Directoire spirituel pour les actions journalières · Saint François de Sales
Articles V et VI : De la saincte Messe et de l’Examen de Conscience
Pendant que le Prestre se préparé, il faut se mettre en la presencé de Dieu, et quand il dit le Con/iteor, il se faut prosterner en esprit devant Dieu, recognoistre ses pechez, les detester, et luy en demander pardon. Apres cela, on pourra dire le Chapelet, ou telles autres prieres que l’on goustera le plus, jusques à l’Evangile, auquel il se faut promptement lever, pour tesmoigner que l’on est appareillé pour cheminer en la voye des commandemens de l’Evangile, et dire : Jesus-Christ a esté obeyssant jusques à la mort, et à la mort mesme de la Croix; et en faysant le signe de la croix sur le front, sur la bouche, et sur le cœur, dire : Dieu soit en mon esprit, en ma bouche, et en mon cœur, affin que je reçoive son sainct Evangile. Si l’on dit le Credo, il faut dire le commun, protestant mentalement de vouloir vivre et mourir en la foy de la saincte Eglise.
Apres le Sanctus, il faut, en grande humilité et reverence, penser au benefice de la mort et passion du Sauveur, le suppliant de la vouloir appliquer au salut de tout le monde, et particulièrement au nostre, et à celui des enfans de son Eglise, à la gloire et félicité de tous les Saincts, et au soulagement des ames du purgatoire.
A l’Eslevation du Tres-Sainct Sacrement. il faut, avec une grande contrition de cœur, l’adorer, puis avec le Prestre l’oifrir à Dieu le Pere, pour la remission de nos pechez, et de ceux de tout le monde, et nous offrir nous-mesmes quant et luy avec toute l’Eglise.
Apres l’Eslevation, il faut remercier Jesus-Christ de sa Passion, et de l’institution de ce tres-sainct Sacrifice de l’Autel.
Quand le Prestre dit le Pater, il le faut dire avec luy vocalement, ou mentalement, avec une grande humilité et dévotion, tout ainsi que si l’on l’oyoit dire à Nostre-Seigneur, et que l’on le dist mot à mot après luy. Apres cela, si l’on ne veut faire la Communion reelle, il la faut faire spirituelle, s’approchant de Nostre-Seigneur par un sainct désir d’estre unie à luy, et le recevoir en son cœur.
A la Bénédiction, il se faut représenter que Jesus-Christ en mesme tems nous donne la sienne.
ARTICLE VI. De VExamen de Conscience.
Les Sœurs doivent faire l’examen deux fois le jour, à sçavoir, le soir après Matines, et le matin après None, en cette sorte : Apres le Pater, Y Ave, et le Credo, qui se dit à la fin des Offices, les Sœurs rendront grâces à Nostre-Seigneur de tous ses benefices, et particulièrement de celuy de sa saincte Passion, de ses divins Sacremens, du bien de leur vocation, et de ce qu’il luy a pieu les conserver cette journée, leur administrant en icelle par sa douce bonté toutes leurs nécessitez. Faut qu’elles confessent et recognoissent devant Dieu que ce jour ne s’est point passé, sans qu’elles l’ayent offensé en quelque sorte. Et parce que nous sommes aveugles en nos propres affaires, il faut demander la grâce et la lumiere du Sainct-Esprit, affîn qu’elles puissent bien recognoistre leurs fautes.
Puis, qu’elles disent lç Confiteor jusques à meâ culpâ, et se mettent à rechercher leurs actions, parolles, et pensées, depuis le dernier examen.
Ayant treuvé le nombre, et l’espece de leurs pechez, elles les adjousteront avec les autres du precedent examen, et de tous ensemble en demanderont humblement pardon à Nostre-Seigneur, achèveront le Confiteor, et feront un ferme propos de s’en amender, moyennant la grâce de Dieu, qu’elles luy doivent demander à cet effect, avec toute l’affection et dévotion qui leur sera possible. Apres cela, elles recommanderont à la divine Miséricorde, leur ame, leur corps, et tout leur estre ; prieront pour la saincte Eglise, pour leurs parens, et pour tous ceux à qui elles ont un particulier devoir; n’oublieront pas les ames du purgatoire, salueront Nostre-Dame, leur bon ange, et les saincts protecteurs. Si, en s’examinant, elles ne peuvent rien remarquer, elles s’abaisseront profondement devant Dieu, luy rendant grâces, et confessant neantmoins qu’elles ont fait plusieurs fautes, dont elles n’ont pas memoire ny cognoissance.
Pour faciliter leur examen, il leur sera fort utile, lorsqu'elles tombent en quelques fautes parmy la journée, de s’examiner sur-le-champ, et regarder un peu par quel mouvement elles l’ont fait, puis s’abbaisser devant Dieu, et graver cela dans l’esprit, pour le mettre en l’examen du soir.
En l’examen du matin, il n’est pas requis d’y apporter tant de formalité; ains seulement, après le Pater, Y Ave, et le Credo, il faut dire le Confiteor, et regarder un peu comme l’on s’est comporté la matinée és Offices et Oraysons; puis, si on treuve quelque faute, l’adjouster aux precedentes, et faire l’acte de contrition, avec un ferme propos de s’amender.
Pour s’ayder la memoire affin de bien cognoistre leurs fautes, elles regarderont comme elles se seront comportées en l’Orayson, aux Offices, aux silences, aux assemblées communes, et si elles ont esté employées en quelque chose extraordinaire, comme aussi si elles ont eu congé de parler en particulier, de quels propos elles se sont entretehues ; car c’est là où il est dangereux défaillir.
Outre cet examen général, les Sœurs pourront prattiquer le particulier, lequel se fait d’une vertu particulière, qui soit la plus convenable, et qui s’oppose directement aux imperfections auxquelles l’on se sent plus incliné.
Et non-seulement les Sœurs peuvent prattiquer cet examen en elles-mesmes, mais encore autour des bonnes Festes; et quand la Supérieure le treuvera bon, elles pourront faire quelques entreprinses, et défis ensemble, pour la prattique de quelques vertus.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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