Lettres et allocutions (1906-1907) · Saint Pie X
Lettre aux évêques du Portugal
A notre très cher fils Joseph - Sébastien Neto, cardinal prêtre de la Sainte Église romaine, patriarche de Lisbonne, et à nos vénérables frères les archevêques et évêques
DU ROYAUME DE PORTUGAL PIE PAPE
NOTRE TRÈS CHER FILS ET VÉNÉRABLES FRÈRES SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE
C'est le cœur rempli de la plus vive sollicitude que Nous venons vous entretenir par la présente lettre, amené à vous écrire, vous le comprenez, par les faits regrettables et dignes de réprobation à plus d'un titre qui ont troublé récemment l'illustre capitale du Portugal. Ces faits, d'une part, Nous ont causé une douleur incroyable, eu égard à la sollicitude que Nous portons aux aspirants au sacerdoce; d'autre part, ils Nous fournissent une excellente occasion dont Nous profitons, Nous souvenant de Notre devoir, de venir vous exhorter à veiller avec le plus grand soin à la formation des jeunes clercs. Certes, Nous ne saurions disconvenir que vous avez été assidus à ne négliger en rien votre devoir sur ce point, surtout en ces vingt dernières années, pendant lesquelles vous vous êtes appliqués à améliorer la discipline et l'organisation de vos Séminaires. Toutefois, bien que vous ayez recueilli jusqu'ici, comme fruit de vos travaux, quelques résultats bons en eux-mêmes, vous voyez cependant de vos yeux qu'il reste encore beaucoup à faire. Aussi, Nous vous en prions, ne souffrez pas que votre zèle de pasteurs des âmes soit le moins du monde en défaut sur ce point. On ne saurait dire combien il importe à l'Eglise et au peuple chrétien que les Séminaires soient tels que les a voulus, dans sa prévoyante sagesse, le Concile de Trente, à savoir des maisons de prière et de bonnes études où l'on forme aux vertus et aux connaissances requises chez le prêtre des jeunes gens destinés au saint ministère, remplissant certaines conditions et objets d'un recrutement régulier. Or, de même que si ces établissements conservent fidèlement leur caractère et leur raison d'être, on peut en règle générale en attendre les plus grands biens, de même, si peu à peu ils s'en écartent, on peut en redouter les plus grands maux : c'est ce qu'une triste expérience est venue confirmer. C'est pourquoi, si vous avez à cœur, et c'est pour vous un très grave devoir, de n'admettre dans votre clergé que des prêtres qui ne déshonorent point le saint ministère par leur ignorance, leur paresse, leurs mauvaises mœurs, mais qui au contraire s'en montreront dignes par leur science, leur zèle, leur intégrité de vie, pareillement, il est évident que chacun de vous doit avoir à cœur la bonne marche de son Séminaire. Que ce soit donc là l'objet de tous vos soins, le champ principal de votre activité, et croyez bien qu'après avoir employé votre zèle à cette œuvre sainte vous aurez, par le fait même, rempli en grande partie les autres devoirs qui vous incombent.
Et malgré tout, pour préparer une milice sacerdotale qui conserve la dignité et l'honneur du clergé, il n'aura pas suffi d'entourer les Séminaires de tant de sollicitude : sans nul doute, cela est déjà beaucoup, mais ce n'est pas tout. Il reste encore que dans le choix des ministres sacrés rien ne se fasse à la légère, rien ne soit contraire à ce que vous dicte votre conscience d'évêques. L'évêque doit observer le plus religieusement possible le grave avertissement de saint Paul : Ne te haie point d'imposer les mains à quelqu'un. C'est qu'en effet toute précipitation dans une affaire d'une telle importance est pleine de dangers. Mais surtout il faut bien prendre garde de ne pas céder à l'intérêt ou à la faveur des hommes en imposant les mains à un sujet moins digne. Mais vraiment, c'est là un crime si odieux qu'on ne saurait le moins du monde faire tomber un tel soupçon sur quelqu'un d'entre vous : ce que Nous voulons dire plutôt et ce que Nous vous demandons avec des instances réitérées, c'est de ne regarder comme superflu aucun genre de précautions lorsqu'il s'agit de consacrer les clercs. — En toute cette affaire, qui vous touche chacun en particulier autant que tous en général parce que le salut de l'Église du Portugal elle-même en dépend, qu'il ne vous suffise pas de dépenser votre zèle en des efforts isolés; mais Nous désirons que vous mettiez vos lumières en commun et que vous délibériez ensemble pour étudier les moyens les plus propres à atteindre le but poursuivi par tous. C'est pourquoi, comme Nous avons appris que la coutume d'avoir des réunions solennelles des évêques avait été interrompue chez vous, vous ferez en sorte de la remettre en vigueur le plus tôt qu'il sera possible et surtout en vue de la question dont Nous parlons.
En gage des récompenses divines et témoignage de Notre Bienveillance, Nous vous accordons très affectueusement dans le Seigneur la Bénédiction Apostolique, à Vous, Notre Cher Fils et Vénérables Frères.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le S mai de l'année 1905, de Notre Pontificat la seconde.
PIE X, PAPE.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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