Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Opuscules pieux · Alphonse de Liguori

    II. Actes d'affection à Jésus-Christ d'une âme qui veut être tout à lui

    SENTIMENTS D'USE

    Athées qui ne croyez point en Dieu, quelle folie est la vôtre, si vous ne croyez point en Dieu, dites-moi qui vous a créés? Comment pouvez-vous imaginer qu'il existe des créatures sans un créateur? Ce monde que vous admirez, réglé avec tant d'ordre et de précision, peut-il être l'ouvrage du hasard, qui n'a ni ordre ni prévoyance ! Malheureux ! vous cherchez à vous persuader que l'âme meurt comme le corps ; oh ! que direz-vous, grand Dieu ! lorsqu'entrant dans l'éternité, vous sentirez que vos âmes sont éternelles, et que votre malheur éternel n'aura point de remède ?

    Mais si vous croyez qu'il y a un Dieu, vous devez croire aussi qu'il y a une vraie religion. Mais si vous ne croyez pas que l'Église catholique romaine professe cette vraie religion, apprenez-moi où elle est. Sera-ce celui des Gentils, qui admettent tant de dieux, ou bien celle des Musulmans, mélange impur de fables, d'inepties et de contradictions ? religion inventée par un imposteur infâme, faite pour les bêtes plus que pour les hommes. Sera-ce celle des Juifs ? Il fut un temps où ils eurent la vraie foi; mais parce qu'ils ont repoussé le Rédempteur qu'ils attendaient, et la loi de grâce qu'il enseignait, ils ont perdu la foi, leur patrie et leurs biens. Sera-ce enfin la religion des hérétiques qui, en se sépaiant de notre &>lisc, la première fondée par Jésus-Christ, et à laquelle fut faite la promesse qu'elle ne tomberait jamais, ont tellement confondu tous les dogmes révélés, que chacun d'eux dans sa croyance, diffère de tous les autres? Ah ! il est vrai que notre foi est la seule vraie. Ou vous avez de la foi, et dans ce cas il n'y a de vraie religion que la nôtre, ou vous n'avez pas do foi, et, dans cet autre cas, toutes les religions sont fausses. Mais cela ne peut-être; car s'il y a un Dieu, il y a nécessairement une foi véritable et une religion.

    Mais combien plus insensés encore, sont ces chrétiens, qui ont la foi et qui vivent comme s'ils ne croyaient point. Il y a, selon eux, un Dieu juste qui jugera les hommes ; il y a un paradis, un enfer éternel, et ils vivent comme s'il n'y avait ni jugement, ni éternité, ni enfer, ni paradis, ni Dieu.

    O Dieu ! comment des chrétiens peuvent-ils croire en Jésus-Christ, en un Dieu qui naquit dans une étable, se tint caché pendant trente ans dans une condition obscure et pénible, périt enfin sur une croix consumé de douleur; et ne point aimer ce Dieu qu'ils offensent par leurs péchés ?

    O sainte foi ! éclairez tous ces aveugles qui vont se perdre pour l'éternité. Mais déjà la lumière brille ; elle éclaire tous les hommes fidèles et infidèles. Lux vera quae illuminai omnem hominem. Et comment tant d'hommes se perdent-ils ? O péché maudit, tu aveugles ces pauvres âmes; mais quand l'éternité viendra, les yeux s'ouvriront, mais il n'y aura plus de remède.

    Comment se fait-il, mon Jésus, qu'un si grand nombre de vos serviteurs F C sont confinés dans les grottes et dans les déserts, pour tacher de se sauver ? Des grands, des princes mêmes, se sont en Ici mes dans des cloîtres oh ils ont vécu pauvres et ignorés du moi.de » pour travailler à leur salut éternel ; des martyrs ont tout abandonné, de jeunes vierges ont renoncé à de riches mariages : les uns et les autres ont embrassé tous les instrument? de supplice, ont subi même la mort la plus cruelle, pour ne point perdre la grâce divine ; et tant d'autres chrétiens passent leur vie loin du Seigneur et tout plongés dans le péché

    Je vous rends grâce, mon Jésus, des lumières que vous m'avez données; elles m'ont fait connaître que tous les biens de la terre ne sont que fumée, illusion, boue et vanité; que vous seul êtes le vrai bien.

