Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Opuscules et fragments · Saint Jean Eudes

    I : Memoriale beneficiorum Dei — fin

    69. En l'année 1662, jour de samedi, veille de la Visitation de Notre-Dame, Notre-Seigneur nous a donné le moyen d'amortir la rente de trois cent soixante-neuf livres, que nous faisions à la ville de Caen pour la place qu'elle nous a fieffée, devant notre maison, par l'entremise d'un homme de Paris qui ne veut point être connu, ni en sa vie, ni après sa mort, lequel, par une très pure charité, nous a donné, ou plutôt à Notre-Seigneur et à sa très sainte Mère, la somme de dix mille francs, sur laquelle nous en avons pris près de huit mille pour faire cet amortissement, et pour payer deux années d'arrérages que nous devions de la susdite rente. En suite de quoi, j'ai dédié et consacré en ce même jour, la dite place en l'honneur du très saint Coeur de la bienheureuse Vierge, et j'ai fait voeu à Dieu devant le Très Saint Sacrement, de la choisir pour la fondatrice de l'église que nous désirons et espérons y bâtir en l'honneur de ce même Coeur, et des maisons nécessaires et convenables pour notre Communauté, et de n'y admettre jamais aucune autre personne, quelle qu'elle soit, en qualité de fondateur ou de fondatrice.

    Benedictum sit in aeternum Cor tuum amantissimum, o Maria, vita, spes et laetitia cordis nostri.

    70. En la même année 1662, le 16 de septembre, il a plu à Notre-Seigneur de m'envoyer une grande maladie, qui a duré six semaines, en laquelle il m'a fait de grandes grâces.

    Benedic anima mea Domino: et omnia quae intra me sunt, nomini sancto ejus.

    71. En l'année 1663, Notre-Seigneur et sa très sainte Mère nous ont fait un très précieux don en nous donnant une grande croix, avec la grâce de la prendre de leurs mains et de la porter avec une entière soumission à la très adorable volonté de Dieu. Ç'a été la mort de notre très cher frère, M. Manchon, qui est décédé à Rouen, le 6e de février, avec les dispositions les plus saintes qui se puissent désirer, et après avoir travaillé plus de vingt ans au salut des âmes, et en avoir gagné un très grand nombre à Dieu par quantité de missions. La nouvelle de sa mort nous fut apportée en cette ville de Caen, le huitième de février, jour de la fête du très saint Coeur de la sainte Vierge, en laquelle Mgr de Bayeux célébra la sainte Messe, officia solennellement à Vêpres, assista à une très belle prédication qui fut faite par M. de Than, Docteur et Religieux de l'abbaye de Saint-Étienne de Caen, et ensuite donna la bénédiction avec le Très Saint Sacrement: ce qui nous donna une consolation dans notre grande affliction. Benedicam Dominum in omni tempore: semper laus ejus in ore meo.

    72. En cette même année 1663, nous avons fait une mission de grand fruit en la paroisse de Saint-Germain de la Campagne, au diocèse de Lisieux, qui a été demandée et défrayée par M. Le Marchand, l'un des quatre curés de cette paroisse.

    Deo gratias.

    73. En cette même année, nous avons fait une seconde mission à l'Étanville, où nous l'avions déjà faite en l'année 1657, et cette mission a encore été très fructueuse et très célèbre, et plus même que la première. Elle a été aussi demandée et défrayée par M. le Président de Langrie, qui est mort le 13e du mois de décembre de la même année. Mgr François de Nesmond, Évêque de Bayeux, y est venu à la fin, y a donné la Confirmation, y a fait une prédication dans le cimetière, et y a donné la bénédiction avec le Très Saint-Sacrement, après une puissante et très fervente exhortation.

    Soli Deo honor et gloria in saecula saeculorum. Amen.

    74. En la même année, nous avons fait une mission à Saint-Lô, depuis le 7e d'octobre jusques à l'Avent. Dieu y a donné des bénédictions merveilleuses; nous y avions vingt-cinq confesseurs, mais à peine cinquante auraient été suffisants. Il s'y est fait grand nombre de restitutions, de réconciliations, et nous y avons brûlé une grande quantité de mauvais livres.

    Gratias Deo super inenarrabilibus donis ejus.

