De la conformité à la volonté de Dieu · Alphonse de Liguori
De la conformité à la volonté de Dieu
Toute notre perfection consiste à aimer notre Dieu : Charitas est vinnUum perfectionIs. (Coloss. m.) Mais toute la perfection de l'amour consiste dans l'union de notre volonté à la sienne. L'effet principal de l'amour, dit S. Denis l'Aréopagite (De Div. Nom. 4. ), c'est d'unir la volonté des amans, de telle sorte qu'il n'y en ait plus qu'une. Aussi plus on est uni à la volonté de Dieu, plus est grand l'amour qu'on a pour lui. Les mortifications, les méditations, les communions, les œuvres de charité envers le prochain, plaisent à Dieu ; mais quand? Lorsqu'elles sont faites selon sa volonté ; mais s'il n'en est pas ainsi, elles lui déplaisent; que dis-je, il les abhorre, et les punit. S'il y avait deux serviteurs dont l'un travaillât toute la journée sans se repose?, mais aussi en ne voulant faire les choses qu'à sa guise, et dont l'autre, prenant moins de peine, obéirait en tout ce qui lui serait commandé, le maître préférerait sans doute le second au premier. Mes œuvres servent-elles à la gloire de Dieu lorsqu'elles ne sont pas selon son bon plaisir? Le Seigneur ne veut point de sacrifice, dit le prophète à Saül, il veut seulement qu'on lui obéisse. Numqttid vult Dominus holocmista el viclimas et non polius ut obediutur voci Domini? quasi scelus idnlolalriœ est nolleacquicsccre. (LReg.xv.22.) L'homme qui veut agir par sa propre volonté sans celle de Dieu, commet une espèce d'idolâtrie, car alors au lieu d'adorer la volonté de Dieu, il adore la sienne en quelque sorte.
La meilleure manière de glorifier Dieu, c'est d'accomplir sa sainte volonté, Notre Rédempteur, qui est venu sur la terre pour établir sa gloire, nous a enseigné cela par son exemple. Voici comment S. Paul le fait parler ; Hostiam et oblationem noluisti, corpus autem aptasli mihi: tune dixi : Ecce vcnlo ut faciam, Deus, voluntatem tuam (Hebr. x. 5.) Père éternel, vous avez refusé les victimes que les hommes vous ont offertes; vous voulez que je vous sacrifie le corps que vous m'avez donné ; me voici prêt à faire votre volonté. Le Sauveur lui-même dit en plusieurs endroits, qu'il n'est pas venu sur la terre pour faire sa volonté, mais celle de son père:Desccndi de cœlo non ulfaciam voluntatem meam sed voluntatem ejus qui misit me. C'est pour cela qu'il veut que le monde connaisse l'amour qu'il a pour son père, en obéissant à sa volonté par laquelle il devait se sacrifier sur la croix pour le salut des hommes. C'est ce qu'il dit encore dans le jardin, lorsqu'il allait à la rencontre de ses ennemis qui venaient pour le prendre et le conduire à la mort. Ut cognoscat mundus, quia diligo patrem, et sicut mandatum dedit pater, sic facio; surgite, camus hinc. (Joan. xiv. 31.) Il dit encore qu'il reconnaissait pour frère celui qui accomplissait la volonté de Dieu, qui fecerit voluntatem patris moi ipso meus frater. (Matth. xxii. 50.)
Tous les Saints n'ont eu d'autre but que celui de faire la volonté de Dieu, car ils comprenaient bien que c'est en cela que consiste toute la perfection d'une ame. Le bienheureux Henri Suson dit (L. n. c. 4.) : « Dieu n'exige pas que nous soyons riches en lumières, mais il veut que nous nous soumettions i\ sa volonté, » Sainte Thérèse dit que ce que doit rechercher celui qui s'exerce à l'oraison, c'est de se conformer à la volonté de Dieu, et à s'assurer que c'est en cela que consiste la véritable perfection. Celui qui la pratiquera le mieux, recevra aussi de Dieu les dons les plus abondans et fera le plus de progrés dans la vie intérieure. La bienheureuse Stéphanie de Soncino dominicaine, étant un jour en vision, fut conduite au ciel et y vit quelques personnes mortes qu'elle avait connues autrefois. Elles étaient placées entre deux Séraphins. On lui dit que ces ames étaient élevées à tant de gloire parce qu'elles s'étaient parfaitement conformées sur la terre à la volonté de Dieu. Suson, dont nous avons déjà parlé, disait : « Je préférerais être un ver par la volonté de Dieu, <r qu'un Séraphin par la mienne. »
Sur cette terre nous devrions apprendre des Saints du ciel comment il faut aimer Dieu. L'amour pur et parfait des bienheureux dans le ciel, consiste à s'unir entièrement à sa volonté. Si les Séraphins savaient que Dieu veut les employer pendant toute l'éternité à compter les grains de sable du bord de la mer, ou à arracher l'herbe qui nait dans les jardins, ils le feraient avec plaisir. Bien plus, si Dieu leur témoignait le désir de les voir se jeter dans le feu de l'enfer, ils iraient aussitôt se précipiter dans cet abîme pour faire la volonté de Dieu. C'est ce que nous enseigne Jésus-Christ quand il nous dit de demander que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme les Saints la font dans le ciel. Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra. (Matth. vi. 9.)
