Opuscules et fragments · Saint Jean Eudes
I : Memoriale beneficiorum Dei — suite
40. En cette année, nous fîmes une mission très célèbre et pleine de grands fruits à Honfleur, au diocèse de Lisieux, durant l'été, dont Dieu soit béni à jamais et la très sainte Mère de Dieu.
Nous en fîmes plusieurs autres pareilles ès années suivantes, en divers lieux, à savoir:
A Estrées, proche de Corbon, au diocèse de Lisieux, en l'année 1645;
A Vimoutiers, au même diocèse, en la même année 1645;
A Arnay-le-Duc, en Bourgogne, au diocèse d'Autun, qui fut procurée et défrayée en partie par M. de Renty, en la dite année 1645;
Et à Couches, au même diocèse et en la même année, et par le même sieur de Renty.
41. A Thorigny, au diocèse de Bayeux, qui fut procurée par Mme de Matignon, en l'année 1 6 4 6, en Carême. En Bény, au même diocèse, qui fut défrayée par M. de Renty, en l'année 1646; là où la Soeur Marie des Vallées se trouva, à la prière du dit sieur de Renty, et Dieu y opéra plusieurs merveilles par elle.
A Lion, au diocèse de Bayeux, proche de Notre-Dame de la Délivrande, en la susdite année 1646.
42. A Nogent-le-Rotrou, au diocèse de Chartres, en l'année 1647.
A Fouqueville, au diocèse d'Évreux, qui fut procurée et défrayée par Mme de Bec-Thomas qui est maintenant Mme de la Porte, femme de M. de la Porte, conseiller au Parlement de Rouen, en la même année 1647.
A la Ferte-en-Vidame, au diocèse de Chartres, qui fut défrayée par M. le Duc de Saint-Simon, en ladite année 1647.
43. A Autun, en Bourgogne, qui commença en l'Avent de l'année 1647, et finit proche du Carême de l'année 1648.
A Beaune, au diocèse d'Autun, en la même année 1648, durant le Carême; et ces deux dernières missions furent encore procurées et défrayées par M. de Renty.
A Fère-en-Tardenois, au diocèse de Soissons, qui fut demandée et défrayée par Mme la Princesse de Conde, mère de Messieurs les Princes de Conde et de Conti, en la susdite année 1648.
A Citry-en-Brie, au diocèse de Soissons, qui fut aussi défrayée par M. de Renty, en la même année 1648. Dans ces quatre dernières missions, Dieu opéra des effets de bonté et de miséricorde tout à fait extraordinaires et en grand nombre, pour lesquels Jésus-Christ soit loué et glorifié éternellement. Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia ejus.
44. Il en a aussi opéré plusieurs très visibles et très considérables, dans les missions suivantes que nous avons faites:
A Saint-Sauveur-Lendelin, au diocèse de Coutances, lieu de naissance de la Soeur Marie des Vallées, laquelle vint à cette mission, que nous fîmes en l'année 1649, et, qui fut défrayée par M. de Liancourt. A Briquebec, au même diocèse, en la même année 1649.
A Alleaume, proche de Valognes, en la dite année 1649.
A Saint-Sever, au diocèse de Coutances, qui fut faite par la volonté de M. de Renty défunt, et défrayée par Mme de Renty, en la susdite année 1649.
45. A Vesly, au diocèse de Coutances, en l'année 1650. En cette même mission, Dieu nous fit la grâce d'établir la dévotion de Notre-Dame de Consolation, dans une chapelle située dans la paroisse de Vesly, qui était entièrement délaissée auparavant.
A Denneville, au même diocèse, en la même année 1650.
A Ravenoville, au même diocèse, qui fut défrayée par M. de Cybrantot, en la susdite année 1650.
46. En cette même année, nous commençâmes l'établissement de notre Maison de Coutances, le jour de la Conception Immaculée de la très sainte Vierge, dont son Fils Jésus et elle soient loués éternellement par toutes les créatures du ciel et de la terre. Amen, amen, fiat, fiat. Et cet établissement se fit par la grande bonté que Mgr Auvry, Évêque de Coutances, avait pour nous, lequel de son mouvement témoigna le désirer.
47. En suite de quoi, nous fîmes une seconde mission à Coutances, qui se commença en l'Avent de l'année 1651, et finit proche du Carême de l'année 1652, dont les fruits furent très grands, pour lesquels et pour ceux de toutes les missions précédentes et suivantes, louange et gloire éternelle soit rendue au Père, au Fils, et au Saint-Esprit, et à la très sainte Mère de Dieu, au siècle des siècles. Ainsi soit-il.