    M. l'Abbé de Saint-Lô l'a procurée et défrayée, pour la plus grande partie; le reste a été donné par M. de Mesny, par M. Eliot, drapier, et par quelques autres, quorum nomina sunt in libro vitae.

    75. En l'année 1664, nous avons fait une mission en la ville de Meaux, depuis le jour des Rois jusques à la première semaine de Carême inclusivement, à laquelle Dieu n'a pas donné de moindres bénédictions qu'à la précédente. C'était Monseigneur l'Évêque de Meaux qui nous l'a fait faire et qui l'a défrayée entièrement.

    Sit nomen Domini benedictum, ex hoc nunc, et usque in saeculum.

    76. En cette année 1664, le 20e de mai, veille de l'Ascension, la première pierre de notre église de Caen a été mise avec grande solennité, par Mme de la Croisette, femme de M. de la Croisette, gouverneur de la ville de Caen, laquelle a fait cette action, non pas en son nom, mais au nom et de la part de notre divine Fondatrice, la très sainte Mère de Dieu. Mgr François, de Nesmond, Évêque de Bayeux, a fait la cérémonie, assisté de quinze officiers ecclésiastiques, et a célébré pontificalement la Messe du très saint Coeur de la sainte Vierge, avec l'Introït Gaudeamus, le Gloria in excelsis; le Credo, et la prose Laetabunda, et elle a été chantée par tout le clergé de Caen qui y était, parce que mondit Seigneur avait ordonné à tous Messieurs les curés d'y amener leurs processions. Cette messe a été célébrée sur un théâtre qui avait été dressé en la place où l'église se devait bâtir. M. de la Croisette y était présent, avec les principaux de la ville et un très grand nombre de peuple. La prédication a été faite par M. Lamy, Théologal de Bayeux. Le lendemain, 21e de mai, veille de l'Ascension, après midi, on a commencé à jeter les premiers fondements de l'église.

    Alleluia, alleluia, alleluia, alleluia, alleluia. Benedictum sit in aeternum sanctissimum Cor Maria, pars nostra, spes et gaudium, coetusque nostri gloria. Amen.

    77. En cette même année 1664, nous avons fait une seconde mission à Ravenoville, au diocèse de Coutances, qui a été défrayée par M. de Cybrantot, et à laquelle Dieu a donné de grandes bénédictions.

    Sit nomen Domini benedictum, ex hoc nunc, et usque in saeculum.

    78. En cette même année, nous avons fait une mission à Cretteville-en-Beauptois, au diocèse de Coutances, qui a été défrayée en partie par Mme de Malherbe, qui en mourant avait recommandé cette mission, et avait laissé quelque argent pour y contribuer; le reste a été fourni par quelques autres personnes de piété. Les bénédictions de Dieu y ont paru extraordinairement.

    Benedicite omnia opera Domini Domino.

    79. En l'année 1665, nous avons fait une mission à Granville, au diocèse de Coutances, qui a été défrayée d'un grand coeur par les habitants de la ville, et qui a produit des fruits innombrables. J'ai été malade d'une pleurésie, dont il a plu à la divine Bonté me délivrer.

    Benedic anima mea Domino: et omnia quae intra me sunt nomini sancto ejus, qui sant omnes infirmitates tuas, qui redimit de interitu vitam tuam, qui coronat te in misericordia et miserationibus.

    80. En la même année 1665, nous avons fait une mission en la ville de Châlons, en Champagne, qui a été demandée et défrayée par Mgr l'Évêque de Châlons, sur laquelle la divine Miséricorde a versé à pleines mains des bénédictions très abondantes.

    Gratias Deo super inenarrabilibus donis ejus.

    81. En la même année, et au commencement de l'année 1666, nous avons fait une mission à Caen, dans l'église de Saint Pierre, depuis le commencement de l'Avent jusques au Carême, aux frais en partie, de Mgr de Bayeux, qui a donné cinq cents livres; en partie, de M. et de Mme de Secqueville qui ont donné environ huit cents livres, et de quelques autres personnes qui y ont aussi contribué. Cette mission a produit des fruits merveilleux et en grand nombre, dont Dieu soit glorifié éternellement.

    Gratias agimus tibi, propter magnam gloriam tuam.