Le Seigneur appelle David l'homme selon son cœur, car David accomplissait toute sa volonté : Inveni virum secundum cor meum, qui facit omnes voluntates meas. (Act. xvi. 22.) David était toujours prêt à embrasser la volonté divine, comme il le disait souvent : Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. (Ps. LVIII. 8. et cvii. 1.) Il ne demandait au Seigneur qu'une chose, c'était de lui enseigner à faire sa volonté: Docc mefacere voluntatem tuam. (Ps. CXLII. 10. ) Un seul acte de conformité à la volonté de Dieu suffit pour faire un saint. Lorsque Saul persécutait l'Église, Jésus-Christ l'éclaira et le convertit. Que fît Saul? que dit-il? Il s'offrit alors à faire la volonté de Dieu? Domine, quid me vis facere? (Act. ix. 6. ) Dès lors le Seigneur le déclara vase d’élection cl apôlrc des nations : Vas clccûonis est mihi iste ut portet nomen meum coram gentibus. (Acl. ix. 15.) Celui qui donne sa volonté à Dieu, lui donne tout; celui qui donne ses biens par l'aumône, son sang par la flagellation, sa nourri lui c par le jeûne, donne à Dieu une portion de ce qu'il a ; mais celui qui lui donne sa volonté, lui donne tout. Aussi peut-il dire au Seigneur: Je suis pauvre, mais je vous donne tout ce que je puis; en vous donnant ma volonté je ne puis vous donner rien de plus: voilà ce que Dieu demande de nous: Fili mi, prœbe cor tuum mihi. (Prov. xxiii. 4. ) Mon fils, dit le Seigneur à chacun, mon fils, donnez-moi votre cœur, c'est-à-dire voire volonté. Nihil gratius Deo, dit S. Augustin, possumus ei offerre quam ut dicamus ei: Posside nos. Non, nous ne pouvons offrir à Dieu rien de plus cher que de lui dire: Seigneur, possédez-nous, nous vous donnons toute notre volonté; faites-nous comprendre ce que vous voulez de nous, et nous l'exécuterons.
Si donc nous voulons plaire entièrement au cœur de Dieu, tachons non-seulement de nous conformer en tout à la volonté divine, mais encore de nous y uniformer, si je puis m'exprimer ainsi. Par le terme de conformité on veut dire que nous dirigeons notre volonté comme celle de Dieu; mais par celui d'uniformité on veut dire de plus que de deux volontés nous n'en faisons qu'une, de telle sorte que nous ne voulons que ce que Dieu veut, et que la volonté de Dieu seule est la nôtre. C'est là le plus haut degré de perfection auquel nous devons aspirer; c'est là que doivent tendre toutes nos œuvres, tous nos désirs, nos méditations et nos prières. Nous devrions prier nos saints patrons de nous secourir, ainsi que nos anges gardiens, cl surtout la divine mère, qui a été la plus parfaite de toutes les créatures, parce qu'elle a fait la volonté de Dieu avec le plus de perfection.
Mais le difficile, c'est d'embrasser la volonté de Dieu dans tout ce qui nous arrive, dans la prospérité et dans l'adversité. Dans la prospérité les pécheurs mêmes se conforment à la volonté de Dieu, mais il n'y a que les Saints qui se conforment dans l'adversité et dans les circonstances où leur amour propre est contrarié; c'est là que l'on voit le degré de perfection de l'amour que l'on a pour Dieu. Le vénérable père Jean Avila disait: « Un Dieu soit béni dans l'adversité vaut mieux que six mille remerciements dans la prospérité. »
De plus, il faut se conformer à la volonté divine, non-seulement dans l'adversité qui nous vient de Dieu, comme sont les maladies, les chagrins, la pauvreté, la mort de nos parens, mais encore dans les malheurs qui nous arrivent de la part des hommes, tels que les mépris, les infamies, les injustices, les vols et toutes sortes de persécutions. Par cela il faut comprendre que quand nous sommes offensés dans notre réputation, dans notre honneur, quoique le Seigneur ne veuille pas le péché, il veut cependant notre humiliation, notre pauvreté et notre mortification. Il est certain et même de foi que tout ce qui arrive dans le monde arrive par la volonté de Dieu. Ego Dominus formans lucem et tenebras, faciens pacem et creans malum. ( Ps. XLV. 7.) C'est de Dieu que nous viennent tous les biens et tous les maux, c'est-à-dire toutes les choses qui nous sont fâcheuses et que nous appelons à tort des maux, car ce sont des biens dans le fait, lorsque nous les prenons de sa main. Si erit malum in civitate quod Dominus non fecerit! dit le prophète Amos (m. G. ) ; et le sage avait dit avant: Bona et mala, vita et mors a Deo sunt. (Eccli. xi. 44.) Il est vrai, comme je l'ai dit, que quand un homme vous offense injustement, Dieu ne veut pas le péché qu'il commet et il ne prend pas part à la malice de sa volonté, mais il concourt généralement à l'action matérielle par laquelle un tel vous frappe ou vous vole, ou vous injurie, en sorte que cette injure que vous souffrez vient de Dieu, et Dieu la veut. C'est pour cela que le Seigneur disait à David, qu'il était l'auteur des outrages que devait lui faire Absalon lorsqu'il lui enlèverait ses femmes devant ses propres yeux, en punition de ses péchés : Ecce ego suscilabo super te malum de domo tua, et tollam uxores tuas in oculis tuis et dabo proximo tuo. (II. Reg. xii. 44.) C'est encore pour cela qu'il dit aux Hébreux, qu'en punition de leur iniquité il leur enverra les Assyriens qui les dépouilleront ct qui les ruineront, Vœ Assur, virga furoris mei,. mandabo illi, ut auferat spolia cldiripiat prœdam. (Ps. x. 5.) S. Augustin s'écrie: Impietas eorum tanquam securis Dei facta est. (In Ps. xxxv n. ) Dieu se servit de l'iniquité des Assyriens comme d'une hache pour frapper les Hébreux; et Jésus lui-même dit à S. Pierre que sa passion et sa mort ne lui venaient pas tant de la part des hommes que de celle de son père : Calicem quem dedit mihi pater non vis ut bibam illum?
