De la patience · Augustin d'Hippone
Chapitre I : DE LA PATIENCE DE DIEU
La force d’âme, la vertu qui porte le nom de patience, est un bien grand don de la munificence divine, puisqu’on exalte en Dieu même cette patience avec laquelle il attend les méchants jusqu’à ce qu’ils se corrigent. Dieu ne peut souffrir, ne peut pâtir ; le mot de patience vient précisément de pâtir ; et cependant Dieu est patient ; c’est là une de ces vérités que nous croyons d’un cœur fidèle et que nous confessons de bouche pour le salut. Mais quelle est la nature, quelle est la grandeur de cette patience d’un Dieu qui ne pâtit pas et qui n’est pas impatient, qui au contraire est la patience même ? C’est ce qu’il est impossible d’expliquer par le langage humain. Sa patience est donc ineffable, comme son zèle, comme sa colère, et ses autres sentiments du même genre. Car ils ne sont nullement en lui tels qu’ils sont en nous ; et ce n’est pas ainsi qu’il faut les imaginer. De même que son zèle est jaloux sans aucun mélange d’envie, sa colère sans aucun trouble, sa pitié sans aucune douleur, son repentir sans réparation d’aucune faute qu’il ait pu commettre, ainsi il est patient sans souffrir. Mais venons à la patience humaine, cette vertu que nous devons comprendre et pratiquer ; exposons en quoi elle consiste, autant que Dieu nous donnera de le faire, et que le permettra la brièveté de ce discours.
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