Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Du sacrifice de Jésus-Christ, avec une explication succincte des prières qui se disent à la messe · Alphonse de Liguori

    Du sacrifice de Jésus-Christ

    VIII. Le sacrifice de notre Sauveur, comme nous l’avons dit ci-dessus, a été un sacrifice parfait, dont tous les sacrifices de l'ancienne loi n'avaient été que dos signes et des figures imparfaites, que l'apôtre appelle « infirma » et egena elementa. » (Gai. iv. 0.) Le sacrifice de Jésus-Christ a été accompli avec les cinq conditions des anciens sacrifices que nous venons de mentionner. La première partie, la participation ou la consécration de la victime, fut faite par le Père céleste lui-même au moment de l’incarnation, comme dit S. Jean : « Quem Pater sanclificay> vit. » (Toan. x. 0 6.) C’est pour cela que l’ange en annonçant, à la bienheureuse Vierge le choix que Dieu avait fait d’elle pour être la mère de son fils, lui dit : « Quod nasceiur ex te sanctum, vocabilur filius Dei. » (Luc. 1. 55.) En sorte que cette victime divine qui devait être sacrifiée pour le salut du monde, avait déjà été sanctifiée de Dieu, lorsqu'elle naquit de Marie; puisque, dès le premier moment où le Verbe éternel prit un corps humain, il fut consacré à Dieu pour être la victime du grand sacrifice, qui devait cire ensuite consumée sur la croix pour le salut des hommes. C’est pour cela que notre Rédempteur dit alors même : « Corpus autem aplasti m ih i... » ut faciam, Deus, voluntatem tuam. » (Ilcbr. x, 5. et 7.)

    IX. La seconde partie, Y oblation, eut lieu au moment même de l ’incarnation, où Jésus-Christ s'offrit volontaire» ment à son père pour les péchés des hommes. Il vit alors que la justice divine ne pouvait être satisfaite par tous les anciens sacrifices, ni par toutes les œuvres des hommes ; c’est pourquoi il s’offrit pour payer la dette de tout le genre humain, et il dit alors : « Quia hostias et oblaliones, et » holocolaumata pro peccalo noluisti... tune dixi : Ecce » venio, ut faciam, Deus, voluntatem tuam. » (Hebr. x. 8 et 9.) L’apôtre ajoute : « In qua vol un la te sanclificati » sumus per oblationem corporis Jesu Christi semel. » (Ibid. 10.) Remarquons ces paroles: « Inqua sanclificati » sumus per oblationem, etc. » Le péché avait rendu tous les hommes indignes d’être offerts à Dieu, et d’en être acceptés; c’est pourquoi il fut nécessaire que Jésus-Christ, s’offrant lui-même pour nous, nous sanctifiât par sa grâce, et nous rendit dignes d’être reçus de Dieu.

    X. Cependant cette oblation que fit alors Jésus-Christ ne se termina point en ce moment, mais elle ne fit que commencer ; elle dure, et elle durera éternellement. Car, quoiqu’elle doive cesser sur la terre au temps de l’Antéchrist, puisque le sacrifice de la messe cessera durant 1,290 jours, ce qui fait trois ans six mois et demi, comme il est marqué dans le prophète Daniel : « Et a tempore, cum ablatum fuerit »juge sacrificium, et posita fuerit abominatio in desola- » lione, dies mille ducenti nonaginta. » (Dan. xii. 11.) Néanmoins le sacrifice de Jésus-Christ ne cessera jamais, puisque Jésus-Christ ne cessera jamais de s’offrir à son père par une oblalion éternelle ; car il est lui-même le prelre et la victime, mais le prôlre éternel el la victime éternelle ; non pas selon l’ordre d’Aaron, dont le sacerdoce et le sacrifice furent temporels el imparfaits, puisqu’ils n’étaient point capables d’apaiser le courroux de Dieu contre l’homme rebelle, mais selon l’ordre de Melchisédech, comme David l’avait prédit : « Tu es saccrdos in ælernum, » secundum ordinem Melchisedcch. » (Ps.cix. V.5.) Ainsi le sacerdoce de Jésus-Christ sera éternel, puisque même après la fin du monde il continuera d ’offrir dans le ciel cette même victime qu’il offrit une fois sur la croix, pour sa gloire, et pour le salut des hommes.

    XI. La troisième partie du sacrifice qui est l’immolation, ou la mort de la victime, fut accomplie sur la croix par la mort de notre Sauveur. Il reste maintenant à réaliser dans le saint sacrifice de Jésus deux autres conditions requises pour le parfait accomplissement d’un sacrifice : ces deux conditions sont la consommation de la victime et la participation à la victime. Pour parler d ’abord de la quatrième condition du sacrifice, qui est la consommation de la victime, on demande quelle a été cette consommation, vu que le corps de Jésus-Christ fut bien séparé de son ame par la m ort, mais qu’il ne fut ni consommé ni détruit.