Lorsqu'un messager, qu'on dit être le démon, vint annoncer à Job que les Sabéens lui avaient enlevé toutes ses richesses et lui avaient tué ses enfans, que répondit le saint homme : Dominus dédit, Dominus abslulit, ( i. 2 1. ) Il ne dit pas le Seigneur m'a donné des enfans et des biens, et les Sabéens me les ont enlevés, mais le Seigneur me les a donnés et le Seigneur me les a enlevés, car il comprenait bien que cette perte lui venait de Dieu; c'est pour cela aussi qu'il ajouta; Sicut Domino placuit ita factum est, sit nomen Domini benedictum. (Ibid.) Il ne faut donc pas prendre les peines qui nous arrivent comme si elles étaient l'effet du hasard, ou comme si elles venaient par la seule faute des hommes, il faut encore se persuader que ce qui nous arrive ne vient que par la volonté de Dieu. Quidquid hic accidit contra voluntatem nostram, noveris non accidere nisi de voluntate Dei. (Aug. in Ps.
Lorsque les saints martyrs Epictèle etÀlon étaient au milieu des tourmens, qu'on les déchirait avec des crocs de fer, qu'on les brûlait avec des torches ardentes, ils ne disaient que ces mots : Seigneur, que votre volonté s'accomplisse en nous. Lorsqu'ils furent au lieu du supplice, ils s'écrièrent à haute voix : Soyez béni, Dieu éternel, car votre volonté s'est entièrement accomplie en nous. (Roswcid. 1.1.)
S. Césaire raconte (Lib. x. cap. 6.) qu'il y avait un religieux qui ne faisait à l'extérieur rien de différent des autres, et qui cependant avait acquis un tel degré de sainteté que par le seul attouchement de ses vêtemens il guérissait les malades. Son supérieur s'en étant étonné, lui demanda un jour pourquoi il avait le don des miracles, puisqu'il ne menait pas une vie plus exemplaire que les autres ; mais celui-ci lui répondit qu'il s'en étonnait lui aussi, et qu'il ne savait pas la raison pourquoi le ciel lui laissait cette faveur. Quelle est la pratique de dévotion que vous préférez, lui dit l'abbé? Celui-ci lui répondit qu'il ne savait pas, que seulement il tâchait de ne vouloir que ce que Dieu voulait et qu'il jouissait de la grâce d'abandonner sa volonté à celle de Dieu. La prospérité ne me touche pas, dit-il, et l'adversité ne m'abat pas, car je prends tout de la main de Dieu, et mes prières tendent à ce que sa volonté s'accomplisse en moi.— Quoi ! vous n'éprouvez aucune peine du dommage que notre ennemi nous a porté l'autre jour, reprit le supérieur ; il nous a enlevé toutes nos subsistances, il a mis le feu à notre ferme où étaient nos blés et nos bestiaux? Non, mon père, reprit le saint, j'en ai au contraire rendu grâce à Dieu, comme je fais ordinairement, car je sais que ce que Dieu fait ou ce qu'il permet, c'est pour sa gloire et notre plus grand bien. Ainsi toujours je suis content de ce qui arrive. Lorsque l'abbé eut entendu ce discours, il vit dans ce religieux tant de conformité à la volonté de Dieu qu'il ne fut plus étonné qu'il opérât de si grands miracles.
Non-seulement celui quiagilainsi fait la volonté de Dieu, mais encore il jouit sur la terre d'une paix perpétuelle. On demandait un jour à Alphonse-le-Grand (Panormi. in Vita. ), roi d'Aragon, prince très-sage, quel était l'homme qu'il croyait le plus heureux dans ce monde ; il répondit que c'était celui qui s'abandonnait à la volonté de Dieu et recevait toutes les adversités de sa main : DUigcntibus Daim omnia cooperaniur in honum. (Rom. vin.) Ceux qui aiment Dieu sont toujours contents, car tout leur plaisir consiste à accomplir la volonté de Dieu même, dans les choses qui les contrarient; ce qui fait que leurs travaux et leurs peines se convertissent en satisfaction, pensant qu'en les acceptant ils font plaisir à leur Seigneur bien-aimé : Non contristabit justum quidquid ei accident. (Prov. x. 11.) Et dans le fait, quelle plus grande satisfaction peut éprouver un homme que de voir que tout lui arrive selon sa volonté? Lorsque quelqu'un ne veut que ce que Dieu veut, comme tout ce qui arrive dans le monde, excepté le péché, n'arrive que par la volonté infinie de Dieu, il n'arrive par conséquent que ce qu'il veut. On parle dans la Vie des Pères d'un fermier à qui les biens rapportaient le double de ceux de ses voisins. Comme on lui demandait comment cela se faisait, il leur répondit qu'il ne fallait pas s'en étonner, car il avait les saisons comme il les voulait. — Mais expliquez-vous, lui disait-on. — Oui, sans doute, reprit-il, car je ne veux d'autre temps que celui que Dieu veut, je ne veux que ce que Dieu veut, et Dieu me donne des fruits comme je veux. Si les ames résignées, dit Salvien, sont humiliées, elles le veulent; et c'est là leur bonheur dans cette vie. Ilumilcs sunt, hoc volunt; pauperes sunt, paupertate deleclantur; itaque beati dicendi sunt. Viennent le froid, le chaud, la pluie, le vent, celui qui est uni à la volonté de Dieu dit toujours : Je veux qu'il lasse froid, qu'il fasse chaud, qu'il fasse du vent, qu'il tombe de la pluie, car Dieu le veut. Viennent la pauvreté, les persécutions, les maladies, la m o r l ; je veux, dit-il encore, être pauvre, persécuté, malade ; je veux mourir même, car Dieu le veut.
