le Seigneur de tout, et vous souffrez qu'on vous traite comme le dernier des hommes ! Et moi, mon Jésus, vous voyant ainsi humilié pour moi, comment puis-je prétendre à être estimé et honoré par les autres : pécheur et superbe !

    O vous, qui subîtes tant d'outrages ! mon Rédempteur, faites-moi aimer par votre exemple, les mépris et l'obscurité ; d'aujourd'hui en avant, je recevrai avec joie les opprobres et les injures ; je le ferai par amour pour vous, qui en avez tant souffert pour l'amour de moi. Pardonnez-moi l'orgueil de ma vie passée, et donnez-moi de l'amour. Je vous aime, mon Jésus, marchez en avant avec votre croix, je veux vous suivre avec la mienne et ne plus vous quitter que pour mourir, crucifié pour vous, comme vous êtes mort crucifié pour moi. Jésus, méprisé, je vous embrasse, et je veux mourir embrassé avec vous.

    X Ï I. Virum dolorum. ( Isa. LUI.. S. ) Quelle fut la vie de Jésus-Christ, une vie de souffrances, vie pleine de douleurs intérieures et extérieures, depuis le commencement jusqu'à la fin. Mais ce qui, dans le cours de cette vie, affligea le plus Jésus-Christ, ce fut l'aspect des péchés, et de l'ingratitude dont les hommes devaient payer les peines qu'il souffrait pour eux avec tant d'amour. Il fut plus affligé que jamais homme vivant sur la terre. J'ai donc contribué, mon Jésus, à vous affliger par mes péchés. Et pourquoi ne dirais-je pas comme Ste.-Marguerite deCortonc, qui, exhortée par son confesseur à se calmer et âne plus verser de pleurs, parce que Dieu lui avait pardonné, répondit en redoublant ses gémissements : Ah ! mon Père, comment puis-je cesser de pleurer ? Si mes péchés ont affligé Jésus-Christ pendant toute sa vie ?

    Oh ! puissé-je, ô mon Jésus, mourir de douleur, chaque fois que je me souviens de vous avoir donné tant de chagrin ! Hélas, combien de nuits ai-je passées, privé de votre grâce ! Combien de fois m'avez-vous pardonné. et vous ai-je, moi, tourné le dos ? Seigneur, je me repens par-dessus tout de vous avoir offensé, et je vous aime de tout mon cœur. Ne permettez pas que j e S J D Î S jamais séparé de vous. Jesu dulcissime, ne permiftas vie separari d te. Envoyez-moi la mort avant que je vous trahisse de nouveau, ô Marie, mère de la persévérance, demandez pour moi la grâce de persévérer.

    XIII. Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. ( J o. x m. 1. ) L'amour des amis croît au moment de la mort, parce qu'ils vont se séparer de la personne aimée ; et alors, plus que jamais, ils cherchent à donner des marques d'affection. Jésus nous a montré la sienne, durant toute sa vie, mais ce fut à sa mort qu'il voulut nous en donner les plus grandes preuves. Pouvait-il en effet en donner de plus grandes que de verser son sang pour chacun de nous ? Il fit plus : ce même corps immolé sur la croix, il voulut que nous pussions nous en nourrir, afin que tous ceux qui recevraient cet aliment sacré s'unissent à lui tout entier, et que l'amour pût réciproquement s'accroître. O bonté infinie! ô Jésus aimant, remplissez mon cœur de ce saint amour, afin que j'oublie le monde et que je m'oublie moi-même pour ne plus penser qu'à vous aimer et à vous plaire. Je vous consacre donc mon corps mon âme, ma volonté et ma liberté. Autrefois je cherchais mes plaisirs dans vos déplaisirs ; je m'en repens sincèrement, ô Jésus crucifié; dorénavant je ne veux chercher que vous : Deus meus et omnia. Mon Dieu, vous êtes tout pour moi. Aussi je ne veux que vous, rien de plus. Ah ! que ne puis-je m’anéantir pour vous comme vous l'avez fait pour moi ; mon unique bien, mon unique amour, et je m'abandonne à votre sainte volonté. Faites que je vous aime, et que je devienne après ce que vous voudrez.