    82. En cette année 1666, nous avons fait quatre autres missions:

    La première, au diocèse de Lisieux, en la paroisse de Mescil-Durand.

    La deuxième, au diocèse de Coutances, en la paroisse de Cérisy-Montpinchon, défrayée par quelques particuliers.

    La troisième, au château de Caen, pour les soldats. La quatrième, en la paroisse de Saint-Eny, au diocèse de Coutances, qui a été défrayée par M. de Méautis, prêtre, et par les habitants du Sit nomen Domini benedictum, ex hoc nunc, et usque in saeculum.

    83. En l'année 1667, nous fîmes la mission à Évreux, que nous avions commencée en l'année précédente 1666, et que nous achevâmes aux Rois, par le zèle et aux frais de Mgr Henri de Maupas du Tour, Évêque d'Évreux. Dans cette mission, la fête du très saint Coeur de la Vierge fut établie et fondée en plusieurs églises d'Évreux, et mon dit Seigneur permit de la faire par tout son diocèse.

    84. A la fin de cette mission, mon dit Seigneur établit notre Séminaire d'Évreux, acheta, paya et meubla la maison, et la fonda de deux mille livres de rente; et M. Le Doux, grand doyen d'Évreux, nous donna sa maison et son jardin, et le prieuré du Désert, dit de Sainte-Suzanne.

    Te Deum laudamus, te Dominum confitemur.

    85. En cette même année, nous avons fait quatre autres missions:

    La première, à Besneville, au diocèse de Coutances, proche de Saint-Sauveur-le-Vicomte, défrayée par M. de Gourmont, archidiacre de Coutances.

    La seconde, à Percy, au Diocèse de Coutances, par Mme de Matignon.

    La troisième, à Brucheville, proche du Grand-Vey, au diocèse de Coutances, par M. le Curé de cette paroisse.

    86. Auparavant ces deux dernières missions, nous en avons fait une à Rouen, dans l'église cathédrale, aux frais de M. Le Cornier, Maître des comptes, et de plusieurs autres personnes de piété, qui y ont contribué; et nous la commençâmes à la Septuagésime, et nous la finîmes en l'Octave de Pâques. Elle souffrit beaucoup de traverses et de contradictions au commencement, mais elle produisit des fruits merveilleux.

    Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.

    87. En cette même année, il a plu à la divine Bonté me donner plusieurs croix extraordinaires, dont elle soit louée et bénie éternellement.

    88. A la fin de la même année 1667, et au commencement de l'autre jusques en Carême, nous fîmes encore une mission à Marigny, au diocèse de Coutances, par les soins de Mrs Éleine et Chardin, prêtres de ce lieu.

    Deo gratias.

    89. En l'année 1668, nous la fîmes durant le Carême à Carentan, au même diocèse, par le Curé de Brévands pour la plus grande partie; et, durant l'été, à Montfarville et en la paroisse du Plessis; en 1669, pendant le Carême, au bourg de Montsurvent, au même diocèse; et au mois de juillet, au bourg de Cenilly et à Quettehou.

    90. A la fin de la même année 1669, au commencement de la suivante 1670, nous fîmes une grande mission en la ville de Rennes, en Bretagne, depuis le commencement de l'Avent jusques à l'Octave de Pâques, avec une bénédiction extraordinaire, par le zèle et les frais de Mgr de la Vieuville, Évêque de Rennes, qui, à la fin de cette mission, nous établit à Rennes, nous donnant une maison, un jardin, et deux mille livres de rente en fond.

    Quis loquetur potentias Domini, auditas faciet omnes laudes ejus ?

    91. En la même année 1670, nous fîmes trois autres missions au diocèse de Rennes:

    La première à..

    La troisième en la ville de Fougères.

    Soli Deo honor et gloria, in saecula saeculorum. Amen.

    92. En cette même année, il a plu à Notre-Seigneur me favoriser de plusieurs bonnes croix, dont il soit béni éternellement; et qu'il me fasse la grâce de pouvoir dire éternellement: Mihi autem absit gloriari, nisi in Cruce Domini.

    93. En la même année 1671, Mgr l'Archevêque de Paris nous a envoyés faire une Mission à Versailles, durant le Jubilé, le Roi l'ayant désirée et défrayée; là où, le Saint Sacrement étant, Dieu m'a fait la grâce de faire deux puissantes exhortations devant la Reine, ayant le soleil en la main, et une troisième encore plus puissante devant le Roi.