Voilà la liberté dont jouissent les enfans de Dieu; elle vaut plus que toutes les principautés, que tous les royaumes du monde. Voilà la paix dont les Saints jouissent, la paix qui surpasse tout sentiment : Exsuperat omnem sensum. (Eph. m. 2.) Elle est au-dessus des plaisirs des sens, des festins, des banquets, des honneurs et de tous les autres plaisirs du monde, plaisirs sujets à la caducité, qui flattent les sens, il est vrai, au moment où l'on s'y livre, mais qui ne contentent pas, et affligent, au contraire, l'esprit, où réside le vrai contentement ; c'est pour cela que Salomon, après avoir joui de tous les plaisirs du monde, s'écriait: Sed et hoc vanitas et afflictio spiritus. (Eccl. iv. 6.) Stultus, dit l'Esprit saint, sicut htna mutatur; sapiens in sapientia manet, sicut irait. (Eccl. xxvn. 12.) L'insensé, Le pécheur change comme la lune qui croît aujourd'hui et qui décroît demain ; tantôt vous le voyez rire et tantôt pleurer, tantôt doux et tantôt furieux comme un tigre; et pourquoi cela? Parce que son contentement dépend de b prospérité ou de l'adversité qu'il rencontre, et c'est pour cela qu'il change, comme les choses qui lui arrivent ; mais le juste est comme le soleil, toujours égal dans sa sérénité, quoi qu'il advienne; car il trouve sa satisfaction à se conformer à la volonté de Bien, aussi jouit-il d'une paix imperturbable. Et in terra pax hominihus bonce votuntalis (Luc. H. 15.), disait l'ange aux bergers. Et quels sont ces hommes de bonne volonté, si ce n'est ceux qui sont toujours unis à la volonté de Dieu, volonté souverainement bonne et souverainement parfaite! Voluntas Dei bona, beneplacens et perfecta. Oui, sans doute, car Dieu n'aime que ce qu'il y a de mieux et de plus parfait.
Les Saints mêmes sur la terre ont joui des douceurs d'un paradis anticipé. Les anciens pères, dit S. Dorothée, ne conservaient leur paix du cœur qu'en recevant les choses de la main de Dieu. Sainte Marie Madeleine de Pazzy, en entendant seulement prononcer le mot de volonté de Dieu, éprouvait des consolations indicibles et tombait dans des extases d'amour. Sans doute, l'on ressentira bien quelque peine des contrariétés qui surviennent, mais ce n'est que dans la partie inférieure. Et dans la partie supérieure de l'esprit régnera la paix et la tranquillité; car la volonté sera unie à celle de Dieu. Gaudium vestrum, dit le Rédempteur à ses apôtres, nemo tollct a vobh* Gaudium vcstnim sit plénum. (Joan. xvi. 22 cl 24.) Celui qui unit sa volonté à celle de Dieu, jouit d'une joie parfaite et durable ; parfaite, parce qu'il possède tout ce qu'il veut, comme je l'ai déjà dit; durable, parce que rien ne peut l'altérer, puisqu'il ne peut rien arriver que par la volonté de Dieu.
Le père Jean Taulèrc raconte (après le père Sangiurc, Erar. lom. 3. Niercmb. vita div.)qu'ayant prié le Seigneur pendant plusieurs années de lui envoyer quelqu'un qui lui apprît le vrai chemin de la vie spirituelle, entendit un jour une voix qui lui disait : Allez à telle église, et là vous trouverez celui que vous demandez. Il va à l'église et trouva sur la porte un mendiant sans chaussure et couvert de haillons. Il le salue d'abord, en lui disant : Bon jour, mon ami. A cela le pauvre répond : Mais, monsieur, je ne sache pas avoir jamais passé aucun jour de mauvais. Eh bien ! répliqua le père. que Dieu vous donne une vie heureuse. Mais, reprit le pauvre, je ne sache pas non plus avoir jamais été malheureux : puis il ajouta : Écoutez, mon père, ce n'est pas sans raison que je vous ai dit que je n'avais jamais passé aucun jour de mauvais ; car, lorsque j'ai faim, je glorifie Dieu ; quand il pleut ou qu'il tombe de la neige, je le bénis. Si l'on me méprise, si l'on me rebute, si je subis quelque autre désagrément, j'en glorifie mon Dieu. Je vous ai dit encore que je n'ai jamais été malheureux, et c'est encore vrai ; car je ne veux que ce que Dieu veut; car (oui ce qui m'arrive de doux ou d'amer, je le reçois de sa main avec plaisir, comme la meilleure chose qui puisse m'arriver ; voilà d'où vient mon bonheur. Et si Dieu voulait que vous fussiez damné, ditTaulcro? Si Dieu le voulait, eh bien! reprit le pauvre plein d'amour et d'humilité, je m'attacherais à lui et le tiendrais si fort que s'il voulait me précipiter à l'enfer, il serait obligé à m'y suivre, et, dans ce cas-là, je préférerais cire en enfer avec lui que de posséder toutes les délices du ciel sans lui. Où avez-vous trouvé Dieu, dit le père? Je J'ai trouvé, reprit le mendiant, là où j'ai laissé les créatures. — Mais qu'êtes-vous? — Je suis roi. — Et où est votre royaume? —. Dans mon ame ; c'est là que je tiens tout dans l'ordre en faisant obéir mes passions à la raison et ma raison à Dieu. Taulèro lui demanda enfin quelle était la pratique qui l'avait conduit à tant de perfection*, c'est, dit-il, le silence. Je me suis tu avec les hommes pour parler avec Dieu. Je me suis tenu avec le Seigneur, et c'est dans lui que j'ai trouvé la paix véritable. Ce mendiant n'était parvenu à un tel degré de perfection que par l'union qu'il avait avec la divine volonté. Cet homme était certainement plus riche dans sa pauvreté que tous les rois de la terre, et plus heureux dans les souffrances que tous les gens du monde ensemble avec tous leurs plaisirs.
