Des cérémonies de la messe · Alphonse de Liguori
Première partie
Chapitre II : Départ pour l'autel
T. Dès que le prêtre est revêtu, il couvre sa tête de la barelte, fait le signe de la croix, quoique cela ne soit pas rigoureusement prescrit, et, avant de prendre le calice, il salue les autres prêtres, comme veut Tonneli, la tête découverte : il est vrai que Merati contredit ce sentiment, parce que, dit-il, on marquerait plus de respect aux prêtres en les saluant la tête découverte, qu’à l ’image de Jésus-Christ, qu’on salue sans se découvrir ; mais il est facile de répondre à cela qu’on ne salue l ’image la tête couverte que parce qu’on tient le calice qui courrait évidemment risque de se renverser, si le prêtre s’inclinait profondément, et s’il voulait se découvrir : et en effet, si le prêtre ne devait point porter le calice, l’inclination devrait se faire tête nue devant le Christ. Il prend le calice par le nœud, selon la rubrique; mais je crois qu’il n ’y aurait point de faute à le prendre au-dessous de la coupe, c’est-à-dire entre le petit doigt cl l’annuliaire, en serrant la coupe avec les autres doigts, pour éviter de le renverser, d ’autant plus que la main est cachée par le voile. Du reste, cette rubrique n ’est point préceptive, parce qu’elle règle ce qui est en dehors de la messe. Ayant pris le calice de la main gauche, le prêtre mettra la main droite sur la bourse, dont l'ouverture doit être tournée vers lui : on ne doit rien porter sur le calice, ni manulerge, ni lunettes, ni la clé du tabernacle, ni autre chose, comme l’a décrété la S. C. (1. sept, 1705.) Il faut tenir le calice devant la poitrine, sans l'y appuyer et sans trop l'en éloigner.
II. Ayant donc pris le calice, le prêtre fait une profonde révérence au Christ, ou à l ’image qui est à la sacristie, sans se découvrir; mais il se découvre, dans le cas où le calice aurait été porté à l'autel : il sort avec gravité et modestie, les yeux baissés et le calice élevé, de manière qu’il puisse voir par dessus l’endroit où il porte ses pas. Il faut remarquer que la main droite doit être entièrement ouverte, les doigts unis sur la bourse, et que le cou de droit ne doit point être élevé, mais qu’il doit être appuyé au buste du corps.
III. Mais puisque nous avons parlé de révérence, il faut savoir qu’outre la prostration et la génuflexion, il y a trois autres sortes de révérences qui sont appelées inclinations, savoir : la profonde, la moyenne et la simple : la révérence profonde se fait lorsqu’on est debout et qu’on plie la tête et le corps de manière que les deux mains puissent toucher sur les genoux. La révérence moyenne se fait en inclinant médiocrement la tête et les épaules; la révérence simple se fait en inclinant seulement la tête, et cette révérence est de trois sortes : « Mmimarum maxima, minimarum » media, minimarum minima. » Elles correspondent aux trois cultes de ÏMtric, de Dulie cl î Y IJyperdulic. La première se fait en inclinant la tête profondément, de sorlc que l’inclinaison amène avec elle celle des épaules. Elle s’emploie au « Gloria Patri, » au nom de Dieu et de Jésus. La seconde se fait en inclinant considérablement la tête, et s’emploie au nom île Marie. La troisième est une simple inclinaison de tête, et se pratique lorsqu’on nomme quelque saint ou Je pape vivant.
ÏV„ Ayant donc fait la révérence à la croix ou à une autre image, le prêtre s’avance vers l’autel, marchant avec gravité et les yeux baissés. Si on peut réciter le Miserere en chemin, on fera bien; quelques docteurs affirment qu’il faut le faire, d ’autres le nient, parce que la rubrique ne prescrit rien à cet égard.