    Je vous remercie encore, ô mon Dieu, de m'avoir donné la sainte foi, que vous avez fondée sur l'accomplissement des prophéties, sur la vérité des miracles, sur la constance des martyrs, la sainteté des doctrines, et la propagation prodigieuse qu'elle a reçue sur toute la terre.

    Je crois tout ce nue l'Église me dit de croire, parce que c'est vous qui l'avez révélé. Je ne prétends pas concevoir ou expliquer des mystères qui sont au-dessus de mon intelligence ; il me suffit que vous ayez dit. Je vous prie seulement d'accroître ma foi. Adauge nobis fidem.

    Mon Jésus, l'aspect de mes péchés m'épouvante ; mais quand je vous vois sur la croix, mon âme se console. Vous ne me refuserez pas le pardon, puisque vous m'avez donné votre sang et votre vie. Plaies de Jésus, vous êtes mon espérance.

    Mon cher Rédempteur, à l'heure de ma mort, au milieu de ces combats cruels que l'enfer me livrera, vous devez être mon appui. J'espère qu'en considération de la mort terrible que vous avez subie pour moi, vous me ferez mourir en état de grat.e, brûlant de votre amour. Par ces trois heures d'agonie que vous eûtes sur la croix, faites-moi la grâce de me donner la résignation et la constance, pour supporter toutes les douleurs de mon agonie. Et vous, Marie, au nom de la douleur que vous éprouvâtes quand votre fils expira, obtenez pour moi que j'expire en faisant un acte d'amour à Dieu, afin que j'aille l'aimer éternellement avec vous dans le paradis.

    Mon Jésus, j'espère de vous, par vos mérites, le pardon des injures que je vous ai faites. Pourrais-je douter du pardon, quand vous êtes mort pour pouvoir me pardonner ? Pourrais-je douter de votre miséricorde, quand c'est elle qui vous a fait descendre du ciel pour venir chercher mon âme ? Craindrai-je que vous HIC refusiez la faveur de vous aimer, quand vous avez tant souffert pour que je vous aimasse ? Craindrai-je que les péchés que j'ai commis et dont je me repens sincèrement, me privent de votre grâce, quand c'est pour effacer mes péchés que vous avez répandu votre sang, et qu'à ce prix excessif, vous avez voulu me faire regagner votre amour ? Vous me faites détester mes fautes, vous me faites connaître en m'éclairant la vanité des choses de ce monde et l'amour que vous avez eu pour moi, vous m'inspirez le désir d'être tout à vous. Tout cela me dit que vous voulez me sauver; de mon côté je veux me sauver aussi, pour aller dans le ciel, célébrer à jamais votre miséricorde. Misericordias Domini in æternum cantabo. Puisse le regret de vous avoir offensé, ne sortir de mon cœur, non plus q r e le désir de vous aimer au-dessus de toutes choses.

    Mon Rédempteur bien-aimé, mon juge, lorsqu'à l'époque de ma mort je serai en votre présence, ne me repoussez pas loin de votre face. Cùm teneris me judicare nui me condamnare* Ne me précipitez point dans l'enfer, car dans l'enfer, je ne pourrais vous aimer. Que ces plaies que vous portez empreintes, signes de votre amour, n%\ se changent point pour moi en cause de douleur éternelle. Pardonnez-moi donc avant que l'heure du jugement arrive. Faites qu'en vous voyant pour la première fois je ne vous trouve point irrité; nommez-moi alors votre brebis élue, et ne me traitez pas en chevreau réprouvé. Redemisti crucem passus : tan tus la!:or non sit cossus. Que votre sang ne soit pis perdu pour moi.

    Je suis pécheur, mais vous ne voulez pas la mort du pécheur : vous l'avez dit. Nolo mortem impii, sed ut convertatur et vivat. (Ezech. xxxiu. 11. ) J'abandonne tout, je renonce à tous les biens de la terre, délices, richesses, dignités, honneurs. Je vois que tout n'est que mensonge, fange ou poison : je me tourne vers vous, mon Dieu ; je vous veux, rien de plus.

    O Dieu ! pour me donner le paradis, vous avez immolé votre vie ; et moi, pour satisfaire mes goûts dépravés, j'ai perdu le paradis et vous-même. Je ne mérite pas d'entrer dans le séjour des Saints ; mais votre sang et votre mort me font tout espérer. Oui, j'espère, je veux le paradis, je le veux, mon Jésus, non pour y avoir plus de jouissances, mais pour vous aimer davantage, pour m'assurer que je vous aimerai toujours.

