Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Horloge de la Passion · Alphonse de Liguori

    Invocation à Jésus et à Marie

    O Sauveur du monde ! ô amour des âmes ! ô Seigneur ! le plus digne objet de notre tendresse, vous êtes venu gagner nos cœurs par votre passion, dans laquelle vous avez fait éclater l'amour immense que vous nous portez, en consommant l'œuvre d'une rédemption qui a été pour nous un océan de bénédictions, et pour vous un océan de douleurs et d'ignominies. C'est principalement afin d'en perpétuer le souvenir que vous avez institué le saint Sacrement de l'autel. « Afin que la mémoire d'un si grand bienfait, dit vous annoncerez la mort du Seigneur. » Par tant de prodiges d'amour déjà vous avez obtenu de tant d'àmes saintes que, consumées par les flammes de votre charité, elles renonçassent à tous les biens de la terre pour se consacrer tout entières à vous aimer seul, ô le plus aimable des maîtres ! Ah ! faites donc, ô mon Jésus ! que toujours je me souvienne de votre passion, et que i:. oi i.:&si. misérable pécheur, vaincu enfin par tant d'excès d’amour, je vienne à vous aimer et à vous donner, avec mon pauvre cœur, quelques marques de gratitude pour l'amour excessif que vous m'avez témoigné, vous, mon Dieu et mon Sauveur. Souvenez-vous, mon Jésus, que je suis une de ces ten- 1. Ut autem tanti beneficii jugis in nobis maneret memoria

    corpus sut ni in cibum fidelibus dereliquit. ( D. Th. Opusc. 57) 2 Quotiescumque enim manducabitis panem hunc, mortem oDminj amvjnliabitis. (I Cor. xi).

    maintenant vous avez pour moi le même amour que vous me portiez en mourant pour moi. Ne permettez pas que je vive plus longtemps ingrat envers vous, mon Dieu, qui méritez tant d'être aimé, et qui avez tant fait pour être aimé de moi.

    Et vous, très sainte Vierge Marie, qui eûtes une si grande part à la Passion de votre Fils, ah ! par les mérites de vos douleurs, obtenez-moi la grâce d'éprouver quelque chose de cette compassion qui pénétra votre âme à la mort de Jésus, et deman- ! dez pour moi une étincelle de cet amour qui fit tout le martyre de votre cœur.

    « Je vous en supplie, Seigneur Jésus, que la force de votre amour, plus ardent que le feu, plus doux que le miel, absorbe mon âme, afin que je meure par l'amour de votre amour, ô vous qui i. L'amant des âmes, notre très aimable Rédempteur, a déclaré qu'il n'avait eu d'autre fin en venant sur la terre pour se faire homme que d'allumer dans tous les cœurs le feu de son saint amour. Et de quelles belles flammes de charité n'a-t-il pas embrasé un si grand nombre d'âmes, spécialement par les souffrances qu'il a voulu endurer à la mort, afin de nous montrer l'immensité de son amour pour nous ! Oh ! combien de cœurs heureux dans les plaies de Jésus, qui, comme des fournaises brûlantes, se sont tellement pénétrés des feux de son amour qu'ils n'ont refusé de lui concevoir Seigneur qui, étant Dieu, a voulu tant souffrir pour leur amour! Tel est aussi le conseil que nous a donné l'Apôtre, non seulement pour ne point défaillir, mais encore pour courir avec légèreté dans le chemin du ciel

    2. C'est pour cela que, dans les transports de son amour, saint Augustin, debout en présence de Jésus couvert de plaies et attaché à la croix, faisait cette tendre prière : « Gravez, disait-il, ô mon Sauveur! gravez dans mon cœur toutes vos plaies, afin que toujours j'y lise votre douleur et votre amour. Oui, qu'il en soit ainsi, parce qu'ayant devant les yeux la grande douleur que vous Recogitate eum qui talem sustinuit adversus semetipsum a peccatoribus contradictionem, ut ne fatigemini animis vestris déficientes. (HEBR. XII, 3.)

    2 Scribe, Domine, vulnera tua in corde meo, ut in eiâ Icjsun dtdurera et nmorcm : dolorem, ad suslinendnm pro te "mnem dolorem ; amorcm, ad conteninrnduin pro te vnincmo que vous. »

    3. Et où les saints ont-ils puisé le courage et la constance nécessaires pour souffrir les tortures, le martyre, la mort, sinon dans les plaies de Jésus crucifié? Saint Joseph de Lionesse, capucin, voyant qu'on voulait le lier avec des cordes pour une opération douloureuse que le chirurgien devait lui faire, prit en ses mains son crucifix et s'écria : a Quoi! des cordes, des cordes! ah! voici mes liens : mon Seigneur percé de j clous pour mon amour ; c'est lui qui par i ses douleurs me lie et m'oblige à supj porter toutes sortes de peines pour son î amour. » Et il souffrit l'opération sans se plaindre, en voyant Jésus qui, « comme un tendre agneau sous la main j de celui qui le tond, se tut et n'ouvrit pas même la bouche *. » Qui jamais ignominies en voyant Jésus traitécomme un insensé, comme un roi de théâtre, comme un malfaiteur, bafoué, couvert de crachats et attaché à un gibet infâme?

