Des vices et des vertus, en procédant par le nombre quatre · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre I : De la prudence
CHAPITRE PREMIER.
Il y a quatre sortes de vertus, savoir, la prudence à laquelle apparu tient la mémoire, l’intelligence, la providence, la dignité; la justice d’où dérivent la religion, la piété, la grâce et la vérité ; la force, de laquelle viennent la magnificence, la confiance, la puissance, la persévérance; la tempérance, d’où dérivent la continence, l’obéissance, la clémence et la modestie. La première de ces vertus conduit l’homme à la connoissance, la seconde à l’amour de Dieu et du prochain, la troisième triomphe des obstacles et méprise la mort, la quatrième
OPUSCULUM LXX.
réprime la volonté et modère toutes choses. La première conçoit, la seconde aime, la troisième sait vaincre, la quatrième établit une mesure en tout. Ces quatre vertus ornent les mœurs, produisent des mérites, triomphent du démon, ouvrent le ciel; ce que fait la prudence pour éviter les embûches, la tempérance le fait pour secourir la misère ; ce que fait la force en supportant les injures, la justice le fait en réprimant les vices. Nous pouvons dire encore qu’il y a quatre sortes d’honnêtetés, car la vertu et l’honnêteté, quoique sous un nom différent, sont absolument une même chose et une même substance ; ce qui nous entraîne par sa force et nous attire par sa dignité est honnête; or, suivant Sénèque, c’est une habitude de l’esprit conforme à la raison selon la nature.
De la prudence.
Il y a quatre vertus cardinales, savoir, la prudence, la force, la tempérance et la justice. La prudence nous apprend quatre choses, le souvenir du passé, la disposition du présent, la prévoyance de l’avenir, et la discrétion dans les choses douteuses. La force nous apprend quatre choses, savoir, à ne pas s'enorgueillir dans la prospérité, à ne pas écraser ses adversaires, à ne pas se venger et à ne pas passer sa vie dans la volupté. La tempérance nous avertit de quatre choses, de retrancher les superfluités, de restreindre ses désirs, de s’abstenir des choses illicites, et de rejeter la flatterie. La justice nous apprend quatre choses, à vivre honorablement, à ne faire de mal à personne, à juger sagement, et à rendre à chacun ce qui lui est dû.
Des choses qui regardent la foi, l’espérance et la charité. — Quatre choses ont leur source dans la foi, la droiture de la vie, l’aliment de l’ame, le culte de Dieu et la récompense du paradis. L’espérance produit quatre choses, la joie du coeur, la sobriété de l’ame, le soulagement dans le travail et la longévité. La charité produit quatre effets, honorer Dieu, soulager les malheureux, aimer le prochain et corriger ceux qui manquent. — Des choses qui conduisent à la pratique des vertus. — Il y a quatre choses qui forment à la prudence, savoir, l'étude dans les sciences, l’expérience dans les choses, le travail de la nuit et l’imitation des hommes prudents. Il y a quatre choses qui font pratiquer la tempérance, savoir, la crainte de la maladie, le désir d’acquérir, la soumission à Dieu et le vice d’hypocrisie. Il y a quatre choses qui produisent la constance, savoir, la crainte honnête, la crainte du supplice, l’espoir de la gloire et celui du compendium. Il y a quatre choses qui produisent la prudence, Injustice et la tempérance, savoir, l’amour, la haine, la crainte, le compendium, c’est-à-dire le discours court, utile et léger. Il y a quatre choses qui rendent l’homme parfait, savoir, honorer Dieu, aimer le prochain, faire ce qu’on voudroit être fait à soi-même, et ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudroit pas qui fût fait à soi-même. — Des choses qui proviennent des vices. — La colère produit quatre choses, le trouble de l’esprit, l’ignorance de soi, des actions inconvenantes, et la science inique. L’orgueil produit quatre choses, savoir, l’ingratitude pour les services reçus, l’oppression du prochain, l’intempérance de la langue, et la provocation aux querelles. L’envie produit quatre choses, la douleur du monde, la perte de l’envieux, la dissension du peuple et la destruction des villes. L’avarice produit quatre choses, les rapines, les parjures, les fraudes et les homicides. La luxure produit quatre choses, la profanation du corps et de l’ame, la débilitation des sens, quatuor sunt quæ ex fide proven in nt, sci justitiam et tem perantiam gignunt, scilicet licet vitæ rectiludo, animæ pab u lu m, Dei am or, odinm, tim or, compendinm, scilicet cultus et paradisi præm inm. Q uatuor sunt b rev is, utilis et levis sermo. Quatuor sunt quæ ex spe procedunt, scilicet lætitia cor quæ perfectum hominem reddunt, scilicet dis, anim æ sohrietas, relevatio laboris et Deum colere, proxim um diligere, facere vitæ longinquitas. Quatuor sunt quæ ex quod sibi vellet fieri, et alteri non inferre charitate proven in nt, scilicet reverentia quod sibi nollet inferri. De his quæ ex vierga Deum, et proxim um diligere, relevare tiis proveninnt : quatuor sunt quæ ex ira oppressum, et errantem corrigere. De his proveninnt, scilicet mentis tn rb a tio, sui quæ pruprio virtutes inducunt : quatuor ignorantia, indecens factio et iniqua sciensunt quæ prudentiam inducunt, scilicet in tia* Quatuor sunt quæ exsuperbia prodeunl, sententiis sive scientiis s tu d in m, in rebus scilicet ingratitudo serv itii, oppressio proexperim entum, nocturna discussio, et pru- x im i, linguæ detractio et rixæ promotio. dentum im itatio. Quatuor sunt quæ te m - Quatuor sunt quæ ex invidia procedunt, perantiam in d u c u n t, scilicet ægritudinis scilicet dolor mundi, invidiosi exitinm, disformido, acquirendi cupido, Dei obsequinm sensio populi et eversio urbinm. Quatuor et hypocrisis vitinm. Quatuor sunt quæ sunt quæ ex avaritia p rocedunt, scilicet constantiam in du cu nt, scilicet tim o r p u - ra p in a, pe rju ria, fraudes et homicidia. dicus, tim o r supplicii, spes laudis, ac spes Quatuor sunt quæ ex luxuria proveninnt, compendii. Quatuor sunt quæ prudentiam, scilicet corporis et anim æ pollutio, sensuum ■vir.
