Lettres et allocutions (1905-1906) · Saint Pie X
Bref Multum ad excitandos (7 février 1905) : Sur les Ordres équestres pontificaux
Les récompenses décernées à la valeur contribuent puissamment à susciter dans les cœurs le désir des actions éclatantes, car si elles glorifient des hommes distingués qui ont bien mérité de l'Eglise, ou de la société, elles entraînent les autres par l'exemple à parcourir la même carrière de gloire et d'honneur. Dans cette sage intention, les Pontifes romains Nos Prédécesseurs ont entouré d'un amour spécial les Ordres équestres, comme des stimulants de gloire; ils ont créé les uns, relevé à leur dignité première et doté les autres de nouveaux et de plus insignes privilèges.
Or, pour de graves motifs, il Nous a semblé très opportun d'opérer diverses transformations dans différents Ordres équestres pontificaux et notamment dans L'Ordre du Pape Saint-Sylvestre ou de la Milice dorée et dans celui de la Milice du Christ. Aussi, après en avoir conféré avec Notre cher fils Louis Macchi, Cardinal Diacre de la Sainte Eglise Romaine, Secrétaire des Brefs apostoliques et Grand Chancelier des Ordres équestres pontificaux, après avoir examiné avec un soin diligent tous les détails de la question, de science certaine, après nuire délibération, Nous avons cru devoir, par ces lettres, prendre les décisions ci-dessous indiquées.
Nul n'ignore que l'Ordre de la Milice dorée ou de l'Eperon d'or est, de droit, compté parmi les plus anciens : on pense, en effet, qu'il a été fondé par le pape Sylvestre I, Notre Prédécesseur de sainte mémoire, sous le règne de l'empereur Constantin le Grand. Il fut, particulièrement dans l'antiquité, l'objet d'une grande considération de la part de Nos Prédécesseurs, mais ensuite les vicissitudes des temps et des événements le firent déchoir de son ancienne splendeur et dignité. Par des Lettres Apostoliques, dans cette même forme, datées du 31 octobre 1841, Notre Prédécesseur le pape Grégoire XVI, de glorieuse mémoire, s'appliqua â lui rendre sa dignité première; il lui fit donner le titre du Pape Saint-Sylvestre et constitua ainsi un Ordre équestre réputé nouveau et intitulé du Pape Saint-Sylvestre ou de la Milice dorée. Il décréta que cet Ordre serait composé de deux classes seulement, les Commandeurs et les Chevaliers.
Aujourd'hui cependant, de justes et raisonnables motifs Nous invitent à doter cet Ordre équestre de Saint-Sylvestre, À l'imitation de ceux de Saint-Grégoire le Grand et de Pie IX, de trois classes : Chevaliers, Commandeurs et Chevaliers Grands-Croix. Puis donc que Nous ajoutons cette classe supérieure à l'Ordre de Saint-Sylvestre, Nous pensons devoir le séparer entièrement de celui de la Milice dorée; mais, pour ne pas livrer à l'oubli du temps cet Ordre si noble de la Milice dorée, Nous voulons que cette Milice, elle aussi, par une reconstitution complète, devienne un Ordre équestre distinct.
Les choses ainsi établies, par ces Lettres, en vertu de Notre Autorité, Nous décrétons, ordonnons d'une façon irrévocable que l'Ordre équestre de Saint-Sylvestre soit absolument détaché de celui de la Milice dorée et qu'ils soient l'un et l'autre séparés, de telle sorte qu'ils constituent dorénavant deux Ordres distincts, l'un du titre du Pape Saint-Sylvestre, l'autre de la Milice dorée ou de l'Eperon d'or. L'Ordre de Saint-Sylvestre, aussi bien que les Ordres pontificaux mentionnés de Saint-Grégoire et de Pie IX, aura trois classes: troisième, les Chevaliers; deuxième, les Commandeurs; première, les Chevaliers Grands-Croix. La croix de l'Ordre sera la même que l'actuelle, moins l'éperon d'or qui la termine; elle sera donc d'or, à huit pointes, émaillée de blanc, portant au centre, à la partie antérieure, l'effigie du Pape Saint-Sylvestre, à la partie postérieure les armoiries pontificales enserrées dans un cercle bleu avec l'inscription en lettres d'or des deux dates, JBDCCCXXXXI et MDCCGCVJ celle de la restauration par le Pape Grégoire XVI et celle de la présente réforme. La plaque de l'Ordre sera cette même croix placée sur une étoile aux rayons d'argent, de même le rouge et le noir seront les couleurs du ruban de l'Ordre. Le costume sera un frac de couleur noire avec une seule rangée de boutons, le col et les parements de velours noir, brodés de franges d'or; le pantalon noir, long, à bande d'or; le chapeau bicorne de velours noir, avec la cocarde pontificale et la houppe d'or. L'épée, pendue au ceinturon d'or, aura la garde de nacre frangée d'or. La grandeur de la croix et de la plaque, ainsi que les franges du costume et celles du chapeau, différeront suivant les classes des Chevaliers; moindres pour les simples Chevaliers, elles seront plus grandes pour les classes plus élevées. Les Chevaliers porteront la croix au côté gauche de la poitrine, attachée à un ruban de soie, rouge et noir, à bordures rouges. Les Commandeurs porteront la même croix, de dimension supérieure, attachée à un ruban semblable qui entourera le cou; ils porteront le chapeau orné d'une plume noire. Enfin, les Chevaliers Grands-Croix porteront la croix de première dimension, attachée n l'épaule droite par un long ruban de soie aux deux couleurs de l'Ordre; ils porteront au côté gauche de la poitrine, épinglée à l'uniforme, la grande plaque de première classe; ils attacheront au chapeau une plume blanche.