V. S’il fallait passer devant l'autel où le saint sacrement est exposé, il faudrait faire une génuflexion à deux genoux, quoique Bauldri et d’autres encore disent de ne fléchir qu’un genou. Il faudrait ensuite se découvrir, donner la bareile au clerc, ou simplement, selon le sentiment de Mcrali cl de quelques autres, le prêtre la tiendra lui-même avec la main droite qu’il baissera, et il en tournera l’ouverture de son côté. Il adorera avec une profonde inclination de tête, ensuite il se couvrira et se lèvera. Il fera la même chose s’il rencontre dans l’église un autre prêtre qui porte le saint sacrement.
VI. S’il passe devant un autel où se fait l’élévation ou la communion, il mettra les deux genoux en terre, comme nous avons dit ci-dessus, et il ne se relèvera pas avant que Je prêtre qui dit la messe ait remis le calice sur le corporal : quant à la communion, il ne doit pis attendre qu’on ait fini de la donner, comme nous l’apprenons d ’un décret de la S. C. des rits. (5 juillet 1698.)
VII. Si l’on passe devant un autel où un prêtre qui dit la messe a consacré, on met un genou en terre, on découvre sa tête, on s’incline profondément pour adorer, on se couvre et on se relevé. Il est probable encore qu ’on peut se mettre à genoux sans se découvrir, puisqu’alors le saint sacrement étant caché sur l’autel, il peut être considéré comme voilé dans le tabernacle ; c’est ainsi qu’on le pratique à Rome, comme l ’altestc Merali.
VIII. En passant devant le maître-autel, si le saint sacrement s’y trouve, il faut faire la génuflexion à un genou sans ôter la barellc. S’il y a une croix, on fait l ’inclination profonde; et on fait de même s’il y a exposition de reliques insignes du saint dont on fait la fête, ou qui est en grande vénération. Si les reliques étaient au même autel où est le saint sacrement, il suffirait de faire une génuflexion à un genou, sans se découvrir.
IX. Si le prêtre passait par le chœur pendant qu’on dirait le «Gloria Patri, ou tout autre verset où l’on doit incliner la lèle, il s’arrête et s’incline respectueusement. Si le clergé s’y trouve, il doit le saluer des deux côtés la tête couverte.
X. S’il rencontre un autre prêtre qui vient de célébrer, il doit lui céder la droite, et le saluer sans se découvrir et sans s’arrêter.
XI. S’il passe devant un cardinal, devant l’archevêque delà province, ou l’évêque diocésain, devant le légat apostolique, le roi, ou tout autre grand personnage, il leur fait une inclination médiocre, sans se découvrir.
XII. Enfin, il faut remarquer que si le prêtre ne portait pas le calice à la main, il devrait aller à l’autel les mains jointes sur la poitrine, el faire toutes les révérences que nous avons dit, la tête découverte.
XIII. Arrivé à l’autel, il s’arrête au bas devant le premier gradin ; il se découvre, et donne la barette au clerc. S ’il portait une calotte, il doit encore la quitter, à moins qu’une dispense apostolique ne lui permette de la garder pendant la messe ; dans ce cas, il peut la garder jusqu’au canon, cl il ne peul la reprendre qu’après la communion. Remarquez que personne, pas même un évêque, ne peut porter la calotte durant la messe, sans une permission apostolique, comme on le voit dans plusieurs décrets cités par Gavanlus (Pari. 2. lit. 2. n. 2. let. f.), et dans le décret approuvé par Urbain VIII, qui se trouve au commencement du missel.
XIV. Si le saint sacrement n ’est point à l’autel, le prêtre fait une inclination profonde, et s’il y est, une génuflexion, comme nous l’avons remarqué ci-dessus, et sans incliner autrement la tête. Cette génuflexion se fait au dernier degré, selon l’usage ordinaire. Il monte ensuite à l'autel par le milieu, on commençant toujours par le pied droit; arrivé au milieu de l’autel, il place le calice du côté de l’Évangile, prend la bourse de la main gauche, et en retire le corporal avec la main droite : ayant placé le corporal au milieu de l’autel, il met la bourse avec la main gauche qui la tient, du côté de l’Évangile, l'ouverture tournée du côté de l’épître, et entre les chandeliers, de manière que la cire des bougies ne puisse couler dessus. Il étend ensuite le corporal sur la pierre sacrée qui est au milieu de l'autel, avec les deux mains, de sorte que son extrémité arrive à la partie antérieure de l’autel, moins la largeur d ’un doigt, afin qu’en se tournant la dentelle du corporal ne s’attache pas aux ornemens du prêtre, et ne renverse pas le calice. S’il y avait au corporal quelque croix faite à l’aiguille, il faut la placer à la partie antérieure, afin de pouvoir la baiser en baisant l'autel.