    Domine salvum fac Regem, et exaudi nos in die qua invocaverimus te.

    En cette même année, les croix m'ont toujours accompagné partout. Grâces éternelles en soient rendues au très aimable Crucifié, et à sa très sainte Mère et la mienne.

    94. En l'année 1672, j'ai presque toujours été dans les croix, parmi lesquelles la divine Bonté m'a fait tant de grâces, que je pourrais dire: Repletus sum consolatione, superabundo gaudio in omni tribulatione mea. Circumdederunt me canes multi, etc. Pater, dimitte illis.

    95. En l'année 1673, le Roi et la Reine nous ont fait faire une mission, durant la quinzaine de Pâques, à Saint-Germain-en-Laye, qui a produit de grands fruits, et dont leurs Majestés ont témoigné être très contentes.

    Domine salvum fac Regem, etc.

    96. En la même année 1673, nous fîmes une mission à Elbeuf, diocèse d'Évreux, par l'ordre de Mgr d'Évreux, qui fut défrayée partie par mon dit Seigneur, partie par M. le curé d'Elbeuf, et par M. Le Sueur, son vicaire. Il arriva deux choses extraordinaires dans cette mission:

    La première, au quatrième jour de la mission, onzième jour de juin, comme je me disposais à monter en chaire pour prêcher, voilà un épouvantable coup de tonnerre qui remplit tous les coeurs d'une grande frayeur, et qui tomba dans l'église, où il laissa des marques de sa violence partout, et même au grand autel; mais il ne toucha point à l'autel de la sainte Vierge, dont plusieurs attribuaient la cause à la dédicace qui avait été faite de la mission, dès le premier jour, en l'honneur de Son Très saint Coeur. Il brisa deux petites colonnes de pierre qui étaient des deux côtés d'une image en bosse de la même Vierge, laquelle est sur une petite porte de l'église, par laquelle, on entre dans la nef; mais il ne toucha point à l'image. Il frappa un prêtre qu'on emporta demi-mort, et dont on trouva la chemise en feu, quoiqu'il n'en parût point au dehors. L'usage de la raison qu'il avait perdu, lui étant revenu, il se confessa et reçut tous les sacrements, et mourut chrétiennement. Ce tonnerre ne tua que ce prêtre; mais il blessa plusieurs autres personnes, et entre autres un tabellion ou notaire, qui ayant, un genou sur un petit coffre bas, en priant Dieu, l'autre en l'air, le tonnerre le jeta par terre, pour lui apprendre le respect avec lequel on doit parler à sa divine Majesté, et il le blessa aux deux genoux, pour le punir par les choses par lesquelles il manquait.

    La seconde chose qui arriva en cette mission, fut ce que je vais dire. Le deuxième jour de Les noms des paroisses où le P. Eudes prêcha ces deux missions sont en blanc dans la copie du Mémorial qui nous reste.

    juillet, ayant fait une prédication sur la très sainte Vierge, comme je commençais à parler, à la fin, contre le vice qui est incompatible avec la dévotion à la Reine des Vierges, voilà que tout le monde commence à entendre, sur la voûte de l'église, comme un tonnerre effroyable, et quoique le temps fût fort serein et sans aucun nuage. On crut néanmoins d'abord que c'était un tonnerre; mais comme l'on fit réflexion qu'il durait longtemps, c'est-à-dire pendant l'espace d'un Miserere ou environ, et qu'il était sur la voûte de l'église, on crut qu'elle s'ouvrait et qu'elle allait crouler, et que tout le monde allait être écrasé. Et alors vous eussiez vu une désolation la plus grande du monde; toute l'église retentissait de cris, de pleurs, de gémissements et de lamentations pitoyables; les uns criaient miséricorde, les autres appelaient la sainte Vierge et les Saints à leur aide, les autres se prosternaient par terre, les autres se jetaient aux pieds des prêtres proche desquels ils se rencontraient, les suppliant de leur donner l'absolution de leurs péchés. Enfin ce bruit ayant cessé, chacun se retira plus mort que vif. Pour moi, je me mis à genoux dans la chaire, pour adorer la divine Justice et faire ce que je devais pour mes auditeurs et pour moi. On n'a point su au vrai qu'elle fut la cause de cet accident. Car, sitôt qu'il fut cessé, on alla promptement sur la voûte; mais on n'y trouva rien du tout. Tout le monde pourtant a jugé que c'était un effet de la rage, du démon contre la mission; mais la confusion lui en demeura, car Dieu se servit de ces deux sortes de tonnerres, pour amollir les coeurs endurcis et pour les disposer à recevoir la grâce de la mission, dont les fruits furent très grands.

