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    De la nature de l'accident · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre I : De la nature de l'accident

    Comme toute connoissance humaine a son principe dans les sens et comme les objets propres de la sensation sont des accidents, il s’ensuit que les accidents sont d’une grande utilité pour connoître l’essence d’une chose, ainsi qu’il est dit au chap. Ier de l’Ame. Nous dirons donc quelque chose, en peu de mots, de l’accident et de son origine, afin que l’intelligence soit amenée à percevoir plus facilement la quiddité d’une chose. Il faut donc savoir qu’un accident s’offre sous un double rapport, naturellement et logiquement. Naturellement, comme quand l’accident est mis en opposition avec la substance, et sous ce point de vue se trouvent neuf genres d’accidents. On appelle logiquement accident un des cinq universaux dont parle Porphyre. En conséquence l’accident, sous le premier rapport, suit la nature de la chose, tandis que sous le second il suit l’opération de l’intellect qui produit l’universalité dans les choses, comme dit le commentaire sur l’Ame. Mais comme la nature d’une chose précède l’acte de l'intelligence, c’est donc de l’accident, envisagé sous le premier rapport, que nous allons d’abord nous occuper. Il faut savoir, en conséquence, qu’un être n’est dit de l’accident, sous ce premier rapport, qu’au moyen de la substance de laquelle il a été dit antérieurement. C’est, en effet, la nature de toute analogie, que la chose à laquelle une dénomination est appliquée d’abord convient à toutes les choses qui

    OPUSCULUM XL. doctor is, acc id ent is. Quoniam omnis cognitio humana a sensu quinque universalibus, de quibus loquitur incipit, sensus autem propria objecta sunt Porphyrîus ; ideo primo- modo dictum seaccidentia, ideo et accidentia magnani quitur naturam rei. Accidens vero secundo partem conférant ad cognoscendum quod modo dictum sequitur operationem intelquid est, ut dicitur I. De anim a * De acci­ lectus, qui facit univcrsalitatem in rebus, dente igitur et ejus origine, aliquid brevi- ut dicit commentarius I. De anim a. Cum ter dicemus, quo facilius intellectus in autem natura rei præcedat actum intellecquidditatem rei ducatur. Sciendum igitur tus, ideo primo est de accidente primo est quod accidens dicitur dupliciter, natu- modo dicto agendum. Sciendum est igitur raliter scilicet et logice. Naturalitcr sicut quod ens non dicitur de accidente hoc accidens dividitur contra substantiam, et modo dicto, nisi mediante substantia, de hoc continet novem généra accidentium. qua per prius dicitur. Hæc enim est natura Logice vero dicitur accidens unum de omnis analogi, quod illud, de quo primo

    viennent après, comme la sanité se dit de l’animal avant d’être appliquée à l’urine ou à la médecine, par conséquent la saDité animale tombe dans la définition de l’une et de l’autre sanité. En effet, l’urine est appelée saine en tant qu’elle est un signe de santé dans l’animal; il en est de même dans la médecine, parce qu’elle est la cause de la santé dans l’animal. De cette manière l’être étant dit de la substance avant l’accident, il s’ensuit que la raison de l’être dans la substance tombe nécessairement dans la définition de l’être dans l’accident. Effectivement, la quantité est appelée être parce qu’elle est la mesure d’un être par soi, ou d’une substance, et la qualité, parce qu’elle est la disposition d’un être par soi, est aussi appelée être, et ainsi généralement des autres. Et comme être est un acte de l’être, et comme le mot inêtre désigne l’inhérence de l’accident, il s’ensuit que Yinêfre d’une chose parfaite est l’être de l’accident, ce qui est nécessairement étranger à la nature de la chose. Ce mot inêtre, en effet, ne signifie pas que l’être de l’accident soit en lui l’être de la substance, puisque l’être est pour chaque chose tout ce qu’il y a de plus formel. C’est pour cela que l’être ne convient qu’aux choses qui existent par elles-mêmes, mais la nature de l’accident gît dans l’être ou dans l’inhérence de la chose même. Cela est évident, parce qu’il y a certains accidents à qui conviennent à la fois et Yinêtre de la chose et son être qui consiste en cela seul ; néanmoins, leur sujet propre n’est pas l’être substantiel de la chose même, mais un accident quelconque, comme la quantité est le sujet de la qualité. Il est donc constant que l’être pour la qualité est Yinêtrc