    Quand viendra donc le jour, ô mon bien suprême ! où embrassant vos genoux, je baiserai ces plaies qui ont été le gage de votre amour et la cause de mon salut ?

    Je lis, mon Jésus, dans ma conscience l'arrêt de mort que je mérite pour tous mes péchés, mais je lis sur votre croix ma grâce écrite, p ix de votre mort. In te, Domine, speravi ; non confandar in uUraam.

    J'espère, mon Sauveur chéri, que vous m'avez pardonné le passé; mai* quand je me souviens de tout ce que j'ai fait, je demande pour l'avenir ; mais cette crainte même fait croître ma confiance ; car je reconnais ma faiblesse ; je vois que je ne puis compter sur moi-même ; alors j'espère tout de vous qui me donnerez la force de voir rester fidèle.

    Je m'effraie, en songeant à l'incertitude du sort qui m'attend ; sera:-je sauvé ou damné ? Toutefois, mon Jésus, quand je vous vois mort sur cette croix pour obtenir mon salut, je : eus une douce espérance pénétrer dans mon âme. Une voix secrète me dit que je ne cesserai de vous aimer ni dans cette vie ni dans l'autre, et que je me verrai un jour dans le royaume d'amour, où je brûlerai pour vous, sans crainte de vous perdre.

    J'ignore maintenant, si c'est votre amour ou votre haine que je mérite. Cependant je sens en moi l'horreur pour le péché ; je me trouve disposé à tout souffrir plutôt que de perdre votre grâce ; j'éprouve un vif désir de vous aimer et d'être tout à vous ; ce sont là de vos dons; ils prouvent que vous m'aimez. Si, d'un côté, mes péchés me font craindre, de l'autre, votre bonté me rassure, et je compte sur votre miséricorde. Je me livre donc en vos mains, encore toutes percées des clous qui les attachèrent à la croix pour ma rédemption. In manus tuas commendo spiritum meam ; redemisti me, Domine, Deus veritatis.

    Qui etiam filio proprio suo non pepercit, dit l'Apôtre, sed pro nobis omnibus tradidit illum, quomodo non etiam cum illo omnia nobis donar.it ? ( Rom. vin. 3 2. ) Votre père, ô mon Jésus, vous a donné à nous ; il vous a envoyé mourir pour nous ; pouvons-nous craindre qu'il nous refuse le pardon, la persévérance, la gt Ace, son amour et le paradis ? Cum illo omnia, omnia, omnia nobis donarit. Oui, mon Rédempteur, j'attends tout du sang que vous avez versé pour moi. Tuas famulis subveni, quos preiioso sanguine redemisti.

    Reine du ciel, mère de Dieu, notre espérance, refuge des pécheurs, ayez pitié de nous. Spes nostra, mhe ; refugium peccatorum ora pro nobis.

    Mon Jésus, au nom de cette douleur que vous eûtes de mes péchés, au jardin de Gethsémani, donnez-moi une véritable douleur de vous avoir offensé. Péchés maudits, je vous déteste ; vous m'avez fait perdre la grâce de mon Dieu. Mon Jésus, je me repens de mes fautes : Ah ! que n'ai-je souffert tous les maux, avant de vous offenser !

    Quand je me rappelle, ô mon doux Rédempteur, tous les déplaisirs que je vous ai donnés, la douleur iv.

    que j'éprouve vient moins des terreurs de l'enfer que j'ai mérité, que du regret d'avoir méconnu votre amour ; car les tourments de l'enfer sont moins grands, que l'amour que vous m'avez montré par votre passion. Comment, ô Dieu, moi qui savais que pour moi vous avez souffert qu'on vous attachât, qu'on vous battit de verges, qu'on vous crachât sur la figure, qu'on vous clouât sur une croix, où la mort vous attendait, comment ai-je pu tant de fois mépriser votre grâce et vous fuir ? Ah ! je voudrais subir tous les supplices, et mourir de douleur.

    Je sais le mal que j'ai fait, en me séparant de vous, mon souverain bien. J'aurais dû souffrir les plus grands maux et la mort même, et ne pas vous offenser ; et quel plus grand mal pouvais-je faire que de renoncer volontairement à votre grâce, ô mon Jésus, rien ne m'afflige autant aujourd'hui, que d'avoir dédaigné vos faveurs.

    devons remercie, Seigneur, de la douce promesse que vous avez faite aux pécheurs, d'oublier les fautes passées en faveur du repentir : Omnium iniquttalum non recordaltor. C'est là le fruit de votre passion. O douce miséricorde « ô doux pmourde.Jésus-Christ, ô bienheureuse passion, vous êtes mon espérance. C'eût été fait de moi, mon Jésus, si vous n'aviez payé pour moi.

