Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Discours (tome 1) · Bienheureux Pie IX

    Discours préliminaire

    Personne mieux que Pie IX n'aurait pu définir plus exactement, et d'une manière plus sublime, l'état auquel se trouve réduit aujourd'hui le Chef de l'Église. C'est ce qu'il a fait en parlant de lui-même dans l'un de ces admirables discours que la Sagesse Divine Lui met sur les lèvres, particulièrement dans les jours de sa dure captivité. Parlant aux fidèles romains de la paroisse de Santa Maria in PorticO) pieusement recueillis au pied de son Trône le 17 Décembre 1871, il s'exprimait en ces termes: « Je ne suis pas S.Jean-Baptiste, et toutefois je puis dire de moi ce qu' il disait de lui : Ego sum Vox. S'il était, lui, une voix qui criait dans le désert: Ego vox clamantis in deserto; Moi, je suis une voix qui crie du Vatican: Ego vox clamantis de Vaticano ».

    Sans doute chaque Pape est une Voix, et la Voix de Dieu ; tout Pape étant établi par Dieu même comme l'organe vivant de son esprit incompréhensible, l'instrument incarné de sa parole substantielle, l'Interprète souverain et infaillible de sa Sagesse et de sa Vertu, C'est la voix de Dieu qui se fait entendre au milieu des hommes. Il est dans l'ordre moral la voix de la nature, dont il détermine et sanctionne les lois, et dans l'ordre surnaturel la voix de la grâce, dont il explique les opérations selon que le comporte le mystère. C'est la voix de la raison qu'il illumine par la foi; de la science créée qu'il perfectionne et ennoblit par l'incréée. C'est la voix universelle de la Vérité et de la Justice, que Lui, et Lui tout seul, peut et doit répandre et conserver au milieu de l'humanité pour l'empêcher de s'égarer encore une fois, et la maintenir dans cette voie qui, parmi tous les sentiers obscurs de ce monde, conduit directement et sûrement à la fin dernière que s'est proposée le Créateur, et qui nous a été restituée de nouveau par le Divin Rédempteur: l'éternelle possession du Bien suprême.

    Mais d'où vient donc qu'un Pontife d'une si haute sagesse s'appelle lui-même tout particulièrement une Voix : Ego sum Vox? Il nous l'a déjà admirablement exprimé lui-même par ces paroles: Je suis la Voix qui crie du Vatican. Et par ces autres : Il ne me reste plus que la plume et la voix. Comme s'il disait: Je suis moi aussi, comme tout Pontife, la Voix éternelle de Dieu; placé au milieu du monde comme Docteur et Guide de toutes les nations. Mais cette Voix, secondée autrefois par tant de moyens extérieurs, qui la soutenaient et la favorisaient, lui formant une escorte d'honneur et de défense, en même temps qu'ils lui préparaient la voie franche, facile et libre pour parcourir les peuples et les nations, en portant partout avec elle l'ordre, la stabilité et la vie; cette même voix dépouillée de tout, n'est plus aujourd'hui qu'une voix pure et simple : Vox. Le Pontife en effet ne jouit plus de ce petit royaume que la Divine Providence avait disposé pour lui, et que la soumission spontanée des peuples avait effectué avant que des rois d'Italie, italiens ou non, eussent commencé à avoir un nom. Nous voulons dire ce petit royaume dont l'héritier et ministre de tous les pouvoirs du Christ, Pontife et Roi éternel, doit jouir, non-seulement pour exercer paisiblement son ministère Apostolique, mais encore pour constituer en effet son droit Primaire Divin de Royauté et enfin pour donner aux Monarques un exemple de haute sagesse dans la direction religieuse et civile des peuples. Il ne jouit plus, ni de son indépendance souveraine, ni d'aucune liberté. Il n'a plus la liberté de définir, de convoquer, de communiquer; pas plus que celle d'absoudre, de condamner, ni même (le monde l'aurait-il jamais supposé?) de célébrer les divins mystères. Ajoutez que sans les offrandes étonnantes et spontanées des fidèles du monde entier, Lui, Vicaire d'un Dieu maître et souverain Seigneur de l'univers, manquerait absolument des moyens qu'exigent, soit le maintien des hauts dignitaires de l'Église universelle, soit le secours aux infortunés de tout genre, soient enfin les moyens temporels et nécessaires de subsistance pour sa propre personne. Quoi de plus encore? Auprès de lui, cet ennemi même qui l'a dépouillé et opprimé, l'assiège, l'entoure de sa domination, et le tient complètement en son pouvoir; tellement que lorsque bon lui semblera, il pourra le traiter de la manière la plus barbare; tandis qu'au loin les Puissances muettes, insensibles comme si elles n'existaient pas, semblent ne rien voir; soit parce qu'elles n'ont à cœur de rien faire, soit parce qu'elles ne le peuvent pas, soit parce qu' elles ne le veulent pas. Pas une main pour le secourir; tous l'ont oublié. Et pourtant s'il existe une puissance légitimement établie dans le monde, quelle qu'en soit la forme, elle est établie par Dieu pour la défense et le soutien de la Puissance suprême et universelle qui doit conduire les Rois, aussi bien que les Peuples, au Créateur comme à la fin dernière du monde créé ! Il n'est pas dans les fers, et cependant il n'est pas libre de sortir de son propre palais; il n'est pas relégué au milieu des forêts, et cependant il est abandonné par ceux-là mêmes qui devraient le secourir. S'il mettait le pied hors du seuil du Vatican, il s'établirait volontairement sous le domaine injuste qui l'opprime. S'il élève la voix, s'il cherche à se faire entendre, ceux qui devraient écouter ne prêtent pas l'oreille, et sa parole de Justice et de Vérité demeure sans effet. Il se trouve donc dans une prison et dans un désert, et c'est avec grande raison qu'il peut répéter: « Je ne suis pas S. Jean-Baptiste; mais je puis dire moi aussi ce qu'il disait de lui-même: Ego sum Yox, Tantôt je me fais entendre par mes écrits, tantôt je me fais entendre par ma parole: mais je me fais entendre, et voilà pourquoi je suis une Voix. Si Jean était une Voix qui criait dans le désert, Vos clamantis in deserto; Moi, je suis une Voix qui crie du Vatican: Ego Vox clamantis de Vaticano. Il ne me reste que la plume et la voix; je me servirai sans trêve de l'une et de l'autre. J'emploierai la plume pour parler au monde par mes écrits; je me servirai de la voix pour parler par cet organe naturel au bon peuple Romain, et à tous les autres fidèles, de quelque partie du monde qu'ils viennent me visiter. Je ferai usage de la plume et de la voix pour crier et protester sans cesse contre l'usurpation, la violence, l'injustice, le mensonge, la corruption, l'incrédulité. Oui, je puis dire moi aussi que je suis une voix, parce que, quelque indigne que j'en sois, je suis cependant le Vicaire de Jésus-Christ; et cette voix qui sonne maintenant à vos oreilles, c'est la Voix de Celui que je représente sur terre. « (Disc. CXXXÏV.)

