Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De la nature du genre · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre III : De la quadruple division de l'être

    Il faut donc savoir qu’en métaphysique on fait une quadruple division de l’être. En effet, la première division de l’être dont il est question est que l’être est dit d’une manière secundum se, et de l’autre manière secundum accidens. La seconde division de l’être est qu’il est appelé d’une manière substance et de l’autre accident, et c’est là la division de l’ètre par les dix prédicaments, d’où il résulte que cette division de l’être n’est pas la même que la première, par laquelle l’ètre est divisé en être secundum se, et être secundum accidens. La différence, c’est que l’être est dit substance ou accident, en considérant l’ètre d’une manière absolue, comme la blancheur est dite accident et l’homme substance. Mais dans la première manière il faut que l’accident soit combiné avec le sujet, d’où il arrive qu’il est dit en soi ou par accident, selon qu’une chose est dite d’une autre en soi ou par accident. Mais l’être est divisé en substance et en accident, parce que dans sa nature il est substance ou accident, c’est pourquoi le Philomodo dicitur secundum se, alio modo sesophe ajoute que l’être a une double acception sous le rapport de l’accident, quand l’accident est dit du sujet, ou l’accident de l’accident, ou le sujet de l’accident. Or la division de l’être en substance et accident est la division de l’être pris en soi. En effet, ces choses sont par elles-mêmes qui sont contenues dans les figures de la prédication, comme il est dit dans le même endroit. Or, comme l’être ne peut être contracté ainsi que le genre est contracté par la différence, comme il a été dit, il faut que l’être soit contracté sous les rapports dont nous avons parlé par une manière diverse de prédication. Parmi les choses qui ont le caractère de prédicament, les unes signifient la quiddité, les autres la quantité et les autres la qualité, ainsi de suite. En conséquence, il faut que pour chaque manière de prédication l’être signifie la même chose, comme lorsqu’on dit, ce n’est pas un animal, l’être signifie une substance, et lorsqu’on dit l’homme est blanc, l’être signifie la qualité, et ainsi des autres prédicaments dont nous ferons connaître l’origine un peu plus loin. L’être est pris sous le troisième rapport qui signifie la proposition que fait l’intellect en composant et divisant, et la vérité de cette composition est la vérité de la chose par la cause. En effet, le discours est dit vrai ou faux par ce qui fait que la chose est ou n’est pas. Or la vérité d’une proposition est signifiée par ce mot, est, qui est comparé à l’existence de la chose comme l’effet à sa cause. Car de ce qui est dans la nature des choses suit la vérité dans la proposition, qui signifie ce que le mot même est. Mais parce que ce qui en soi est un non être, est pris pour un être de l’intellect, comme la négation et la privation, on dit que de telles choses sont quand on forme une proposition à leur sujet par la copule même, est; quoique l’être ne réponde pas du côté de la chose, parce que de telles choses n ’ont pas d’essences qui soient les principes de l’existence. La raison de cela, c’est qu’il arrive à la chose qu’il est vraiment (lit quelque chose d’elle par l’intellect, la chose ne se rapportant pas à la science, et vice versa.

    Le quatrième mode de division de l’être s’effectue par l’acte et la puissance. En effet, dans tous les prédicaments on trouve quelque chose en acte et quelque chose en puissance, et conséquemment cette division de l’être est dans sa communauté, puisqu’elle se trouve dans tout genre d’être et sans laquelle il a ’y a rien dans le genre ; c’est pourquoi Dieu n’est pas dans le genre, puisqu’il n’y a pas en lui puissance et acte. Car une chose est dans le genre lorsqu’elle est déterminée et limitée à quelque mode spécial d’être : mais c’est le propre de la puissance d’être déterminé par l’acte. C’est ce qui fait que toute chose en laquelle il y a puissance et acte est dans le genre. En effet, tout ce qui est dans le genre est destiné à avoir quelque chose d’antérieur à soi, relativement à laquelle chose il est en puissance nécessairement, parce que dans chaque chose l’acte est nécessairement antérieur à la puissance ; mais dans le même être la puissance précède l’acte, et là où se trouve la puissance et l’acte, il y aura nécessairement genre. Donc, comme en toutes choses, il y a d’abord puissance et acte, tout, en vertu de cela, sera dans le genre. En conséquence, quoique l’être sujet de la philosophie supérieure ne soit ni genre, ni dans le genre, ainsi qu’il a été dit, néanmoins les plus nobles parties de l’être, les substances quoique séparées seront nécessairement dans le genre; et parce que l’accident est la partie imparfaite de l'être, tandis que la parfaite raison de l’être se trouve dans la substance, la partie la plus parfaite de l’être se rapportera au genre de la substance dont nous allons nous occuper d’abord.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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