Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Des quatre oppositions · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre II : L'opposition contraire est plus éloignée de la contradictoire que l'opposition négative

    L’opposition contraire est plus éloignée de la contradictoire que l’opposition

    privative.

    Après l’opposition privative vient l’opposition contraire, dans laquelle on découvre plu3 de rapports de convenance que dans les précédentes. Elle a pourtant avec elle un point de rapprochement, et elle tire toute son opposition de ses rapports avec l’opposition privative et contradictoire. Car il y a des contraires qui n’ont pas de milieu de leur nature, tels que la santé et la maladie : et cependant d’après Aristote, ils se conviennent en sujet et dans toutes les choses où il n’y a pas retour, comme de la maladie à la santé, le rapprochement à la privation et à l’aptitude est plus intime. Mais là où il y a retour, le rapprochement à la nature de la privation est moindre ; et cependant dans tous les contraires, l’un des extrêmes est comme la privation, et l’autre l’aptitude. Car l’.une et l’autre forment contradiction, comme il est dit au I" livre du traité de Physique. C’est pourquoi toutes les contrariétés sont réduites à l’aptitude et à la privation, comme à la première opposition qui est dans l’espèce; mais toute contrariété est réduite à l’opposition de contradiction, comme à la première opposition pure et simple.. Car dans l’opposition de contradiction, l’un des extrêmes est le néant pur, et le néant se choisissant un sujet, parce que son extrême le plus élevé, c’est-à-dire l’être n’a point besoin de sujet. Ce qui le prouve c’est ce qui sauvegarde sa raison parfaite qui est la substance dont le propre est de ne point avoir de sujet, selon le Philosophe. Mais dans l’opposition privative, l’autre extrême au dernier degré est le pur néant, puisqu’il n’est pas de l’espèce des êtres; il prend néanmoins quelque chose pour sujet, ce qui est manifeste par son autre extrême qui prend un sujet, lequel est l’aptitude. Car l’extrême le plus noble entraîne toujours le plus bas vers sou sujet, s’il en a un; que s’il en manque, l’autre n’en aura pas. A l’opposé, dans l’opposition contraire, les deux extrêmes sont réellement quelque chose, bien que le moins parfait soit plus éloigné de la raison de l’être : c’est dans ce sens que le Philosophe dit dans son traité du Sens et du Sensé, « que le noir est la privation du blanc et que chaque extrême prend le même sujet : » d’où il suit necessairemeut que l’opposition contraire est plus éloignée de la contradictoire que l’opposition privative. Néanmoins toute son opposition vient de la nature do la contradiction, savoir : en tant que l’un des extrêmes appartient à l’être et l’autre au non-être. En effet, le blanc et le noir sont le blanc et le non-blanc, de même que celui qui voit et l’aveugle, sont celui qui jouit de la vue et celui qui en est privé et contradictoirement l’être et le non-être, mais de différente manière. Parce que dans la contradiction absolue, l’être et le non-être sont pris en général, tandis que dans la privation, l’aveugle n’est pas pris en ce sens. La pierre, en effet, ne voit pas ; cependant cet être qui ne voit pas, n’est pas opposé à la vue par mode de privation, mais bien l’aveugle qui étoit créé pour jouir de la vue : or cet objet qui ne voit pas est pris en particulier. De même, le non blanc est opposé au blanc, comme le noir, non point le non blanc de l’Ethiopien, mais le non blanc qui étoit fait pour être blanc. Il est donc prouvé, d’après ce que nous venons de dire, que la contradiction comme telle, ne nie rien en général, mais simplement en particulier. Aussi, lorsque des propositions contradictoires sont prises en général, comme on a l’habitude de le faire, par exemple, un homme terminât pro subjecto, quod patet ex a l- sicut videns et.cæcus sunt videns et non tero ejus extremo, quod requiritur sub­ videns, et in contradictione ens et non ens, jectum, et hoc