    Tandis que je songeais à vous offenser, vous ne pensiez, vous, qu'à user envers moi de miséricorde! Le péché commis, je ne songeais pas à me repentir, et vous pensiez à m'appeler; j'ai fait en un mot tous les efforts pour me damner, et vous avez fait ce que vous avez pu pour l'empêcher. Ainsi, vous êtes un bien infini, et je vous ai méprisé ! Vous êtes digne d'amour infini, vous m'avez tendrement aimé, et je vous ai refusé mon amour et abreuvé de dégoûts. Mais vous avez dit que vous ne savez pas mépriser un cœur qui s'humilie et se repent : j'embrasse donc votre croix, le cœur plein d'un amer repentir. Ah! par le sang que vous avez versé pour moi, rendez-moi votre grâce.

    Espérance des pécheurs, ô Marie ! obtenez pour moi le pardon, la persévérance et l'amour de Jésus-Christ.

    Mon Jésus, je vous aime, et je suis fermement décidé à tout perdre avant de perdre votre grâce. Je suis faible, mais vous êtes fort; vous me fortifierez contre tous mes ennemis. J'espère tout de votre passion. Dominus illuminatio mea et salus mea, quem timebo ?

    Je ne crains pas, mon Sauveur, de perdre mes biens, mes parents, ma vie, je crains seulement de perdre votre amour. Mais vous êtes mon espérance; je vous prie de conserver en moi votre saint amour, de m'aider à tout surmonter pour pouvoir vous complaire.

    Jesu duteissime, ne permittas me separari d te. Je suis l'ouvrage de vos mains, votre sang m'a racheté, ne me livrez pas au malheur de perdre votre amour et d'être séparé de vous. Assistez-moi toujours dans les dangers où je me trouverai, faites que lorsqu'ils se présenteront j'aie recours à vous. Je désire vivement vous être fidèle, et vivre pour vous seul tout le temps qui me reste à vivre; c'est à vous à me donner les forces nécessaires; je l'espère de vous.

    Faites croître dans mon cœur, mon Jésus, la crainte de vous déplaire. Je frémis e?i pensant à ma conduite passée, mais vos mérites et les grâces que vous m'avez déjà accordées me rendent la confiance. J'espère que vous ne m'abandonnerez pas, maintenant que je vous aime, vous qui vous êtes montré si miséricordieux envers moi, quand je ne vous aimais pas. Je ne me i\n plus en mes propres forces; je s^is combien elles sont fragiles, mais je me repose sur votre bonté, et j'espère fermement que vous ne me verrez plus me séparer de vous.

    Oh! qui m'assurerait, mon Jésus, que je ne vous perdrai plus et que je vous aimerai toujours! Mais je me résigne à vos saintes volontés, qui, pour mon propre bien, me laisseront jusqu'à la mort dans cette incertitude, afin que je ne cesse pas de m'attacher à vous et de vous prier : ne permittas me se par art d te. Oui, mon Jésus, je le répète, et accordez-moi de pouvoir toujours le redire : ne permittas me separari à tel

    Je ne veux plus, mon Rédempteur, m'éloigner de vous. 5'il pouvait arriver que tous les hommes vous abandonnassent, je ne les imiterai pas, dût-il m'en coûter la vie. Je proteste que, n'y eût-il ni enfer, ni paradis, ni récompense pour celui qui vous aime, ni châtiment pour celui qui vous offense, je ne laisserais pas de vous aimer, parce que vous êtes digne d'amour infini.

    Oh ! si les années que j'ai perdues pouvaient revenir, je voudrais les employer toutes à vous aimer ; mais ces années ne reviendront pas. Je vous rends grâces de m'avoir attendu, et de ne pas m'avoir envoyé dans l'enfer, que je méritais ; et puisque vous m'avez attendu, je vous consacre tout ce qui me reste de vie. Je veux que toutes mes pensées et tous mes désirs soient uniquement de vous plaire et de me soumettre à votre volonté sainte.