pour la quantité; on le trouve même sans le sujet de la substance, comme dans le sacrement de l’autel. Mais la quantité dans les choses de la nature est le premier et le plus proche accident de la substance naturelle, quoique cependant il soit étranger à la nature même de la chose, n’appartenant pas à la constitution de la substance, comme le sont ses principes naturels, quoiqu’elle ne,soit pas une mesure extérieure, comme le lieu, le temps, mais intérieure et unique néanmoins d’une même chose, ce qui n’est pas vrai du lieu, puisqu’une chose change souvent de lieu, et dans le sujet elle ne sera pas dans l’être même de la chose, qui est ce qu’il y a de plus intime dans une chose, mais dans la chose même dont l’être est l’acte. Car cet être est substantiel et non accidentel, ainsi que l’est l’être qui sert à désigner l’être de la seconde manière et non de la première, comme il est dit au chap. V de la Métaphysique. Et en conséquence ce mode d’être tend plus formellement à constituer une chose dans le genre d’être, quo la forme même de la chose, qui donne cet être même, ou la matière à laquelle il est donné, desquelles il résulte un composé à qui appartient ce mode d’être comme propriété d’un être. Ce qu’il y a donc de plus intime pour une chose, qui est un être, est entre tout son être même, et en second lieu la forme même de la chose qui lui donne son être ; et enfin la matière elle-même, quoiqu’elle soit dans la chose le fondement entre tout, est néanmoins plus éloignée de l’être même de la chose à l’égard duquel ce qu’il y a de plus proche est la chose même à laquelle il appartient, puisque c’est par elle qu’il s’applique à la matière et à la forme, excepté dans l’homme, en qui l’être de la forme est communiqué à l'homme tout entier, et cet être appartient à la forme, comme venant d’elle, parce qu’elle est le principe de son propre être, et ensuite de la matière même comme sujet qui la reçoit. En conséquence, la matière d’une chose, dont elle est l’être, est plus distante de cette chose, que la forme même d’où vient l’être; c’est pour cela que la matière n’est pas un être de sa nature, mais en vertu du composé, ou de la forme elle-même. Comme donc l’être d’un accident et tout accident est étranger au principe de la chose, et d'une autre nature, le premier parmi tous les accidents, la quantité suivra la matière qui est la plus distante de la chose et le reste par son moyen, quoique quelques-uns des autres accidents semblent participer davantage à la nature de la forme, telles que les qualités, en tant que moyens pour certaines actions. Car toute action d’une chose suit la forme, puisqu’il n’y a qu’un même principe d’être, d’opération ou d’action. C’est donc du côté des formes destinées à informer la matière qu’il faut examiner comment la quantité suit la matière, puisque celle-ci n’est susceptible d’être connue que par analogie avec les formes, comme il est dit au chap.-1" de la Physique. Pour faire comprendre cela il faut savoir que dans une seule et même matière il doit se trouver certaines formes générales, et d'autres spéciales, dont la nature est de faire dans la matière tout ce que les formes générales sont destinées à faire et encore plus, comme dit Boëce. La forme, au contraire, n’est destinée à faire rien autre chose que ce qui appartient à l’acte, et conséquemment s’il y a quelque chose qui suive l’être de la matière par rapport à quelque forme distincte dans son essence d’une autre forme, si cela ne tient pas à l’être en vertu de Pacte de la matière par la forme, cela ne se fait que par une autre forme certaine. Par exemple, dans la matière réside la puissance pour quelque forme générale, comme pour la forme de la corporéité, qui constitue un corps lorsqu'il y a eu adjonction et transformation de la matière ; le même résultat est produit et d’une manière supérieure par une forme plus parfaite, parce que cela appartient à l’acte. Mais ce qui se rapporte à la matière ne s’opérera pas indifféremment par l’une et l’autre forme, car cela n’est pas un être d’actualité, ni appartenant à l’être, mais bien à son essence même. Il y a effectivement dans la matière la puissance à une forme de corps, comme il a été dit, et ce résultat so produit lorsqu’il y a adjonction ; une forme plus parfaite en fait autant, ainsi qu’il a été dit aussi. Mais quoique une forme plus parfaite fasse la même chose qu’une forme générale, elle ne perfectionne pas la même puissance