Des quatre oppositions · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre III : De l'opposition relative
L’opposition relative est celle qui tient le moins de la contradiction, non parce qu’elle a un milieu de son espèce, qui diminue dans les autres la raison d’opposition, mais parce qu’il ne lui faut pas d’extrêmes réellement distincts. Car il y a des relations qui suivent l’action de l’intellect, telles que celles d’identité, de genre et d’espèce, et autres semblables, qui ne renferment d’autre différence que celle que produit l’intellect. Mais il y a une autre différence réelle dans les autres relations qui se fondent sur la quantité ou l’action, comme on le voit pour le double et le demi, le père et le fils, et autres semblables. Il faut trouver les différents extrêmes dans toutes les autres oppositions, par exemple dans le blanc et le noir, qui sont des contraires, la vue et la cécité, qui sont des opposés privatifs. Dans les absolus contradictoires, les extrêmes ne sont pas réellement différents, parce que le non-être n’est pas une chose. Cependant les extrêmes contradictoires ne sont pas toujours réellement les mêmes, ce qui n’arrive pas toujours dans les relatifs, ainsi que nous l’avons fait observer. Dans les autres, au contraire, c’est-à-dire dans le 6 relatifs dont l’être est différent, à cause de leur mutuelle dépendance, il tient encore moins de la contradiction que dans les autres oppositions, dont les extrêmes ne se renferment pas entre eux et ne s’admettent pas mutuellement; bien plus, quand l’un d’eux n’existe pas, l’être est impossible, et ceci est vrai généralement dans toutes les oppositions dont les extrêmes s’unissent dans quelque sujet, comme le blanc et le noir, la vue et la cécité; et alors le sujet se modifie selon leurs rapports, prenant l’un et laissant l’autre ; c’est ainsi que la génération de l’un est la destruction de l’autre.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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