De la nature de la matière et des dimensions indéfinies · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre II : De quelle manière la matière est connue par le changement des formes ; et comment la matière est le principe de l'individuation
Nous devons donc considérer attentivement qu’il y a deux termes de l’action physique; savoir, un premier et un second. Le premier est la génération, qui est le terme de l’altération physique. Le second est la forme, qui est la tin de la génération, bien que la forme ne soit pas toujours le produit de la génération, laquelle forme est latin de la génération, comme on le voit pour l’ame de l’homme, qui n’est point le résultat de l’action d’un agent physique. En sorte que le premier terme de l’action physique dans la génération de l’homme est une condition suffisante pour l’adjonction de l’ame. Aristote donne le nom de génération, dans le second livre de son traité de Physique, parce que l’homme et le soleil engendrent l’homme. Mais la génération proprement dite a lieu, quand la forme est unie au sujet qui est produit de la nature du générateur, ce qui arrive quand le principe d’actionn’excède point le mode d’action sous aucun rapport, ainsi qu’il en est de toutes les formes imprimées dans la matière. Car ces formes ne sont point un principe d’action, par quelque chose d’inhérent à elles-mêmes, comme s’il y avoit quelque chose en elles, qui ne fût point uni à la matière, et autre chose qui y fût comme plongé ;'mais elles sont parfaitement le principe d’action des objets dont elles sont la forme; et c’est en vertu de cette action, qu’il est produit un objet ressemblant à ces choses, eu genre et en espèce. Mais l’ame de l’homme excède le mode de son action et de sa génération, parce que l’ame de l’homme n’est pas une forme entièrement perdue dans la matière. Car la puissance génératrice de l’homme n’est pas toute la vertu de l’ame humaine, mais seulement une partie qui ne dépasse point les conditions de la matière; et c’est pour cette raison que, dans la génération de l’homme, on ne reproduit point le même sujet en espèce en vertu de la génération, comme dans les autres générations. Car quelque disposée que la matière soit naturellement pour l’ame humaine, Dieu pouvoit cependant l’empêcher de la créer. On peut donc comprendre quelle est la nature de la matière par la génération, qui est le premier terme de l’action physique. En effet, puisqu’il n’est pas besoin dans l’action physique d’un sujet en acte, excepté pour le mouvement, ainsi que nous l’avons dit de l’altération, et qu’il faut que le sujet soit dans tout le mouvement, il s’ensuit nécessairement, qu’il faut que le sujet soit en acte, tant qu’il y a altération et mouvement. Mais quand cesse le mouvement de décomposition, l’actualité du sujet cesse également. Or, elle subsiste dans son terme, qui est la génération; d’où il suit que toute l’actualité du sujet décomposé cesse dans la génération. Il n'y reste donc que l’être en puissance. Or, l’être en puissance est la seule matière ; ce qui fait que la matière seule est le sujet de la génération. Puisque donc la matière est un obstacle à sa connoissance, et qu’une chose n’est connue qu’autant qu’elle est en acte, comme il est dit au IXe livre de la Métaphysique, la matière ne peut être connue que dans ses rapports avec la forme, ainsi que le dit Aristote au premier livre de son traité de Physique; il faut d’abord commencer par connoltre la forme, et chercher à son aide la nature de la matière : car la forme est le terme de l’action physique, ainsi que nous l’avons dit. Il faut savoir que, dans le terme de tout mouvement, il n’y a rien qui ne soit occupé par le mouvement, comme dans le terme du mouvement local, il n’y a rien dans l’espace occupé par où commence le mouvement local, ainsi que dans le terme de humanæ, sed una pars ejus quæ conditiones sario tota actualitas subjecti alterati perimateriæ non excedit ; et ideo in generatione bit. Solum ergo ens in potentia manet in hominis non attingitur ad idem specie ex generatione. Ens autem in potentia est vi générât ionis sicnt in aliis. Quantum- materia solum, et ideo materia nuda est cumque enim materia secundum naturam subjectum generationis. Cum ergo materia disponatur ad amqnam humanam, Deus impediat cognitionem, et unumquodque tamen posset eam non creare. Ex généra^ non cognoscatur nisi secundum quod est tione ergo quæ est primus terminus aclionis actu, ut dicitur IX. Metaphys., ideo maphyâcæ, accipi potest quæ sit natura ma teria non est scibilîs nisi in ordine ad forteriæ. Cum enim non requiratur aliquod mant, ut dicit Philosophus I. Physic.j ideo subjectum actu in actione physica nisi formam per prins oportet cognoscere, et propter motum, sicut de alteratione dictum per eam requirere naturam materiæ ; forma est, et subjectum necesse sit manere in toto enim est terminus actionis pbysicæ, ut dicm o tu, sequitur necessario quod quamdin tum est. Sciendum est erg» quod in terest aliquid de natura alterationis et motus, mine cujuslibet motus nihil est in isto subjectum esset in actu. Cum vero motus quod per motum derelinquitur, sicut in alterationis déficit, déficit subjecti actuali termino motus localis nihil est de loco u tés ; hæc autem est in ejus term ine, qui quo incipit motus localis, et in termino f*st generatio, undc in generatione neces- dealbationis nihil est de nigro a quo incipit 1’aclinn de blanchir, il n’y a aucun point noir par où celle action commence. Puisque donc l’altération de l’acte de la forme substantielle ot son composé sont altérés par la décomposition de la matière, afin de lui enlever à elle-même tout acte qu’elle avoil précédemment, ainsi que nous l’avons d it, son terme sera nécessairement privé de son premier acte. Car ce qui est le premier dans la constitution d’un objet, est le dernier dans su décomposition; et c’est là l’acte de la forme substantielle. Donc la- matière est ce qu’abandonne la forme substantielle, parce -que l’action de la créature ne nous réduit point au néant, comme nous l'avons dit. Ainsi donc on peut connoitrc la matière par la forme.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.