Oh ! quelle folie de la part de ceux qui se refusent à la volonté de Dieu. Ils ont à supporter les peines tout également, car personne ne peut les empêcher de poursuivre les divins décrets. Voluntati ejus qttis resistcC? (Rom. ix. 19.) Et puis ensuite ils les souffrent sans en tirer aucun fruit, et se préparent même des chatimens plus grands pour l'autre vie cl plus d'inquiétude dans celle-ci. Quis résistif ci, etpaccm habuit? (Job. xxiv.) Que ce malade crie tant qu'il voudra au milieu de ses douleurs, que ce pauvre dans la misère se plaigne de Dieu, qu'il enrage, qu'il blasphème, que peut-il en arriver que du mal? Quid quarts homuncio quœrcndo bona?dit S. Augustin, quatre unuvi bonum in quo suntomnia bona. Que vas-tu chercher, ô homme, hors de Dieu? Cherche Dieu, unis-toi à sa volonté, et tu vivras toujours heureux dans cette vie et dans l'autre.
Et que veut notre Dieu, si ce n'est notre bien? Et qui trouverions nous qui nous aimait plus que le Seigneur ? Il ne veut qu'une chose, c'est que personne ne se perde, que nous nous sauvions tous et que nous devenions saints : Notum aliquos perire, sed omnes ad pœnitentiam reverti. (II. Petr. m. 9.) Voluntas Dei sanctificatio vestra. (I. Thess. iv. o.) Dieu a mis sa gloire dans notre bonheur, car étant de sa nature la bon lé infinie, selon l'expression de S. Léon, Deus cujus natura bonitas, et la bonté étant aussi expansive de sa nature, Dieu éprouve un désir extrême de faire participer les ames à son bonheur et à sa félicité. S'il nous envoie des tribulations dans ce monde, c'est pour notre bien. Omnia cooperantur in bonum. (Ad Rom. vin. 28.) Les chalimens, dit Judith, ne sont pas pour notre perte, mais afin que nous nous amendions et que nous nous sauvions. Ad emendationem, non ad perditionem noslram evenisse credamus. (Jud. vin. 17.) Afin de nous préserver des maux éternels, le Seigneur nous entoure de sa bonté. Domine, ut scuto bonæ voluntatis tuæ coronasti nos. (Psal. v. 1.) Non-seulement il désire notre salut, mais il en est encore inquiet. Deus sollicitus est mei. (Ps. xxix. 18.) Et que peut nous refuser, dit S. Paul, ce Dieu qui nous « d-.i^ik son propre fils. Qui proprio filio suo nçnpepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum ; quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit? (Rom. v n i 52.) C'est avec cette confiance que nous devons nous abandonner à la volonté de Dieu, car elle est toute dirigée vers notre bien. Disons donc dans tout ce qui nous arrive : In pace in idipsum dormiam et requiescam, quoniam tu, Domine, singulariter in spe constituisti me* (Ps. IV.) Remettons tout entre ses mains, car certainement il aura soin de nous. Omnem sollicitudinem vestram projicientes in eum, quoniam ipsi cura est de vobis (I. Petr. v. 7.) Pensons ensuite à Dieu, songeons à accomplir sa volonté, et alors il pensera à nous et à notre bonheur. Ma fille, disait le Seigneur à Sainte Catherine de Sienne, pensez à moi et je penserai à vous. Disons donc souvent avec l'épouse sacrée : Dilectus meus mihi, et ego illi. (Cant. n. 6.) Mon bien-aimé pense à mon bonheur, je ne veux penser à rien autre chose qu'à lui faire plaisir et à me conformer en tout à sa sainte volonté. Le saint abbé Nil disait que nous ne devions jamais prier le Seigneur de nous accorder ce que nous désirons, mais de nous faire accomplir sa sainte volonté. Quand il nous arrive quelque chose de fâcheux, acceptons-la toute de la main de Dieu, non-seulement avec patience, mais encore avec plaisir, imitant les apôtres, qui ibant gaudentesa conspeetu concilii, quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu contumeliam pati. (Acl. v. A.) El quelle plus grande satisfaction pour une âme que de souffrir quelque peine et de savoir qu'en souffrant de bonne volonté, elle cause à Dieu le plus grand plaisir qu'on puisse lui faire ! Lesmaîlresde la vie spirituelle disent que, quoique Dieu voie avec plaisir le désir que certaines personnes éprouvent de souffrir, il préfère néanmoins celles qui ne veulent ni jouir ni souffrir, mais qui sont toutes résignées à sa sainte volonté et qui ne désirent que d'accomplir ce qu'il veut»
Si donc, ô ame dévote, vous voulez plaire à Dieu et vivre dans la satisfaction sur cette terre, unissez-vous toujours à sa volonté. Pensez que pendant toute cette vie désordonnée que vous avez menée, vous n'avez commis tant de péchés que parce que vous avez méconnu la volonté de Dieu. Embrassez donc désormais le bon plaisir de Dieu, et dites toujours dans tout ce qui vous arrive : lia, Paler, quoniamsicfuitplacitum anle te.(Matth.xi. 46.)Ainsi soit fait, Seigneur, comme vous le désirez. Lorsque vous êtes en proie à l'adversité, pensez que tout cela vient de Dieu. Aussi dites alors : Dieu le veut ainsi : et conservez la paix du cœur. Obmutui, et non aperui os meum, quoniam tu fecisti. (Ps. XXXVIII.) Seigneur, puisque vous l'avez fait, je l'accepte et je me tais. Il faut à cet effet que vous dirigiez toutes vos pensées et toutes vos prières de manière à demander à Dieu dans les méditations, les communions et dans les visites au saint sacrement qu'il vous fasse accomplir sa volonté. Offrez-vous souvent à lui, en disant : O mon Dieu, me voici : faites de moi et de mes biens tout ce que vous voudrez ! C'était là l'exercice continuel de Sainte Thérèse; au moins cinquante fois le jour elle s'offrait à Dieu, afin qu'il disposât d'elle comme il voudrait.
