Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De la virginité · Saint Jean Chrysostome

    La Virginité des hérétiques ne comporte pas de récompense

    1 1. La beauté de la virginité, les Juifs la dédaignent, et ce n’est pas étonnant puisqu’ils ont traité avec ignominie le Christ Lui-même, né d’une vierge. Les Grecs l’admirent et la révèrent, mais la seule à lui vouer son zèle est l’Église de Dieu. Car les vierges hérétiques, jamais je ne pourrais, quant à moi, les appeler des vierges ; d’abord parce qu’elles ne sont pas chastes : elles ne sont pas fiancées en effet à un époux unique, comme le veut le bienheureux paranymphe du Christ quand il dit : "Je vous ai fiancés à un époux unique pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste". ( 2Co 11,2 ) Bien que cette parole ait été dite de toute la plénitude de l’Église, cependant l’expression concerne aussi les vierges ; ces femmes donc, qui ne se contentent pas de cet époux unique, mais en introduisent un autre qui n’est pas Dieu, comment pourraient-elles être chastes ? 2. C’est la première raison pour laquelle elles ne peuvent être des vierges ; et voici la seconde : c’est parce qu’elles flétrissent le mariage qu’elles en viennent à s’abstenir du mariage et, en posant comme principe que cet état est mauvais, elles se privent à l’avance des trophées de la virginité, car s’abstenir du mal ne peut donner droit à une couronne, mais exempte seulement du châtiment.

    Ces dispositions, on peut les trouver non seulement dans nos lois, mais aussi dans les lois des païens : "Celui qui a commis un meurtre, dit la loi, qu’il soit mis à mort", mais il n’est pas, de plus, ajouté : "Que celui qui n’a pas commis de meurtre soit honoré" ; "Que le voleur soit châtié", mais on ne prescrit pas, de plus, d’accorder une faveur à qui ne lèse pas le bien d’autrui. Si l’on punit de mort l’adultère, ne pas ruiner le mariage d’autrui ne donne droit à aucun privilège particulier. Ce qui est tout à fait légitime : la louange et l’admiration vont à ceux qui accomplissent le bien, non à ceux qui fuient le mal ; pour ces derniers, c’est un privilège suffisant que de ne subir aucun dommage. 3. Voilà pourquoi, également, notre Seigneur a menacé de la géhenne l’homme qui, sans raison et à la légère, se met en colère contre son frère et le traite de fou ( Mt 5,22 ) ; mais il n’a pas promis, en outre, le royaume des cieux à ceux dont la colère est fondée ou qui s’abstiennent d’insultes ; il exige encore quelque chose de plus et de plus important quand il dit : "Aimez vos ennemis" ( Mt 5,44 Lc 6,27 ) Voulant montrer combien c’est peu de chose de ne pas haïr nos frères, le peu de prix de cette conduite, indigne du moindre privilège, Il propose ce qui est beaucoup plus que cela : de les aimer et de les chérir ; et cela même, déclare-t-il, ne suffit pas pour être jugé digne d’un privilège. Comment serait-ce un titre suffisant puisque, en ce cas, nous ne sommes pas supérieurs aux Gentils (cf. Mt 5,44 ) ? Aussi faut-il de notre part une condition supplémentaire beaucoup plus importante que la précédente, pour que nous puissions réclamer une récompense. Ne crois pas en effet, nous dit le Seigneur, parce que Je ne te condamne pas à la géhenne quand tu t’abstiens d’insulter ton frère et de t’irriter contre lui, que te voilà pour autant digne encore d’une couronne ! Je ne réclame pas seulement une aussi faible dose de générosité ; non, même si loin de l’insulter, tu prétends l’aimer, tu te trouves encore bien bas et te places au rang des publicains ( Mt 5,46 ). Veux-tu être parfait et digne du Ciel, ne t’arrête pas là seulement, monte plus haut et conçois des pensées qui dépassent la nature même, c’est-à-dire, aime tes ennemis. 4. Puisque nous voilà bien d’accord sur ce point, que les hérétiques cessent de se mortifier inutilement, ils ne recevront aucune récompense. Ce n’est pas que le Seigneur soit injuste - loin de moi la pensée - c’est qu’ils sont eux-mêmes stupides et méchants. Comment cela ? Eh bien, il a été montré qu’aucune faveur n’est réservée à la simple fuite du vice ; or, c’est parce qu’ils regardent le mariage comme un vice qu’ils le fuient. Alors, comment pourront-ils réclamer une récompense pour s’être dérobés au vice ? De même que nous ne croirons pas mériter une couronne parce que nous ne sommes pas adultères, eux non plus ne le pourront pas sous prétexte qu’ils ne sont pas mariés.

    Car voici ce que leur dira celui qui juge, au jour suprême : "Les honneurs, je ne les ai pas institués seulement pour ceux qui se sont abstenus du vice - c’est là bien peu de chose à mes yeux - mais ceux qui ont toujours attaché leurs pas à la vertu, ceux-là je les fais participer à l’héritage éternel des Cieux." Comment donc, si vous considérez le mariage comme impureté et souillure, pouvez-vous réclamer, pour avoir éloigné de vous la souillure, les trophées réservés aux artisans de belles actions ? 5. Si le Christ en effet place les brebis à sa droite, s’il fait leur éloge et les introduit dans son royaume (cf. Mt 25,32 ), ce n’est point parce qu’elles n’ont pas dérobé le bien d’autrui, c’est parce qu’elles ont distribué le leur aux autres. Et il reçoit le serviteur auquel il avait confié cinq talents (cf. Mt 25,15 ), non parce qu’il n’a pas touché à la somme remise, mais parce qu’il l’a fait fructifier et qu’il rend à son maître le double du dépôt confié. Quand donc vous arrêterez-vous de courir à l’aventure, de vous épuiser inutilement, de boxer dans le vide, de battre l’air (cf. ) ? Et encore, si ce n’était qu’inutile ! Or, ce n’est pas non plus chose négligeable, sur le plan du châtiment, que de s’être beaucoup dépensé, d’avoir escompté des trophées payant bien au delà des épreuves subies, et, le jour venu qu’on espérait glorieux, de se voir rangés parmi les déshérités de la gloire ! Les hérétiques sont même châtiés pour leur pratique de la virginité.

    Source du texte : Biblia Clerus

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