Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    La Voie du salut · Alphonse de Liguori

    Chapitre III : Patience avec laquelle Dieu attend le pécheur

    I. Y a-t-il quelqu'un au monde qui use d'une aussi grande patience avec ses égaux que Dieu daigne le faire avec nous, ses créatures, lorsqu'après tant d'offenses il nous supporte et nous attend à pénitence ? O mon Dieu ! si j'eusse fait à un de mes frères, ou même à mon père, les injures que je vous ai faites, pour combien de temps n'aurais-je pas été chassé de leur présence? Ayez pitié de moi, Père des miséricordes, et ne me rejetez pas de devant votre face,

    II- Le sage, parlant au Seigneur, dit : « Vous avez pitié de tous, parce que vous pouvez tout; vous dissimulez les péchés des hommes pour leur donner le temps défaire pénitence. » (Sap. xi. 2 3. ) Les hommes dissimulent les injures qu'ils reçoivent, ou parce qu'ils sont chrétiens, et savent que ce n'est point à eux de punir ceux qui les offensent, ou parce que, dans leur impuissance, ils n'ont pas la force de se venger. Mais vous, ô mon Dieu ! il ne tient qu'à vous de venger votre infinie majesté. Pour peu que vous le désiriez, vous le pouvez; et cependant vous attendez. Les hommes vous méprisent, ils vous font des promesses, après quoi ils vous trahissent, et l'on dirait que vous feignez de ne pas voir, comme si vous vous mettiez peu en peine de votre honneur. C'est ainsi, Seigneur, que vous vous êtes conduit à mon égard. Mon Dieu, bonté infinie, je ne veux plus vous outrager; je ne veux plus vous contraindre à me châtier. Voudrais-je donc attendre que vous m'eussiez abandonné et condamné à l'enfer? Je déplore, ô mon souverain bien! tous les dégoûts que je vous ai donnés. Que ne suis-je tombé mort avant de vous offenser pour la première fois! Vous êtes mon Seigneur, vous m'avez créé, m'avez racheté au prix de votre mort, vous seul méritez d'être aimé, et c'est vous seul que je veux aimer.

    III. O mon âme ! comment as-tu pu être aussi ingrate et aussi téméraire à l'égard de ton Dieu ? Tandis que tu l'offensais, il pouvait te frapper de mort subitement, et t'envoyer en enfer; il t'a attendue. Au lieu de te punir, il t'a conservé la vie, il t'a comblée de biens. Et toi, loin de l'en remercier, loin d'aimer une si grande bonté, tu continuais à l'offenser. À cette heure, je devrais être dans l'abîme éternel, sans pouvoir plus me repentir, ni vous aimer jamais. Grâces vous soient rendues, Seigneur, qui m'avez tant attendu. Puisqu'il m'est encore donné de le faire, je me repens, je reviens à vous, pardonnez-moi, Mère de Dieu, ô Marie! aidez-moi de votre intercession.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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