Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Du sacrement de l'Eucharistie envisagé au point de vue des dix prédicaments · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre I

    « Le Seigneur qui est clément et miséricordieux, a rappelé la mémoire de ses merveilles ; il a donné la nourriture à ceux qui le craignent. » Psaume CX. Rien ne s’oppose à ce qu’on entende par la nourriture dont il est ici question, la nourriture sacramentelle, savoir le pain vivant qui est descendu du ciel, et que les serviteurs de Dieu reçoivent chaque jour dans l’Eglise avec crainte et avec respect. C’est de ce pain, de cette nourriture dont il est dit au livre de la Sagesse, chap. XVI : « Vous avez donné à votre peuple la nourriture des anges, vous leur avez fait pleuvoir du ciel un pain préparé sans travail, qui renfermant en soi tout ce qu’il y a de délicieux, et tout ce qui peut être agréable au goût. » C’est là le pain duquel il est dit dans saint Jean, chap. VI : « Je suis le pain descendu du ciel, si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Dieu a renfermé tant et de si grandes merveilles dans la préparation, la disposition et l’arrangement de ce pain béni, c’est-à-dire du sacrement de l’Eucharistie, qu’il semble y avoir en quelque sorte renouvelé toutes les merveilles qu’il a opérées depuis le commencement du monde. Et c’est pourquoi le Prophète dans le verset cité dit : « Il a rappelé la mémoire de ses

    OPUSCÜLUM LYIII. ËJUSDEM DOCTORIS, DE -SÀCRÀMENTO EUCHÀIUSTÏÆ, AD UOBUU DECRU PRÆDICAMENTORUM, AD PETITIOKM QUORUMS AU PRÆLÀTORUM ET BARONUM.

