Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De la nature du genre · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre II : Des transcendantaux

    H y a six transcendantaux, savoir : l’être, la chose, quelque chose, l’unité, le bon, le vrai, qui dans le fond sont la même chose, mais ont néanmoins entre eux une distinction de raison. Comme, en effet, dans les démonstrations il faut résoudre toutes les propositions jusqu’aux principes mêmes, auxquels la raison doit nécessairement s’en tenir ; de même, dans la compréhension de ces six choses, il faut s’arrêter à l’être, parce que en toute chose la connoissance est naturellement connue, de même que le principe est contenu dans toutes les propositions qui dérivent des principes. C’est pour cela qu’il faut que toutes les autres choses ajoutent quelque chose à l’être qui ne soit pas de l’intellect de l’être ; car elles ne peuvent rien ajouter de l’intellect de quoi l’être ne soit point. Il arrive donc, de deux manières, qu’une chose est ajoutée à une autre. Quelquefois la chose à laquelle on ajoute n’est pas de l’intellect de la chose ajoutée, comme l’individu ajoute la matière individuelle à la raison do l’espèce, et l’espèce n’est pas de l’intellect de cette matière. Une telle addition est une addition réale.

    Cependant l’espèce elle-même est de l’intellect de l’être constitué de l’espèce et de cette addition, comme l’homme est de l’intellect de Sortès. Mais il arrive quelquefois que la chose à laquelle est faite l’addition est de l’intellect de celle qui est ajoutée, de même que l’être est de l’intellect de tout. On dit qu’il y a addition à l’être parce que il y a importation do quelque chose qui n’est pas de la nature de l’être; une telle addition ne peut être qu’une addition de raison, parce qu’il n’y a importation de rien qui ne soit l’être, quoiqu’il y ait quelque chose de plus que ce que dit l’être. Mais que ce qui est ajouté soit de l’intellect de la chose à laquelle est faite l’addition, c’est ce qui n’arrive pas. Homme, en effet, ajoute à animal, et cette addition n’est pas de l’intellect d’animal. Mais l’animal n’ajoute rien à l’homme, parce que tout ce que dit animal, homme le dit aussi et davantage. Donc ce qui est surajouté à l’être, comme dit Aviceane, indique un certain caractère spécial de l’être, comme la substance dit un mode spécial d’exister qui est être par soi. Mais il faudra nécessairement que ce qui est opposé ajoute un autre mode d’être, comme être par autre chose, ce qui fait que ce qui ajoute ainsi à l’être, ne peut être en égalité avec l’être. C’est de cette manière que les prédicaments ajoutent à l’être, en se divisant suivant un mode spécial que chacun ajoute à l’être. Mais à par l’addition il ne se produit pas un mode spécial d’être ayant en soi une opposition quelconque, ce qui se rapporte à l’être par une pareille addition sera en égalité avec l’être. Ceci arrive de deux manières. La première, quand l’addition se fait d’une manière absolue, la seconde, quand l’addition se fait à l’être comparé à quelque chose qui a une convenance avec tout l’être, comme l’ame. Lorsqu’il y a addition à l’être d’une manière absolue, ou on le prend affirmativement ou négativement ; si c’est affirmativement, ou l’on dit la chose même qui a l’étre lequel est l’acte de l’être, ou l’on dit comment cela existe dans la chose, et cela est naturellement antérieur à la chose. Ce n’est que par l’indivision qu’une chose possède la qualité d’être ; car la division fait qu’une chose n’est pas ; en conséquence parmi les choses qui existent, les unes sont indivisibles en acte et en puissance, comme les choses incorporelles, les autres sont indivisibles en acte et divisibles en puissance, comme les choses corporelles. En général cependant chaque chose est indivise dans son essence.