    XIV. Tristis est anima mea usque ad mortem. (Matth. xxvi. 3 8. ) Telles furent les paroles qui sortirent du cœur affligé de Jésus-Christ au jardin de Gethsémani, avant qu'il fût conduit à la mort. D'où naissait cette grande tristesse qui seule aurait suffi pour lui ôter la vie ? Était-ce de l'image des tourments qu'il devait subir ? Non, car ces tourments, il les avait prévus dès le commencement de son incarnation ; il avait voulu aller au-devant d'eux : Oldatus est quia ipse voluit. (Isa. LUI. 7. ) Sa tristesse vint de ce qu'il voyait les péchés que les hommes devaient commettre après sa mort. Il vit, dit St.-Bernardin de Sienne, les péchés de chacun de nous en particulier; ad quamUbet singularem culpam habuit aspectum.

    Ce ne fut donc pas, ô mon Jésus, l'aspect des verges, des épines et de la Croix, qui vous attrista dans le jardin de Gethsémani, ce fut l'aspect de mes péchés qui vint opprimer votre cœur de douleur et de tristesse, qui vous arracha des larmes de sang et vous réduisit à l'agonie. Tel est le prix dont j'ai payé l'amour qui vous fit mourir pour moi. Ah ! donnez-moi donc une partie de cette douleur que vous ressentîtes en voyant mes fautes, afin que cette douleur me tienne affligé tout le reste de ma vie. Ah, mon douxitédempteurl que ne puis-je vous consoler maintenant par mon amour et ma douleur, autant que je vous affligeai alors. Je me repens, mon Dieu, de tout mon cœur, d'avoir préféré à vous mes misérables affections mondaines. Je me repens et je vous aime. Je sens que malgré mes offenses vous désirez mon amour tout entier; Diiiges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo ex totâ anima tua. Eh bien! Seigneur, je vous aime de tout mon cœur et de toute mon Ame. Si autrefois je n'ai songé qu'à moi-même, je ne veux maintenant songer qu'à vous. Attirez-moi de plus en plus à vous, mon Jésus, par les doux attraits de votre grâce. Donnez-moi aussi la force de répondre dignement à l'affection qu'un Dieu n'a pas dédaigné de montrer à une aussi vile créature que moi. Marie, mère de miséricorde aidez-moi de vos prières.

    XV. Cowprehtnderunt Jesum et tigacerunt eum. ( J o. xvin. 12. ) Un Dieu chargé de liens ! ah ! que devaient dire les anges en voyant leur roi, les mains liées, traverser les rues de Jérusalem, entouré d'une bande de soldats. Que dirons-nous nous-mêmes de notre Dieu traité comme un criminel, et traîné devant des juges qui le condamneront à mort. Quid tibi et vincula? dit St-Bernard en gémissant. Quoi, mon Jésus, vous, bonté et majesté infinie, des liens comme à un malfaiteur? C'est pour nous pécheurs dignes de l'enfer, que les liens doivent être réservés, non pour vous qui êtes innocent, et qu'on appelera toujours le Saint des Saints! Quand il voit ensuite Jésus-Christ condamné au dernier supplice, St.-Bernard continue : Quid fecisti, innocentissime Salvator, quod sic condemnaverts? O mon cher Sauveur! vous êtes l'innocence même ; pour quel délit êtes-vous donc condamné? ah ! je l'ai dit, ajoute-t-il; le délit de Jésus c'est d'avoir trop aimé les hommes : peccatum tuum est amor tuus.

    Mon Jésus bien-aimé, je baise ces liens qui vous attachent, car ils m'ont délivré des chaînes éternelles que j'avais méritées. Malheureux! combien de fois n'ai-je pas renoncé à votre amitié, pour me faire esclave de satan, déshonorant ainsi votre majesté? Je me repens de vous avoir si grièvement offensé. O mon Dieu, liez à vos pieds ma volonté avec les doux nœuds de votre saint amour, afin qu'elle ne veuille que ce que vous voulez vous-même, que vos lois deviennent la seule règle de toute ma vie; vous avez pris le plus grand soin pour assurer mon bonheur : je n'aurai d'autre soin (pie celui de vous être agréable. Je vous aime mon Souverain bien, je vous aime, unique objet de mes affections. Je reconnais que vous seul m'avez aimé véritablement, c'est vous seul que je dois aimer. Je renonce à tout, car vous me tenez lieu de tout.