48. Dieu nous a fait encore la grâce de faire les missions suivantes, à savoir:
A Paris, en la paroisse de Saint-Sulpice, durant le Carême, qui fut demandée longtemps auparavant et défrayée par M. l'abbé Olier, curé de Saint Sulpice, en l'année 1651.
En la ville de Corbeil, au diocèse de Paris, qui fut défrayée par Mme Tronson, de la paroisse de Saint-Sulpice de Paris, en la même année 1651.
A Bernay, au diocèse de Lisieux, qui fut procurée et défrayée en partie par M. de Croisy, avocat au Conseil, en la dite année 1651.
A Marolles, au diocèse de Lisieux, en automne de la même année 1651.
49. A Pontoise, qui fut procurée et défrayée par les soins de la Révérende Mère Jeanne de Jésus, Carmélite, soeur de Monseigneur le Chancelier Séguier, en l'année 1653. A Lisieux, pour la seconde fois, en la même année 1653, pendant l'automne.
50~. Ce fut en cette mission que se fit l'établissement de notre maison de Lisieux, dont grâces immortelles soient rendues à Notre Seigneur Jésus et à sa très sainte Mère.
51. A Cisai, au diocèse de Lisieux, qui fut demandée et défrayée par M. le Président d'Amfreville, en l'année 1654.
52. A Lingèvres, au diocèse de Bayeux, qui fut demandée par Mgr. Servien, Évêque de Bayeux, et de laquelle la divine Providence se servit pour effacer les mauvaises impressions qu'on lui avait données contre nous, et pour nous réconcilier avec lui, en l'année 1656.
53. A l'Étanville, proche de Grandcamp, au diocèse de Bayeux, qui fut demandée et défrayée par M. le Président de Langrie, en l'année 1657.
54. A Rouen, l'établissement d'une maison fut arrêté et signé par Mgr l'Archevêque, au jour de l'Ascension de l'année 1658, et notre église fut ouverte en l'année 1659, et le tout par les soins et la charité de M. de La Motte-Lambert, de M. Mallet, grand-vicaire, de M. d'Omonville, de M. de Fermanel prêtre, fils de M. de Fermanel le receveur, et de M. Cornier.
55. A Vasteville, en la Hague, au diocèse de Coutances, nous fîmes une mission avec des bénédictions extraordinaires, en l'année 1659.
Et une autre la même année à Villedieu-les-Poëles, au même diocèse, qui ne fut pas moins que la précédente, qui avait été désirée par feu M. de Renty, et qui fut défrayée par Mme de Renty.
Pour toutes ces missions et établissements, pour toutes ces grâces que Dieu nous a faites, je dis de tout mon coeur et supplie tous les Anges, tous les Saints et toutes les créatures de dire avec moi: Regi saeculorum immortali et invisibili, soli Deo honor et gloria in saecula saeculorum. Amen. Sit tibi quoque, o sanctissima Dei Mater, laus et gratiarum actio ab omni creatura, in aeternum et ultra. Amen, amen, fiat, fiat.
Je ne dois pas oublier sept autres faveurs que Notre-Seigneur et sa sainte Mère nous ont faites, dont je suis spécialement obligé de les remercier.
56. La première, que Mgr Molé, Évêque de Bayeux, étant prévenu de mauvaises impressions qu'on lui avait données contre nous, et ayant fait fermer notre chapelle de Caen, dans l'intention qu'il avait de détruire entièrement notre établissement, Dieu dissipa tous ses desseins, et défit tout ce qu'il avait fait contre nous, par M. de Sainte-Croix, son frère, qui, en suite de sa mort, laquelle arriva peu de temps après, fut nommé à l'évêché de Bayeux, et nous fit remettre en notre premier état; de sorte que notre chapelle fut ouverte en l'année 1653, après Pâques, au jour de la fête de l'Apparition de Notre-Seigneur à sa très sainte Mère après la Résurrection, qui fut un jour de grande consolation et de joie extraordinaire pour nous et pour tous nos amis.
Regina coeli laetare, alleluia, quia quem meruisti portare, alleluia, resurrexit sicut dixit, alleluia. Ora pro nobis Deum, alleluia, alleluia, alleluia, alleluia.
57. La deuxième est que Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très digne Mère nous ont fait la grâce de faire une église à Coutances, en trois ans de temps, qui est la première église qui ait été bâtie et dédiée en l'honneur du très saint Coeur de la bienheureuse Vierge, qui n'a qu'un même Coeur avec son Fils bien aimé.
O Mater admirabilis, magnificent te omnes gentes; et benedicant fidelissimum Cor tuum omnes populi.
58. La troisième est que notre très honorée Soeur Marie des Vallées ayant désiré que son corps fût enterré dans notre église, et ce trésor nous ayant été ôté pour un temps, il plut à la divine Bonté de nous le rendre par l'entremise de M. le Président de Langrie, et de nous le conserver par la protection de Mgr Claude Auvry, Évêque de Coutances, nonobstant tous les mauvais desseins que le monde a eus de nous le ravir, et tous les efforts qu'il a faits pour cela.
