§ I : De l’infaillibilité du Pape — I : Remarques préliminaires
Plusieurs opinions sont ici en présence :
1° La première est celle de Luther et de Calvin, qui enseignent cette doctrine hérétique, que le Pape est faillible, même lorsqu’il parle comme Docteur universel et d’accord avec le Concile.
2° La deuxième, qui est précisément l’opposé de la première, est celle d’Albert Pighius,* qui tient que le Pape ne peut errer, même quand il parle comme docteur privé.
3° La troisième est celle de certains auteurs qui soutiennent que le Pape est faillible dans les enseignements donnés en dehors du Concile. — A ce propos, il faut savoir tout d’abord, pour donner plus de jour à la question, que cette opinion a été embrassée par le clergé de France en 1682, lorsqu’il a émis les quatre célèbres propositions que l’on sait. Laissant de côté celles qui n’ont point rapport à la question présente, nous signalons t*) Cet auteur, né vers 1490 à Kampen, ville de la province d’Overyssel dans les Pays-Bas, et mort & Utrecht en décembre 1542, prit le grade de bachelier à Louvain, et celui de docteur à Cologne. Il se distingua par plusieurs savants ouvrages sur des matières de philosophie, de théologie, et de mathématiques. Il se signala également par son zèle contre les premiers coryphées de la Réforme, et fut honoré de l'estime et de la confiance de trois Papes successifs, Adrien VI, Clément VIII, et Paul III, qui le chargèrent de plusieurs missions importantes, Sincèrement attaché au Saint-Siège, il porta peut-être trop loin la défense de ses droits et de ses privilèges, notamment dans son principal ouvrage intitulé : As&ertio ecclesiasticœ Hierarchiœ, dont la 3", la et la 5e partie sont consacrées à ces matières. Le traducteur. d’abord la seconde, qui est ainsi conçue : La plénitude de puissance sur les choses spirituelles réside de telle manière dans le Siège Apostolique, que les décrets du Synode de Constance touchant l’autorité des Conciles généraux conservent toute leur force ; et 1 Eglise Gallicane n’approuve point ceux qui portent atteinte à la force de ces décrets, ou qui les restreignent au seul temps du schisme : Sic inesse Apostolicœ Sedi... rerum spiritualium plenam potestatem, ut simul valeant... Synodi Constantiensis... decreta de auctoritate Conciliorum generalium,... nec probari a Gallicana Ecclesia qui eorum decretorum... robur infringant, aut ad solum schismatis tempus Concilii dicta detorqueant} La quatrième proposition porte que le Souverain Pontife a la part principale dans les questions de foi, que ses décrets regardent toutes les Eglises et chacune d’elles en particulier, mais que son jugement n’est pourtant pas irréformable, à moins que le consentement de l’Eglise n’intervienne : In fidei quoque quœstionibusprœcipuas Summi Pontificis esse partes, ejusque decreta ad omnes et singulas Ecclesias pertinere, nec tamen irreformabile esse judicium, nisi Ecclesiæ consensus accesserit.**
De plus, un décret do la Faculté de France a statué que personne ne serait admis à l’honneur du doctorat, s’il ne défendait d’abord publiquement ces propositions et ne s’astreignait par serment à les soutenir dans la suite. Plus tard, Alexandre VIII, dans sa Bulle « Inter multiplices, * datée de l’an 1690, déclara nul ce décret de la Faculté de Paris et prescrivit de le regarder comme non avenu.
Mais, appuyé par Louis Dupin, qui s’adjoignit bientôt à lui, Louis Maimbourg, après avoir quitté l’habit de la Compagnie de Jésus, ou plutôt après avoir été justement expulsé de l’Institut, s’offrit à défendre hardiment ces propositions, comme'il le fit en effet, jusqu’au moment où Dieu lui infligea, par une mort imprévue, un digne châtiment de son audace.
Cependant, vers l’an 1693, les évêques de France qui avaient concouru dans l’Assemblée de 1682 à la production des quatre propositions, se rétractèrent dans une lettre collective adressée à Innocent XII. Et le roi très-chrétien, Louis XIV, après avoir révoqué par un édit publié celui qu’il avait d'abord promulgué pour prescrire l'observation du décret de Paris, fit également parvenir au Souverain Pontife une lettre de rétractation. On peut consulter à ce sujet Graveson, Roncaglia,1 et Milante.2 — Voilà pour ce qui concerne la troisième opinion.
4° La quatrième, qui est l’opinion commune et à laquelle nous adhérons, est celle-ci : bien que le Pontife Romain puisse errer comme simple particulier ou docteur privé, ainsi que dans le» pures questions de fait qui dépendent principalement du témoignage des hommes, cependant, lorsque le Pape parle comme docteur universel définissant ex cathedra, c’est-à-dire en vertu du pouvoir suprême transmis à Pierre d’enseigner l’Eglise, nous disons qu’il est absolument infaillible dans la décision des controverses relatives à la foi et aux mœurs.*
Cette opinion est défendue par Saint Thomas,3 Turrécrémata,4 de Soto,5 Cajétan,6 Alexandre d’Àlès, Saint Bonaventure,7 Augustin Triumphus,3 Nicolas de Lyre,9 Saint François de Sales,10 de Sponde,11 Thomassin,12 Louis Bail,13 Duval,14 et une foule d’autres cités par Miîante, évêque do Castellamare de Stabia,15 dans son savant ouvrage sur la 29e proposition condamnée par Alexandre VIII ; il en est de même de tous les autres théologiens en général, comme l'attestent le cardinal Gotti,ia Milante,17 et Troila.18
Parmi ces auteurs, quelques-uns enseignent que le Pape est, à la vérité, infaillible, mais seulement lorsqu’il procède avec maturité, en prenant avis des personnes éclairées. Mais d’autres soutiennent avec plus d’exactitude que cette condition est seulement de convenance, et non de nécessité; en effet, tous ceux qui défendent l'infaillibilité pontificale sont forcés de reconnaître que la promesse d’infaillibilité n’a pas été faite à des conseillers, ni sous la réserve de l’examen, mais uniquement au Souverain Pontife; sans quoi, les hérétiques pourraient toujours objecter l’absence d’un examen suffisant, comme les sectaires l’ont effectivement objecté contre le Concile de Trente. Mais il appartiendra à l’Esprit-Saint, comme le remarque très-bien Suarez,1 de veiller à ce que le Souverain Pontife se garde de jamais agir ou décider d’une manière téméraire ou imprudente dans des matières d'une telle importance.
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.
Lire la suite de Dissertation sur l’autorité du Pontife romain, au sujet de la 29e proposition condamnée par Alexandre VIII
9 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.