Horloge de la Passion · Alphonse de Liguori
Chapitre II
chose que votre saint amour.
5. Mais comment expliquer cela? reprend le même saint Augustin; comment votre amour, ô Sauveur du monde ! a-t-il pu arriver à un tel point ? C'est moi qui ai commis la faute, c'est vous qui en avez porté la peine. Et que vous importait, ajoute saint Bernard, que nous tussions perdus, que nous fussions punis comme nous l'avions mérité? pourquoi avez-vous voulu porter en votre chair innocente la peine de nos péchés pour nous délivrer de la mort ? Et pourquoi, Seigneur, avez-vous voulu mourir ?
O miracle qui n'a jamais eu et qui n'aura jamais son pareil! ô grâce que nous ne pouvions jamais mériter ! ô charité. » Quel sujet d'étonnement ce dut être pour les anges de voir leur innocent Seigneur conduit comme une victime pour être sacrifié sur l'autel de la croix pour l'amour de l'homme ! et quelle terreur dut imprimer au ciel et à l'enfer la vue d'un Dieu supplicié comme un malfaiteur sur un gibet infâme, pour les péchés de ses créatures!
7. « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, devenu pour nous objet de la malédiction (parce qu'il est écrit : Maudit quiconque est suspendu au bois), afin que la bénédiction d'Abraham se répandît sur les nations par le Christ Sauveur. » Sur quoi saint Ambroise dit: « Il a voulu être maudit sur la croix, aux regards du monde, comme un objet de malédiction, et abandonné danslestourments,mômeparvotrePère; nouveau tourment qui vous fit pousser ce grand cri: « Mon Dieu! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné ? » Oui, selon le commentaire de Simon de Cassia, Jésus fut abandonné au milieu des tourments, afin que nous ne fussions pas nous-mêmes abandonnés dans nos péchés. O prodige de miséricorde! ô excès d'amour d'un Dieu envers les hommes! et comment peut-il, ô mon Jésus! se trouver une âme qui croie cela et qui ne vous aime pas?
8. « Il nous a aimés et purifiés de nos propre sang. Il a offert un sang qui crie mieux que celui d'Abel : celui d'Abel demandait justice, celui de Jésus demande miséricorde. Mais, s'écrie ici saint Bonaventure : « O bon Jésus ! qu'avez-vous fait? Où l'amour vous a-t-il emporté? Qu'avez-vous vu en moi qui ait pu vous inspirer tant d'amour? vous faire accepter de tant souffrir pour moi? Qui suis-je pour que vous ayez voulu acheter mon amour à si grand prix ? » Ah ! je le vois, tout a été l'effet de votre amour infini! Soyez-en à jamais loué et béni.
9. « O vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur comme ma douleur. » Le Docteur séraphique, considérant ces paroles de j C'est-à-dire, je vois, je comprends déjà, i ô mon tout aimable Maître! combien | vous avez souffert sur ce bois infâme; i mais ce qui me presse le plus de vous aimer, c'est de voir la tendresse que que vous m'avez témoignée par tant de souffrances endurées pour obtenir mon amour.
10. Ce qui embrasait le plus saint Paul d'amour pour Jésus était la pensée qu'il avait voulu mourir non seulement pour tous les hommes en général, mais encore pour lui en particulier. « Il m'a aimé, disait-il, et il s'est livré pour moi. » Chacun de nous peut en dire autant : car saint Jean Chrysostome assure que Dieu aime autant chaque homme en particulier qu'il aime le monde. Ainsi tous les autres dans leur perte originelle, quelle obligation ne lui auriez-vous pas? i Cependant vous devez savoir que vous lui avez encore une plus grande obliga- ! tion d'être mort pour tous. S'il fût mort ! pour vous seul, quelle peine n'eût pas • été la vôtre, en pensant que vos proches, j vos père et mère, vos frères, vos amis ! périraient éternellement, et qu'après j cette vie vous en seriez à jamais séparé ! j Si vous aviez été fait esclave avec toute ! votre famille, et que quelqu'un vînt vous ! r a c h c t T vous seul, combien ne le prie- ! riez-vous pas de racheter aussi avec vous vos parents et vos frères ! et combien ne le remercieriez-vous pas s'il le faisait pour vous plaire ! Dites donc à Jésus : Ah! mon doux Sauveur, vous avez fait cela pour moi sans en avoir été prié par moi; non-seulement vous m'avez racheté de la mort au prix de votre sang, mais encore mes parents et mes amis, en sorte nellement dans cette bienheureuse patrie.