    Mon Jésus chéri, je ne veux pas attendre, pour m ' u n i r a vous, le moment de ma nrn.rl; dès cet instant j'embrasse vos pieds sacrés, pour que je puisse avoir une bonne mort, vous avez souffert une mort douloureuse et pleine d'angoisses ; dans ce moment suprême, quand toute la terre m'aura abandonné, ne m'abandonnez pas, vous, mon Rédempteur. Ne permettez pas que je vous perde et que je sois séparé de vous Accueillez-moi sur vos saintes plaies, et faites que là je rende le dernier soupir, sans cesser de vous aimer, pour que j'aille ensuite aux lieux où l'on vous aimera éternellement.

    O pasteur très-aimant de vos brebis! pour qui vous avez donné non pis vos richesses, mais votre propre sang O bonté, ô amour d'un Dieu pour nos âmes ! que ne puis-je, A mon Jésus, pour l'amour de vous, donner tout mon sang avec ma vie, attaché à une Croix ou sous le tranchant de la hache; que les anges du ciel, que toutes les créatures, louent éternellement votre charité infinie envers les hommes! Que ne puis-je faire, par ma mort, que tous vous aiment! Agréez, Seigneur, ce vif désir, et accordez-moi la faveur, qu'avant de mourir, je puisse souffrir pour vous quelque chose.

    Qu'ont lait les martyrs, ô Sauveur du monde! Ils ont souffert les tortures de toute sorte, les chevalets, les croix de fer, les casques embrasés; ils ont subi pour l'amour de vous la mort la plus cruelle; mais vous, leur Dieu, n'étiez-vous pas mort pour eux? Vous êtes aussi mort pour moi ; et moi, jusqu'à présent, qu'ai-je fait pour vous durant tout le cours de ma vie? Ne me laissez pas mourir ainsi, mon Jésus ; je vous aime, et j'offre de souffrir pour vous tout ce qu'il vous plaira. Acceptez cette offre, et donnez-moi la force de la remplir.

    Du haut de la croix, mon Jésus, vous aviez prévu les offenses dont je serais coupable un jour envers vous, et vous m'aviez préparé le pardon. Vous prévoyiez ma ruine, et vous prépariez le pardon ; vous prévoyiez mon ingratitude, et vous me prépariez les remords, les terreurs, les lumières spirituelles, l'appel à la pénitence, tous les trésors de votre charité. Il y avait donc entre vous et moi, Seigneur, comme une espèce de gageure où il s'agissait de savoir qui remporterait, de vous, en me comblant de grâces, ou de moi, m vous offensant ; de V O U P, en me demandant de l'amour, de moi en vous provoquant à me punir. Quand viendra donc le moment, ô mon Dieu ! où je pourrai me détacher tout-à-fait de la terre, pour m'unir à vous et à votre sainte volonté? Je le désire, mais aurai-je la force d'accomplir ce vœu ? c'est vous, Seigneur, qui devez me la donner. Vous avez promis d'exaucer celui qui vous prie : je vous prie de toute mon âme, je ne veux ni vivre ni mourir ingrat à vos bontés.

    Verbe incarné ! homme de douleurs, né pour une vie remplie de souffrances! le premier et le dernier des hommes : le premier, parce que vous êtes Dieu et Seigneur de tout ; le dernier, parce que vous avez voulu sur cette terre être traité comme le plus vil des hommes, jusqu'à souffrir les plus sanglants outrages de la lie du peuple. O Agneau divin! amour infini, digne d'amour éternel, qui vous êtes sacrifié peur moi, je vous offre mon sang et ma vie ; mais qu'est-ce que le sang «i une chétive créature au prix du sang d'un Dieu. la vie d'un misérable pécheur, au prix de la vie de l'être des êtres ?

    Mon Jésus bien aimé, qui, poussé par votre bienveillante miséricorde, êtes venu sur la terre, pour ramener les brebis égarées, daignez me chercher, tout misérable que je suis, jusqu'à ce que vous m'ayez trouvé. Souvenez-vous que votre sang a coulé aussi pour moi.

    O vous qui par amour voulûtes vous immoler sur la croix ! je vous aime et je désire m'immoler tout à votre amour. Étendez une de vos mains, et tirez-moi de la fange de mes péchés ; guérissez les plaies de mon âme ; détruisez en moi toute affection qui n'est point pour vous. Vous le pouvez; je vous conjure de le faire par votre passion.