    4. Qui pourra désormais aimer un autre objet que Jésus, en le voyant mourir au milieu de tant de douleurs et de mépris afin de gagner notre amour? Un pieux solitaire priait Dieu de lui apprendre ce qu'il pourrait faire pour parvenir àraimerparfaitement. Le Seigneur lui révéla que, pour parvenir à un parfait amour de Dieu, il n'y a pas d'exercice plus utile que de méditer souvent sa passion. Sainte Thérèse se plaignaitamèrement de certains livres qui lui avaient conseillé de renoncer à la méditation de la passion comme étant un obstacle à la contemplation de la Divinité ; sur quoi la sainte s'écriait : « O Seigneur de mon biens? Et d'où me sont venus tous les j biens, si ce n'est de vous? » Ensuite elle | ajoute : « J'ai vu que, pour être content, et pour nous faire de grandes grâces, Dieu veut que tout ce que nous faisons passe par les mains de cette très-sainte humanité, dans laquelle la divine majesté nous assure qu'elle a mis sa complaisance. »

    5. Conformément à cela, le bienheureux Balthazar Alvarez disait que l'ignorance des trésors que nous avons en Jésus était la cause de la ruine des chrétiens. C'est pour cela quelle sujet favori j et le plus ordinaire de ses méditations était la passion de Jésus-Christ, dont il méditait spécialement les trois grandes souffrances : la pauvreté, les humiliations, les douleurs; et il exhortait ses pénitents à méditer souvent la passion ! du Sauveur, disant qu'ils ne devaient ' penser avoir fait quelque progrès, s'ils i frant. » Et il ajoute qu'il n'est point d'exercice plus utile pour sanctifier une I âme que la considération fréquente des j peines de Jésus-Christ.

    7. De plus, saint Augustin {apud Berl nard. de 'Bustis.) disait qu'une seule i larme versée au souvenir de la passion : de Jésus vaut mieux qu'un pèlerinage à Jérusalem et une année de jeûne au ; pain et à l'eau. C'est qu'en effet notre ; aimable Sauveur n'a tant souffert qu'afin denous faire penser à ses souffrances ; et qu'il est impossible d'y penser sans être enflammé de l'amour divin : a La : charité de Jésus-Christ nous presse, » i dit saint Paul. Jésus est aimé d'un j petit nombre, parce qu'il est petit le i Si vis, homo, de virtute in virtutem, de gratia in gratiam proficere, quotidie znediteris Domini passionem. (S. Bo- 2 Nihil enim in anima ita opcratur universalem sanctificationem, sicut meditatio passionis Christi. ( S. BONAY.)

    3 Charitas enim Christi urge nos. ( II COR. v.)

    tellement pressé par son amour qu'il ne pourra se refuser à aimer un Dieu si aimant, et qui a tant souffert pour être aimé.

    8. C'est pour cela que l'Apôtre disait qu'il « ne voulait savoir autre chose que Jésus, et Jésus crucifié » c'est-à-dire l'amour qu'il nous a témoigné sur la croix. Et, en vérité, dans quel livre pouvons-nous mieux apprendre la science des saints, qui est la science d'aimer Dieu, que dans Jésus crucifié? Le grand serviteur de Dieu, le frère Bernard de Corlion, capucin, ne sachant pas lire, ses frères les religieux voulaient le lui apprendre. Il alla d'abord prendre conseil du crucifix; mais Jésus lui répondit de la croix : « Quoi! des livres ! des lectures ! c'est moi qui suis votre livre, dans lequel vous pouvez Non judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum crucifixum. ( I COR. m, 2.)

    9. Un jour saint Thomas d'Aquin, ; rendant visite à saint Bonaventure, lui 1 demanda de quel livre il s'était le plus ! servi pour consigner dans ses ouvrages • tant de beaux enseignements? Saint ' ; Bonaventure lui montra l'image de Jésus j j crucifié toute ternie par les baisers qu'il | : lui avait donnés, en disant : « Voilà le • livre dont je reçois tout ce que j'écris, i c'est lui qui m'a enseigné le peu que j : je sais. » Tous les saints, sans exception, ont appris à aimer Dieu en étu- 1 diant le crucifix. Le frère Jean d'Aver- j nia, chaque fois qu'il jetait les yeux sur | i Jésus couvert de plaies, ne pouvait ; retenir ses larmes. Le frère Jacques de, ' Tuderto, entendant lire la passion du j j Sauveur, non seulement pleurait à chaudes larmes, mais encore éclatait en gémissements profonds, oppressé par l'amour dont il brûlait pour son tendre 1 maître.

    avait presque perdu la vue. Un jour on le trouva qui poussait des cris plaintifs : on lui demanda ce qu'il avait, c E h ! que puis-je avoir? répondit-il. Je pleure sur les souffrances et les affronts de mon Sauveur ; et ma douleur, ajouta-t-il, augmente en voyant l'ingratitude des hommes qui ne l'aiment point et qui vivent sans penser à lui. » Toutes les fois qu'il entendait bêler un agneau, il se sentait ému jusqu'aux larmes, par la pensée de la mort de Jésus, agneau sans tache, immolé sur la croix pour les péchés du monde. Et tout brûlant d'amour, ce saint ne savait rien recommander avec autant d'empressement à ses frères que de se souvenir fréquemment de la passion du Sauveur.

    11. Jésus crucifié, tel est donc le livre dans lequel nous lirons souvent nous-mêmes. Nous apprendrons d'une part à la justice divine, et l'amour que le Sauveur nous a témoigné en voulant tout souffrir, pour nous faire comprendre combien il nous aimait.

    12. Prions la divine Marie qu'elle nous obtienne de son fils la grâce d'entrer nous-mêmes dans ces fournaises d'amour où brûlent tant de cœurs; afin qu'y perdant toutes nos affections terrestres, nous puissions aussi brûler de ces heureuses flammes qui rendent les âmes saintes sur la terre et heureuses dans le ciel. Ainsi soit-il.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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