    XVI. Ipse autem vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est propter scelera nostra. ( Isa. un 5.) Un seul coup reçu par l'homme Dieu suffisait pour expier tous les péchés du monde. Mais Jésus-Christ voulut aller plus loin ; il devait se montrer vulneratus et attritus par notre scélératesse; c'est-à-dire blessé et déchiré, de sorte qu'il ne restât pas sur son corps une seule partie qui ne fût pas souffrante. Aussi le même prophète le voyait tout couvert de plaies, lorsqu'il écrivait ces mots : Et nos putavimus eum quasi leprosum et percussum a Deo, et humilitatam. ( Isa, un. 4. )

    Plaies de Jésus-Christ souffrant, vous êtes à mes yeux autant de signes de l'amour qu'il a pour moi. Vos tendres accens m'obligent à l'aimer pour toutes les souffrances qu'il a voulu endurer pour 1 a mor r de moi. O mon bien-aimé! quand me donnerai-je tout entier à vous, comme vous vous êtes donné tout entier à moi ? Je vous aime, mon Souverain bien, je vous aime, Dieu épris de mon âme. Dieu d'amour, duuuczmoi de l'amour, afin que mon amour d'aujourd'hui vous fasse oublier les déplaisirs que je vous ai donnés autrefois; et que, détaché des choses de la terre, mon cœur n'ait plus que votre amour. Père éternel, respice in faciem Christi tui Voyez les plaies de votre fils; elles vous demandent grâce pour moi ; pur donnez-moi, au nom de ces plaies, toutes les offenses que je vous ai faites, et emparez-vous de tout mon cœur, pour qu'il n'aime, ne cherche, ne désire que vous. Je vous dis avec St.-Ignace : Amorem tui solum cum gratia tua mihi dones, et dives sum satis. Voilà, Dieu de mon ame tout ce que je vous demande : votre amour et votre grâce; rien de plus. Marie, mère de Dieu, intercédez pour moi.

    XVII. Axe reœ Jadœnrum. C'était par ces mots dérisoires que les soldats romains saluaient Jésus-Christ. Après l'avoir traité d'imposteur et l'avoir couronné d'épines, ils l'appelaient Roi des Juifs, en fléchissant le genou; puis se relevant avec de bruyants éclats de rire, ils lui crachaient sur le visage et lui donnaient, des soufflets ; Et ptectentes coronam de spinis, po&uerunt super caput ejus et genuflexo ante eum illudetant eidicen~ tes ; Ave, rex Judœorum; el eœpuentes in eum acceperunt <mindinem et parcutielmnt caput ejus. (Matth. xxvn, 29.) ) Et dabnnt ei alapas, ajoute St. - l e a n.

    O mon Jésus! cette douloureuse couronne qui ceint votre tête, ce vil roseau qu'ils ont placé dans votre main, ce lambeau de pourpre qui leur sert de jouet, tout prouve que vous êtes roi, mais roi d'amour. Les Juifs ne veulent point vous reconnaître pour leur roi, et ils disent à Pilate : Non habemus regem, msi Cœsarem. Mon Rédempteur bien-aimé, s'ils ne vous veulent point pour leur roi, je vous accepte et je veux môme quevouss ivczle^eul rot de mon âme. Je me consacre à vous, disposez à votre gré de moi. C e s t pour arriver là, que vous avez souffert les railleries, les outrages, la douleur et la mort ; Vous voulez gagner nos cœurs, régner sur eux par l'amour. In hoc enim Christus mortuus est.... ut et mortuoi um et vicorum dominetur. (Rom. xii. î). ) Prenez donc possession de mon cœur, ô mon roi chéri ; régnez, dominez sur lui à jamais. J'ai refusé jadis de vous avoir pour Seigneur parce que je voulais satisfaire mes passions; maintenant je veux vous appartenir et ne servir que vous. Attachez-moi à vous par l'amour, et rappelez-moi sans cesse la mort cruelle que vous avez soufferte, ô mon roi, mon Dieu, mon amour, mon tout, je ne veux rien que vous. Deus cordis mei et pars mea in œternum. O Dieu de mon cœur ! je vous aime, vous Êtes mon partage, vous mon bien suprême.

