De la nature de la matière et des dimensions indéfinies · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre III : Il y a trois espèces de formes
Nous devons remarquer qu’il y a trois espèces de formes. Il y en a une qui est son être à elle-même et qui n’est point reçue dans un sujet préexistant et qui ne se communique pas à un être postérieur. Cette forme est Dieu; c’est pour cette raison que lui seul est absolument infini. Il y en a d’autres qui, pour n ’être pas appliquées à la matière, ne sont pas néanmoins leur être propre, puisqu’elles reçoivent une composition d’essence et d’être; ce qui fait que, d’un côté, elles sont finies, et infinies de l’autre. Elles sont finies par rapport à leur être, bornées par en haut, mais non par en bas, puisqu'elles ne sont point appliquées à un être inférieur. C’est la pensée du commentateur, dans le traité des Causes. D’autres sont finies de toutes parts, tenant leur être d’un autre qui est commun à toute créature, et qui sont pourtant reçues dans une matière. Il y a cependant entre elles une grande différence, parce qu’elles sont d’autant moins confondues avec la matière; et de cette façon l’ame humaine est tout en quelque sorte, comme il est écrit dans le troisième livre du traité de l’Âme. Celle en effet qui n’est pas confondue avec la matière, ainsi que les autres formes, garde une espèce d’infinité. C’est ce qui fait que l’intellect s’applique à un grand nombre de sujets et les sens à un petit nombre. Cette plus grande extension de sa puissance ne fait point qu’il s’étend à plusieurs objets, mais il demeure uni dans son application à un plus grand nombre de sujets intelligibles, que le sens qui ne s’applique qu’à un petit nombre d’objets sensibles, et cela, par l’effet d’une plus grande unité du moyen par lequel elle arrive à la connoissance, qui a plus d’unité que le milieu à l’aide duquel les sens arrivent à la connoissance de leur objet. Ce qui nous prouve donc, d’une manière évidente, que les formes prises en elles-mêmes sont unies et non séparées. Et comme elles sont reçues dans la matière et confondues avec elle, elles sont sujettes à division dans la nature de leur être ; et de même que l’espèce suit la forme, il n’y a point de différence de suppôts dans les formes séparées de la matière, ou de multiplicité dans la même espèce ou dans la raison formelle, chaque suppôt réunit en lui toute son espèce. Mais dans les formes reçues dans la matière, on trouve une seule espèce dans plusieurs suppôts : ceci ne vient point de la nature de la matière prise en général, puisque la matière suit la nature de l’espèce des objets matériels, et de l’application de la forme à la matière, en tant que premier sujet. Car puisque le sujet d’une espèce ou une partie du sujet est une substance qui reçoit le nom d’individu, ce qui a la raison du premier sujet est la cause de l’individuation et de la division de l’espèce dans les suppôts. Or, le premier sujet qui ne peut être reçu dans un autre ainsi que les formes séparées, par là même qu’elles ne peuvent être reçues dans un autre, quomodo est omnia, ut dicitur III. De vel multitudo in eadem specie seu ratio uc anima. Eo enim quod non iinmergitur formai!, sed quodlibet supposilum unité materiæ sicut aliæ formæ remanet in ea colligit in se totam suam speciem. In forquædam iniinitas. Unde intellectus ad plura mis \ero in materia veceptis una species se extendit, sensus vero ad pauciora ; nec reperitur in multis suppositis; sed hoc non propter hanc majorem ejus extensionem est a natura materiæ qualitercumque acspargitur ad multa, sed magis unitus recepta, cum materia sit de natura specicmanet in acceptione plurinm intelligibilinm rum in rebus matoriaHhus, sed hoc est per quam sensus in paucis sensibilibus, et hoc receptionem formæ in materia secundum est propter unitatem majorem medii, per quod est subjectum primum. Cum enim quod ipsa cognoscit, quod est magis unum subjectum in aiiqua.specie, seu aliqua pars quam medium, quo perfleitur sensus co- subjectiva sit prima sùhstantia quæ indignitio. Ex his ergo constat et manifestum viduum dicitur, illud quod tenet rationem est quod formæ in se acceptas unitæ sunt, primai subjecti, est causa individuationis et et non dispersæ. Cum rero in materia re- divisionis speciei in suppositis. Primum cipinutur et ei imraerguntur, patinntur autem subjectum est qüod in alio recipi divisioncm in sui natura, et ideo cum spe- non potest, et ideo formæ separatæ, eo cies formam sequatur, in formis separatis ipso quod in alio recipi non possunt, habent a materia non est difïerentia