    Oh oui! telle la croit, telle la vénère, quiconque croit véritablement en Jésus-Christ Fils de Dieu et Rédempteur du genre humain ; et <ans autre témoignage qu'elle-même, cette Voix prouverait suffisamment que son principe n'est pas d'ici-bas, mais qu'elle descend du Ciel; qu'elle n'est pas la Voix d'un homme, mais la Voix de lieu. En effet, quiconque n'a pas absolument perdu le sens dans cette perversion si déplorable d'idées, et dans cet extrême bouleversement de choses, devra comprendre sans peine que cette Voix ne puise pas ailleurs que du Ciel, ni d'un autre que de Dieu, cette force, ce courage, cette constance de crier, de crier sans cesse, de crier avec tant d'énergie contre l'usurpation, la violence, l'injustice, le mensonge, la corruption, l'incrédulité, pendant que le monde se voit infesté de l'amas le plus horrible d'erreurs devenues la règle de la Politique, la tactique de la Diplomatie, le fondement des nouveaux Statuts sociaux.

    Heureux pour la Société, heureux pour le genre humain que dans les époques non moins funestes à leur paix et a leur maintien qu'à leur propre existence, lorsque les vengeurs mêmes de la justice disparaissent, et se changent en violents usurpateurs ou en complices, la Voix de la nature violée est toujours là pour se faire entendre. Cette Voix de Dieu, qui en est l'Auteur, ne fait jamais défaut et ne cesse pas de parler: et là où se fait entendre cette voix, là aussi est le Vicaire de Dieu sur la terre. Bien plus, c'est Lui-même qui est cette Voix. Lui-même, c'est la nature qui proteste; Lui-même, c'est Dieu qui condamne.

    Or quiconque voudra se donner la peine de bien considérer les différentes époques les plus remarquables, pendant lesquelles ce chef suprême, ce protecteur incorruptible de l'humanité a dû soutenir des luttes atroces contre les ennemis les plus terribles, verra que sa Voix a toujours revêtu un caractère particulier, selon les maux qu'il fallait réparer, et l'esprit qu'il fallait renouveler, à partir même du premier moment où elle descendit du Ciel pour se faire entendre sur la terre.

    C'est, en effet, en la personne de St. Pierre, chef et fondateur de la société des enfants de Dieu que cette voix a commencé tout d'abord à se faire entendre; et cette voix partout accompagnée et suivie de prodiges a suffi pour ébranler le monde abaissé au niveau de l'animal dépourvu de raison entre les abjections du paganisme et T hypocrisie perfide du Judaïsme dégénéré. C'est par elle que le monde ancien a connu le monde nouveau. Aux ténèbres de la prévarication a succédé la lumière de la Rédemption, et l'humanité corrompue et dispersée s'est reliée et reformée dans la foi du Christ. C'est donc à bon droit que l'on peut appeler la voix de Pierre une Voix Prodigieuse*

    Par cette même voix ont crié tous les successeurs de Pierre dans le souverain apostolat, que le paganisme, blessé au cœur et devenu furieux, a forcés à s'ensevelir tout vifs, eux et leurs disciples, et à vivre comme des morts dans des tombeaux de vivants. Mais voilà qu'après trois siècles, à ce son profond qui venait de sous terre, jamais interrompu, jamais affaibli, répond enfin le bruit retentissant de l'empire païen tombant en ruine. Cette Voix avait créé et soutenu les martyrs, ces héros de l'amour de Dieu, et d'une constance invincible lorsqu'il s'agissait de le confesser même dans les tourments les plus atroces. Ainsi la voix des Pontifes dans les catacombes fut-elle la Voix de l'héroïsme, ou Voix Héroïque*

    Ainsi pourrait-on appeler Illuminative la Voix de ces vénérés Pontifes qui, à la vue de la Foi et de la doctrine apostolique assaillie par de ténébreuses erreurs se sont fait entendre pour faire briller une foi tellement lumineuse, une science si sublime, une éloquence si pleine de vigueur dans l'esprit des Pères et des Docteurs, que cette vérité divine, soutenue par eux dans les disputes, confirmée par les Conciles, répandue par les écrits et par la parole, non-seulement n'a éprouvé aucune atteinte dans toutes ses luttes, mais en a obtenu une plus grande expansion, un accroissement plus considérable, une splendeur plus éclatante.