comme le feroit une forme générale si elle s’y Irouvoit, cela est évident. Car la matière existant sous une forme parfaite entre en puissance pour une telle forme, ce qui n’auroil pas lieu si sa puissance pour cette, forme étoit perfectionnée par une autre forme. Donc, ce qui peut être fait dans la matière par diverses formes se rapporte indifféremment à plusieurs et à une parfaite : car cela regarde le composé de matière et de forme qui possède l’être en acte, en qui plusieurs êtres substantiels ne pouvant exister sous une forme que sous une autre, ces êtres suivent, par ie moyen d’une forme, toutes les modifications qui surviennent dans chacun par les diverses formes. Les proportions qui appartiennent à cette matière la disposent d’une manière déterminée pour les essences des formes, de telle sorte que la puissance qu’elle a pour une forme, n’est pas perfectionnée pour une autre, quoique cette autre possède abondamment la vertu et la perfection nécessaires pour faire tout ce que les autres formes ont coutume de faire, et plus encore. Si donc certains accidents suivent la matière sous le rapport de la forme générale, c’est nécessairement, ou selon son être en acte qu’elle en reçoit, ou selon la perfection de sa puissance seulement par la forme, qui elle-même ne peut être perfectionnée par aucune autre. Comme donc une telle forme seule perfectionne la matière et produit en elle l’être en acte, alors l’accident qui suit k matière, par rapport fi cette forme qui perfectionne la puissance de la matière suivant un certain rapport dans l’essence, se produira dans l’essence de la matière perfectionnée, non pas nue, mais suivant l’acte de ce composé; et c’est là la matière dans laquelle l’accident a l’être. Il y a, en effet, pour l’accident un certain sujet suivant lequel il est en acte, ce qui fait qu’il est facile de concevoir ce que c’est pour un accident que suivre la matière par rapport à une forme générale ou par rapport à une forme spéciale. Cela, en effet, n’a point trait à l’être en acte de l’accident, puisqu’il est dans la matière le produit d’une forme et de plusieurs indifféremment; mais il concerne son essence par rapport à la puissance de la matière, qui ne peut être perfectionnée indifféremment, mais bien par une certaine forme proportionnée à l’essence de cette matière. En effet, s’il falloit le rapporter à l’être en acte de l’accident, on ne pourroit faire de distinction entre les accidents qui suivent la matière sous le rapport d’une forme, ou sous le rapport d’une autre, puisque l’être en acte et tout ce qui le concerne est produit, ainsi que nous l’avons dit, par une forme plus parfaite quelconque; d’où il résulte que lorsque une certaine forme parfaite est reçue dans la matière, laquelle fait tout ce qu’ont coutume de faire les autres formes relativement à ce qui appartient à l’acte, tous les accidents, selon l’ètre dont ils sont en possession, suivent l’être en acte de ce composé qu’il tient de cette forme parfaite. Mais l’ètre de l’accident lui-même ne fait pas l’être en acte, mais il suit la matière relativement à la forme, uniquement destinée à perfectionner cette essence suivant la puissance qui y a trait; un accident de ce genre est la quantité, et les autres choses qui sont en proportions diverses dans les êtres mixtes, comme la blancheur, la noirceur. Eu conséquence, de tels accidents, après la perte de la forme parfaite et la destruction de l’espèce, persévèrent dans leurs essences avec l’aptitude à tel ou tel être en acte. Car l’ordre de la matière à la forme générale ne périt pas par la destruction d’une chose parfaite, il en tire, au contraire, un accroissement de perfection dans l’être en acte; c’est pour cela que la quantité de dimension persévère dans l’être vivant et mort, aussi bien que la blancheur, la noirceur et les traces des blessures qui ont été reçues dans la quantité, et tout cela n’entraîne pas la disparition des accidents. En effet, l’origine et la racine de l’accident persévère tant que la même matière persévère dans son aptitude à une forme générale, quoiqu’il y ait transition dans l’être en acte. C’est ce qui fait qu’il y a changement de couleur dans l’homme vivant et l’homme mort, ce qui n’arriveroit pas si elle n’avoit en acte différents modes d’être, qualité commune aux divers actes existants, dont l’un, néanmoins, n’est pas changé dans son être, et c’est précisément celui que suivoient les accidents susdits.

