Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Du sacrement de l'Eucharistie envisagé au point de vue des dix prédicaments · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre III

    Secondement, quant au prédicament de la quantité, la sainte Eglise notre mère croit, et la foi enseigne que sous cette petite hostie est véritablement contenu le corps de Jésus-Christ tout entier, avec la même grandeur et la même perfection qu’il eut sur la croix, avec la grandeur qu’il eut lorsqu’il ressuscita le jour de Pâques. Et c’est là un prodige étonnant. Comme tout corps est placé dans un lieu, que le corps se mesure d’après le lieu dans lequel il est placé, et que le corps tout entier de Jésus-Christ est contenu dans une hostie dont la quantité est si petite, il s’ensuit que Dieu rappelle ici la mémoire des merveilles qu’il a opérées auparavant et de lui et en lui. Et d’abord à sa naissance, quand il sortit « par une porte fermée, qui n’a jamais été ouverte, » comme l'atteste le prophète Ezéchiel. Sa bienheureuse et glorieuse Mère fut en effet Vierge avant de l’enfanter, elle le fut pendant qu'elle l’enfanta, elle le fut après l’avoir enfanté, parce qu’elle demeura toujours pure et sans tache. Il a opéré le même miracle pour sa résurrection, parce qu’il est ressuscité et qu’il est sorti du tombeau, bien qu’il fût parfaitement fermé. Il renouvela le même miracle quand il apparut à diverses reprises à ses apôtres bien que les portes fussent fermées. Si on discute toutes ces merveilles, on trouve qu’elles ressemblent au miracle du sacrement adorable, dont il vient d’être parlé. Nous ne devons pas perdre de vue pour comprendre cela, que le corps de Jésus-Christ n’est pas naturellement sous l’hostie, mais qu’il y est sacramentellement, et que par conséquent il n’y est pas comme placé dans un lieu, ni avec ses propres dimensions, qu’il y est avec les dimensions précédentes, c’est-à-dire avec les dimensions du pain et du vin. Et c’est pourquoi comme la substance d’elle-même, en tant que substance, n’occupe aucun lieu, et qu’elle n’en a besoin qu’autant qu’elle est renfermée dans les dimensions de la quantité, il s’ensuit que le corps de Jésus-Christ sous le sacrement ne demande pas plus d’espace ou n’occupe pas un lieu plus grand que les dimensions du pain, sous lequel il est caché et voilé, n’en occupent ou n’en demandent, et nous éclaircirons plus amplement cette question par ce qui va suivre. La nature peut aussi nous fournir quelques exemples de cela. Notre ame en effet, comme le dit saint Augustin, est toute dans tout notre corps, de même qu’elle est toute dans chaque partie de ce même corps, de sorte qu’elle est aussi grande dans le doigt seul que dans la corps tout entier, dans le corps d’un enfant, que dans celui d’un géant,.parce que l’augmentation ou la diminution du corps, ou même la mutilation d’un membre ne retranche rien à l’ame, ou ne lui.donne aucun accroissement, et cependant elle est tout entière dans tout le corps, et elle est aussi tout entière dans chaque partie, elle n’est pas excédée par lui de même qu’elle ne l’excède pas. Si l'homme ne peut pas comprendre cela d’une manière adæquate de lui-même et en lui-même, il n’en est pas moins vrai pourtant que tous les philosophes infidèles, de même que tous les docteurs catholiques, affirment que ceci est d’une vérité incontestable ; il n’est donc pas étonnant qu’on ne puisse pas parfaitement comprendre comment cela a lieu dans ce très-digne sacrement. Et encore, la longueur d’une tour est égale à la tour elle-même, et elle est aussi large, qu’est large sa largeur, et sa grosseur est égale à sa circonférence, mais l’œil reçoit et saisit dans toute son étendue et l’image et la figure de la tour, bien qu’il soit petit ; car si l’œil ne contenoit pas cette image de longueur, l’homme ne pourrait pas juger à la vue de la longueur elle-même, bien que ce soit une absurdité de soutenir cela, parce que à la vue seule et à l’aspect on peut en apprécier un grand nombre de fois et avec justesse les dimensions, de même qu’on peut en apprécier la mesure. On peut eu dire autant d’une montagne, du soleil, de la lune, et de la sphère céleste, et de toutes les autres choses semblables, dont la grandeur, bien qu’elle soit presque immense, est reçue dans l’œil, néanmoins, malgré qu’il soit très-petit. Si par conséquent cela est étonnant, bien que ce soit une chose certaine, il u ’est pas incroyable que le corps du Christ soit contenu dans une si petite hostie, bien que nous ne paissions pas le comprendre d’une manière adæquale. Ce qu’on a dit de l’œil, on peut le dire d’un miroir; chacun voit clairement en effet qu’un petit miroir reproduit exactement une très-grande ville, de même qu’il reproduit l’image d’un homme d’une grande taille, l’image d’une montagne et celle du ciel. Dites-moi donc comment cela ce fait? et je vous dirai comment cela a lieu dans le sacrement du Seigneur. Dieu a voulu qu’il en fût ainsi dans l’une et l’autre de ces choses.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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