    Vinrent ensuite les inondations barbares, et ce torrent de férocité qui menaçait la chrétienté, c'est-à-dire la société civile et religieuse, de la noyer dans le sang et de la réduire en cendre; ce torrent, dévastateur a rencontré une digue infranchissable, un contraste puissant, un frein irrésistible dans la Voix des Papes qui l'ont arrêté, et l'ont contraint à rétrograder. La Voix de ces Pontifes (et par-dessus toutes celle du grand Léon) fut donc une Voix Triomphante (Espugnatrice).

    Et 'lorsque la puissance des rois chrétiens, créée, soutenue et protégée par les Papes, osa, par une licence de volupté indomptable, par une insolence do commandement sans raison et sans borne, se soulever contre ceux-là mêmes qui l'avaient créée et protégée, et essaya de les surmonter et d'en faire pour ainsi dire ses propres vassaux, au plus grand détriment de la chrétienté et pour l'oppression des peuples, la Voix des Papes retentit forte comme un tonnerre, inflexible, indomptable, en face des assauts les plus vigoureux, au milieu des plus cruelles angoisses. Cette Voix fut alors une voix Invincible,

    Aux hordes barbares du septentrion succédèrent plus tard celles de l'orient et du midi, non moins féroces. Ce fut alors que la puissante Voix des Papes, toujours pleine de vie et semblable à une sentinelle vigilante, résonna partout en Belligérante. Et cette voix, secondée par d'autres qu' elle suscitait, suffit pour enflammer les esprits de l'Europe chrétienne, secouer et briser à jamais le joug de la tyrannie Musulmane.

    Vint un âge enfin, où le monde effrayé eut à craindre que pour l'extrême malheur des peuples, Lucifer lui-même n'eût apparu sur terre sous la forme humaine dans la personne hideuse de Martin Luther, aussi orgueilleux que dissolu, et qui essaya d'introduire par ses infernales innovations le désordre et la corruption dans la doctrine si pure de l'Église. L'Église parla de souvenu ; disons mieux, les Papes se firent entendre, et leur Voix fut véritablement Réformatrice ; non pas de la doctrine qui est en soi irréformable et incorruptible,'" mais des abus dont la dureté des temps, les mœurs dépravées des peuples et les supercheries des princes l'avaient infestée.

    Que dirons-nous maintenant de cette Voix qui depuis déjà plus de vingt-six ans se fait entendre par la bouche de Pie IX? Que dirons-nous de cette Voix qui, privée aujourd'hui de tout secours, réduite à une voix pure et simple, dans un corps vigoureux bien que chargé d'années, renfermée dans une prison, abandonnée, encore qu'elle ne soit pas seule; que dirons-nous de cette Voix qui se fait entendre avec force, sans jamais donner aucun signe de vouloir se taire enfin? Pour connaître son esprit et sa nature considérons l'ennemi contre lequel elle crie. Pie IX a en face de lui la révolution, c'est-à-dire, l'instrument dont Satan veut se servir pour arracher Dieu du cœur de l'homme et par suite perdre l'homme lui-même. Ainsi enlèverait-il à Dieu la gloire que le Créateur s'était proposé de tirer par cette créature objet de son amour, et à la créature elle-même, le bonheur ineffable par la jouissance de la vie éternelle. C'est pour cela que la révolution détruit, renverse tout ce qui est établi dans le monde et sagement réglé pour le bon gouvernement des hommes dont est formée la société civile et religieuse.

    La brièveté de ce discours ne nous permet pas d'entrer dans le détail de tous les maux opérés par la révolution. Ce serait fort inutile, du reste; nous ne les voyons tous que trop de nos propres yeux. Le mal contagieux dont la révolution a gâté la société dans ses premiers éléments, c'est le mécontentement, le dégoût, l'ennui, l'aversion, enfin, qu'elle inspire pour les gouvernements catholiques, pour l'Eglise Catholique, pour toute idée de religion. De là des sujets

    VOL. I.