    Benedicite fulgura Domino: ignis et spiritus procellarum, quae faciunt verbum ejus.

    97. En cette même année 1673, Son Altesse royale, Mme de Guise, nous donna douze mille francs pour le bâtiment de l'église du très aimable Coeur de Jésus et Marie en notre maison de Caen, en la manière et aux conditions portées par le contrat fait à Paris, par devant les notaires du Châtelet, Després et Gallois, en 1673, le 3e de juin.

    Tihi laus, tibi honor, tibi gloria in aeternum, o Cor amantissimum Jesu et Mariae.

    98. Sur la fin de cette année 1673, et sur le commencement de la suivante, 1674, la divine Providence m'a favorisé de plusieurs grandes tribulations, et plus grandes en quelque façon que toutes les précédentes. Car, premièrement, afin de perdre entièrement notre Congrégation, on me mit mal dans l'esprit du Roi, en lui persuadant que j'avais fait des choses notables contre les intérêts de sa Majesté, auxquelles je n'avais jamais pensé; et ceci m'avait été prédit un an ou environ auparavant. Secondement, afin d'empêcher que nous n'obtinssions du Saint-Siège la confirmation de notre Congrégation, on envoya un écrit, de Paris à Rome, tout plein de calomnies et de faussetés contre nous.

    99. Dans les années 1675 et 1676, notre très aimable Crucifié m'a honoré de plusieurs grandes croix, ayant permis qu'on ait publié contre moi, presque par toute la France, des libelles diffamatoires, pleins d'injures atroces et de calomnies, m'accusant d'un grand nombre d'hérésies, dont grâces à Dieu je suis très éloigné; mais tout cela s'en est allé en fumée.

    Deo gratias et Mariae, super inenarrabilibus donis ipsorum. Pater, dimitte illis.

    100. En l'année 1674, notre très cher frère Jacques de la Haye, dit de Bonnefond, étant allé à Rome, nous a apporté plusieurs Bulles de Notre Saint-Père le Pape Clément X: une Bulle qui nous donna pouvoir de faire des missions par toute la France, avec indulgence plénière; une Bulle confirmative des Statuts de notre Congrégation; et six autres Bulles pour nos maisons de Caen, de Rouen, de Coutances, de Lisieux, d'Évreux, et de Rennes, qui nous donnent pouvoir d'établir des Confréries du très saint Coeur de Jésus et de Marie dans nos églises et chapelles, avec de grandes Indulgences, lesquelles églises et chapelles sont nommées dans les dites Bulles, de la sainte bouche de Notre Saint-Père, et par conséquent de la bouche adorable de Notre-Seigneur, les églises et chapelles du divin Coeur de Jésus et Marie: ce qui me donna une consolation extraordinaire, parmi toutes les tribulations susdites.

    Gratias infirmitas, immensas, aeternas, amantissimo Cordi Jesu et Mariae.

    101. Dans les années 1674, 1675 et 1676, nous avons fait plusieurs missions dans les diocèses de Bayeux, de Coutances, de Lisieux, d'Évreux et de Rennes, que Dieu a bénites des plus grandes bénédictions, spécialement celle que nous avons faite à Saint-Lô en 1670, pour la troisième fois, en laquelle la divine Bonté a converti un bon nombre de Huguenots.

    Deo gratias et Mariae.

    102. En l'année 1676, notre Sauveur m'a donné un grand nombre de croix très sensibles, dont il soit béni éternellement.

    Affliction très sensible changée en consolation.

