Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Du sacrement de l'Eucharistie envisagé au point de vue des dix prédicaments · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre II

    Nous allons d’abord commencer par ce qui concerne le prédicament de la substance. Et il faut savoir ici que la foi de la sainte Eglise croit relativement au sacrement de l’Eucharistie, que la substance du pain se change en la substance de la chair, et que la substance du vin se change en la substance du sang de Jésus-Christ par la force du sacrement, et que par concomitance il est tout entier sous l’une et l’autre espèce, c’est-à-dire qu’elles renferment son ame, son corps et sa divinité. Et cette transsubstantiation, c’est-à-dire conversion du pain au corps de Jésus-Christ ou en sa chair, s’accomplit dans l’instant où sont prononcées dans toute leur plénitude les paroles suivantes de Jésus-Christ : « Car ceci est mon corps. » Pourvu que celui qui les prononce soit prêtre, et ait l’intention de faire ce que fait l’Eglise, et qu’il prononce les paroles citées précédemment avec cette intention sur une matière convenable, à savoir sur du pain de froment. On doit entendre de la même manière la conversion du vin au sang, qui a pareillement lieu, immédiatement après que sont prononcées les paroles suivantes : « Car ceci est le calice de, etc... » Et on peut entendre ceci conformément au prédicament de la substance, ce qui fait que cette conversion s’appelle proprement transsubstantiation. Bien que ce soit là un très grand miracle, et qu’il n’appartienne qu’à la puissance divine seule d’opérer immédiatement une conversion si merveilleuse, si grande et si ineffable, et que seule elle puisse changer les substances, cela toutefois ne nous paraîtra pas impossible, si nous examinons quelques faits semblables qui se trouvent dans les saintes Ecritures, et si la nature nous en offre aussi quelques-uns de semblables. La femme de Loth, comme nous le lisons dans la Genèse, chap. XIX, parce qu’elle regarda derrière elle contrairement au commandement de Dieu, fut immédiatement changée en statue de sel. La verge de Moïse fut aussi changée en serpent, ensuite en verge, Exode, chap. 1Y : Le démon disoit à Jésus-Christ, parce qu’il connoissoil la puissance de Dieu : « Dites à ces pierres de se changer en pain. » Matth., chap. IV. Il n’est pas en effet très-difficile de changer les pierres en pain, et le pain en chair. On lit dans la légende de saint Jean l'Evangéliste, comment il changea les verges de bois en des verges d’or, et les grains de sable en des pierres précieuses, et vice versâ.

    On lit aussi dans l’Evangile de saint Jean, comment Jésus-Christ changea l’eau en vin ; il est une foule d’autres faits semblables dans l’Ecriture. La nature nous en fournit aussi qui leur ressemblent assez. Il est positif en effet, qu’il y a certaines eaux qui changent le bois qu’on y plonge on pierres ordinaires ou en pierres précieuses, ce qui fait que ces morceaux de bois deviennent des pierres parfaites. Nous voyons encore continuellement que l’homme mange du pain, et que ce pain dans son corps se change en chair; il boit du vin, et ce vin se change en sang, et les hommes ont cela de commun avec les bêtes de somme, puisque la nourriture qu’elles prennent comme le breuvage avec lequel elles apaisent leur soif se change et en chair et en sang. Par conséquent, si Dieu a donné au ventre et à l’estomac un tel pouvoir, il n’est pas étonnant qu’il ait conféré à son représentant un pouvoir tel que, par le moyen de la parole de Dieu et de la puissance divine qui fait tout en toutes choses, il opère la conversion et la transformation mentionnée plus haut. Saint Jean Damascène dans son quatrième livre, chap. V, cite cette figure ou exemple, et il s’exprime en ces termes : « Comme le pain et le vin se transforment par la nutrition au sang et à la chair animale, de même le pain de proposition, c’est-à-dire, le pain qui est placé sur l’autel, elle vin mêlé d’eau se changent au corps de Jésus-Christ-, qui n’y étoit pas auparavant. » Et ces deux choses, à savoir le pain et le vin, n’en sont plus deux, mais elles ne forment qu’un seul corps de Jésus-Christ. Et en cela Dieu a rappelé la mémoire des merveilles qu’il a opérées ; parce que comme Dieu au commencement créa le ciel, la terre, et tout ce qu’ils contiennent par sa parole, ainsi que nous l’apprennent les paroles suivantes de la Genèse, ch. I : « Que la lumière soit faite, etc..., » et comme il le fit pour toutes et pour chacune des créatures qu’il créa dès le principe, comme nous le prouvent les paroles suivantes du Psalmiste, Psaume XXXII : a Les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur; » Dieu en fait autant dans le sacrement de l’Eucharistie, parce que, comme le dit saint Augustin, « la parole se joint à la matière et le sacrement existe, » et cet auteur ajoute : « Si telle est la puissance de la parole du Seigneur, qu’elle fasse que les choses qui n’avoient existé existent, à combien plus forte raison peut-elle faire que celles qui existent soient changées en une autre ? » Saint Ambroise dit encore de la même chose : « Si la parole d’Elie fut assez puissante pour faire descendre le feu du ciel, la parole de Dieu ne sera-t-elle pas assez puissante pour changer les substances? » Saint Jean Damascène dit encore dans l’endroit précédemment cité : « Si la parole de Dieu est vivante et active, lui qui a dit que la lumière soit, et la lumière a été faite; qui d’un mot a raffermi les cieux, et tout ce qui les orne, qui s’est fait homme du plus pur sang de la bienheureuse Vierge, ne peut-il pas faire que le pain et le vin se changent en son sang et en son corps? » Il ne doit donc pas paraître extraordinaire que la parole divine proférée par le Prêtre reçoive de Dieu la même puissance, et même une plus grande puissance que celle que reçoit la nature, c’est-à-dire, que cette force qui réside dans les choses, et qui fait que la nourriture et le breuvage se changent dans l’animal en chair et en sang. Les choses humaines nous prouvent aussi que la puissance et l’autorité de la parole humaine sont plus grandes que celui qui les profère. Car la parole du Pape promulguée par son Nonce réunit tous les évêques de l’Eglise en concile ; or le Pape ne pourrait nullement en vertu de sa puissance les réunir sans sa parole. Nous voyons aussi la parole d’un empereur ou d’un roi réunir dans le plus bref délai une armée, et quelque Seigneur que ce soit fait plus d’un mot à l’égard de ses sujets qu’il ne le pourrait avec toute sa puissance s’il ne proférait pas une parole. C’est pourquoi personne ne doit trouver extraordinaire, que Dieu donne à la parole proférée par les prêtres, ses saints messagers, la même puissance, et même une puissance plus grande que celle qu’il a donnée à la nature corporelle, puissance qui étale à nos yeux tant et de si grandes merveilles, semblables à celles dont nous parlons. C'est pourquoi 11 est écrit, Ps. XXVIII : «La voix du Seigneur est accompagnée de force, la voix du Seigneur est pleine de magnificence et d’éclat. » Ce que nous venons de dire sur cette ineffable transsubstantiation suffit quant au prédicament de la substance.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Du sacrement de l'Eucharistie envisagé au point de vue des dix prédicaments

    11 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.