Que vous serez heureux, mon cher lecteur, si vous agissez toujours ainsi. Certainement vous deviendrez saint et vous mènerez une vie et une mort heureuses. Lorsque quelqu'un passe à l'autre vie, toute l'espérance que l'on conçoit de son salut est basée sur ce qu'il est mort résigné ou non. Si, pour accomplir la volonté de Dieu, vous embrassez la mort comme vous avez embrassé tous les accidens qui vous sont survenus pendant la vie, vous vous ii.
sauverez certainement et vous serez saint. Obéissons donc tous au bon plaisir de Dieu, qui est infiniment sa$»o et infiniment aimant, puisqu'il a donne sa vie pour l'amour de nous, et qu'il connaît et veut ce qui nous convient le mieux. Soyons assurés, dit S, Basile, que Dieu cherche notre bonheur avec plus de soin que nous ne pouvons le faire el le désirer.
SMais venons-en maintenant à la pratique, et voyons quelles sont les choses dans lesquelles nous devons nous conformer à la volonté de Dieu. 1° Nous le devons dans les choses naturelles qui existent hors de nous, telles que le grand froid, le grand chaud, la pluie, la disette, la peste et mille autres fléaux. Ne disons jamais: Quelle chaleur insupportable! quel froid horrible! quelle peste! quelle mauvaise fortune! quel temps fâcheux! Ne nous servons jamais de ces termes-là, car ils font prouve que l'on a de la répugnance à faire la volonté de Dieu. Nous devons vouloir toute chose comme Dieu lui-même, car il dispose de tout. S. François Borgia étanlairivépcndanl la nuit devant la porte d'une maison de la compagnie par un temps nébuleux, frappa plusieurs fois; mais comme loin* les pères dormaient profondément, on ne lui ouvrit pas.. Quand le jour fut venu, chacun des pères lui témoignait le regret qu'il avait de l'avoir fait attendre, mais le sain! leur disait qu'il avait reçu pendant ce temps beaucoup de consolations en pensant que c'était Dieu qui lui jetait des flocons de neige.
2° En second lieu, nous devons nous conformer à la volonté de Dieu dans les choses qui se passent au-dedans de nous, comme la faim, la soif, la pauvreté, la désolation, les des honneurs. En tout, nous devons dire : Seigneur, faites et tranchez, je suis toujours content, je ne veux que votre volonté. Aussi, dit le père Rodrigue/, nous devons examiner quelles sont celles auxquelles Je démon tâche de nous faire penser souvent, afin de nous faire tomber dans quelque consentement, ou, tout au moins, afin de nous inquiéter. Si un tel vous disait telle chose, s'il faisait telle autre, que diriez-vous? que feriez-vous? Mais toujours nous devons répondre : Je dirais et je ferais ce que Dieu voudrait. C'est par là que nous nous délivrerions de tout ce qui pourrait nous être fâcheux.
5° Si nous avons quelque défaut naturel de corps et d'esprit, une mauvaise mémoire, un esprit lent, peu d'adresse, un membre estropié, une santé délicate, ne nous en plaignons pas. Quel mérite avons-nous et quelle est l'obligation où Dieu était de nous donner un esprit élevé, un corps mieux fait? Ne pouvait-il pas nous créer au rang des brutes ou nous laisser dans le néant? Quel est celui qui reçoit un don et qui s'en plaint ensuite. Remercions-le donc de ce qu'il nous a donné par le pur effet de sa bonté et contentons-nous de ce qu'il nous a fait. Qui sait si avec plus do talent, une santé plus robuste, un corps mieux fait, nous ne nous serions pas perdus? Pour combien de gens le talent et la science n'ont-ils pas été une occasion de perte, puisqu'ils s'enorgueillissaient et qu'ils méprisaient les autres. Et plus on avance dans la science, plus on est exposé à tomber. Pour combien d'autres personnes la beauté ou la force du corps n'ont-elles pas été une occasion de tomber dans mille péchés? Et combien, au contraire, n'ont été saints que parce qu'ils étaient pauvres, malades ou difformes? S'ils eussent été riches, bien portants et d'un physique agréable, ils auraient été damnés. Contentons-nous donc de ce que Dieu nous a donné. Porro unum est necessarium* (Luc. xx. 42.) Ni la beauté, ni la santé, ni le génie, ne sont nécessaires; ce qu'il y a de nécessaire au monde, c'est de se sauver.
4° Il faut que nous soyons résignés surtout dans nos infirmités corporelles, il faut que nous les embrassions volontiers pour le temps et comme Dieu le veut. Nous devons avoir recours aux remèdes ordinaires, car le Seigneur le veut ainsi ; mais si nous n'avons pas de plaisir aies prendre, unissons-nous à la volonté de Dieu, ce qui vaudra plus que la santé. Seigneur, disons-lui alors, je ne veux ni guérir ni cire malade ; je ne veux que votre volonté. Certainement il y a beaucoup de vertu à ne pas se plaindre de ses douleurs pendant les maladies; mais lorsque nous souffrons beaucoup, ce n'est pas une imperfection d'inviter nos amis à prier le Seigneur qu'il nous en délivre. Je parle des grandes douleurs, car c'est au contraire un très-grand défaut commun à bien des personnes, de vouloir que, pour la moindre douleur ou le moindre dégoût, tout le monde vienne vous plaindre et gémir sur votre mal. Du reste Jésus-Christ, au moment de sa passion, communiquait sa peine à ses disciples : Tristis est anima mea usque ad mortem; (Matth. xx. 58.) et puis priait l'Eternel son Père de l'en délivrer : Pater mi, si possibile est* transeata me calix iste. (Ibid. 59.) Mais Jésus lui-même nous enseigne ce que nous devons faire après de telles prières: c'est de nous résigner à la volonté de Dieu et de nous écrier: Verumtamcn, non sicut cejovolo, sed sicut tu.