    Or, l’unité signifie l’indivision qui est égale à l’ètre, et en conséquence l’unité est la même chose que l’être suivant la chose, quoiqu’elle ajoute à l’être quelque chose qui fait que chaque chose a ce qu’il lui faut pour constituer son être. Car, suivant Boëce, tout ce qui est, n'est que parce qu’il possède l’unité numérique. Mais comme l’indivision signifie la privation de division, et que l’unité est l’indivision, l’unité signifiera nécessairement la privation de division. Conséquemment il est évident que l’unité n’emporte pas la privation de la multitude, parce que la privation étant postérieure à la chose exclue, si l’unité excluoit la multitude, il s'ensuivrait qu’elle seroit postérieure à la multitude : et comme il y a lieu dans la définition de privation, il s'ensuivrait que l’unité seroit définie par la multitude, ce qui est faux, parce qu’alors il y auroit dans la définition un cercle vicieux, caria multitude est définie par l’unité; la multitude, en effet, est une aggrégation d’unités. En conséquence, une chose qui se convertit avec l’être n ’emporte pas la privation de la division de l’être, qui s’opère par la qualité, parce que cette division appartient à un genre particulier de l’étre, et ne pourrait pas tomber dans la définition de l’unité, puisque elle est plus particulière que l’unité même qui est définie ; mais elle dit la privation de division formelle qui-s’opère par les opposés, dont la source première est l’affirmation et la négation. Car ces choses sont divisées de manière que l’une n’est pas l’autre. Donc l’ètre tombe dans l’intellect premièrement, secondement la division, troisièmement l’unité qui exclut la division, et par conséquent la multitude, dans la définition de laquelle tombe l’unité, de même que la division tombe dans les conditions de l’unité, et néanmoins les choses divisées de la manière que nous venons de dire ne peuvent pas avoir les conditions de la multitude sans que celles de l’unité soient appliquées à chacune des choses divisées. Ce que l’unité surajoute à l’être est donc la privation de division qui suit tout être. Mais si elle dénote l’être qu’elle possède en le manifestant dans le suppôt auquel elle appartient, il y a ainsi addition à l’être, comme dit Avicenne dans sa Métaphysique. Chaque chose a en effet la certitude de ce qu’elle est. Mais si elle est prise négativement, elle surajoute ainsi quelque chose à l’être. Car une chose est la même chose qu’une autre chose qui est la même chose qu’un objet différent. Tout être est en effet quelque chose de telle sorte qu’il n’est quo celte chose seule. Or, si ce qui est surajouté à l’être suit l’être en comparaison avec l’ame, qui en quelque façon est tout, car il y a dans l’ame une double puissance, savoir : l’intellect et la volonté, dont l’une peut tout counoître et l’autre peut aimer; c’est ainsi que sont pris le vrai et le bon. En effet, le vrai ajoute à l'être la raison de cognoscible, ce qui fait que le vrai emporte un certain ordre de l’être à l’égard de l’intellect, qui n’est pas compris dans la dénomination d’être prise d’une manière absolue; mais le bien ajoute la raison d’appétible. L’ètre, en effet, est bon par cela qu’il est appétible ; d’où il arrive que le bien emporte un ordre à l’égard de l’appétit, de même que le vrai à l’éganl de l’intellect, mais d’une manière différente, parce que le mouvement de l’intellect s’opère vers lui-même, et negatio. Ilia enim sic dividuntur, quod quod idem est quod non hoc. Omne namunum non est aliud. In intellectu igitur que ens est aliquid, ita quod non nisi illud primo cadit ens ; secundo, divisio ; tertio, solum. Si autem illud quod additur super unum quod divisionem p riv â t, et conse- e n s, sequatur ens in compara tione ad aniquenter multitude, in cujus difïinitione mam, quæ quodammodo est om n ia, in cadit unitas, sicut et in ratione unius ca- anima enim est duplex potentia, intellecdit divisio, et tamen divisa prædicto modo tus scilicet et voluntas, quarum altéra rationem m uititudinis habere non possunfc, omnia cognoscere p otest, altéra autem nisi unicuique divisorum ratio unitatîs ap- amare, sic accipiuütur verum et bonum. plicetur. Hoc est igitur quod unum addit Verum enim addit supra ens rationem c osuper ens privât ioiiom, scilicet divisionis, gnoseibilis, unde verum importât ordinem quæ omne ens concomitatur. Si autem di- qucmdamentis ad intellectum, qui non cat ipsum quod habet esse mamfestando importatur in nomine entis absolute dicti, insupposito illo unde est, sic res addil su­ sed bonum addit rationem appeiibilis. Eo per ens, ut Âviconna dicit in M ciapb/sica enim est ens bonum, quo est appetibile : sua. Unaquæque enim res habet certitudi- unde bonum importât ordinementis art nem, qua est id quod est. Si autem acci- appetitum, sicut verum ad intellectum, piatur négative, sic aliquicl addit super ens. sed diversimode ; quia motus intellectus Aliquid namque idem est quod aliud quid, est ad seipsum, motus autem appetitus est tandis que le mouvement de l’appétit se porte vers une chose extérieure. Conséquemment, suivant le Philosophe, le bien et le mal sont dans les choses, mais le vrai et le faux sont dans l’intellect. Or l’être, absolument dit, auquel toutes les choses ajoutent certains rapports, est très-commun en lui-même, et a plusieurs divisions, dont quelques-unes ont trait à la nature du genre : c’est de celles-ci que nous nous proposons principalement de parler. Nous avons fait ailleurs un traité spécial sur cotte matière, dont nous citerons une partie en ajoutant ce qu’il sera nécessaire de suppléer en certains endroits.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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