Directoire spirituel pour les actions journalières · Saint François de Sales
Articles II à IV : Du lever, de l’intention et de l’Office divin
Premièrement, les Sœurs doivent à leur resveil jetter leur ame tout en Dieu, par quelques sainctes pensées, telles que celles-cy :
Le sommeil est l’image de la mort, et le resveil celle de la résurrection, ou bien celle de la voix qui retentira au dernier jour : O mort levez-vous, et venez au jugement. Ou bien, qu’elles disent avec Job : Je croy que mon Redempteur est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciteray. O mon Dieu! faites que ce soit à la gloire eternelle ; cette esperance repose dans mon sein. D’autres fois : En ce jour-là vous m’appellerez, ô mon Dieu ! et je vous respondray : vous donnerez vostre dextre à l’ouvrage de vos mains ; vous avez compté tous mes pas.
Les Sœurs feront ainsi de sainctes aspirations, ou telles autres que le Sainct-Esprit leur suggerera, ayant la liberté de suivre son attraict intérieur.
Commençant à se vestir, faysant le signe de la croix, elles diront : Couvrez-moy, Seigneur, du manteau d’innocence, et de la robbe de charité. Hé mon Dieu! ne permettez pas que je paroisse nue de bonnes œuvres devant vostre face.
Puis elles se prépareront pour l’exercice du matin, pensant briefvement aux imperfections esquelles elles sont subjettes, et aux résolutions qu’elles doivent faire contre icelles.
Quand on sonne l'Ave Maria, elles se mettront à-genoux sur le lict, ou à bas, si elles sont vestuës, pour le dire; ensuite de quoy elles feront l’exercice du matin, adorant Nostre-Seigneur du profond de leur ame, le remerciant de tous ses benefices, et luy offrant leurs cœurs, avec leurs affections et resolutions, et tout leur estre, en l’unyon de cette offrande amoureuse que le Sauveur fit en l’arbre de la Croix de soy-mesme à son Pere eternel, luy demandant son ayde et bénédiction, saluant Nostre-Dame, luy demandant aussi sa bénédiction, celle du sainct Ange et des saincts Protecteurs, et diront le Pater noster, etc., si bon leur semble.
Tout cecy se doit faire vivement, courtement, et à genoux, puis le reste du tems elles occuperont leur esprit au poinct de la méditation.
En esté, elles feront leurs licts ; et s’il se peut, se laveront les mains et la bouche devant l’Orayson, et pour cela il sera besoin qu’elles soient tres-diligentes à se lever et habiller.
Pour l’Orayson, elles s’y formeront suivant les enseignemens de XIntroduction à la vie devote, du Traitté de l'Amour de Dieu, des Entretiens spirituels, et autres bons livres conformes à ceux-là; particulièrement sur l’attraict et conduitte du Sainct-Esprit, et de la direction qui leur sera donnée, ne s’amusant jamais sur des subtilitez et vaines sur-eminences, qui ne sont que tromperies et deceptions. La serieuse prattique de cet exercice, est une des plus importantas qui soit en la Religion et vie spirituelle.
ARTICLE III. De dresser son intention es Exercices.
Les Sœurs qui voudront prosperer, et faire progrez en la voye de Nostre-Seigneur, doivent, au commencement de toutes Jeurs actions, tant intérieures qu’exterieures, demander sa grâce, et offrir à sa divine bonté tout ce qu’elles feront de bien, se préparant ainsi à supporter toute la peine et mortification qui s’y rencontrera, avec paix et douceur d’esprit, comme provenant de la main paternelle de nostre bon Dieu et Sauveur, duquel latressaincte intention est de les faire meriter par tels moyens, pour par après les recompenser de l’abondance de son amour. Et qu’elles ne négligent point cecy és choses petites et qui leur semblent de petite importance ; voire mesme si on les employe à des choses qui leur soient du tout aggreables, et conformes à leur volonté et nécessité, comme de boire, manger, se reposer, et recreer, et choses semblables ; affin que, suivant le conseil de l’Apostre, tout ce qu'elles feront soit fait au nom de Dieu, et pour son seul playsir.
ARTICLE IV. De l’Office divin.
Les Sœurs diront à l’ordinaire le petit Office de Nostre-Dame, parce que cet Ordre est institué particulièrement pour la retraitte des infirmes, et à l’honneur de la bien-heureuse Mere de Dieu Nostre-Dame.
Les Dimanches et Festes de commandement, elles adjoiïsteront les commémorations, selon qu’il est marqué au directoire de l’Office.
Les Sœurs auront en singulière recommandation la simplicité et promptitude à l’obeyssance ; et partant, lorsque les Offices sonneront, elles doivent courir à la voix de l’Espoux qui les appelle ; c’est-à-dire, partir allaigrement au premier coup de la cloche, se mettre en la presence de Dieu, et, à l’imitation de sainct Bernard, demander à leurs âmes ce qu’elles vont faire au chœur Comme aussi elles pourront tenir cette melhode en tous leurs autres exercices, affin qu’elles portent en chacun d’iceux l’esprit qui leur convient : car il ne faut pas une mesme contenance et action au chœur qu’à la récréation.
Il faut, és exercices qui regardent immédiatement l’honneur et service de Dieu, un esprit humble, rabaissé, grave, dévot, et sérieusement amoureux. Avant donc que commencer l’OfBce, les Sœurs provoqueront leur ame à de semblables affections ; et après l’acte d’adoration, offriront à Nostre-Seigneur cette action, pour sa gloire, à l’honneur de la Saincte Vierge Nostre-Dame et Maistresse, et au salut de toutes les creatures.
Disant le Deus in adjutorium, etc., elles doivent penser que Nostre-Seigneur leur repond : Soyez aussi attentives à mon amour.
Et pour se maintenir avec le respect et attention convenables, il faut qu’elles considèrent de tems en tems, combien ce leur est d’honneur et de grâce, de faire çà bas en terre le mesme Office que les Anges et les Saincts font là haut au ciel, quoyqu’en divers langages elles prononcent les louanges du mesme Seigneur, la grandeur et majesté duquel fait trembler les plus hauts Séraphins.
Que celles qui entendent quelque peu ce qu’elles disent à l’Offîce, employent fidellement ce talent, selon le bon pîaysir.de Dieu qui le leur a donné, pour les ayder à se tenir recueillies par le moyen des bonnes affections qu’elles en pourront tirer ; et que celles qui n’y entendent rien, se tiennent simplement attentives à Dieu, faysant des eslancemens amoureux tandis que l’autre chœur dit le verset, et qu’elles font les pauses.
Mais la principale attention, et le plus grand soing que doivent avoir les Sœurs qui ne sont pas encore habituées à l’Ofllce, c’est de bien prononcer, faire les accens, pauses, médiations, et de prévoir ce qu’elles ont à dire, selon les charges qui leur sont données; se tenir prestes pour commencer, et faire les ceremonies avec gravité et bien-seance, sans exceder en la crainte de faillir, non plus qu’en la présomption de bien faire.
Bref, les Sœurs auront une affection et attention spéciale, affin que l’Office sacré se célébré avec la reverence et dévotion deues à la presence de la divine Majesté, et avec l’observance du Cérémonial.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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