Lettres et allocutions (1906-1907) · Saint Pie X
Lettre Quum propediem au supérieur général des Frères des Écoles chrétiennes
DE PIE X PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE
AU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DES FRÈRES DES ÉCOLES CHRETIENNES
A NOTRE CHER FILS GABRIEL-MARIE SUPÉRIEUR G É N É R A L D E S F R È R E S D E S ÉCOLES CHRÉTIENNES — PARIS PIE X PAPE
CHER FILS, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE
Ayant appris que vous alliez tenir prochainement le Chapitre solennel de votre Ordre, nous saisissons avec empressement cette occasion de vous signifier à vous et à tous les vôtres Notre volonté paternelle, quoique Nous pensions que vous la connaissez bien.
En effet, en ces temps malheureux que traverse la France, au moment où l'on fait à l'Eglise une guerre aussi atroce, Nous jugeons nécessaire que la voix du Chef suprême retentisse souvent aux oreilles des bons qui combattent pour la justice et la vérité, afin, soit en les approuvant, soit en les reprenant, de donner un encouragement à leurs efforts. C'est pourquoi, à vous, qui pour avoir particulièrement bien mérité de vos concitoyens n'avez pas tardé à subir de la part de l'ennemi d'exceptionnels assauts, Nous vous ordonnons d'avoir le cœur grand et haut et de conserver, autant que le permet la rigueur des temps, la raison d'être de votre Institut.
Nous apprenons qu'une opinion se répand d'après laquelle vous devriez mettre au premier rang l'éducation des enfants, et la profession religieuse seulement au second; ainsi l'exigeraient l'esprit et les besoins de ce temps. Nous ne voulons absolument pas que cette opinion trouve tant soit peu de crédit auprès de vous et des autres Instituts religieux qui, comme le vôtre, ont pour but l'éducation de la jeunesse. Sans doute, il faut, autant qu'on le peut, apporter remède aux maux si graves dont souffre la société et par suite céder en beaucoup de choses aux exigences des temps, mais sans descendre toutefois jusqu'à porter atteinte à de très saintes institutions, ce qui serait du même coup porter atteinte au patrimoine sacré de la doctrine elle-même.
Qu'il soit donc bien établi, en ce qui vous concerne, que la vie religieuse l'emporte de beaucoup sur la vie commune, et que si vous êtes gravement obligés à l'égard du prochain par le devoir d'enseigner, bien plus graves encore sont les obligations qui vous lient envers Dieu. D'ailleurs, il va de soi que si vous avez été jusqu'à ce jour des maîtres et des éducateurs remarquables de la jeunesse à ce point qu'on vous a décerné même publiquement de magnifiques éloges — c'est grâce à la formation que vous devez à la règle de votre Ordre. — Cette règle, continuez à la mettre en pratique et à l'aimer, vous confiant entièrement à vos supérieurs et vous attachant à eux. demeurant étroitement unis entre vous; pour le reste, vous avez conscience de votre devoir, accomplissez-le et comptez sur Dieu.
Comme gage de l'assistance divine, et en témoignage de Notre particulière bienveillance, Nous vous accordons de tout cœur dans le Seigneur, à vous, cher Fils, et à tous les membres de votre Congrégation, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 23 avril 1905, la deuxième année de Notre Pontificat.
PIE X, PAPE.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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