est habitus ipse. Semper sed differenter ; quia in contràSictione enim nobilius extremum trahit ignobitius absoluta ens et non ens accipiuntur uniad subjectum, si ipsum hahuerit subjectum versaliter ; in privatione vero non videns et si ipsum non habuerit subjectum, nec non accipitur universaliser. Lapis enim est aliud habebit. In opposilione autem con­ non videns, non tamen illud non videns traria utrumque extremum aliquid est opponitur visioni per modum privationis, realiter, licet imperfeclius deflciat magis a sed non videns quod tamen natum est viratione entis, per quem modum dicit Phi- dere ; hoc autem est non videns in partilosophus in lib. De sensu et sensatOj quod culari acceptum. Similiter non album op- « mgredo est privatio albedinis, et similiter ponitur albo, sicut nigrum, non quidem utrumque extremum requirit idem sub­ non album Æthiopis, sed non album, quod jectum ; » unde oportet quod oppositio tamen natum est esse album. Ex dictis contraria magis distet ab oppositione con- ergo manifestum est quod contradictio, tradictoria quam privativa. Verumtamen secundum quod contradictio est, nihil negat quidquid oppositionis in ea e st, totum est in genere, sed simpliciter extra genus. per naturam contradictionis, secundum vi- Quod autem contradictoriæ propositiones, delicet quod alterum extremum pertinet ut communiter accipiuntur in genere, ut ad eu s, alterum vero ad non ens. Album puta homo albus, homo non albus, homo enim et nigrum sunt album et non album, currit, homo non currit, hoc non est per blanc, un homme non blanc, un homme court, un homme ne court pas, ce n’est pas dans le sens de la contradiction simple, mais par la conversion de propositions contraires en propositions contradictoires, d’où elles tirent le caractère d’opposition. Car un homme noir et un homme non blanc est le même, ainsi que l’homme qui court et l’homme qui est stationnaire ; aussi toutes ces propositions ont des extrêmes généraux. C’est ce qui a fait l’erreur des philosophes qui pensoienl qu’il n’y avoit pas un autre extrême de contradiction, c’est-à-dire qu’il n’étoit pas pris en général, parce qu’une proposition unique ne peut être contradictoire, à moins qu’il n’y eût en même temps affirmation et négation pour le même objet dans un seul sujet ; èrreur qu’ils ont supposée dans les contraires que nous avons exposés, convertis cependant en contradictoires. Il faut cependant que ces contraires s’accordent en genre et en sujet, comme on le voit dans le blanc qui est l’opposé du noir : car ce qui n’est pas simplement, n’est pas blanc. Or la proposition qui nie le blanc, dans celui qui ne l’est pas, est parfaitement vraie, comme celle qui l’affirme de celui qui l’est en effet. Aussi, quand on dit Sortès est blanc, Sortes n’est pas blanc, il n’y a pas contradiction absolue, mais une contradiction divisée en contraires, c’est-à-dire dans le blanc et le noir. Voilà ce qui fait que dans toutes ces propositions les deux extrêmes sont pris en général; tandis que dans les propositions contradictoires, aucun n’est pris absolument en ce sons, parce que ceux-ci ont l’être et le non-être. Car il est évident que l’être et son opposé ne sont pas en général, et comme tout ce qui est en général, il faut ramener à l’être ce qui ne l’est pas en général. De même toutes les oppositions des objets qui sont en général doivent être réduites à une proposition dont les deux termes sont pris en particulier. Et de même que les choses sont d’autant plus parfaites qu’elles participent davantage de l’être, telles que la substance, qui est plus parfaite que l’accident, parce qu’elle renferme la parfaite raison de l’être, de même les oppositions des choses sont d’autant plus parfaites, en fait d’oppositions, qu’elles participent plus de l’opposition, dont l’extrême est l’être, comme on le voit dans la privation et l’aptitude, qui sont les extrêmes de la première opposition tenant à la substance.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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