Quel n'est pas l'aveuglement des personnes qui disent désirer la santé, non pas pour ne pas souffrir, mais pour mieux servir le Seigneur, pour observer les règles, servir la communauté, aller à l'église, faire la communion, faire pénitence, étudier, s'employer au salut des ames, confesser, prêcher ! Mais, je vous le demande, ô mon frère, dites-moi pourquoi désirez-vous de faire toutes ces choses? est-ce pour faire plaisir à Dieu ? Que demandez-vous donc lorsque vous savez que le plaisir de Dieu, n'est pas que vous fassiez des oraisons, des communions, des pénitences, des études, des prédications, mais que vous souffriez avec patience les infirmités et les douleurs qu'il vous envoie? Unissez alors toutes vos douleurs à celles de Jésus-Christ; mais ce qui me déplaît, c'est qu'étant malade je suis inutile et à charge à la communauté et à la maison. En vous résignant à la volonté de Dieu vous devez croire que vos supérieurs se résigneront aussi, lorsqu'ils verront que ce n'est pas par reflet de votre paresse que vous êtes à charge à la maison, mais parce que Dieu le veut. Ces désirs, ces gémissemens ne proviennent pas de l'amour de Dieu, mais de l'amour propre qui cherche mille prétextes pour s'éloigner de la volonté de Dieu. Voulons-nous faire plaisir à Dieu? Disons alors que nous nous verrons étendus sur un lit de douleur, disons au Seigneur cette seule parole, fiat voluntas tua ; répétons-la souvent, cent fois, mille fois, toujours, et c'est ainsi que nous pourrons seulement faire plus de plaisir à Dieu, que par toutes les mortifications et les dévotions que nous pouvons pratiquer. Il n'y a pas de meilleure manière de servir Dieu que d'embrasser sa volonté avec joie. Le vénérable père Avila (Epist. n.) écrivait à un prêtre malade : « Mon ami, ne pensez pas à tenir compte de ce que vous feriez si vous vous portiez bien, mais contentez-vous d'être malade pendant tout le temps qu'il plaira à Dieu. Si vous cherchez la volonté de Dieu, que vous importe d'être en bonne santé, ou d'être malade? » Ce saint personnage avait raison, car Dieu n'est jamais glorifié par nos œuvres, mais il l'est par notre résignation et notre conformité à sa sainte volonté. C'est pour cela que S. François de Sales disait encore que l'on sert mieux le Seigneur en laissant agir qu'en agissant. D'autres fois les médecins et les remèdes seront en défaut; le médecin ne connaîtra pas notre maladie, il faut alors que nous nous conformions à la volonté de Dieu, qui dispose tout pour notre bien. On raconte d'un homme qui avait beaucoup de dévotion à S. Thomas de Canlorhcri, (L. v, c. 1.) qu'étant malade il se transporta au tombeau du saint pour obtenir le rétablissement de sa santé. En retournant à son pays il se dit en lui-même : Mais si la maladie devait me sauver, cette santé à quoi me servirait-elle? Dans cette pensée il revint au tombeau, et pria le saint de demander à Dieu ce qui lui convenait le mieux pour faire son salut éternel. Cela fait, il retomba malade, son ame en fut ravie, et il pensa que Dieu n'en disposait ainsi que pour son bonheur. Susio raconte pareillement qu'un aveugle reçut un jour la faculté de voir par l'intercession de S. Waasl, évêque; à peine eut-il fait sa prière qu'il ajouta, que si cette nouvelle faculté devait être fatal à son ame, il le conjurait de le rendre aveugle, ce qui arriva aussitôt. Lors donc que nous sommes malades, le mieux est de ne demander ni la maladie ni la santé, mais de nous abandonner à la volonté de Dieu afin qu'il dispose de nous comme il lui plaira. Mais si nous voulons demander la santé, demandons-la du moins avec résignation, et sous la condition que la santé du corps convienne au salut clel'amc, autrement une telle prière serait défectueuse, et ne serait pas exaucée, puisque le Seigneur n'exauce pas les prières de ceux qui ne se résignent pas.
Pour moi, j'appelle Je temps de la maladie la pierre de touche de l'esprit, car c'est alors que l'on découvre ce que vaut la vertu d'une ame ; si elle ne s'inquiète pas, si elle ne gémit pas, si elle ne demande pas, mais qu'elle obéisse aux médecins, aux supérieure, et si elle est tranquille, résignée à Taire la volonté de Dieu, c'est signe qu'il y a là un fonds de vertu. Mais que doit-on dire d'un malade qui se plaint et qui dit qu'il n'est secouru que parmi petit nombre de personnes, que ses peines sont insupportables, qu'il ne trouve pas de remède pour le soulager, que le médecin est un homme ignorant, et qui se plaint ensuite que Dieu appesantit trop long-temps sa main sur lui ?S. Bonaventure raconte dans la vie de S. François, (Cap. xiv. ) qu'étant un jour accablé de souffrances, un de ses religieux lui dit avec simplicité: Mon père, priez Dieu qu'il vous traite avec un peu plus de douceur, car il paraît qu'il appesantit trop sa main. A ces mots S. François jeta un cri, et répondit : Ecoutez ; si je ne savais que ce que vous dites provient de votre simplicité, je ne voudrais plus vous o i r, car vous avez eu la hardiesse de critiquer les jugemens de Dieu. Après ce discours, bien que faible et exténué par les douleurs, il se jeta à terre, et baisant le pavé il s'écria: Seigneur, je vous remercie de toutes les souffrances que vous m'envoyez, je vous supplie de m'en envoyer davantage si cela vous fait plaisir; je désire que vous m'affligiez, et que vous ne m'épargniez pas, car l'accomplissement de votre volonté est la plus grande consolation que je puisse goûter dans cette vie.
