Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Discours (tome 1) · Bienheureux Pie IX

    Épître dédicatoire

    TRÈS-CHERS ET TRÈS-VÉNÉRÉS FRÈRES EN N.-S.

    Un grand, beau, et pour mieux dire, un sacré trésor vient enfin se déposer entre vos mains. Vous le voyez déjà: C'est un ouvrage d'or qui contient les admirables discours de Notre Très Saint-Père le Pape, le Souverain Pontife Pie IX ; discours faits à un grand nombre de vous, et adressés à Vous tous, depuis les premiers jours de sa captivité jusqu'au moment de cette publication. Oui, certes, c'est un grand, beau et sacré trésor que celui-là, et sous tous les rapports bien digne de toute la sincérité de votre amour, et de la vive attente avec laquelle vous l'avez tous jusqu'à cette heure si longuement et si ardemment désiré.

    Cependant il gisait ça et là comme un or précieux dispersé et caché en différents endroits. Il fallait donc le recueillir avec soin, et, épuré de ses nombreuses taches et lacunes, qu'il était absolument impossible d'éviter en le produisant au public, pour la première fois et à la hâte dans les journaux, vous le présenter de nouveau, bien uni, bien composé, refait, en un mot, d'après nos propres manuscrits, et ne formant qu'un seul corps-VOL.

    Nous ne parlerons point ici de cette main si faible qui a entrepris la tâche pénible et difficile ; non toutefois sans cette vive appréhension que, dans une œuvre de si haute importance, tout esprit, même le moins défiant, peut naturellement se figurer. Laissons ce secret, lui aussi, là où il se trouve renfermé, c'est-à-dire dans le mystère des desseins cachés de Dieu, et qu'il nous suffise de rappeler cette maxime connue, par laquelle l'Apôtre nous avertit que le Suprême Dispensateur des choses se sert, pour l'accomplissement de quelques-uns de ses grands desseins, des instruments les plus humbles et parfois les plus petits, auxquels on ne penserait jamais; sans doute, entre autres nombreuses raisons, afin que l'on voie mieux par les créatures que tels faits particuliers n'arrivent que par sa propre volonté, et qu'il puisse lui-même en tirer une gloire particulière. C'est ainsi que pour la composition de cet ouvrage, que l'on peut dire le sien propre, avec d'autant plus de raison que c'est par son inspiration que les discours qui le composent ont été conçus et prononcés, le Divin Dispensateur a choisi une main bien obscure et bien pauvre, qui, n'ayant par elle-même aucun éclat, soit par la renommée, soit par les talents, ne fît aucun ombrage, pour ainsi dire, et ne jetât aucun voile sur son ouvrage étincelant de lumière.

    Or, personne ne conteste que ce trésor de Sagesse Divine ne vous appartienne tout aussi bien qu'à n'importe qui, jouissant du meilleur titre pour le posséder. Toutefois, si c'est à vous tous que l'Immortel Pontife l'a adressé d'abord, il est bien juste que ce soit également à vous tous qu'il doive être présenté et donné de nouveau. Mais comment faire, si cette faible main qui, dans le secret, soutenue en quelque façon par d'autres âmes charitables, ne s'est pas, grâces à Dieu, senti manquer le souffle au travail, sent cependant aujourd'hui soi courage défaillir en vous le présentant? Et en vérité, que vous en semble ? Cette main si indigne, avoir la force de prendre une chose si digne de tout respect, et d'une si grande valeur, et vous l'offrir à vous, âmes privilégiées et si nobles, qui avez le bonheur de former le troupeau chéri du Fils de Dieu!

    Et à coup sûr, une telle délicatesse ne peut être taxée ni de superfluité, ni de chose étrange, pour peu que l'on réfléchisse, que l'on se mette bien à notre place et dans la condition même où nous nous trouvons; et que, prenant en main ce précieux ouvrage, on doive dire à l'universalité des fidèles : Ames chrétiennes, ce trésor, effusion sublime et inspirée de l'esprit et du cœur du plus vénéré des Vicaires de Jésus-Christ, je vous le donne, moi; je vous le dédie, je vous le consacre. Quel cœur assez hardi qui ne battra pas ? quelle langue tellement franche qui ne balbutiera pas? quelle main assez ferme qui ne chancellera pas sous le poids d'un pareil et si précieux fardeau ?