    XII. L’auteur anonyme, dont j ’ai parlé en commençant, dit que cette consommation de la victime s’accomplit par la résurrection du Seigneur, parce qu’alors son corps très-saint resta dépouillé de tout ce qu’il avait de terrestre et do mortel, et qu’il fut revêtu de la gloire divine. Il ajoute que ce fut là la clarté que Jésus-Christ demanda à son père avant de mourir : « Et nunc clarifica me tu Pater apud » lemelipsuin clariiale, quam habui priusquam mundus » esset apud te. » (Jo. xvii. 5.) Cette clarté, Jésus ne la demandait pas pour sa divinité, puisqu’il la possédait de toute éternité, comme Verbe égal au père; mais il la demandait pour son humanité, et il l’obtint à sa résurrection, par laquelle il rentra en quelque sorte dans sa gloire divine.

    XIII. Le même auteur, parlant do la cinquième condition, la participation, ou la communion de la victime, dit encore que cette communion s’accomplit également au ciel, parce que les bienheureux participent tous à la victime que Jésus-Christ offre continuellement au ciel en s’offrant lui-même.

    XIV. Ces deux réflexions de l ’auteur, pour expliquer les deux conditions du sacrifice de Jésus-Christ qui restaient, sont savantes et ingénieuses; mais pour moi je pense que ces deux choses, la consommation cl la communion, se réalisent clairement dans le sacrifice eucharistique de l’autel, qui est le même que celui de la croix, selon la déclaration du concile de Trente; car le sacrifice de la messe, institué par le Sauveur avant sa mort, est une continuation de celui de la croix, afin que le prix du sang qu ’il a donné pour le salut des hommes nous soit appliqué par le sacrifice de l’autel, où la victime offerte est la même que celle de la croix, quoiqu’elle s’offre sans répandre son sang, comme elle l’avait fait sur le Calvaire. Voici comment parle le concile de Trente (Sess.2 2.c. l. ) : « Is igilur Deus et Dominus noster, elsi semel seipsum » in ara crucis morte intercedente Deo patri oblalurus » erat, ut æternam illic redemptionem operaretur; quia » iamen per mortem sacerdotium ejus cxiinguendum non » crai, in cœna novissima, qua nocte tradebatur, ul di- » leclre sponsæ suæ Ecclesiæ relinqueret sacrificium, quo » cruentum semel in cruce peragendum representaretur, » ejusque memoria in fincm usque sæculi permaneret, » atque illius salutaris virtus in remissionem eorum qure » a nobis quotidie committuntur peccatorum applicare- » tur; sacerdotem sccundum ordinem Melehisedcch sed in ælcrnum consti lu lum déclara ns, corpus cl sangui- » ncm suum sub speciebus panis cl vini I)co patri oblu- » lil. Ac sub carumdem rcrum symbolis apostolis, quos » lune novi testamenti sacerdotes consti tucbal, ulsumcrcnl » Iradidil; cl ejusdem ooïumque in sacerdotiosucccssori- » bus, ul ofifereni, præcepil per hæc verba : hoc facile » in meam commemorationem : uli semper Catholica Ec- » clesia intellexit, cl docuil, etc.» (Cap. 1.) Dans le chapili’c deux, le concile déclara que, pour l’oblation de ce sacrifice, le Seigneur apaisé accorde les grâces et pardonne les péchés ; cl il en indique la raison, lorsqu’il dit : « Una enim eadcmque est hostia, idem nunc offerens » sacerdolis minislerio, qui seipsum tunc in cruce oblulil, » sola offerendi ratione diversa. »

    XV. Ainsi Jésus-Christ paya le prix de notre rédemption dans le sacrifice de la croix; mais il voulut que le fruit de la rançon qu’il avait offerte, nous fût appliqué par le sacrifice de l ’autel, étant lui-même, dans l’un et dans l ’autre, le principal sacrificateur qui offre la même victime, savoir son propre corps et son propre sang, avec cette seule différence que sur la croix son sang a coulé, tandis qu’il ne coule pas sur l’autel. Aussi le catéchisme romain enseigne ({»art. 2. do Euchar. n. 78.) que le sacrifice de la messe ne sert pas seulement à louer Dieu cl à le remercier des dons qu ’il nous accorde, mais qu’il est encore un sacrifice propitiatoire, en vertu duquel le Seigneur pardonne les péchés et accorde les grâces. C’est pour cela que la sainte Église fait cette prière le neuvième dimanche après la Pentecôte: « Quoties hujus hostiæ commcmoratio » cclcbralur, loties opus nostræ rcdcmplioniscxcrcetur. » Puisque le fruit de la mort de Jésus-Christ nous est appliqué précisément par le sacrifice de l'autel.

    XVI. Voilà donc que dans le sacrifice de la messe, outre les trois parties qui y sont renfermées, la sanctification, l’oblation, l'immolation qui se fait mystiquement en consacrant séparément le corps et le sang, outre ces trois parties, dis-je, qui furent les conditions cssenlicllcsdu sacrifice de la croix, le sacrifice delà messe renferme encore les deux autres parties : la consommation qui s’opère par la chaleur naturelle de l’estomac de ceux qui se nourrissent de l’hostie consacrée ; et la communion ou participation de la victime, qui s’opère en distribuant le pain consacré à ceux qui assistent à la messe. C’est ainsi que l ’on voit parfaitement réalisées, dans le sacrifice de l’autel, les cinq parties des anciens sacrifices qui n ’étaient tous que des signes et des figures du grand sacrifice de notre Sauveur. Venons-en maintenant à l’explication des prières de la messe, telles qu’elles sont ordonnées dans le Missel.

    EXPLICATION

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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