    rebelles, de mauvais chrétiens; de là, de perfides sectaires. Sectaires dans les familles, et la génération humaine est corrompue dans sa source; sectaires dans les écoles, et l'instruction et l'éducation de la jeunesse sont faussées dans leurs principes ; sectaires dans les états, et la Religion n'est plus le fondement de la législation; sectaires dans les cabinets, et la politique ne sert plus qu'à tromper les peuples; sectaires enfin sur les trônes, et les rois eux-mêmes sont tout à la fois les tyrans de l'Eglise, et le jouet et la risée de la révolution. Dès lors plus de souveraineté, plus de politique, plus de législation, plus d'instruction, plus de vie, plus de sentiment chrétien dans les constitutions modernes. Plus de Foi, plus d'Espérance, plus de Charité dans l'ordre théologique; plus de Justice, plus de Vérité dans l'ordre moral; et dans l'ordre social, pas même un principe d'autorité. En un mot, c'est le renversement total de l'édifice chrétien; c'est-à-dire, de l'Eglise et de la société telles que Jésus-Christ les a établies. « Aujourd'hui, dirons-nous avec l'Auguste Pontife, aujourd'hui V Eglise n'a plus à combattre contre l'hérésie, contre le martyre de sang; c'est contre le martyre intellectuel et moral qu'il lui faut se déclarer. On ne fait plus aujourd'hui la guerre seulement à une partie de l'Eglise, à un article de sa foi, à l'un de ses dogmes: c'est à l'Eglise universelle qu'on déclare aujourd'hui la guerre. C'est contre V incrédulité^ l'Athéisme, le Matérialisme que l'Eglise doit lutter. Aujourd'hui (il faut le répéter) l'Eglise n'a pas à combattre contre des hérésies qui n'existent plus, ou qui n'ont aucune importance; c'est contre cette indifférence, cette impiété qui voudrait déraciner la Foi du cœur chrétien; qui ne cherche qu'à saper les fondements de l'Eglise de Jésus-Christ; et cette chère Rome, empourprée du sang de tant de martyrs, on voudrait de nouveau la jeter dans la fange des vieilles corruptions, en la faisant retourner aux temps des Nérons, ou plus encore des Juliens Apostats ; et cette chère Rome, enfin, centre sacré de la vérité, on voudrait qu'elle devînt encore une fois le centre de toutes les erreurs. » (Disc. CXXVII.)

    Ce déplorable état de la dépravation actuelle se trouve dépeint dans des couleurs plus vives encore par le grand Pontife, dans le discours qu'il fit à propos des ténèbres qui, partant du Calvaire, se répandirent sur toute la terre à la mort du Rédempteur, M Lorsque Jésus-Christ expira, dit-il, les ténèbres ne couvrirent pas seulement le Golgotha, mais elles se répandirent sur toute la terre. Ces ténèbres signifiaient l'aveuglement et les erreurs qui enveloppaient alors le monde, mais qui devaient disparaître par la mort du Rédempteur\ En effet, Jésus-Christ n'était pas encore ressuscité, que les ténèbres avaient déjà disparu pour faire place à un soleil, radieux d'une lumière éblouissante, qui devait montrer qu'avec la résurrection de Jésus-Christ un nouvel éclat de vérité et de vie devait éclairer l'intelligence humaine. Malheureusement ces ténèbres commencent à se montrer de nouveau : elles menacent de couvrir encore une fois la terre, et elles ont déjà gagné un horizon lointain. « (Disc. CLXIV.) De sorte que, dans les temps où nous vivons, une partie du genre humain est devenue, et cherche à faire devenir l'autre, ce qu'était le monde lorsque la Voix du premier Vicaire de Jésus-Christ commença à se faire entendre. Avec cette différence toutefois, que les peuples d'alors reconnaissaient au moins des dieux qu'ils adoraient par des cultes superstitieux, et que les intelligences véritablement cultivées avaient l'idée plus ou moins claire d'un Etre-Suprême; tandis qu'aujourd'hui la société corrompue est plongée dan3 les ténèbres de l'Athéisme, et voudrait s'ensevelir sous les ruines du Matérialisme et du Socialisme. C'est donc sous l'auréole d'un tel progrès, que notre siècle s'achemine vers les temps qui ont précédé le Rédempteur. Sans être précisément ni païen ni juif, il est plus absolument incrédule. Et dès lors, en butte à tous les délires de l'incrédulité, il n'a plus l'idée ni de Dieu, ni de la vérité, ni de la justice, ni de l'autorité, ni de la loi, ni de l'ordre; pas même de la vie. Il n'a pas l'idée de la vie éternelle, il n'y croit pas; il n'a pas l'idée de la vie temporelle, il ne s'en soucie pas, il la méprise, il la détruit.

    Etrange concordance des vicissitudes humaines, vraiment! Pie IX, après dix-neuf siècles, rencontre S. Pierre ici, à Rome, non pas seulement dans le nombre des années de son Pontificat; mais surtout dans la conformité d'esprit d'un siècle corrompu et corrupteur! Voilà pourquoi la Voix de Pie IX se fait entendre aujourd'hui comme celle de Pierre, qui enfantait alors un monde nouveau, La Voix du premier Apôtre appelait le genre humain à la lumière de la Révélation, et à la grâce de la Rédemption apportée par Jésus-Christ, Verbe de Dieu fait homme. Ce«te Voix fonda, établit la nouvelle société des fidèles, l'unique société vraie, la société du Christ, l'Eglise. La Voix de Pierre jetait ainsi la semonce du pouvoir politique chrétien, qui devait dans son temps porter ses fruits sous Constantin. La Voix de Pie IX rappelle aujourd'hui cette portion du genre humain, qui s'étant laissée prendre dans les filets infernaux, a renoncé lâchement à sa foi, et s'efforce de se détruire elle-même en détruisant l'oeuvre que Dieu s' était proposé d'accomplir en elle. Il la rappelle à Dieu par Jésus-Christ en l'invitant à rentrer dans le sein de l'Eglise, Il la rappelle donc à la Foi, à l'Espérance, à la Charité, a, la Vérité, à la Justice, à la Loi, à l'Ordre. Il la rappelle enfin à la vraie vie; c'est-à-dire, à la vie des bonnes œuvres su»* cette terre, pour mériter la vie de l'éternelle félicité dans le Ciel.