    XVIII. El bajulans sibi crucem, exivit in eum qui dicitur Calvarim locum. ( Jo. xix. 17. ) Voilà le Sauveur du monde en chemin; il porte sur ses épaules l'instrument de son supplice; il va mourir pour l'amour des hommes. L'agneau divin se laisse conduire sans se plaindre au lien où il doit s'immoler sur la croix. Va aussi, mon âme, accompagne et suis ton Jésus qui va souffrir la mort pour toi et pour expier tes péchés. Dites-moi, mon Jésus et mon Dieu, qu'attendez-vous des hommes pour leur sacrifier ainsi votre vie ? Il ne demande qu'une chose, dit St.-Bernard, c'est d'être aimé. Cum amat Deus, nihil aliud vult quam amavi.

    O mon Rédempteur ! à quel prix excessif voulez-vous acquérir notre amour? Se trouvera-t-il parmi les hommes un seul individu qui croie en vous et ne vous aime pas ? Ce qui me console, c'est que vous êtes l'amour de tous les sainte, l'amour de Marie, l'amour de votre père; mais, ô mon Dieu ! combien d'hommes qui refusent de vous connaître! combien d'autres qui vous connaissent et ne veulent pas vous aimer ! oh ! amour infini, faites-vous connaître: on vous aimera» Que ne puis-je, moi, vous faire aimer de tous au prix de mon sang et de ma vie. Mais moi-même hélas! n'ai-je pas autrefois passé dans le monde un grand nombre d'années, sans vous aimer ? A la fin il est vrai, vous m'avez fait tant d'avance que vous m'avez inspiré l'amour. J'avais perdu votre grâce, mais la douleur que j'en éprouve aujourd'hui, le désir que j'ai d'être tout à vous, la mort que vous avez endurée pour moi, tout m'inspire une vive confiance et j'ose croire, ô mon amour ! que vous m'avez pardonné, et qu'à présent vous m'aimez. Oh ! que ne puis-je, mon Jésus, mourir pour vous comme vous êtes mort pour moi! Du moins je ne veux ni cesser de vous aimer, ni négliger ce qui pourra vous être agréable. Vous qui me donnez ce désir, Seigneur, donnez-moi la force de l'exécuter. Ne m'abandonnez pas, mon amour, mon espérance ; faites au contraire que je réponde, durant tout le reste de ma vie, à l'amour que vous m'avez porté. Vous voulez que je vous appartienne et je veux vous appartenir. Je vous aime mon Dieu, mon trésor, mon tout. Je veux vivre et mourir en répétant sans cesse : Je vous aime, je vous aime !

    XIX. Et quasi agnus coram tondente se, ohmulesect. et non aptrut os snnnu ( Isa. LUI. 7. ) L'eunuque de la reine Candace lisait ce passage, mais il ne l'entendait pas, e! il ne savait de qui il était question. St. - Philippe inspiré par le Seigneur, monta sur le char où se trouvait l'eunuque, et il lui expliqua comment cela s'entendait de notre Rédempteur. Jésus fut appelé Agneau^ p a r c j q u e, semblable à un agneau sans fiel, il fut traîné au prétoire de Pilate, et de là conduit au supplice. Ecce agnus Dei, dit St. - Jean Baptiste, ecce qui tollit peccata mundi. Agneau qui souffre et qui meurt sur la croix, victime dévouée, pour les péchés des hommes; Vert tanguores nostros ipsetulit, H dolores nostros ip*e portatif* (Isa. Lin. Malheur à ceux qui n'auront pas aimé Jésus-Christ durant leur vie! Au four Fatal du jugement, l'aspect de cet agneau irrité les troublera et ils diront aux montagnes : Montes, cadile super nos, et ab*ct>ndltt nos facie cl sedentis super thronum, et ai ira agni. ( Apoc. vi. 1 6. )

    Si je ne vous ai pas toujours aimé, Agneau divin, je réparerai ma faute en vous aimant désormais. Autrefois j'étais aveugle, mais vous m'avez éclairé, et maintenant je connais le tort infini que j'ai eu, l'amour infini que mérite votre bonté, celui que vous avez eu pour moi ; je me repens bien sincèrement de vous avoir offensé, et je vous aime par-dessus toutes choses. Plaies, sang de mon Rédempteur, vous qui avez allumé tant de feux sacrés dans les âmes, embrasez la mienne; et vous mon Jésus, rappelez-moi toujours votre passion parlez-moi des peines et de l'ignominie que vous avez souffertes pour moi, afin que mes affections, se détachant des biens terrestres, se placent et se réunissent toutes en vous, qui êtes le seul et le vrai bien. Je vous aime, agneau de Dieu sacrifié sur la croix pour l'amour des hommes. Vous n'avez pas refusé de souffrir pour moi, c'est à moi à souffrir pour vous. Je ne me plaindrai plus des croix que vous m'enverrez; je devrais depuis tant d'années gémir dans l'enfer! de quoi pourrais-je me plaindre? faites-moi la grâce de vous aimer ; disposez ensuite à votre gré de moi. Quts me scfarabit achatitate Christi? Ah! mon Jésus, c'est le péché seul qui pourrait me séparer de vous ; ne le permettez pas; envoyez-moi plutôt cent fois la mort; je vous le demande par votre passion. Et vous, A Marie, je vous conjure, par vos douleurs de me délivrer de la mort du péché.