    Mais notre confusion augmente encore bien plus, lorsque nous nous rappelons la complaisance ineffable, la bonté suprême de ce Pontife si éminent entre tous les Pontifes, grand d'esprit et de nom, tel que le fut Si Grégoire premier. Quoi! Lui noble de la plus illustre noblesse romaine, lui Pontife de l'Église de Dieu, lui si saint entre les plus grands saints; et toutefois, envoyant au jeune roi des Lombards, Adoloald encore enfant, le don si précieux d'une relique de la Vraie Croix, avec une leçon des Évangiles, et à sa sœur trois anneaux ornés de pierres précieuses d'une très-grande valeur, le grand Pontife se recommandait à Théodolinde, femme d'un grand mérite, leur reine et leur mère, la priant de présenter à ses enfants de sa propre main les gages de sa munificence, afin que la charité du Pontife n'en devînt que plus agréable en recevant en quelque sorte un plus grand éclat de la majesté royale.

    Hélas ! à quelle main devrions-nous donc, nous, recommander ce don inestimable; don d'un Pontife (et quel Pontife ! ); don qui appartient au monde entier; don auquel Monarques et Princes, Princes de la Tiare et des Couronnes, Évêques, Clercs et Nations, Souverains et Peuples ont chacun leur droit et leur intérêt ? Ah ! plutôt, que l'on se persuade bien que c'est une main surnaturelle et invisible, qui présente elle-même, donne et consacre à l'Église, ce qui appartient déjà à l'Église à si juste titre. Acceptons donc comme de la main des anges cette parole sacrée de l'angélique Pie IX, sachons témoigner à Dieu, source et dispensateur de toute lumière, qui lui révéla une si haute sagesse, notre plus profonde gratitude, notre reconnaissance et nos obligations.

    Quant à ce qui nous concerne, votre charité, âmes chrétiennes, nous permettra bien au moins de vous exprimer la joie extrême dont surabonde notre cœur, en pensant que ces volumes d'une valeur toute nouvelle passeront par vos mains, et que vous en ferez le sujet délicieux de votre lecture assidue.

    C'est en effet dans ces livres que vous trouverez, non-seulement l'histoire des tyrannies révolutionnaires exercées dans Rome, tracée par le Pontife même qui en est la victime; mais aussi, avec les hautes, saintes et opportunes leçons qui se rencontrent à chaque page, vous y lirez les splendides hommages rendus avec tant de mérite à la foi, et à l'amour si vif que vous êtes venus, et que vous venez de plus en plus chaque jour, avec une franchise, un courage et une persévérance dignes des premiers-nés du Christ, témoigner au St.-Siége et au Grand Pontife dans des temps d'une corruption si déplorable,, et d'une incrédulité subversive.

    Et d'abord, que de solennelles félicitations vous soient adressées, ô fidèles de Rome; à vous que les sectes perfides avaient calomnieusement et malicieusement accusés d'être un peuple las et ennemi du gouvernement papal. Aujourd'hui que la Révolution a brisé, à force de coups de canons, vos portes que vous ne lui auriez jamais ouvertes, et s'est transplantée pour dominer là où elle ne naquit pas, vous dites au monde, de la manière la plus éloquente, que vous êtes bien le peuple Romain, c'est-à-dire, le peuple ferme et incorruptible dans votre fidélité à votre Souverain Monarque que vous aimez comme Père, que vous vénérez comme Pontife et que vous respectez comme Roi ; et que préférablement à tout autre, seul vous voulez, seul vous désirez. Certainement on ne doutait pas de la fidélité de vos sentiments, ô Romains: mais étant, comme vous l'êtes, d'une union de sentiments si conformes et si universels, d'une ardeur d'affections si vives, que vous manifestez de tant de manières si variées et si continues ; que vous manifestez surtout ici à Rome, au milieu d'ennemis de toute sorte qui vous persécutent, vous insultent, vous frappent; oh! tout cela, croyez-le (et ces volumes en seront le meilleur témoignage), remplit le monde entier d'admiration. Il le juge la chose la plus merveilleuse, et aussi inattendue qu'inouïe dans l'histoire des peuples. Chose bien étonnante vraiment ! Du moment où ils mirent le pied dans Rome, ceux que jusque-là vous aviez appelés du nom du lieu où ils ont tramé, et après les avoir regardés une fois en face (si toutefois vous les avez honorés d'un regard), vous ne les avez plus jugés dignes d'un nom que l'on pût en aucune manière donner à des hommes. A partir de ce jour, tous étroitement unis comme un seul homme, et remplis d'un saint et glorieux dédain : « Nous sommes Romains ! » vous êtes-vous écriés; et sans plus jamais discontinuer vous vous êtes dirigés par escadrons successifs vers ces hautes et vénérées murailles qui renferment l'objet si cher de votre amour, la cause suprême de toute votre grandeur; l'espérance ferme de toute votre consolation, votre gloire ancienne, et votre unique protection, le Pontife Souverain de l'Église. Spectacle grandiose, spectacle sublime qui se renouvelle constamment chaque jour ! Il paraît manifeste que la Révolution a établi son trône au centre de la Rome papale, d'où elle exerce ses tyrannies et ses désordres selon ses caprices. Elle a à ses pieds des hordes de gens misérables, sans aveu; sans éducation, sans mœurs, et ne reconnaissant d'autorité que celle qui lui permet d'assouvir ses convoitises. Ils sont d'Italie, et ne sont rien moins qu'italiens; ils vivent dans le centre de la Foi, et n'ont aucune religion; rebut inutile de vieilles conjurations, dont toute la vie est la paresse, l'immoralité, la supercherie, l'assassinat! Eh bien! la Rome papale, malgré tout cela, reste ce qu'elle était; que dis-je? elle n'en est que meilleure; et c'est à votre zèle, à votre fidélité, ô Romains, qu'elle en est redevable.