    Or, si telle est la tâche du grand Pontife, comme il ne faut point en douter, il est donc essentiellement appliqué à réformer, à reconstituer l'organisme de la société civile et religieuse. Il rétablit sur ses bases divines la Constitution sociale renversée par la Révolution, et s'efforce de la réorganiser selon les principes éternels de la vérité évangélique. A la Révolution sociale il oppose la Reconstitution sociale, La Voix de Pie IX est donc une Voix Reconstituante (Ricostitutrice).

    Parcourez tous les actes de son pontificat, et vous y trouverez, à partir des premiers jours de son Ministère Apostolique, une série infinie de documents qui tendent tous à la réalisation d'une œuvre aussi admirable qu'importante et nécessaire au monde. Encycliques, Brefs, Allocutions, Homélies, tout a été dirigé vers ce but ; tout a été présenté aux peuples, non moins qu'à ceux qui les gouvernent, comme l'aliment d'une saine doctrine : conseils, avis, remontrances et même reproches pour ceux qui, non-seulement manquaient à leur devoir en n'empêchant pas les maux portés à l'économie sociale tout entière par la révolution, mais se rendaient encore plus coupables en les favorisant. Le monument le plus étonnant d'une si merveilleuse entreprise est sans contredit le Syllabus, véritable synthèse de tout ce que le Pontife avait enseigné, déclaré, proscrit depuis que, par une haute disposition de la Divine Providence, il avait été élevé au Souverain Pontificat. Toutes les grandes intelligences catholiques n'ont pas été les seules à accueillir favorablement le Sylîabus: il n'y a pas jusqu'aux esprits même séparés du catholicisme, mais doués d'un jugement naturellement droit, qui l'ont reconnu comme l'unique planche de salut après le t e m b l e naufrage d'une si grande perversion d'idées et de faits, comme l'unique lien d'union et de force pour la société qui se dissout. Ce^t, en effet, la véritable Grande Charte de Reconstitution sociale, à laquelle devra nécessairement recourir quiconque voudra établir une souveraineté juste et basée sur l'ordre, disposer les esprits, rétablir le calme et la vie; et par suite la religion, la moralité et la civilisation parmi les peuples. Et cependant (mais il ne pouvait en être autrement) l'Europe travaillée par le poison destructeur a senti circuler dans ses veines cet antidote violent, amer sans doute, mais plein de santé et de vie ; elle l'a senti, et elle ne l'a considéré que comme un feu ennemi qui devrait lui porter la mort. Dès lors elle jura de s'en venger; elle médita de grands désastres. Elle en vint enfin jusqu'à ce point de conseiller ou au moins de permettre que la révolution commît ses dernières violences sur Rome. Ce fut alors que Celui, aux yeux de qui rien n'est caché, décréta dans ses hauts conseils de déterminer le vrai Père des peuples, l'unique Sauveur de la société mourante, à recueillir toutes ses forces en un seul acte par la proclamation du Dogme de l'Infaillibilité, inculquant ainsi dans le cœur des fidèles l'autorité suprême d'enseignement, point cardinal, inébranlable et sûr qui devra servir d'appui à toute nation au moment de la grande catastrophe révolutionnaire.

    Or, voici un nouveau trait non moins étonnant de la Toute-Puissance Divine, que ne pouvaient ni connaître ni même soupçonner ceux qui sont tout à la fois et les cruels persécuteurs de l'Eglise, et les destructeurs de toute société. En envahissant Rome, la révolution prétendait bien étouffer ainsi cette voix importune qui ne cesse de crier et de protester contre l'usurpation, la violence, l'injustice, le mensonge, la corruption, V incrédulité; et renfermant le Chef de l'Eglise dans sa demeure comme dans une prison, elle voulait le séparer du monde afin de refroidir ainsi les cœurs pour lui, et de l'effacer du souvenir des fidèles. Mais c'est tout le contraire qui arrive. Une ferveur incessante, enflammée par un feu continuel de l'Esprit Divin, a réuni aux pieds du Prisonnier Apostolique le monde entier représenté par des milliers de fidèles, sans que jamais ni difficultés, ni menaces, ni dangers de toute sorte aient pu les arrêter. Tantôt c'est le continent, et nous voyons l'Italie, le Tyrol, l'Autriche, la Hongrie, la Pologne et l'Allemagne; puis la France, l'Espagne, la Russie et le Portugal envoyer leurs représentants. Tantôt ce sont les nations d'outre-mer, et c'est l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, l'Asie, l'Afrique et les deux Amériques; il n'y a pas jusqu'à V Australie qui n'envoie sa députation parmi tant d'autres qu'il serait impossible d'énumérer. Tous sont accourus au Vatican en foules innombrables et compactes, formant comme des peuples entiers de toutes ces nations si différentes; et le peuple Romain qui ne visitait guères le Pape dans son palais lorsqu'il était libre, et que lui-même visitait son peuple en quelque sorte à domicile en traversant les rues ; le peuple Romain ne peut aujourd'hui se lasser de visiter l'Auguste Prisonnier en foules nombreuses et du mieux qu'il lui est possible.