    XX. Deus meus, Deus meus ut qui/ de. reliquhti me ? ( Matth xxvii. l\6. ) Ah ! qui pourra s'empêcher de compatir aux souffrances du fils de Dieu qui, par amour peur les hommes, se meurt de douleur sur la croix? Il éprouve au dehors tant de douleurs des blessures qui le couvrent, il sent au-dedans tant d'affliction et de tristesse, qu'il cherche auprès de son père quelque soulagement à ses souffrances ; mais le père, pour satisfaire sa justice divine, est contraint de l'abandonner : il le laisse mourir privé de tout secours.

    O mort désolée de mon Rédempteur ! tu es mon espérance; ô mon Jésus abandonné ! vos mérites me font espérer que je ne resterai pas abandonné, et que l'enfer ne me séparera point de vous. Je ne prétends pas à des couronnes sur la terre, mais j'embrasse toutes les croix que vous voudrez m'envoyer. Celui qui a mérité les tourments éternels, parce qu'il vous a offensé, ne mérite point de consolations. Il me suffit de vous aimer et de vivre dans votre grâce. La roule chose que je vous demande, c'est de ne point permettre que jamais je sois privé de votre amour. Que tous me délaissent peu m'importe, pourvu que vous ne me livriez pas à ce malheur, le plus grand de tous. Je vous aime mon Jésus qui, pour l'amour de moi, êtes mort abandonné ; je vous aime, mon seul bien, ma seule espérance, mon seul amour.

    XXI. Crttei fixer uni ettm, et cum eo alios duos, hinc et lûnc, medium autem Jesum. ( J o. xix. 18. ) L'Épouse sacrée appelle le Verbe incarné, Totus desiderabilis, talis est dilectus meus. (Cant. v. 16.) A quelque époque de sa vie que nous considérions Jésus-Christ, il nous apparaît toujours tout désirable et tout aimable, enfant dans une grotte, simple ouvrier de Joseph dans une boutique, solitaire dans le désert. ou baigné de sueur en parcourant la Judée, pour prêcher ses doctrines. Mais dans aucune circonstance il n'est plus digne d'amour que lorsqu'il est attaché sur la croix, où il Va perdre la vie. « Le mont Calvaire, disait St.-François de Sales, est la montagne des amants. L'amour est faible, s'il n'a point sa source dans la passion du Sauveur; et malheur à celui qui meurt sans l'amour de notre Rédempteur. » Arrêtons-nous surtout à considérer que cet homme de douleur, cloué sur cette croix ignominieuse est notre vrai Dieu, et qu'il n'est là souffrant et mourant, que pour l'amour de nous.

    Ah ! mon Jésus, si tous les hommes s'arrêtaient à vous contempler sur la croix avec une foi vive, s'ils croyaient que vous êtes leur Dieu et que vous êtes mort pour leur salut, comment pourraient-ils vivre éloignés de vous et privés de votre amour ? Et moi, qui le sais et le crois, comment ai-je pu vous offenser? Les autres ont péché parce qu'ils sont dans les ténèbres, moi je l'ai fait au sein de la lumière. Mais ces mains percées, ce côté ouvert, ce sang, ces plaies que je vois en vous, me font espérer le pardon et votre grâce. Je me repens, mon amour, de vous avoir ainsi dédaigné, mais je vous aime à présent de tout mon cœur, et rien ne me cause autant de regret que de penser que le contraire a eu lieu autrefois. Toutefois la peine même que j'éprouve, semble me dire que vus m'avez déjà pardonné. O cœur enflammé de Jésus ! communiquez au mien votre ardeur. O mon Jésus ! mort consumé de douleurs pour moi, faites-moi mourir consumé de la douleur de vous avoir offensé, et de l'amour que vous méritez. Vous vous êtes immolé pour moi, je me sacrifie tout à vous. O mère affligée! Marie, rendez-moi fidèle à l'amour de votre fils.