    Qu'avons-nous besoin do parler du Sacré-Collége des Éminentissimes Cardinaux, qui par leur piété et leur concorde si admirables, forment la couronne de leur Souverain Monarque, et lui servent de soutien à ses côtés ; de ces illustres corps de Prélats, de Magistrats et d'Officiers, soit civils, soit militaires, tous du Gouvernement Pontifical; des professeurs, enfin, de toutes les facultés? Qu'avons-nous même besoin de parler de ces nombreuses Associations Catholiques? Un seul signe de leurs Présidents suffit pour attirer la moitié de Rome en un seul point. Qu'il nous suffise de dire ce qui nous semble avant tout le plus étonnant: nous voulons parler de cette admirable persévérance du peuple romain à se considérer et à se croire comme uni et gouverné par la même autorité qui le régissait autrefois. Il semble, en effet, qu'un fil invisible, mais réel, maintienne les instituts et les relations anciennes, de sorte que le peuple entier, du plus haut degré de la Noblesse au plus bas rang des simples citoyens, se trouve étroitement uni au Pontife leur Souverain par le moyen de l'auguste dignité de la Magistrature sénatoriale.

    Vous le savez bien mieux que tout autre, vous, illustre Sénateur, Monsieur le Marquis François Cavalletti, qui autant de fois que l'amour du Pape l'inspire, soit à vous, soit aux autres, ou quo les circonstances le demandent, vous présentez au pied du trône pontifical, ayant à vos côtés l'honorable Magistrature du Capitole, et à la tête d'une foule immense de peuple, où l'humble et honnête artisan se voit entouré des personnages les plus distingués, et de la plus illustre Noblesse Romaine. Or tous ces noms (et qu'importerait d'en excepter quelques-uns?) tous ces noms sans tache, respectables, j'allais dire comme la Majesté Pontificale dont ils empruntent leur éclat, aussi bien qu'un grand nombre de ceux parmi le peuple; tous ces noms doivent être fiers de se trouver inscrits dans ces volumes, comme une preuve authentique de leur fidélité et comme un gage éloquent des louanges qui leur reviennent pour les temps présents et à venir. Et lorsque les enfants de ces derniers voudront savoir le nom de leurs plus glorieux ancêtres, et leurs actions les plus dignes d'eux, ils n'auront qu'à les chercher dans les archives du Palais du Vatican. Oui, c'est une grande gloire que celle-là; la plus grande peut-être qui honore le nom Romain dans le siècle présent, et qui, même en comparaison des siècles passés, le fera respecter autant que jamais aucun autre, et le rendra cher aux siècles futurs.

    Et que dire de vous tous, fidèles de tous les points du globe ? Vous qui, depuis la nouvelle déchirante pour votre cœur de la captivité de Borne et du Vicaire de Jésus-Christ, n'avez pu goûter une heure de repos; et qui, blessés jusqu'au vif dans votre charité filiale que vous inspirait le souffle d'en haut, avez fait retentir de vos gémissements et de vos plaintes les dernières extrémités du monde ? Lorsqu'arriva le temps où, par un trait ineffable de la bonté de Dieu, son Vicaire, qui est aussi notre Père, atteignait et surpassait même les années du Pontificat du premier Chef de l'Église, vous vous êtes émus de tous les coins de la terre ; vous avez envoyé un grand nombre des vôtres ici, à Rome, bien qu'elle ne fût plus la Rome pacifique du monde, mais bien le repaire des sectaires et des assassins, pour y visiter, hélas ! dans une prison, le Christ vivant de l'Eglise de Dieu !