    Il en est différemment des accidents qui suivent la matière relativement à une forme spéciale, telle que la figure ; dans toute espèce, effectivement, il y a une certaine figure : aussi entre tous les accidents c’est cette certaine figure seule qui démontre l’espèce de chaque chose. L’homme a une figure, le cheval en a une autre, lesquelles ne peuvent subsister, après la destruction de l’espèce de la chose, que d’une manière équivoque. Néanmoins la figure de l’individu subsiste, telle que la quantité qui le détermine. Car il y a dans la quantité la figure qualité. En effet, tous les accidents de l’individu sont des accidents communs, mais les accidents de l’espèce ne le sont pas; c’est pour cela qu’ils suivent la matière relativement à la forme générale, puisque la matière est le principe de l’individuation sous certaines dimensions qui sont certains accidents communs. Quant aux accidens qui suivent la forme, tels que la qualité et d’autres, qui sont les principes des actions et des passions, ils ne subsistent plus que d’une manière équivoque après la destruction de la forme, puisqu’ils ont perdu perücilur in esse a c tu, et ideo in vivo et est certa figura, et ideo inter omnia alia mortuo quantitas dimensiva man et, et si­ accidentia certa sola figura speciem rei cumiliter albedo et nigredo, et vestigia v u l- juslibet demonstrat. Alia est enim figura nerum, quæ in quantitate recepta sunt, hominis et alia cqui, destracta specie rei, nec est accidentinm transitus propter hoc, non possunt mancre, nisi æquivoce. Manet Manet enim origo et radix accidentis ea­ tamen eadem figura individui hominis, dem materia in ordine ad formam genera- sicut est quantitas in qua est. Est enim lem rémanente, licet sit transitus in esse figura qualitas in quantitate. Omnia enim actu, Inde est quod diversimode mulatur accidentia individui sunt com munia accicolor in vivo et mortuo, quod non contin- dentia, sed speciei accidentia non 3 et ideo geret, nisi alind et alind esse actu habere l, sequuntur materiam in ordine ad formam quod est ratione diversorum actuum exis- gcneralem, cum materia sit principinm intentinro, quorum tamen alterum inesse dividuationissub dimensionibus certis, quæ non est mutatum, et itlud sequebautur sunt quædam accidentia communia. Si qua prædicta accidentia. autem accidentia sunt, quæ sequuntur Accidentia autem quæ sequuntur mate­ formam, sicut q ualitas, et quædam quæ riam in ordine ad formam specialem, cu- sunt principia actionum et passionum, non jnsmndi est figura, in qualibet enim specie manent forma destructa nisi æquivoce, tout pouvoir ultérieur pour les mêmes actions. Il y a d’autres accidents qui suivent la forme et qui ne laissent pas même après eux la plus légère ombre, tels que le rire et autres choses semblables.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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