S'il advient pourtant que l'on ait à élever au grade de Commandeur des hommes dont les mérites éminents semblent réclamer un témoignage particulier de la considération du Pape, Nous voulons, conformément à ce qui se pratique parfois dans les Ordres de Saint-Grégoire et de Pie IX, que quelques Commandeurs de l'Ordre du Pape Saint-Sylvestre, en vertu d'une faveur toute spéciale, puissent aussi porter la plaque plus petite, à savoir celle de seconde classe; ils la mettront sur la poitrine, au côté gauche.
Quant à l'Ordre de la Milice dorée ou de l'Eperon d'or, ainsi détaché, par Notre Autorité, de l'Ordre du Pape Saint-Sylvestre, la mémoire de ses très anciens et glorieux souvenirs Nous porte, non seulement â le rétablir en son état primitif, mais encore à l'orner d'un éclat nouveau, à le reconstituer entièrement sous le céleste patronage de la Vierge Immaculée. Et, de fait, puisque le Saint-Siège n'a pas d'Ordre équestre qui soit sous le patronage de la Vierge, il Nous plaît, surtout en cette année du cinquantenaire de la définition solennelle du dogme de l'Immaculée Conception, et en ces temps troublés où l'univers voit avec larmes tant et de si grands maux, il Nous plaît de donner comme céleste Patronne à cet Ordre équestre, qui ne devra compter que de valeureux champions et défenseurs de l'Eglise de Dieu, cette Immaculée Vierge et Mère, qui, « terrible comme une armée rangée en bataille », écrasera triomphalement la tête du serpent infernal. A ces fins, Nous ordonnons que l'Ordre de la Milice dorée ou de l'Eperon d'or ne reçoive dans son sein que les personnages les plus distingués qui, soit par les armes, soit par les écrits, soit par des œuvres éclatantes, auront travaillé à la grandeur de la chrétienté, et valeureusement défendu l'Eglise, ou qui, par leur doctrine, l'auront illustrée. Par suite, on pourra le conférer, soit à ceux qui n'ont encore reçu aucune dignité équestre, soit à ceux qui sont déjà honorés des titres les plus insignes, même de l'Ordre Suprême du Christ. L'Ordre de la Milice dorée ne comporte qu'une classe de chevaliers. Il sera conféré par Motu proprio émané de Nous ou, dans la suite, du Pontife régnant; exemption sera donnée des droits de Chancellerie.
Les Chevaliers, dans le monde entier, ne dépasseront pas le nombre de cent, de peur que la fréquence du titre n'en diminue la dignité.
Quant à la Croix particulière de cet Ordre, conformément à la teneur du Bref de Notre Prédécesseur, de glorieuse mémoire, le pape Benoît XIV, donné le 7 septembre 1747 et destiné à prévenir l'usurpation, par les Chevaliers de la Milice dorée, de la Croix de l'Ordre de Jérusalem, Nous voulons que la Croix de ce même Ordre de la Milice dorée soit d'or, à huit pointes, émaillée de jaune, avec l'éperon d'or pendu au bas. Elle présentera au centre, enfermé dans un cercle d'or, un médaillon blanc portant, à la partie antérieure, le nom très auguste de la Vierge Marie, à la partie postérieure la date de la présente année HDCCCCV, et, dans le cercle, ces mots : PIUS x RESTITUIT. Un trophée d'or domine la croix.
Cette même croix, placée sur une étoile aux rayons d'argent, sera la plaque de l'Ordre.