    XXII. Et lîidinato capite tradidit spiritum ( J o. xix. 30.) Voilà donc, mon Rédempteur où vous a conduit votre amour pour les hommes, à mourir sur une croix, au sein des douleurs et de l'ignominie ? Ainsi l'avait prédit le roi-prophète : Vent In allitudinem maris, et tempestas demersit me. (Psalm. L XV MI. 3.) a Considérons le divin Sauveur, dit St.-François de Sales, étendu sur la croix comme sur un autel d'honneur, où il meurt pour nous. Ah ! pourquoi ne courons-nous pas nous précipiter en esprit sur la croix pour y mourir avec lui ? Je le tiendrai, devrions-nous dire, et je ne l'abandonnerai jamais, je mourrai avec lui et je brûlerai des flammes de son amour. Le même feu consumera le créateur et sa créature. Mon Jésus est tout à moi, je suis tout à lui ; je vivrai, je mourrai sur son sein; ni la mort ni la vie ne me sépareront de mon Jésus. »

    Oui, mon cher Rédempteur, j'embrasse votre croix, je baise vos pieds blessés. Attendri et confus de vous voir ir.ert pour l'amour de moi. Ah ! acceptez l'offre de moi-même, attachez-moi à vos pieds, afin que je ne me sépare plus de vous, que désormais je ne converse plus qu'avec vous, que je vous soumette toutes mes pensées, que je vous adresse toutes mes affections, que je n'aime que vous, que je ne cherche qu'à vous plaire, que je soupire sans cesse après le moment de sortir de cette vallée de larmes et de dangers, pour aller dans le ciel vous aimer face-à-face, et de toutes mes forces ; car votre royaume est un royaume d'amour. Faites en attendant, que j'évite les occasions de vous offenser, que je me repente de mes torts envers vous, et «pie je continue d'aimer celui qui m'a donné sa vie. O mère du pur amour ! ftîarie, priez pour moi mon Jésus.

    XXIII. Oblatu* ni y nia ip*c zoluiL (Isa. LUI. 7.) Au moment de la Conception, le Verbe incarné vit devant.v\s yeux toutes les âmes qu'il devait racheter. Tu te présentas donc à lui, ô mon âme, tu te montras toute chargée de tes péchés, et pour toi, pour obtenir ton pardon, il accepta toutes les souffrances qui devaient se terminer par son supplice et sa mort. Est-ce donc à lui que tu dois les grâces que tu as reçues de Dieu, les lumières qu'il t'a données, les avis, les secours contre les tentations, les consolations spirituelles, les larmes, l'attendrissement qu'excite l'amour de Jésus pour les hommes, le sentiment de douleur et de regret après l'avoir offensé.

    Ainsi, mon Jésus, depuis le commencement de votre vie, vous vous êtes chargé de mes péchés, et vous avez offert de les expier par vos douleurs ; c'est en mourant vous-même que vous m'avez délivré de la mort éternelle. Tu autem eruisti animam meam, ut non périr et ; projecistt post tergum tuum omnia peccata mea. (Isa. xxxvi. 17.) Au lieu de me punir pour toutes les injures que vous avez reçues d j moi, vous avez augmenté vos faveurs, étendu votre miséricorde, pour acquérir un jour mon amour O mon Jésus! ce jour est arrivé, je vous aime de toute mon âme. Et qui doit vous aimer si je ne vous aime ? Le premier péché que vous devez me pardonner, c'est d'avoir passé dans le monde tant d'années sans vous aimer; à l'avenir je ferai tout pour vous s,:li.*faire. J e S 3 ns, par l'effet de votre grâce, un vif désir de vivre seulement pour vous, et de me détacher de toutes les choses créées ; j'éprouve en même-temps un grand déplaisir d'avoir péché contre vous. Ce désir et ce regret sont votre ouvrage. Continuez donc, mon amour, à me garantir de ma propre faiblesse afin que je vous sois toujours fidèle. Faites que je sois tout à vous, puisque vous vous êtes donné tout à moi. Je vous aime, ô mon unique bien, et je vous aimerai toujours. O Mère de Dieu ! aidez-moi.