Exaltabo te Domine, quoniam adjutor et protector factus est nobis, nec delectasti inimicos nostros super nos.
69. La quatrième est qu'il a plu à Dieu, par un effet merveilleux de sa divine puissance et de son infinie miséricorde, nous donner, contre toutes sortes d'apparences, la grande place qui est devant notre maison de Caen, pour y bâtir une église en l'honneur du très sacré Coeur de notre Mère admirable, et pour y faire les autres bâtiments et accommodements qui nous sont nécessaires, s'étant servi pour cela de Mgr Servien, Évêque de Bayeux, de M. de Longueville, gouverneur de la province, et de M. de la Croisette, gouverneur du château de Caen, comme aussi de Mme de la Croisette, sa femme.
Magnus Dominus Deus noster, et magna virtus ejus, et sapientia ejus non est numerus. Sit benedictum nomen ejus in aeternum.
60. La cinquième est que, m'étant trouvé plusieurs fois en de grands périls de perdre la grâce de mon Dieu, et de tomber dans l'enfer du péché, il m'en a préservé, par l'entremise de ma très honorée Maîtresse et très bonne Mère, la sacrée Vierge Marie.
Confiteor tibi, Domine Deus, in toto corde meo, et glorificabo nomen tuum in aeternum, quia misericordia tua magna est super me, et eruisti animam meam ex inferno inferiori. Sit laus tibi, Mater gratiae, sit laus tibi, Mater misericordiae, quoniam ab hoste me protexisti. Sit laus tibi, Mater mea charissima, ab omni creatura in saecula saeculorum. Amen.
61. La sixième est que la divine miséricorde m'a fait passer par un grand nombre de tribulations, qui est une des plus grandes faveurs qu'elle m'a faites, parce que elles m'ont été très utiles, et Dieu m'en a toujours délivré.
Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis, qui quos amat castiqat. Dedit mihi per multas tribulationes transire, et consolatus est me in omni tribulatione mea, et eripuit me de omni angustia.
62. La septième est une infinité d'autres grâces que Notre-Seigneur m'a faites, par l'entremise de sa très divine Mère, dont l'un et l'autre soient bénis et glorifiés éternellement.
Magnificate Dominum Jesum mecum: et exaltemus nomen Matris ejus in aeternum. Confiteantur Domino misericordia ejus: et mirabilia ejus filiis hominum.
63. En l'an 1639, en l'Avent, je fis, à Rouen, les exhortations durant dix jours aux Ordinands, comme aussi le Carême suivant de l'année 1660, avec grande bénédiction. Benedictus es, Domine, in firmamento coeli, et laudabilis et gloriosus in saecula.
64. Sur la fin de l'année 1659, et sur le commencement de l'année 1660, Dieu permit que je fusse méprisé, déchiré et calomnié extraordinairement: ce qui m'affligea néanmoins fort peu et presque point, par une grâce spéciale de la divine Bonté, dont elle soit louée et glorifiée à jamais.
65. En la même année 1660, un peu avant l'Ascension, la divine Providence m'ayant fait aller à Paris, m'engagea, lorsque j'y pensais le moins, à faire une mission chez les Quinze-Vingts, en laquelle Dieu versa abondamment des bénédictions merveilleuses. Ce fut Mgr Auvry, Évêque de Coutances, qui nous la fit faire et qui la défraya.
Confiteantur Domino misericordiae ejus: et mirabilia ejus filiis hominum.
66. En suite de la mission précédente, nous en fîmes une petite de dix jours, en la paroisse de Mauregard, à cinq ou six lieues de Paris, dans le diocèse de Meaux.
In omni loco dominationis ejus, benedic anima mea Domino.
67. En la même année 1660, nous fîmes encore une mission à Paris, en l'église de Saint Germain-des-Prés, qui commença le quatrième de juillet, et continua jusques à la fête de la Nativité de Notre-Dame, sur laquelle Dieu versa encore de plus grandes bénédictions que sur celle que nous avions faite aux Quinze-Vingts. Ce fut M. de Poussé, curé de Saint-Sulpice, qui nous la fit faire.
Te Deum laudamus, te Dominum confitemur.
68. En l'année 1661 et 1662, Dieu me fit la grâce de me donner plusieurs grandes afflictions, partie par les médisances et calomnies du monde, partie de la part de quelques personnes qui m'étaient fort chères, et qui me causèrent, durant plusieurs mois, des douleurs et des angoisses les plus sensibles que j'aie jamais souffertes en toute ma vie.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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