Les Chevaliers n'auront pas de collier; leur costume consiste en un frac rouge, à double rangée de boutons d'or, avec le col et les parements de velours noir frangé d'or; épaulettes à franges, portant gravé l'emblème de l'Ordre; pantalon d'étoffe noire, long, à bandes d'or; éperons d'or; le chapeau bicorne, bordé d'or, portera les couleurs pontificales dans un nœud d'or. La Croix d'or sera la poignée de l'épée, au fourreau noir, avec ceinturon d'or bordé de rouge. Comme aux premiers temps de l'Ordre, le ruban sera de couleur rouge, mais bordé de blanc. Les Chevaliers porteront au cou la croix attachée à ce ruban rouge bordé de blanc. Ils placeront la plaque au côté gauche de la poitrine.
Nous avons clairement indiqué plus haut les qualités de cœur et d'esprit qui devront distinguer les hommes de choix appelés à entrer dans cet Ordre; aussi, afin que seuls leurs mérites personnels les recommandent toujours, par les présentes lettres et en vertu de Notre Autorité Nous abrogeons absolument, déclarons et décrétons sans nulle valeur pour l'avenir toutes les concessions faites, même par Nos Prédécesseurs, aux Chevaliers de la Milice dorée touchant le privilège de noblesse ou le titre de comte palatin et qui pourraient n'avoir pas été abolies par le Bref mentionné du pape Grégoire XVI, daté du 3i octobre 184-1.
Enfin, Nous portons notre attention vers l'Ordre très noble de la Milice da Jésus-Christ, fondé l'an 1318, après la suppression de l'Ordre du Temple, par Denys I ' , roi de Portugal et des Algarves, avec l'approbation et sous le patronage du pape Jean XXII, Notre Prédécesseur, de vénérée mémoire. En vertu de Notre Autorité, Nous déclarons et décrétons par les présentes qu'il est l'Ordre suprême des Ordres équestres pontificaux, il ne le cède en dignité à nul d'entre eux, mais les surpasse tous par sa grandeur et son éclat. Il aura une seule classe de Chevaliers; mais, pour pourvoir plus largement à la splendeur de cet Ordre, Nous voulons que, dorénavant, la croix de l'Ordre se porte au cou, attachée à un collier d'or formé de petits boucliers portant alternativement la croix de l'Ordre et les armoiries pontificales unis entre eux par des nœuds d'or. On rapporte, en effet, que les anciens Chevaliers de cette Milice portaient déjà un semblable collier où alternaient des épées et des tiares. De même, Nous voulons que dans la grande plaque la croix soit entourée d'une couronne de feuilles de chêne en or, liée au bas par un petit ruban d'émail rouge; enfin, le pantalon de satin blanc ne dépassera pas le genou; bas de soie blanche, chaussures avec agrafes d'or. Touchant le frac, l'épée et autres détails du costume, rien ne sera changé.
Cependant, de peur que parmi les Chevaliers d'une même Milice ne survienne quelque difficulté et pour que chaque Ordre garde scrupuleusement les emblèmes, les insignes, les armes et autres détails du costume prescrits par le Saint-Siège, Nous ordonnons expressément que ces mêmesinsigues,croix, plaques,costumes, épées, broderies et franges, aussi bien des Ordres mentionnés du Pape Saint-Sylvestre, de la Milice dorée et de la Milice du Christ, que des autres que le Siège apostolique a coutume de conférer, soient sans distinction confectionnés conformément à la donnée des modèles qui, par Notre ordre, sont conservés dans la Chancellerie des Ordres équestres, près de la Secrctairerie des Brefs; et de même que l'on garde toujours sous les yeux les dessins qu'il est coutume de confier à chaque nouveau décoré.
Ces choses, Nous les établissons, les ordonnons et commandons, décrétant que les présentes Lettres soient, à l'avenir, toujours valides et efficaces, qu'elles reçoivent et obtiennent leur effet plein et entier et procurent par là même l'avantage de ceux qu'elles regardent. Soit nul et sans valeur tout ce qui pourrait être entrepris par quelque autorité que ce soit sciemment ou par ignorance, en opposition avec les dispositions précédentes. Nonobstant la règle de Notre Chancellerie apostolique concernant la défense de retirer un droit acquis et les autres constitutions et ordonnances apostoliques, aussi bien que les statuts des Ordres équestres indiqués ci-dessus, et enfin toutes choses contrariis cum speciali mentione dignis quibuscumque. Datum Romae, apud Sanctum Petrum, sub annulo Piscatoris, die 7 februarii anno MDCCCCV Pontifìcatus Nostri anno secundo.
ALOIS Card. MACCHI.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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