    C'est alors que V Auguste Vieillard, faisant entendre sa Voix forte et vibrante telle qu'elle est empreinte dans ses discours, s démontré à tous, et démontre encore l'accomplissement des faits que pendant de si longues années il avait annoncés au monde entier par ses écrits et par sa parole. Il a indiqué présents, et il indique croissants chaque jour les maux contagieux do la Révolution, comme l'exécution de ses desseins pervers de persécution contre l'Eglise et d'oppression des peuples, tels qu'ils les avait révélés longtemps â l'avance, et annoncés comme certains et inévitables. Les peuples accourus comprennent alors toute l'horreur de tant de maux, toute la douleur d'une si grande détresse; ils élèvent la voix pour protester avec le Pontife, et s'oublient en quelque sorte eux-mêmes et ceux qui leur sont chers, pour compatir aux souffrances du Vicaire de Jésus-Christ et leur père, résigné à la Volonté de Dieu.

    Qu'on remarque bien ce prodige: Il renferme en soi la seconde victoire du Grand Pontife sur la Révolution, et lui prépare infailliblement le triomphe suprême. C'est par sa clémence incomparable qu'il a remporté la première victoire; c'est par sa constance inébranlable qu'il obtient la seconde. En effet, la révolution l'assaillit par la trahison, sous le masque de l'hypocrisie, dès les premiers jours de son Pontificat. Elle crut ainsi envelopper dans ses intrigues le Vicaire de Jésus-Christ, précisément à cause des qualités nobles de son grand cœur, de sa douceur, de sa bonté, de sa générosité, de son amour ardent, enfin, pour les gloires de l'Eglise, et les grandeurs de la patrie. Pie IX comprit tout ; il se tut. Il attendit longtemps, prodigue de pardon, avec une patience, une bonté à toute épreuve; et lorsque la Révolution vit déjouées toutes ses tentatives infernales, elle résolut enfin de le perdre par la violence. Semblable à la bête au moment de saisir sa proie, elle s'élançait sur Lui pour l'étreindre entre ses serres, lorsque Lui, nouveau Joseph, s'enfuit, lui laissant sans doute entre ses griffes vides son manteau sacré de Pontife et de Roi, mais emportant intacte sur sa poitrine l'étole blanche et sans tache de la Justice et de la Vérité. Ainsi la Révolution fut-elle démasquée et révélée aux yeux de l'Univers.

    Maintenant il en triomphe par une constance toujours invincible. Disons-le: Là où entre Bélial, le Christ doit sortir. La Vérité ne peut avoir le mensonge en face; la Justice ne peut occuper le même trône que V Usurpation ; le Pape ne peut vivre avec la Révolution. Quand et comment la séparation indubitable se fera-telle ? Là est le secret de Dieu. Mais qui pourrait douter encore que la révolution ne soit essentiellement la destruction du Pape et de ses prérogatives; qu'elle ne soit, par conséquent, la destruction de la papauté, de l'Eglise, de Dieu et de sa Loi éternelle; qu'elle ne soit, enfin, la destruction de la société humaine elle-même ? Sans doute le grand Pape S. Léon est admirable et au-dessus de toute louange, lorsque nous le voyons s'avancer au-devant d'Attila, vaincre la férocité de son caractère par la vigueur d'une éloquence toute céleste, et l'arrêter dans sa marche sur Rome qu'il désirait tant saccager à la tête de ses phalanges barbares. Mais Pie IX n'est pas moins grand lorsque nous le voyons inflexible et immuable, attendant, ferme et imperturbable, la révolution jusque dans les murs de Rome. Et lorsqu'il s'en voit entouré, il ne la craint point, il ne la fuit point ; il la laisse opérer ses œuvres d'iniquité, et en même temps il dit au monde: Voilà ce que la Révolution peut faire ! Elle peut détruire, elle ne peut pas édifier ; elle sape i Eglise de Jésus-Christ jusque dans ses fondements! Elle est entré* jusque dans Rome, mais pour troubler la paix des fidèles; répandre dans l'enceinte sacrée de ses murs tous les genres d'iniquité, corrompre les mœurs, y introduire la confusion, le désordre, la misère ; attirer enfin les plus terribles châtiments ! ( Disc. C1V. ) Quelle force, quelle évidence, quel crédit n'acquiert pas la Voix qui s'exprime en ces termes, au milieu de tels faits et en présence de témoignages d'une telle autorité? N'est-ce pas se servir de la Révolution même pour la combattre; la contraindre à se démentir elle-même; lui donner enfin le coup de mort en la frappant avec ses propres armes?

    Quel spectacle plus sublime que celui de voir le grand Pontife entouré de la révolution, au milieu de ses ruines, parlant a« genre humain tout entier qui vient en foules innombrables se prosterner à ses pieds! le genre humain tout entier, disons-nous, car ce ne sont pas seulement les représentants des différentes nations: ce sont des personnes de tout âge, de toute condition,. à quelque degré de la société, à quelque gouvernement qu' ils appartiennent; hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux; depuis la dernière classe du peuple jusqu'à la plus haute noblesse. Princes, Diplomates, Ministres, Officiers d'armes de tous grades ; Docteurs et Professeurs eu toute faculté; sans parler de la hiérarchie ecclésiastique qui y est représentée depuis le plus haut degré jusqu'à l'humble clerc. C'est au milieu de telles assemblées que le Pape se fait entendre, et qu'il parle des maux qui pèsent sur l'Eglise et sur les peuples. Il en parle avec une telle force d'arguments, une lucidité, une évidence, une émotion telles, que tous les yeux se remplissent de larmes, sans même en excepter ceux du vieux diplomate accoutumé par profession à dissimuler jusqu'aux moindres impressions. De là tous ces vifs applaudissements, toutes ces acclamations chaleureuses, effets naturels de la vérité qui brille dans les esprits, et de l'émotion qui gagne les cœurs. Encore un* fois, qui a jamais vu, qui a jamais remporté un pareil triomphe?