    Vous ne m'avez refusé ni votre sang ni votre vie, parce que vous m'aimiez ; je ne veux rien vous refuser, parce que je vous aime. Je me"donne tout à vous sans réserve, comme sans réserve vous vous êtes donné à moi dans* votre passion et dans le Saint - Sacrement de l'autel. Dites-moi seulement ce que vous voulez de moi, et avec votre secours, j'exécuterai votre volonté.

    Parlez, réprouvés, et, du fond de la prison qui vous renferme, dites-nous ce qui vous tourmente le plus du feu qui vous brûle ou de l'amour que Jésus-Christ eût pour vous? ah! l'enfer de votre enfer, c'est de voir qu'un Dieu était descendu du ciel sur la terre pour vous sauver, et que vous, fermant les yeux à la lumière, vous avez voulu vous perdre, et perdre ce bien infini, votre Dieu, qui ne sera plus à vous, et que jamais vous ne pourrez recouvrer.

    Mon Jésus, mon tout, je vous rends grâces de la lumière que vous m'avez envoyée, je vous aime, et la seule chose que je crains c'est de vous perdre et de me voir privé de la faculté de vous aimer. Faites que je vous aime, puis disposez à votre gré de moi.

    Ah! brisez, mon Jésus, les chaînes de mes affections déréglées, qui m'empêchent de m'unir entièrement à vous; liez-moi des nœuds de votre amour, mais liez-moi si étroitement, que je ne puisse plus me séparer de vous. Les faveurs que j'ai reçues de vous auraient dû suffire pour m'attacher à vous; mais mon union avec vous n'est pas telle que je le voudrais, rendez-la plus étroite ; vous seul pouvez le faire.

    Vous êtes, ô Jésus, mon amour et mon espérance; je désire votre pur amour sans aucun intérêt de ma part; car il m'importe peu, pourvu que je l'obtienne, d'être privé de toute satisfaction personnelle. Faites que je vous aime, je n'en demande pas davantage.

    Vous voulez mon amour, Seigneur, et c'est pour cela que vous ne m'avez pas jeté dans l'enfer, et que depuis un grand nombre d'années vous venez vous faire sentir auprès de moi, en me disant : Aime-moi, aime-moi de tout ton cœur. Que faut-il donc que je fasse pour vous satisfaire complètement ? me voici, je vous donne ma volonté, ma liberté et moi-même : je ne sais que vous donner encore. Je ne délire dans ce monde ni plaisirs ni honneurs; la seule chose que je désire, c'est de vous appartenir tout entier, ô mon Dieu ! acceptez-moi; secourez-moi par votre grâce, et ne m'abandonnez jamais. Jdjutor meus esto, ne derelinquas me, neque despicias me, Deus, salvator meus. (Psalm. 2 6. ) Ne me traitez point, ô mon Sauveur, comme je le mériterais, mais rappelez-vous ce que mon âme vous coûte, et sauvez-moi. Mon salut, c'est de vous aimer et de n'aimer que vous.

    Vous avez dit, mon Jésus, que vous aimiez ceux qui vous aiment : Ego diligentes me diligo; je vous aime, je ne veux de vous que vous; aimez-moi aussi. Malheureux que je suis! il fut un temps oh vous me haïssiez à cause de mes péchés; maintenant que je les déteste et que je vous aime, aimez-moi, Seigneur, et ne me haïssez plus. Je redoute votre haine plus que l'enfer et ses tourments.

    Mon bien-aimé Rédempteur, je vous dirai avec Ste.-Thérèse : Puisqu'il faut que nous vivions, vivons seulement pour vous. Qu'il ne soit plus question maintenant de nos intérêts : quel plus grand bien peut nous arriver que de vous plaire ?

    Mon Jésus, toutes les fois que je dis : Dieu soit loué, ou bien : Que la volonté de Dieu soit faite, j'entends par là accepter tout ce que vous avez disposé ou ordonné de toute éternité, relativement à moi. Je ne veux d'autre office, d'autre habitation, d'autres vêtements, d'autre nourriture, d'autre santé, d'autre vie, que ce qu'il vous plaît que j'aie.

    Je ne veux ni emploi, ni talents, ni fortune que ce que vous m'avez destiné. Si vous ne voulez pas que mes affaires réussissent ; s'il faut que mes entreprises échouent, que mes procès se perdent, que tous mes biens me soient ravis ; je le veux aussi.

    Si vous voulez que je sois méprisé, mal vu, diffamé, maltraité même par mes plus proches; je le veux aussi.

