Horloge de la Passion · Alphonse de Liguori
Chapitre I : De l'amour que Jésus-Christ nous a témoigné en voulant lui-même satisfaire à la justice divine pour nos péchés
i. L'histoire rapporte le trait suivant d'un amour si prodigieux qu'il sera l'admiration de tous les siècles. Un roi, maître de plusieurs royaumes, avait un i fils unique si saint, si beau et si aimable, que son père trouvait en lui ses délices, et l'aimait comme lui-même. Or, ce jeune prince portait une telle affection à un de ses esclaves, que cet esclave, i ayant commis une faute pour laquelle | il fut condamné à mort, le prince s'offrit à mourir à sa place; et le père, jaloux des droits de la justice, consentit à condamner à mort son fils bien-aimé, afin que l'esclave échappât au supplice qu'il avait mérité. La sentence fut exécutée; que le Fils de Dieu, le Maître de l'univers, voyant l'homme condamné pour son péché à la mort éternelle, a voulu prendre la nature humaine et subir, en souffrant la mort, les peines dues à l'homme. Et le Père éternel l'a condamné à mourir sur la croix pour nous sauver, nous misérables pécheurs. « Il j n'a point épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous. » Que vous < semble-t-il, âme dévote, de cet amour : du Fils et du Père?
3. Ainsi, mon aimable Rédempteur, votre amour a été le sacrifice que vous avez voulu offrir pour obtenir le par- : don ! Et que vous rendrai-je en reconnaissance?
Vous m'avez obligé par trop de titres à vous aimer, et je serais trop ingrat si me reste de vie, je veux au moins l'employer uniquement à vous aimer, à vous servir et à vous plaire.
4. O hommes ! ô hommes ! aimons ce Rédempteur, qui, étant Dieu, n'a pas dédaigné de se charger de nos péchés, afin de nous soustraire par ses souffrances aux châtiments que nous avions mérités. Saint Augustin dit que dans la création Dieu nous a formés par la vertu de sa puissance, mais que dans la rédemption il nous a sauvés de la mort par le moyen de ses douleurs*. Combien je vous dois, ô Jésus mon Sauveur ! Quand je donnerais mille fois mon sang pour vous, quand je sacrifierais mille vies, ce serait peu. Oh ! qui penserait souvent à l'amour que vous nous avez témoigné dans votre passion, comment pourrait-il aimer autre chose que vous?
1 Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit. (Ps. un. )
Condidit nos fortitudine sua, quœsivit nos infirmitate sua.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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