    Depuis le 25 de novembre de l'année 1675, jusqu'au 17e de juin de l'année 1679, j'ai souffert une grande affliction, par une calomnie très fausse qu'on avait mise dans l'esprit du Roi contre moi, m'accusant d'avoir présenté une supplique à Notre Saint-Père le Pape, pour lui demander permission de lui faire obéissance etiam in iis quae dubium movere possunt, qui est une chose à laquelle je n'ai jamais pensé. Cependant, on avait fait passer cela comme un crime dans l'esprit du Roi, ce qui tendait à faire détruire notre Congrégation. Mais la divine Bonté y a mis empêchement par l'entremise de la sainte Vierge, en cette façon: Ayant fait voeu à Dieu de dédier une des principales chapelles de notre église de Caen en l'honneur de sa Conception Immaculée, trois jours après, j'ai reçu une lettre de Mgr Claude Auvry, ancien Évêque de Coutances, qui m'écrivait à Caen de la part de Mgr l'Archevêque de Paris, que le Roi avait perdu la mauvaise impression qu'on lui avait donnée contre moi, et que je vinsse à Paris pour en remercier Sa Majesté. Ce qu'ayant fait, Mgr de Paris m'ayant présenté au Roi, je lui parlai de cette façon: « Sire, me voici aux pieds de Votre Majesté, pour lui rendre mes très humbles grâces de la bonté qu'elle a de souffrir que j'aie l'honneur et la consolation de la voir encore une fois avant que je meure, pour,lui protester qu'il n'y a point d'homme au monde qui ait plus de zèle et d'ardeur pour son service et pour ses intérêts que j'en ai. C'est dans ce sentiment que je désire employer et consumer le peu de jours qui me restent, à vivre. Je vous supplie aussi très humblement, Sire, de nous honorer de votre royale protection, et de nous continuer l'honneur de vos grâces et de vos faveurs. C'est ce que j'espère de cette merveilleuse bonté qui ravit et qui réjouit les coeurs de ceux qui ont l'honneur de parler à Votre Royale Majesté, dont il ne s'en retourne aucun qui ne soit comblé de joie et de consolation. »

    La réponse du Roi.

    Le Roi, ayant entendu ces choses avec bien de l'attention et avec un visage plein de bonté, me parla en cette manière: « Je suis bien aise de vous voir, je suis bien persuadé des grands biens que vous faites en mon Royaume. Continuez à travailler comme vous faites. Je serai bien aise de vous voir encore, et je vous servirai et protégerai dans toutes les occasions qui s'en présenteront. ».

    Voilà les paroles du Roi qui se remplirent d'une satisfaction indicible. C'est ainsi, donc, qu'après une désolation de six ans, le Père des miséricordes et le Dieu de consolation a voulu essuyer mes larmes, et changer mes angoisses très amères en des joies incroyables, dont il soit béni et loué éternellement. Grâces aussi et louanges immortelles à la Mère de grâce et de bénédiction, par les mains de laquelle passent tous les biens que la divine Bonté nous envoie.

    Autre affliction.

    103. En revenant de Paris, l'agitation du coche dans lequel j'étais, passant par un chemin plein de grosses pierres, me causa une descente de boyaux qui m'a fait beaucoup souffrir selon le corps, et bien davantage selon l'esprit parce que cela m'ôta le pouvoir de travailler au salut des âmes dans les missions.

    Gloria tibi, Domine, qui natus es de Virgine etc.

    104. En l'année 1680, en l'octave de la fête du Très Saint-Sacrement, Dieu nous a fait la grâce de faire la première Assemblée générale de notre petite Congrégation, pour élire quelqu'un qui occupe ma place, spécialement après mon décès; et M. Blouet de Camilly a été élu à la pluralité des voix, et de toutes les voix, pour être Supérieur général et perpétuel de la Congrégation, dont j'ai reçu une très grande consolation, et d'autant plus grande qu'elle a été précédée d'une douleur et d'une angoisse très sensible, pour des causes que je ne puis dire.

    Te Dominum Jesum laudamus, te Dominam Mariam, Matrem Jesu dignissimam, et Matrem nostram amantissimam, benedicimus. Nos cum Prole pia benedicat Virgo Maria.

    105. Aujourd'hui, vingt-cinquième de juillet de là même année 1680, Dieu m'a fait la grâce d'achever mon livre du Coeur admirable de la très sacrée Mère de Dieu

    O sacrosancta Trinitas,

    Aeterna vita cordium,

    Cordis Mariae sanctitas:

    In corde regnes omnium. Amen.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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