Lettres et allocutions (1936-1937) · Pie XI
Discours aux Tertiaires franciscains d’Italie (4 septembre 1936)
« Le Saint-Père salue ces Franciscains reduplicatii>e : Franciscains, pour ainsi dire, en ce sens qu'ils sont non seulement des amis, mais de vrais fils et de vrais disciples, et même de vrais rejetons de saint François. Comme tels, le Pape leur souhaite, la bienvenue, à commencer par son très cher et éminentissime cardinal protecteur qui a voulu, par un acte si franciscain et - avec l'éclat de la pourpre sacrée, guider les Tertiaires aux pieds du Pape et montrer ainsi qu'il n'est pas seulement de nom, mais réellement protecteur protégeant. Sa Sainteté fait ensuite remarquer que cet hommage des Tertiaires répond à la pensée et au sentiment du' Père séraphique François...
Le "Saint-Père tient ensuite à dire avec quelle satisfaction 'il salue ses Fils qui n'étaient pas venus uniquement pour voir ]e Saint-Père, le Vicaire du Christ, et lui présenter leurs hommages, mais encore pour lui dire qu'ils veulent être de vrais et bons Tertiaires franciscains, spécialement en ces moments où l'Eglise et la société ont besoin d'une croisade franciscaine. Et ici, se tournant vers le Père Commissaire général, Sa Sainteté daigne •demander le nombre.des membres du Tiers-Ordre pour ajouter.Si tous les Tertiaires franciscains, trois millions plus ou moins, en laissant, une marge aux probabilités, étaient unis, ce serait la promesse splendide d'un meilleur avenir. Eu face de tant de maux qui affligent la famille et la société en cette heure redoutable, chargée de tempêtes, menaçante, le moment est venu où doit régner dans l'unité l'esprit de Jésus-Christ.
Le Pape veut et demande instamment qu'on fasse tout son possible afin que son désir soit connu, c'est-à-dire que tous les Tertiaires s'unissent en une pensée et. e n u n sentiment : la pensée et le sentiment de leur responsabilité, de leur devoir.
S'ils veulent être des chrétiens comme tous les autres, il n'y a pas de raison qu'ils soient Tertiaires. Rester fidèle aux devoirs -communs de la vie chrétienne, c'est le moins que l'on puisse demander à tous ceux qui veulent mériter le nom de chrétiens. On pourrait en dire autant de toute association de l'Eglise.
Au contraire, l'association des Tertiaires franciscains a une dénomination spéciale. Quand on entend rester dans le grand et magnifique cadre de la famille franciscaine, quand on a pareille ambition, on ne peut usurper — car ce serait une usurpation — une telle dénomination sans qu'il y corresponde quelque chose de particulier, digne de la vie franciscaine.
C'est une responsabilité non seulement devant Dieu et devant l'Eglise, mais devant le monde entier. Le monde sait qu'il existe des Tertiaires franciscains, qu'ils ont leur presse ; il suffit d'aller à l'Exposition de la presse catholique, à son Exposition, dit le Pape, pour voir la presse des Franciscains et des Tertiaires.
Il y aurait lieu de se demander ici ce que ferait le bon patriarche François s'il était parmi nous, s'il vivait à notre époque. Ce génie du bien, inlassable dans la recherche du bien, dans le zèle pour le bien, que demanderait-il à ses Tertiaires ?
Avant tout, le séraphique Père réclamerait de ses Tertiaires le sens de la responsabilité, puis la pratique de la vie chrétienne, l'exemple, l'apostolat de l'exemple, si facile parce qu'obligatoire.
Saint François demanderait donc une vie chrétienne, distinctement chrétienne, une vie de chrétien d'élite, digne de marcher sous la bannière du Tiers-Ordre, aux côtés des Fils du premier Ordre. Il demanderait encore l'apostolat de la prière, le plus facile et le plus puissant des apostolats, car Dieu a fait à la prière toutes les promesses, sans aucune réserve. C'est chose consolante à méditer et plus encore à pratiquer. Il faut donc prier, prier.
Il faut prier pour l'Eglise, pour la société, pour la jeunesse si malheureuse, pour tant d'égarés dans le chemin du vice, de l'incrédulité, du blasphème, de certains blasphèmes qui n'ont jamais été aussi horribles qu'aujourd'hui. Il est horrible, en effet, d'entendre les blasphèmes de la part de créatures de Dieu qui disent vouloir vivre sans Dieu. Il est horrible que précisément parmi les frères il y ait de si cruelles discordes. Il suffit de regarder celle d'Espagne où des frères tuent des frères ; affreux massacre de frères, sacrilèges* horrible tuerie, abominable dévastation de toutes choses les plus humaines, et même les plus divines et les plus chrétiennes.
Il est donc nécessaire de toujours prier, de ne jamais cesser de prier, ainsi qu'on peut l'attendre des Tertiaires. Il faut prier aux intentions du Pape, à ses intentions générales et particulières.
En terminant, le Saint-Père veut donner un souvenir à ses Fils : une image qui, remise au Commissaire général agenouillé à ses pieds, doit être gardée par chacun comme s'il l'avait reçue des mains mêmes du Pape. Et veut bénir tout le monde, depuis le Père Commissaire général jusqu'aux directeurs, aux dirigeants et à tous ceux qui collaborent avec eux dans leurs associa-t i o n s r e s p e c t i v e s. il veut bénir leurs résolutions, leurs œuvres, leurs mérites, leurs intentions ; dans la personne des présents, il veut bénir les absents qu'ils représentent ; et après les membres de la grande et surnaturelle famille franciscaine, il entend bénir les membres de chaque famille, de la famille domestique et de la parenté, les plus jeunes qui entrent dans la vie comme ceux qui sont près d'en sortir, enfin tous ceux que chacun a et voudrait avoir ici présents. »
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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