    Sans doute, chrétiens, la Sagesse infinie de Dieu a eu ses desseins multiples et profonds dans les malheureuses circonstances actuelles ; mais il y en a deux qui probablement ne sont pas les derniers, si toutefois ils ne sont pas les principaux. Le premier, que n'ayant pas l'habitude d'exalter sans humilier, il lui a plu que Pie IX son Vicaire bien-aimé reçût au milieu des obscurités et des amertumes d'une persécution atroce le plus grand privilège et la plus grande gloire qu'il puisse accorder à un Pontife-Roi. Absolument comme il voulut que Jésus-Christ son Fils, objet de ses complaisances, ceignît la plus belle auréole de gloire, et comme Pontife et comme Roi-Éternel, au milieu des ténèbres et des agonies du Calvaire. Le second, que votre amour vrai, pur et inébranlable pour le St.-Siége et le Pontife se montrât d'une manière plus éclatante quo jamais. En effet, si, à l'occasion du jubilé pontifical, célébré dans les splendeurs et les magnificences de l'antique paix, les nations de la terre se fussent rassemblées dans la Sainte Cité, il y aurait eu peut-être lieu de dire que ce n'était pas la foi toute seule qui les aurait attirés, mais aussi un mélange de vaine curiosité pour les fêtes, et un attrait recherché pour l'éclat extérieur; tandis que vous constituant en véritables pèlerins comme vous l'avez fait, et vous dirigeant en si grand nombre vers Rome, devenue le centre des traitements les plus indignes, des plus dures vexations et des embûches les plus dangereuses pour toute àme fidèle à Jésus-Christ; il faut bien l'avouer, vous avez manifesté par trop chèrement que c'était l'amour seul qui vous portait à aller vous jeter aux pieds d'un Père Souverain, privé, non-seulement de son empire et de la splendeur qui lui est due, mais de plus dépouillé, captif au milieu de ses ennemis, et renfermé dans sa demeure sacrée. Oh oui ! tout cela fut foi véritable, amour sincère, vénération profonde et surhumaine rendus au Vicaire de Jésus-Christ, au Successeur de St. Pierre.

    Hélas ! quels étaient en effet les sentiments de votre cœur, âmes fidèles? Quels étaient ceux du nôtre, lorsque nous vous voyions parcourir par groupes confus et tristes les rues de la Ville qui ne nous appartient plus ? Vous étiez humiliés, abattus, insultés (lorsqu'on ne vous frappait pas), comme des esclaves sur une terre étrangère ! À peine la tristesse commune qui nous affligeait pouvait-elle se cacher ; et pourtant il fallait tenir renfermée la douleur dans nos cœurs opprimés. Mais les murs éternels du Vatican répéteront aux générations futures l'écho dos plaintes et des lamentations de l'esprit plongé dans l'amertume, mais qui se sentait soulagé à la vue des traits majestueux et doux de Celui qui ravissait tous nos cœurs avec notre amour. En attendant, qui a vu a entendu, et qui n'a pas vu a su depuis, soit par la presse, soit par les récits des témoins oculaires, ce que le Père unique des peuples a dit à ses enfants, ou pour mieux dire, ce qu'il leur a révélé du fond de son cœur inspiré de Dieu. Mais vous l'apprendrez encore beaucoup mieux par ces admirables volumes qui viennent aujourd'hui s'offrir à vous.

    Ah ! plaise à Dieu qu'ils atteignent le but si saint auquel ils sont particulièrement destinés! Votre enseignement, votre encouragement, le salut de vos âmes, ô Mêles de Rome et du monde entier. Tel fut le but que se proposa le Père si aimant de vos âmes en vous parlant. Vous le verrez tous répété en mille manières différentes dans Ses paroles vives et Ses désirs les plus ardents ; et nous espérons qu'avec la grâce de Dieu vous le verrez tous s'accomplir en vous. Ainsi verrons-nous à coup sûr rendus, à Dieu, la plus grande gloire; au Très St-Père, la plus douce consolation ; le plus grand bien à chacun des fidèles ; aux fatigues, enfin, de celui qui a recueilli une semence si belle et si précieuse, le fruit le plus abondant et le plus désiré.

    Enfin, c'est dans la charité ineffable de Notre-Seigneur, que nous humiliant profondément devant vous tous, et que vous saluant dans les sentiments du respect le plus grand et le plus affectueux, nous avons l'inestimable honneur de nous dire,

    Très-Chers et Très-Vénérés Frères en Notre-Seigneur, Votre humble et dévoué Serviteur,

    Don PÀSQTJALE DE FRANCISCIS dei PU Operarii

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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