    X X I Y. Deus filium suum mittens in similitudinem carnis peccati, et de peccato damnacit peccatum in came. (Rom. vin. 3.) Dieu a envoyé sur la terre, pour nous racheter, son fils revêtu de chair humaine semblable à iv.

    la chair pécheresse de l'homme. Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictio\n ; quia scriptum est : Maledictus omnis qui pendei in ligna. (Gai. m. 13.) Jésus-Christ a eu compassion du monde, et pour nous racheter de la malédiction éternelle, il a voulu lui-même être exposé sur la croix, comme criminel maudit. O Père éternel ! par amour pour votre fils qui vous est si cher, ayez pitié de moi. Et vous, Jésus, mon Rédempteur, qui par votre mort m'avez délivré de la servitude du péché, dans lequel je suis né, tt des péchés que j'ai commis depuis le baptême, changez, je vous prie, les chaînes qui me tenaient attaché au joug de Lucifer*, en chaînes d'or et d'amour, qui me lient à vous. Hâtez-vous donc, Seigneur, de montrer l'efficacité de vos mérites en me sanctifiant, de pécheur que j'étais.

    Depuis bien des années je devrais brûler dans l'enfer; mais d'après votre miséricorde infinie et par la gloire de votre mort, j'espère ne brûler que de votre amour, et vous appartenir tout entier. Je veux que mon cœur n'aime que vous. Advmial regnnm tuum. Régnez, mon Jésus, sur toute mon âme ; qu'elle vous obéisse, qu'elle vous cherche, qu'elle soupire pour vous. Éloignez-vous, affections terrestres, venez les remplacer, flammes d'amour divin ; venez et restez seules dans mon cœur. Je vous aime, ô mon Jésus, mon aimable infini, mon seul ami véritable. Nul ne m'aima jamais autant que vous m'avez aimé : je me donne donc, je me consacre à vous tout entier, à vous, mon trésor et mon tout.

    XXV. DiUœit nos et lavit nos d peccatis nostris in sanguine suo. (Apoc. i. 5.) Ainsi, mon Jésus, pour sauver mon Ame, vous avez voulu laver de votre propre sang les souillures du péché. Si donc vous avez acheté nos âmes au prix de votre sang, empli enim estis pretio magno, (Cor. vi. 20.) c'est la preuve que vous les avez aimées ; et puisque vous les aimez, laissez-nous vous prier : Te ergo quœsumus, tuis famulis subvenu, quos prciioso sanguine redenùslL II est vrai que par mes péchés j'ai voulu me séparer de vous, et je me suis volontairement exposé à vous perdre ; mais souvenez-vous, mon Jésus, que vous m'avez acheté avec votre sang ; que ce sang répandu avec tant de douleur et d'amour ne soit pas perdu peur moi.

    Mes péchés, ô mon Dieu, vous ont détaché de mon âme, et j'ai mérité votre haine, mais vous avez voulu oublier les fautes d'un pécheur qui se répcul. Si quis tgeril pœnilentiam omnium iniquitatum ejus, non recordabor. (Ezech. xviii. 22.) Vous avez dit aussi que vous aimiez celui qui vous aime ; Ego diligentes me diligo. (Prov. 8.) Oubliez donc, mon Jésus, tous les dégoûts que je vous ai donnés, et aimez-moi, car je vous aime plus que moi-même, et je me repens amèrement de mes fautes, ô mon Seigneur, pour l'amour de ce sang que vous avez répandu pour l'amour de moi, ne me haïssez plus et aimez-moi. Ce n'est pas assez que vous m'ayez pardonné et remis la peine de mes fautes, je vous aime et je veux être aimé de vous. Dieu d'amour et de bonté, unissez-moi à vous et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous, ni que je mérite de nouveau votre haine : mon Jésus, ne le permettez pas; j-e veux que vous soyez tout à moi, comme je veux être tout à vous.

    X X V Ï. Humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. ( Philip ii, 8. ) Qu'ont fait les saints martyrs en donnant leur vie pour ce Dieu qui s'était abaissé jusqu'à mourir pour eux sur un« croix ? Le sacrifice que tous les hommes feraient île leur vie n'égalerait pas la grandeur de celui que Jésus-Christ s'est imposé; il faudrait qu'un autre Dieu pérît à son tour. Laissez-moi donc mourir avec St. - François d'Assises : Morirtr, Domine, amore amoris tui qui amore amoris mei dignatus es mort.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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