la ruine du patrimoine et la précocité de la vieillesse. La gourmandise produit quatre choses, la maladie du corps et la dépression des forces, la perte de sa fortune, les excès dans la volupté et la mort prématurée. La paresse produit la tristesse de la vie, la misère, le mépris et l’indigence. — Des choses qui engendrent les vices et les corrigent. — Il y a quatre choses qui portent l’homme à l’orgueil, savoir, les richesses, la puissance, les honneurs et les parents. Il y a quatre choses qui sont un remède contre l’orgueil, la pauvreté, l’oppression, la vieillesse et la maladie. Il y a quatre choses qui enfantent la colère, la dérision, les affronts, l’ingratitude et l’injustice. Il y a quatre choses qui sont un remède contre la colère, les douces paroles, la vengeance, la satisfaction et la détresse. Il y a quatre choses qui engendrent l’avarice, la crainte du besoin, les infirmités de la vieillesse, l’envie du bien d’autrui et une famille nombreuse. Il y a quatre choses qui détruisent l’avarice, l’abondance des richesses, la jeunesse et la santé, la fréquentation des gens généreux et l’absence d’enfants. Il y a quatre choses qui produisent la luxure, les grands vices, les mets délicats, la familiarité avec les femmes et une douce oisiveté. Il y a quatre choses qui détruisent la luxure, l’usage de l’eau et d’une nourriture froide, la méchanceté des femmes, la diminution du sang et un travail assidu. Il y a quatre choses qui engendrent la gourmandise, la fréquentation du cabaret, la société des gourmands, de bons revenus et l’habitude du repos. Il y a quatre choses qui arrêtent la gourmandise, le désir du lucre, l’aiguillon de la faim, les fatigues du corps et les déboires de l’indigence. Il y a quatre choses qui engendrent l’envie, le désir des honneurs, la soif du gain, le bonheur d’autrui et la haine. Il y a quatre choses qui détruisent l’envie, la perte de la puissance, l’éventualité du besoin, la détériodébilitas, dim inutio patrimoriii et accele- copia. Quatuor sunt quæ avaritiam miratio seaii. Quatuor sunt quæ ex vitio gulæ nu u n t, scilicet divitiarum copia, salubris cm ergunt, scilicet corporis æ gritudo vel juventus, cum largis conversatio, ot prolis v in u m, opum consum ptio, delectatio ni- defectus. Quatuor sunt quæ luxuriam aliimia et mors præ m atura. Quatuor sunt quæ c in nt, scilicet vitia grandia, delicata cibaex accidia p ro de un t, scilicet vita tris tis, r i a, m ulierum fam iliaritas et suavis otiocalamitas, conlem ptus et egestas. De his sitas. Quatuor sunt quæ luxuriam m inuunt, quæ vitia générant et niinuunt : quatuor scilicet aquæ usus et ciborum frigiditas, sunt quæ hominem insuperbiam.provehunt, m ulierum sæ vitia, sanguinis m in u lio, et scilicet census, potentia, dignitas et paren- laborisassiduitas. Quatuor sunt quæ vitinm tela. Quatuor sunt quæ superbiam m inuunt, gulæ inducunt, scilicet assuetudo tabernæ, scilicet paupertas, oppressio, seninm et im italio gulosorum, redituum copia, et æ gritudo. Quatuor sunt quæ iram parinnt, quies continua. Quatuor sunt qu-e gulæ scilicet derisio, contumelia, ingratitudo et v itin mm in u u n t, scilicet lucri anxietas, iigusta. Quatuor sunt quæ iram m in u u n t, fam is invasio, fatigatio corporis et penuriæ scilicet dulce colloquinm, vindicta, satisfac- affiiclio. Quatuor sunt quæ invidiam peritio et penuria. Quatuor sunt quçe avaritiam m u n t, scilicet honoris cupido, desiderinm in du cu nt, scilicet penuriæ form ido, senec- lucri, alterins félicitas, et cum vitio odinm. tn tis oppressio, alieni inviclia, et fïliorum Q uatuor sunt quæ invidiam evellunt, sciration des sens et le défaut de vertus. Il y a quatre choses qui produisent la paresse, l’obscurité des lieux, la solitude et le repos, les bruits désagréables et la foiblesse de la pensée. 11 y a quatre choses qui détruisent la paresse, la conversation joviale, la société des heureux, l’assistance aux festins et la bonne musique.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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