supposiloruni, rationem primi subjecti, et ideo seipris hiont la raison du premier sujet et l’individualisent d’elles-mêmes. Et comme elles n’ont rien autre que la forme, elle y est selon la raison de la forme; et puisqu’elles ont le même suppôt et la forme, lequel est cause qu’elles s’individualisent par elles-mêmes, en tant qu’elles ont la raison du premier sujet pour multiplier les suppôts, la forme est multipliée en elles selon la raison de la forme en elle-même, et non par un autre sujet, puisqu’elles ne sont pas reçues dans un autre. Or, cette multiplication multiplie l’espèce, en sorte qu’elles renferment autant d’espèces qu’il y a d’individus. Mais dans les autres formes qui en renferment plusieurs, parce qu’elles sont reçues dans un autre objet qui a la raison du premier sujet et non celle de la forme, la même forme reste dans les différents suppôts. Ce récipient est la matière, non pas prise en général, ainsi que nous l’avons dit, puisqu’elle tire son origine de l’intellect de l’espèce philosophique, mais en tant qu’elle a la raison du premier sujet, son caractère distinctif est d’être sous certaines dimensions, qui le font tomber sous les sens hic et nunc. Il n’est point nécessaire d’une dimension indéterminée de la matière, pour opérer cette division de la forme ; car la matière est le. principe de l’individuation comme il est le premier sujet, ainsi qu’il a été dit, et seulement ainsi. Car tant qu’il y a un objet susceptible d’être encore reçu, on ne peut reconnoître le dernier qui n’en est pas susceptible : que s’il y a des dimensions indéfinies, on les trouvera nécessairement dans la matière comme dans leur sujet. Or, la matière avec ses trois dimensions, n’est pas le premier sujet, mais en elle-même et prise dans sa nature dans le sens qui fait qu’elle n’appartient pas à la nature de l’espèce, mais en tant qu’elle est reçue par l’intellect, à qui il est donné de percevoir la détermination ou l’intention de l’espèce. Puisque donc la forme est reçue dans la matière, toutes les dividnantur. Et cum in ipsis non sit nisi subjecti, et signatio ejus est esse sub ccrtis forma, est in eis forma sccundum ratio- dimensionibus, quæ facinnt esse bic et nem formæ, et ideo cnm in eis sit idem nunc ad sensum demonstrabile. Ad hanc suppositum et forma ex quo' seipsis indi - igitur divisionem formæ non requiritur in viduantur, in quantum habent raliouem materia dimensio aliqua interminata. Maprimi subjecti ad multiplicationem suppo- leria enim est principinm individuationis, silorum, multiplicatur in eis forma secmi- ut est primum subjectum, ut dictum est, dum raliouem formæ secundum se, et non et solum sic. QuamcUn enim manet aliquirl per alintl, quia 'non recipinntur in alio. ulterins receptibile, non invenitur ultimum Omnis enim talis multiplicatio multiplient quod in nullo natum est recipi ; si autem speciem, et ideo in eis tôt sunt species, sint dimensiones interminatæ, necessario quot sunt individua. In aliis vero formis erunt in materia, ut in subjeclo. Materia ubi est multitudo formae per receptionem autem cum tribus dimensionibus non est in alio quod habet ralionem primi sub- primum subjectum, sed secundum se et je e ti, et non secundum rationem forma?, in natura su a, per quem modum non perinan et cadem species in diversis supposais. pertinet ad-naluram speciei, sed pro'ut est in Hoc autem recipiens est materia non qua- acceptione intcllectus, cujus est determ ilitercumque accepta, ut d ictu n icst, cum i nationcm, seu iritentioncm speciei pcrciipsa sit de intellcctu phklosopliicæ speciei, pere. Cum ergo forma recipilur in mased sccundum quod habet rationem primi I teria ciicinnscriplis omnibus per inlcllecdimensions étant circonscrites par l’intellect, il y a alors quelque chose qui est dans le genre de l’espèce ; le dernier ayant la raison parfaite de l’individu dans la substance : mais sa démonstration immédiate est impossible en dehors de dimensions fixes et déterminées qu’il est nécessaire d’avoir, parce que la forme est reçue dans la matière, cc qui est impossible sans le corps de la substance dônt la forme propre est les dimensions elles-mêmes. Aussi dit-on que la matière, sous certaines dimensions, est la cause de l’individuation, non en ce sens qu’elles produisent l’individu, puisque l’accident ne peut être la cause de son sujet, mais parce qu’elles servent à la manifestation immédiate de l’individu, comme un signe particulier et inséparable de l’individu.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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