    Comment pourrait-il en être autrement? Le Vicaire de Jésus-Christ, tenant en main la longue histoire de son pontificat, qui est l'histoire du monde au dix-neuvième siècle, juge de tout, raisonne sur tout, classifiant avec un art merveilleux et unique les personnes et les choses d'une extrémité du monde à l'autre. II parcourt, visite les royaumes et les états; s'arrête au milieu des nations, énumère leurs qualités et leurs malheurs, et en explique la source; il découvre leurs plaies, en indique la cause, et le remède infaillible à y apporter. Quelle que soit la trace du mal qu'il rencontre, il prouve de la manière la plus convaincante que ce mal provient toujours des influences de la Révolution; c'est-à-dire, ou de l'esprit d'aversion, ou au moins d'une certaine tiédeur et indifférence pour la religion. Rencontre-t-il le bien, il montre jusqu'à l'évidence l'action vivifiante de l'Eglise qui le conseille, le commande, le favorise, l'excite et le produit de mille manières. Pour encourager le bien et la vertu, il a toujours un mot prompt, un# parole opportune; de même que ses reproches sont de véritables coups de foudre pour le vice. Personne ne peut se plaindre des remontrances qu'il adresse, et si quelqu'un osait le faire, il trouverait dans sa conscience l'écho de l'injustice de sa plainte. Même lorsqu'il a les plus fortes raisons de se plaindre, et jusque dans les ardeurs de la plus sainte indignation, il ne reprend qu'avec la tendresse d'un père, il ne blesse qu' avec 1* habileté d'un médecin compatissant; le trait part toujours d'une main habile qui ne blesse que pour guérir. Rois, peuples, gouvernements, tous le savent, et les enfants de perdition mieux que tous les autres.

    Qu'ils le remarquent bien surtout, ceux-là mêmes qui sont venus s'implanter à Rome au nom de la révolution pour lui servir d'instrument immédiat de persécution contre l'Eglise et contre son Chef. Seul exemple que nous chercherions en vain dans l'antiquité, le Pape écoute, et trouve dans une improvisation pleine d'éloquence la réponse immédiate à ce qu'il vient d'entendre. Il écoute le petit enfant qui, prosterné devant Lui comme devant son puissant protecteur, l'âme ingénue, le petit cœur palpitant, les mains jointes, les larmes aux yeux, le prie de chasser de Rome ces loups ravissant qui dressent des embûches à son innocence, et persécutent avec tant d'inhumanité celui qu' il tient pour son Père. Il écoute la jeune fille qui se plaint, dans les sentiments de la plus humble modestie, des scandales dont elle est témoin, et déplore les dangers auxquels son innocence et sa candeur sont exposées. Il entend la tendre mère qui exprime, plus par ses sanglots que par ses paroles, toutes les angoisses de son cœur, à la vue du malheur que V on prépare de tout côté à des enfants que l'on veut arracher à son amour maternel. Il prête une oreille attentive à tout, et songe en même temps aux usurpations sacrilèges, aux outrages infernaux lancés contre l'Eglise et ses ministres, sans en excepter même les personnes sacrées des plus hauts Dignitaires. Il voit les saintes images en butte aux plus violentes insultes; Jésus-Christ lui-même offensé dans le Sacrement de son amour; les temples profanés, les cloîtres violés, les vierges dispersées, les catholiques opprimés, la Loi sainte foulée aux pieds, et surtout la perte irréparable de tant d'âmes! A cette vue son cœur déborde, mille pensées se pressent dans son esprit; il s'émeut, il s'enflamme, et l'âme remplie d'horreur et d'une sainte indignation, il se lève, il parle. Sa parole inspirée sort abondante, chaleureuse et puissante ; pénètre tous les cœurs, ravit les multitudes. La vie dans les images, l'ardeur dans les sentiments croissent à chaque instant, et la force de son éloquence acquiert toujours une nouvelle vigueur. Les maux qu'il fulmine semblent disparaître comme dans un torrent de feu qui les dévore. Il ne se possède plus: l'horreur de tant de calamités remplit son âme d'une douleur amère et d'une sainte indignation. On pourrait dire qu'il les entend, qu'il les voit, et certainement il les connaît. Il n'ignore pas que les auteurs de tant de maux rodent autour de son palais, veillent à sa porte, et cependant il fulmine l'impiété, mais sans frapper l'impie; il attaque la révolution, mais épargne les révolutionnaires; il condamne l'incrédulité, mais il prie pour l'incrédule; il a en horreur les moyens infernaux de corruption, mais il gémit sur le sort des corrupteurs. Si enfin un devoir impérieux l'oblige à lancer une condamnation contre les pécheurs, oh! avec quelle douleur il prononce la sentence du Juge éternel dont il tient la place! Une prière vient toujours tempérer l'amertume du reproche, et à l'exemple du Divin Maître qui, du haut de la croix, implorait auprès de son Père le pardon de ses bourreaux et des oppresseurs de son peuple, c'est les yeux baignés de larmes, et les bras élevés vers le Ciel qu'il implore le pardon de ses persécuteurs auprès du Père des miséricordes. Comment ne pas découvrir en tout la charité divine qui remplit, domine, meut, guide cette belle âme qui a des rapports si intimes avec Dieu! Qu'ils sont donc à plaindre ceux qui ne reconnaissent pas en lui le vrai Père des âmes ! qu'ils sont à plaindre ceux qui ne veulent pas entendre dans ses accents la Voix du Vicaire d'un Dieu infiniment miséricordieux !