    merveilles, etc... » et cela, quand il donna cette nourriture précieuse, ce sacrement glorieux et sans prix, à ses disciples. Mais pour comprendre l’excellence et la grandeur de ce sacrement admirable, il faut observer que, quoique tous les sacrements de l’Eglise tirent leur puissance de la foi, et n’aient d'effets que par la foi à la passion de Jésus-Christ, et que les fruits que les fidèles en tirent pour leur salut viennent de la foi et soient produits par elle; ce sacrement toutefois est appelé spécialement et d’une manière très-particulière le sacrement de la foi. C’est pour cette raison que dans le canon on l’appelle le mystère de la foi, c’est-à-dire le secret très-sacré que la foi seule connoît, parce qu’il contient tant et de si grandes choses, qui dépassent, qui sont en dehors, et qui sont même contre la raison naturelle, et que l’on ne comprendrait jamais, si on ne les tenoit pas par la foi, et si on ne les croyoit par cette même foi. Et c’est pourquoi le prophète Isaïe dit avec raison, suivant une autre version : « A moins que vous ne croyez, vous ne comprendrez pas. » L’Apôtre dit aussi, Hébreux, chap. XI : « Car pour s’approcher de Dieu, il faut croire premièrement, qu’il y a un Dieu, et qu’il récompensera ceux qui le cherchent. » Donc ceux qui croient, comprennent, parce que comme le dit l’Apôtre : « La foi existera, et il n’y aura plus aucune question. » Il ne faut cependant pas entendre par là, que ceux qui croient par la foi, comprennent par la raison tout ce qu’ils croient, parce que s’il en étoit ainsi la foi n’auroit plus aucun mérite. Selon ce qu’enseigne saint Grégoire, dès que la raison humaine nous prouve une chose, il n’y a plus de mérite à la croire par la foi. Mais on dit de ceux qui croient, qu’ils comprennent, parce que s’appuyant sur la puissance de la vérité souveraine et incréée, ils savent et supposent avec une certitude parfaite*, que tout ce qui procède de la vérité dont on vient de parler est vrai, et que, bien qu’ils ne puissent pas saisir par la raison naturelle le mode de vérité elle-méme, cela ne les empêche pas de croire avec la même certitude que ce que suggère la foi véritable, est vrai, parce qu’ils comprennent très-clairement qu’il est attesté à l’excellence, à la majesté et à l’immensité de la vérité première elleméme, que l’intellect humain à cause de sa foiblesse, et parce qu’il est renfermé dans un sphère de peu d’étendue, ne peut le comprendre ni en soi, ni dans ses principaux effets ; il est dit de cet intellect dans le second livre de la Métaphysique : «il en est de notre intellect par rapport aux • choses les plus évidentes de la nature, comme il en est des yeux de la chouette par rapport aux rayons du soleil. » Ce qui fait que comme il ne dépend pas de la lumière du soleil qu’elle ne puisse voir clairement, mais que cela vient uniquement de la foiblesse de ses yeux ; de même il arrive par rapport à nous, que notre intellect n’est pas proportionné à l’immensité de la lumière divine, ce qui fait qu’il est beaucoup de choses que nous ne pouvons pas saisir à l’aide de la raison. C’est pour cette raison que l’Apôtre s’écrie, Romains, chap. XI : « O profondeur des secrets de Dieu, etc... » Mais bien que nous ne puissions pas saisir dans toute leur étendue certaines choses que nous pouvons pourtant saisir sous certains rapports, il s’ensuit que nous les connoissons en partie, mais que nous ne les connaissons pas dans toute leur étendue, parce que maintenant nous ne les voyons que dans un miroir et comme en énigme. C’est ce qui fait qu’il y a des mystères qui reposent Sur l’autorité des saintes Ecritures, sur lesquelles s’appuie la foi catholique, que l’on peut prouver d’une manière pleine et parfaite, mais qu’il n’est nullement possible de les prouver tous par des raisons démonstratives, bien que pourtant il soit possible de les démontrer tous ; car si on pouvoit les prouver tous par des preuves démonstratives, notre foi ne seroit plus la foi, on lui donnerait le nom de science. Et comme il a été dit plus haut, notre mérite qui vient surtout de la foi disparoitroit complètement, et il preheudant, non ideo minus credunt quod comprehendere ratione. Propterea clam at suggerit fides vera, esse ve ru m, quia cia- Apostolus, ad Roman., XI : « 0 altitudo dirissim e hoc intellig u nt a tte sta ri excellen- v itia ru m, » etc. Quamvis autem com pretiæ, et rnajestati, et irnm ensitatiipRius p ri’ hendere nequeam us, quod nihilominus commæ veritatis, ut nec in se, nec in suis p rin - prehendere possumus, quoquo modo, id e st cipalibus effectibus com prehendi possit ab ex parte cognoscimus non in toto,quia per n n g u stiaet im becillitate i psi us-intellectus spéculum nunc videmus in ænigm ate. Inde bum ani, de quo dicitur, II Metaphys., quia e st, quod fieri m ysteria per authoritates sicut se habet oculus nortuæ ad radios so - sacræ Scripturae, cui fides catholica in n itilis, sic intellectus noster ad manifestissima tu r, plene probar i possuiit atque perfectc, naturæ. Unde sicut non est defectus ex sed per rationes dem onstrativas omnino p arte lucis Solaris, quod a noctua clare vi- nequeunt oinnia probari, quam vis forte deri non p o ssit, sed hoc accidit ex parte omnia possunt dem onslrari : quia si hoc debilitatis oeuh ipsius noctuæ : ita etiam esset, fides nostra jam non fides, sed sciencontingit in nobis, quod intellectus noster lia vocaretur. Et sicut supradictum e st, non est proportiouatus im m ensitati lucis m eritu m nostrum, quod prin cip aü ter in fidivinæ, ideo multa su ut quæ nequimus de consistit, omnino to lle retu r : ndc ja m seroit dès lors impossible de dire à quelque chrétien que ce soit: « votre foi vous a sauvé. » Il est vrai pourtant que les saintes Ecritures ne sont pas le seul moyen par lequel on peut anéantir les erreurs des infidèles, mais que la raison naturelle nous fournit elle aussi une foule d’inductions propres à aider l’intellect des fidèles qui croient déjà à embrasser avec plus d’ardeur la vérité qu’ils croient déjà, et à les raffermir dans cette vérité qui se présente plus clairement à eux. Pour donc en venir à notre but, notre intention est défaire connottre certaines merveilles, certains miracles étonnants concernant le saint sacrement de l’Eucharistie, et d’y ajouter quelques raisons, quelques exemples merveilleux, ou des choses semblables en quelque façon à celles-ci, tirées soit de l’Ecriture, soit même de la nature, et qui ne rendent rationnellement nullement incroyables celles qui'appartiennent à la foi. Notre intention est de traiter de ces merveilles et de ces miracles conformément à l’ordre des prédicaments, pour qu’on puisse et mieux et plus clairement les saisir. Et d’abord, nous parlerons du prédicament de la substance comme étant le premier et le fondement de tous les autres prédicaments.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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