1 1. Qui donc, demande saint Laurent Justinien, pourra expliquer l'amour que le Verbe divin porte à chacun de nous? car cet amour surpasse celui d'un fils pour sa mère, et celui d'une mère pour son fils ? Il est tel, que le Sauveur révéla à sainte Gertrude qu'il serait prêt à mourir autant de fois qu'il y a d'âmes damnées, si elles étaient encore capables de rédemption. O Jésus! ô bien plus aimable que tout autre bien, pourquoi les hommes vous aiment-ils si peu? Ah! faites-leur connaître ce que vous avez souffert pour chacun d'eux, l'amour que vous leur portez, le désir que vous avez d'être aimé d'eux, les beaux titres bis *. » Mais, Seigneur, où trouve-t-on dans le monde des pasteurs semblables à vous? Les autres pasteurs donnent la mort à leurs brebis pour se conserver la vie. Vous, pasteur trop aimant, vous avez voulu donner votre vie pour vos brebis aimées. Et, bonheur ineffable! je suis, moi, ô mon très aimable Pasteur! une de ces brebis. Quelle obligation n'est donc pas la mienne de vous aimer, d'employer pour vous, puisque vous êtes mort pour l'amour de moi en particulier! Et quelle confiance ne dois-je pas avoir dans votre sang précieux, sachant qu'il a été répandu pour payer mes dettes! « Et vous direz en ce jour : Je vous louerai, Seigneur : voici Dieu, mon Sauveur, j'agirai avec confiance et je ne craindrai trône de miséricorde, a apaisé la justice divine irritée contre nous. Si nous avons offensé Dieu, il a fait pénitence pour nous : il suffit que nous nous en repentions.
1 3. Ah ! mon bon Sauveur, à quoi vous a réduit la compassion, l'amour que vous avez pour moi ! L'esclave pèche, et vous, Seigneur, vous en portez la peine. Si donc, je considère mes péchés, je dois trembler à la pensée du châtiment que je mérite; mais en pensant à votre mort, j'ai lieu d'espérer et non de craindre. A h ! sang de Jésus, vous êtes toute mon espérance!
14. Mais ce sang, tout en nous donnant confiance, nous oblige à être tout entiers à notre Sauveur. « Ne savez-vous pas, s'écrie l'Apôtre, que vous n'êtes point à vous, car vous avez été mort. Mon corps, mon âme, ma vie, n'est plus à moi, elle est à vous et toute à vous. En vous seul, je veux espérer, vous seul je veux aimer, ô mon Dieu, crucifié et mort pour moi ! Je n'ai autre chose à vous offrir que cette âme rachetée de votre sang : je vous l'offre ; permettez-moi de vous aimer, car je ne veux que vous, mon Sauveur, mon Dieu, mon amour, mon tout. Jusqu'ici j'ai été reconnaissant envers les hommes, et je n'ai été ingrat qu'envers vous ; maintenant je vous aime, et rien ne m'afflige plus que de vous avoir offensé. O mon Jésus! donnez-moi confiance en votre passion, et ôtez de mon cœur toute affection qui n'est pas pour vous. Je ne veux aimer que vous, qui méritez tout mon amour, et qui m'avez à tant de titres obligé à vous aimer.
ô mère du bel amour ! ah! par les mérites de votre cœur tout embrasé d'amour, obtenez-nous la grâce de ne vivre que pour aimer votre Fils qui, étant par lui-même digne d'un amour infini, a voulu acheter à si grand prix l'amour d'un misérable pécheur comme moi. O amour des âmes S ô mon Jésus, je vous aime, je vous aime, je vous aime; mais je vous aime trop peu : donnez-moi i vous-même un amour plus grand, des j flammes plus vives, qui me fassent j vivre toujours brûlant de votre amour : je ne le mérite pas, mais vous le méritez bien, vous, bonté infinie. Amen. 1 Ainsi je l'espère. Ainsi soit-il !
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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