Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    De la nature de la matière et des dimensions indéfinies · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre I : La matière première ne peut exister que par voie de création

    CHAPITRE PREMIER. La matière première ne peut exister que par voie de création. Elle est le premier sujet dans la génération physique.

    Après avoir parlé des principes, il nous reste à traiter plus en détail de la nature de la matière. Disons donc que la causalité de la créature n’atteint pas la matière, parce que l’action de la créature s’exerce sur un autre fond ; et la matière n’a point de sujet duquel aucune puissance puisse la tirer, parce que la matière est sans matière, en sorte qu’elle n’est susceptible ni d’être engendrée, ni d’être altérée ; parce que tout ce qui est engendré est issu de la matière; et tout ce qui est altéré se convertit en matière, parce qu’elle est le premier principe dont une chose quelconque est tirée et le dernier dans lequel elle se résout par la corruption, selon le Philosophe, ï'r livre du traité de

    OPUSCULUM XXXI.

    Physique. En sorte qu’elle ne sort que du néant et ne peut retourner que dans le néant. Mais comme la créature ne peut faire rien sortir du néant, de même tout être retombe dans le néant par la soustraction de la puissance créatrice ; donc la créature ne peut produire la matière. Puisque l’agent physique n’a d’action que par l’intermédiaire d’un instrument matériel, l’action qui excite un corps est le mouvement ; aussi toute action de l’agent physique est dans le mouvement, lequel existe dans un objet mobile comme dans son sujet, ainsi qu’il est dit au IIIe livre du traité de Physique. Or la matière n'est pas mobile, parce qu’il faut nécessairement supposer la matière dans tout objet mis en mouvement, comme on le voit au IIIe livre du traité de la Métaphysique. Car tout ce qui est mobile est composé de différentes parties; or la matière n’a de parties que sous le rapport de la quantité; donc le sujet d'une action physique sera mobile en tant qu’existant en acte. Mois tout ce qui est mobile est mû de son mouvement propre en vertu' d’une qualité inhérente à sa nature, qui est pour lui le principe passif de son mouvement, telles sont la pesanteur et la légèreté dans un mouvement local. Ces qualités renferment la vertu du principe générateur du mouvement local, dans ces êtres inférieurs. Ce qui fait qu’on donne quelquefois à ces qualités le nom de principes actifs du mouvement, en tant qu’ils sont les instruments du générateur, qui est le moteur principal des corps(lourds et légers; et d’autres fois celui de principes passifs, en tant qu’effets du générateur. L’effet a la raison du principe passif, car il a lieu par l’interposition du sujet d’où il est produit. Il y a des agents qui ne produisent pas seulement les effets qui leur sont propres, mais encore leurs instruments, par exemple, le principe producteur du feu n’occasionne pas seulement son mouvement, mais il transforme en feu les matières légères qui produisent sont mouvement, en sorte que les matières légères soit actives, soit passives, sont appelées le principe du mouvement. Mais ces qualités des corps mobiles ne peuvent être des qualités premières, parce qu’elles ne tiennent qu’à des conditions étrangères au mouvement d’un objet, c’est-à-dire au mouvement local, lequel ne donne pas à un objet de forme substantielle; c’est pourquoi il importe qu’elles y soient précédées par d’autres qualités qui sont les instruments du générateur de la forme substantielle. Car il est nécessaire que cette forme soit antérieure à; son mouvement local,parce qu’il exige la quantité et différentes parties dans l’objet mobile. Mais la forme substantielle est antérieure à toute quantité; et la'forme du générateur de la production de la forme est une altération, dont le terme est la destruction de la forme primitive et la possession d’une nouvelle forme ; ainsi donc la décomposition de l’une, est la génération de l’autre. Et puisque l’altération est une action physique, elle n’a lieu que par l’intermédiaire d’un instrument corporel, ainsi que nous l'avons dit, et cette action ne s’opère que par le mouvement. C’est pourquoi l’altération dont le terme est la génération, exige un sujet existant en acte, comme un corps mobile, lourd ou léger; or la décomposition est un mouvement, comme il est dit au Ve livre du traité de Physique. Donc comme il y a repos à la fin de toute espèce de mouvement, en rapport avec la nature de ce mouvement, par exemple, dans le mouvement local,1 il y a repos à 1*endroit où finit le mouvement, ainsi dans le mouvement de Faction de blanchir, le repos est la blancheur qui termine l’action de blanchir; c’est pourquoi dans la fin de cette action, le repos est la production de la forme substantielle. Donc l’altération qui prive la matière de la forme primitive, exige en soi un sujet existant en acte, parce qu’elle est elle-même mouvement, ainsi qu’il a été dit. Mais elle ne l’exige pas dans son tenue qui est la génération; d’où il suit que la génération n’exige de sujet qu’en puissance. Il n’y reste donc que cela dans la génération, que le sujet seul soit nécessaire à la chose dont il est le sujet. Puisque donc la génération n’est point un mouvement, mais un changement, comme il est dit au Y* livre du traité de Physique, celle-ci étant le terme d’une action physique, c’est-à-dire de la décomposition qui exige toujours un sujet existant en acte à cause de la nature du mouvement, la matière qui est le sujet de la génération n’est jamais sans forme ; c’est pourquoi l’agent qui n’a pas besoin d’être précédé dans son action par un terme quelconque d’action, peut produire quelque chose de la matière sans qu’il y ait décomposition, ou bien du néant ou de quelque mouvement présupposé. Car son action n'étant point un mouvement, ni le terme du mouvement, un être en puissance seulement peut changer subitement sans qu’il y ait altération qui la précède, parce qu’il ne faut point de temps qui soit la mesure de l’action d’un objet naturel, à moins d’un mouvement surajouté; tellement qu’il ne seroit point nécessaire que la matière fut unie à la forme, par une intervention de la providence, à laquelle seroit soumise cette union de la forme, mais par une action physique qui ne peut s’exercer sur un être seulement en puissance, mais dans son terme, où finit le mouvement. C’est donc du terme de l’action physique qu’on peut tirer le moyen de connoître la nature delà matière, comme le fait Aristote dans le Ier livre de son traité de Physique.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de De la nature de la matière et des dimensions indéfinies

    9 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.