    Mais si les enfants de perdition s'obstinent à ne pas écouter cette Voix paternelle qui se fait entendre, il n'en est pas ainsi des enfants soumis de la famille catholique, et les effets prodigieux qu'elle a produits jusqu'ici, nous en promettent de plus merveilleux encore. Déjà les impies eux-mêmes s'étonnent de voir partout le monde sortir de sa léthargie, et les peuples revenir de leurs anciennes erreurs. Jour viendra où ceux que la Providence a préposés au gouvernement des nations, se rappelleront enfin leurs devoirs trop longtemps oubliés, et suivront les traces glorieuses de ces âmes magnanimes que la main irrésistible de Dieu remettra sur les trônes de leurs ancêtres; et alors s'accomplira cette parole prophétique du Pontife: Quelle sera la personne dont Dieu voudra se servir, je l'ignore', mais il enverra certainement quelqu'un à notre secours pour nous délivrer des maux et des ennemis qui nous oppriment, (Disc. CXVIII).

    À force de crier, cette Voix merveilleuse aura bientôt atteint son noble but. La Révolution tombe de plus en plus en discrédit: les nations effrayées s'en éloignent; et pressentant l'épouvantable catastrophe qui les menace, elles s'attachent à l'Eglise et au Pape comme à l'ancre unique du salut; elles écoutent leurs enseignements et les mettent en pratique. Telle est la profondeur des secrets de Dieu qui s'est plu à accumuler tant de faveurs en un seul homme que d'en faire le prodige de notre siècle; de sorte que la gloire de Pie IX efface celle de tous les autres saints personnages ses contemporains : Dieu a voulu que cette Voix destinée à reconstituer la société désorganisée fût celle d'un chef, d'un supérieur digne à tous égards de captiver l'admiration de l'univers, et que le miracle de sa parole inspirée fût d'autant plus puissant et plus efficace, qu'il dominerait de plus haut les intelligences et les cœurs.

    Voyez-le ce vaillant et auguste Vieillard! Il est renfermé dans l'étroite enceinte de son palais qui lui sert de prison, et pourtant il est à la tête des générations résolues qui soupirent après la paix le repos et la vie, et par suite après le dernier combat; et les voyait ainsi unies, promptes, pleines d'ardeur, il les excite à la lutte: Pour sortir victorieux, leur dit-il, il faut resserrer encore davantage les liens de cette sainte unité, de cette pieuse concorde qu^ rattache déjà tous les bons. Que les Romains resserrent encore cette union de pensées, d'affections, de bonnes œuvres, non-seulement parmi eux, mais avec tous les fervents catholiques d' Italie, de France, d'Angleterre, d'Allemagne, et de tous les autres pays du monde, pour combattre avec toutes ces forces réunies les combats du Seigneur, d'où l'on ne sort victorieux que par l'union et la persévérance. C'est en nous opposant ainsi aux maximes insensées et tyranniques de la Révolution que nous conserverons le flambeau de la Foi, et que nous hâterons le jour d'un triomphe immanquable.» (Disc. CXXVII). C'est une Croisade morale qu'il organise dans tout l'Univers! La Foi, la Vérité, la Justice en sont les armes; les promesses et la puissance de Jésus-Christ font sa force; l'union, la prière, les bonnes œuvres en sont les moyens; la fin devra être la victoire de l'Eglise sur la Révolution ; c'est-à-dire, la victoire de la Foi sur l'Incrédulité, de la Vérité sur le Mensonge, de la Justice sur l'Usurpation, de l'Autorité sur la Rébellion, de la Loi sur le Libertinage, de l'Ordre sur le Désordre, du Pontife sur les Césars,de Jésus-Christ sur le Démon, de la Société sur se3 ennemis.

    Ceux qui ont entendu les accents de cette Voix doivent les répéter à leur tour aux quatre coins du globe : « Répétez, leur a dit souvent le Pontife; répétez à tous les fidèles ce que vous avez entendu; racontez-leur ce que vous avez vu. »

    Telle est aussi la destinée de ces volumes: répéter au monde entier l'écho sonore, vif et continuel de cette même Voix: déterminer les indécis, rendre la force aux faibles, encourager de plus en plus ceux qui ont déjà la main à l'œuvre. Que cette Voix soit donc pour tous comme une sentinelle vigilante qui nous encourage à poursuivre activement la grande entreprise, en nous fortifiant par l'espérance que luira bientôt le jour où, les ennemis de Dieu dispersés ou convertis, la société reconstituée sur ses bases divines, elle nous invitera elle-même à entonner l'hymne de la reconnaissance et du triomphe.

    Lettre de Notre Très St-Père le Pape Pie IX

    à chacun des EE. Cardinaux, le 29 Septembre 1870.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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