    Si vous voulez que je m'appauvrisse, que je sois banni «le ma patrie, emprisonné dans un cachot, que je vive toujours dans les transes et les angoisses ; je le veux, aussi.

    Si vous voulez que je sois toujours malade, couvert de plaies, estropié dans un lit, abandonné de tous; je le veux aussi. Je le veux de la même manière et pour tout le temps que vous le voudrez. Je mets ma vie même entre vos mains, et j'accepte la mort que vous me destinez, celle de mes parents et de mes amis; enfin, tout ce qu'il vous plaira m'envoyer.

    Je veux pareillement tout ce que vous voulez, pour ce qui concerne mon avantage spirituel. Je désire vous aimer durant cette vie de toutes mes forces, et aller en paradis vous aimer, comme vous aiment les Séraphins; mais je me contente de ce que vous voudrez faire. Si vous ne me donnez qu'un degré d'amour, de grâce ou de gloire, je n'en demanderai pas davantage, puisque vous le voulez ainsi. J Vi mc mieux que votre volonté s'accomplisse, que si j'obtenais pour moi-même les plus grands biens. Disposez donc de moi, ô mon Dieu, comme vous l'entendrez, et ne faites aucune attention à ma volonté propre. Quel que soit le traitement que vous me ferez subir, doux ou amer, agréable ou pénible, je l'accepte avec joie, parce que l'un ou l'autre me viendra de votre main.

    J'accepte aussi spécialement, mon Jésus, ma mort et les tribulations qui l'accompagneront, de la manière, au lieu et au temps que vous aurez déterminé. Je les unis, mon Sauveur, avec votre sainte mort, et je vous les offre, comme un tribut de l'amour que j'ai pour vous. Je veux mourir pour vous satisfaire, et accomplir ainsi votre volonté.

    État malheureux d'une âme qui vit dans le péché, et qui a perdu Dieu. Elle vit, l'infortunée, mais elle vit sans Dieu. Dieu la voit et ne l'aime plus; il la hait, il la déteste. Un temps fut où tu vivais sans Dieu, ô mon âme ! A ton aspect, Jésus n'éprouvait plus aucun plaisir, comme lorsque tu étais en état de grâce ; maintenant tu lui faisais horreur. La bienheureuse Vierge le regardait avec compassion, mais elle ne pouvait supporter ta brutalité. Tu allais à la messe, et dans l'hostie consacrée, tu ne pouvais apercevoir qu'un ennemi. O mon Dieu ! que j'ai méprisé et perdu, pardonnez-moi, et faites que je vous retrouve. J'ai voulu vous perdre, mais vous n'avez pas voulu m'abandonner. Si vous n'êtes pas encore retourné à moi, ne différez pas votre retour, je vous en conjure, car je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé. Faites-moi connaître que vous êtes revenu, en me donnant un vif regret d'avoir péché, et un désir ardent de vous aimer.

    Mon Seigneur bien-aimé, plutôt que de me voir séparé de vous, et privé de votre grâce, faites-moi subir tous les tourments. Père éternel, pour l'amour de Jésus-Christ, je vous prie de me faire la grâce de ne plus vous offenser jusqu'à la mort. Envoyez-la moi, avant que je vous abandonne.

    Regardez-moi, mon Jésus crucifié, avec ce même amour que vous manifestiez, le jour où vous alliez expirer sur la croix. Regardez-moi, <*t ayez pitié d'un malheureux pécheur. Accordez-moi un pardon général de tous les dégoûts que je vous ai donnés; accordez-moi la sainte persévérance, une soumission parfaite à vos volontés, votre saint amour et le paradis, afin que je puisse vous aimer toujours. Je ne mérite rien par moi, mais vos plaies m'encouragent et me donnent l'espérance. O Jésus ! par cet amour qui vous a fait mourir pour moi, donnez-moi votre amour. Otez de mon cœur toute affection aux créatures, donnez-moi de la résignation dans les peines, et rendez-vous l'objet de tout mon amour, afin que d'aujourd'hui en avant, je n'aime que vous.

    Vous m'avez créé, vous m'avez racheté, vous m'avez fait chrétien, vous m'avez supporté quand j'étais en état de péché, vous m'avez souvent pardonné; au lieu de châtiments, vous m'avez accordé des grâces nouvelles; si je ne vous aime pas, qui devra vous aimer? Que votre miséricorde triomphe aujourd'hui de mes mauvais penchants; faites que le feu d'amour qui doit m'enflammer pour vous, soit plus vif encore que n'eût été le feu éternel qui devait me brûler dans l'enfer; faites-le, mon Jésus, mon amour, mon trésor, mon tout.