XV. Cela fait, il doit placer le calice sur le corporal avec deux mains; en sorte que la gauche tienne le pied du calice à l’endroit du nœud, et que la droite lève l’extrémité du voile : il le porte à une demi-palme de hauteur, du côté de l’Évangile, jusqu’au milieu de l’autel, en faisant passer un peu d ’air à l’extrémité du voile, afin qu’il ne se pose point sous le pied du calice; il faut placer le calice plus en dedans, c’est-à-dire, plutôt en arrière qu’en avant; que le calice soit couvert du voile de toutes parts, afin qu’il n ’empêche point de baiser l ’autel ; il faut y faire attention surtout après la communion, que la bourse est dessus ; le calice doit toujours être placé sur la pierre sacrée à la ligne droite du milieu de l’autel. Il faut remarquer qu’on ne peut porter le corporal sur le voile hors de la bourse, sans une dispense apostolique. (V. Gavanl. p. 2. n. let. o. Et Merati p. 2. I. 2. n. 12.)
XVI. Lorsque Icprêlrc doit consacrer plusieurs hosties pour la communion du peuple, et qu’elles sont trop nombreuses pour que la patène puisse les contenir (car lorsqu’il y en a peu on doit les placer sur la patène, sous la grande hostie), il faut les mettre sur le corporal, devant le calice, du côté de l ’Évangile, mais de manière qu’elles ne soient point hors de la pierre d ’autel, ou bien il faut les placer dans le ciboire, ou dans un autre calice, qu'on placera derrière celui du célébrant si c’est un calice ; il faut le couvrir d’une palle; si c’est un ciboire, on le fermera avec son couvercle.
XVII. Après avoir arrangé le calice, le prêtre fait une simple révérence à la croix. (Il doit faire la même chose toutes les fois qu’il quitte le milieu de l’autel, et toutes les fois qu’il y retourne y excepté lorsqu’avanl ou après qu’il y est, la rubrique ordonne de baiser l’autel, ou do faire une autre inclination comme lorsqu’on dit 1 a Credo.) Aussitôt après avoir fait l’inclinalion, il va au côté de l’épître, les mains jointes, le pouce de la main droite croisé sur celui de la gauche. Il ouvre le missel, il y cherche la messe, et ayant revu tous les signets, retourne au milieu de l’autel les mains jointes devant la poitrine : il y fait une révérence médiocre à la croix sans lever les yeux pour la regarder, selon l’opinion commune, et sans s’arrêter à dire quelque prière avant de descendre de l ’autel.
XVIII. Ayant fait la révérence à la croix, le célébrant se retire un peu du côté de l’Évangile en tournant la face du côté de l ’épi Ire pour ne point tourner le dos à la croix ni au tabernacle; et, les yeux baissés, et les mains jointes devant la poitrine, il descend jusqu’au dernier degré de l’autel : plus l’autel a de degrés, et plus le prêtre doit se tourner du côté de l’Évangile, afin qu’en descendant en ligne oblique, il se trouve au milieu de l’autel devant le dernier degré, au dernier pas qu’il fait. Mais s’il y avait plus de trois degrés à l’autel, le prêtre pourrait s’arrêter au troisième ou bien à celui qui lui conviendrait le mieux. S’il n ’y avait qu’un seul degré, il s’arrête un peu loin de lui. Il faut remarquer que le prêtre ne doit descendre de l’autel que lorsque les cierges sont allumés.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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