    Incarnation, rédemption, passion de Jésus-Christ, calvaire, verges, épines, clous, croix, qui fûtes les instruments du supplice de mon Dieu, noms qui me rappelez l'amour de Dieu pour moi, ne vous éloignez jamais de mon cœur ni de ma mémoire ! faites-moi, au contraire, ressouvenir sans cesse des tourments que mon Sauveur voulut endurer. Plaies sacrées, soyez l'asile perpétuel de mon âme, l'heureux foyer où elle brûlera constamment du divin amour.

    Jésus bien-aimé, j'ai mérité l'enfer, j'ai mérité d'être à jamais séparé de vous. Je ne refuse point les peines de l'enfer, si vous me les infligez comme un juste châtiment de mes fautes; mais je ne puis accepter le tourment de ne plus vous aimer. Faites que je vous aime toujours, et envoyez-moi où vous voudrez. Il est juste que je souffre la peine de mes péchés, mais il serait trop dur pour moi de haïr et de maudire celui qui m'a créé, m'a racheté, m'a tant aimé. Il faut que je vous aime et vous bénisse à jamais. Je vous bénis donc et je vous aime, Jésus, mon amour; et j'espère vous aimer et vous bénir dans l'éternité.

    Mon doux Rédempteur, je vois que vous voulez que je sois tout à vous : eh bien! ne permettez pas que d'aujourd'hui en avant, les créatures vous ravissent aucune partie de cet amour qui vous appartient. Vous seul méritez toutes mes affections, vous seul êtes infiniment aimable, vous seul m'avez véritablement aimé ; vous seul avez droit à mon amour, et je vais faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous contenter. J'abandonne tout, plaisirs, richesses, honneur,, créatures. Vous seul, mon Jésus, vous me suffisez; vous êtes tout pour moi, rien de plus.

    Loin de moi les affections de la terre. Autrefois vous occupiez une place dans mon cœur ; mais alors j'étais aveugle. Aujourd'hui Dieu m'a éclairé par sa miséricorde; il m'a fait connaître la vanité de ce monde et l'amour qu'il me porta. Cet amour demande tout le mien, et je veux le lui consacrer. Oui, mon Jésus, prenez possession de tout mon cœur ; si je ne vous le donnais pas tout entier, prenez-le de force : qu'il soit tout à vous. Je vous aime, mon Dieu, plus que moi-même. Trahe me post te. Entraînez-moi, Seigneur, vers vous, et faites-moi perdre tout amour pour les créatures.

    O paradis! ô patrie des âmes aimantes, palais de l'amour, port assuré où l'on aime Dieu éternellement, où l'on ne craint plus de le perdre ! quel sera le jour où je passerai le seuil de tes portes, libre et dégagé de ce corps de terre, hors d'atteinte des ennemis qui m'entourent et m'assiègent sans cesse, pour me priver de la grâce divine? Mon Jésus, faites-moi connaître les grands biens que vous préparez aux âmes qui vous aiment. Donnez-moi un grand désir du paradis, afin qu'oubliant cette terre, j'aille y établir mon séjour, et que pendant le reste de ma vie ]e ne fasse que soupirer après le moment de quitter ce lien d'exil, pour aller vous voir et vous aimer face-à-face dans votre royaume. Je ne le mérite pas, et je sais que mon nom a été inscrit sur le livre des condamnés : maintenant, en état de grâce, du moins je l'espère, je vous conjure, par ce sang que vous avez versé pour moi sur la croix, de m'écrire sur le livre de vie. Vous êtes mort pour me faire acquérir le paradis ; je le veux, je l'attends, je le demande par vos propres mérites, pour aller me consumer d'amour, en vous aimant de toutes mes forces. Là, ne songeant plus ni à moi, ni aux créatures, je ne penserai qu'à vous aimer, je ne désirerai, je ne ferai que vous aimer. O mon Jésus! quand cela sera-1-il?

    Mère de Dieu, Marie, vos prières doivent me porter en paradis. Eia ergô advocaia nostra ; Jtsutn henedictut/iy ô ticiumventris tui post hoc ewil!um os tende.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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