C'est à cela qu'il faut encore ramener la perte qu'il nous arrive de souffrir quelquefois des personnes qui nous sont utiles,soit temporellement, soit spirituellement. Souvent les ames dévoles tombent dans ce défaut, et ne se résignent pas assez à la disposition divine. Notre sanctification ne nous vient pas du père spirituel, elle nous vient de Dieu. Il veut que nous nous servions des directeurs spirituels quand il nous les donne; mais lorsqu'il nous les enlève, il veut aussi que nous ne nous effrayions pas, et que nous augmentions notre confiance dans sa bonté, en disant alors: Seigneur, vous m'avez donné cet aide; maintenant vous me l'avez enlevé, que votre volonté soit toujours faite; mais maintenant enseignez-moi ce qu'il faut que je fasse pour vous servir. C'est ainsi encore que nous devons accepter des mains de Dieu toutes les croix qu'il nous envoie. Mais tant de peines sont enfin des châtimens, direz-vous? Mais moi je réponds, les châtimens que Dieu envoie dans cette vie ne sont-ils pas des grâces et des bienfaits? Si nous l'avions offensé, nous devrions satisfaire la justice divine de quelque manière, ou dans celle vie, ou dans l'autre. C'est pour cela que nous devons dire avec S. Augustin: Hic ure, hic seca, hic non parcas? ut in œternum parcas : et avec Job : Hæc sit mihi consolatio, ut affligeas me dolore, non parcas. (vi.10.) Celui qui sait qu'il a mérité l'enfer doit cire consolé lorsqu'il voit que Dieu le châtie, car cela doit l'encourager beaucoup à espérer que Dieu veut le délivrer du châtiment éternel. Disons donc au milieu des punitions de Dieu ce que disait le prêtre Héli. Dominus est : quod bonum est in oculis suis faciat. (I. Reg. in. 1 8. )
De plus nous devons être résignés dans nos désolations d'esprit. Le Seigneur a coutume de donner des consolations en abondance â une ame qui se donne à la vie spirituelle, afin de l'arracher aux plaisirs du monde ; mais ensuite lorsqu'elle est plus raffermie dans cette vie, il retire sa main pour éprouver son amour, et pour voir si elle le sert et si elle l'aime sans ressentir des plaisirs sensibles. Pendant la vie, dit Sainte Thérèse, le gain ne consiste pas à chercher à jouir de Dieu, mais à faire sa volonté. Et dans un autre endroit: L'amour de Dieu ne consiste pas dans la tendresse, mais à servir avec force et humilité. Et quelque autre part: C'est par les sécheresses et les tentations que le Seigneur éprouve ceux qui l'aiment. L'ame doit remercier le Seigneur lorsqu'elle est accablée de caresses, mais elle ne doit pas s'affliger avec impatience lorsqu'elle est dans la désolation. Il faut bien prendre garde à ceci, car il y a des ames aveugles qui, s'apercevant qu'elles ont des sécheresses, croient aussitôt que Dieu les a abandonnées, ou bien que la vie spirituelle est trop relevée pour elles, et qui ne font plus oraison, et perdent ce qu'elles ont fait de bon. Il n'y a pas de temps plus propice pour s'exercer à se résigner à la volonté de Dieu que le temps des sécheresses. Je ne dis pas pour cela, que vous ne deviez pas éprouver de la peine en vous voyant abandonné de la présence sensible de votre Dieu : on ne peut pas ne pas ressentir une telle peine, on ne peut pas ne pas s'en plaindre lorsque Jésus lui-même s'en est plaint sur la croix : Deus meus, Deus meus, ut quid dereli(juisti me ? (Matth. xxii. 46.) Mais dans sa douleur elle doit se résigner à la volonté de Dieu. Tous les Saints ont éprouvé ces peines et ces abandons d'esprit. Quelle dureté de cœur que celle à laquelle je suis soumis maintenant, disait Bernard; je n'aime ni la lecture, ni l'oraison, ni la méditation. Les Saints ont eu plus souvent des sécheresses que des consolations sensibles. Le Seigneur ne les accorde que très-rarement, et aux ames faibles peut-être, afin qu'elles ne s'arrêtent pas dans le chemin de la vie spirituelle, mais les véritables délices qu'il prépare aux siens sont dans le paradis. Cette terre est un lieu où l'on ne mérite que par la souffrance ; le ciel est un lieu de récompense et de bonheur, car sur cette terre les Saints n'ont jamais cherché la ferveur qui accompagne les jouissances, mais celle qui accompagne les souffrances. S. Jean d'Avila disait: (Audi Fil. c. 20. ) « Il vaut bien mieux vivre dans les sécheresses et dans les tentations par la volonté de Dieu, que dans la contemplation lorsque Dieu ne le veut pas. » Mais, direz-vous, si je savais que cette désolation vint de Dieu, je serais content; mais ce qui m'afflige et m'inquiète, c'est la crainte qu'elles soient la suite de mes fautes et le châtiment de ma tiédeur. Bien : n'ayez donc plus de tiédeur, et ayez un peu plus de zèle. Mais peut-être, parce que vous êtes dans l'obscurité, vous voulez vous inquiéter, abandonner l'oraison, et doubler votre mal. Il est possible que cette aridité ne soit que le châtiment de Dieu, comme vous le dites; mais ce châtiment Dieu ne vous l'envoie-t-il pas? Acceptez-le donc comme un châtiment que vous méritez, et unissez-vous à la volonté de Dieu, Ne dites-vous pas que vous méritez l'enfer? Pourquoi maintenant vous plaignez-vous? Pcul-èlrc méritez-vous que Dieu vous console? Contentez-vous donc de la manière dont Dieu vous traite; faites oraison, poursuivez ce que vous avez commencé, et craignez désormais que vos plaintes ne prennent leur source dans le trop peu d'humilité et de résignation à la volonté de Dieu. Quand une ame fait oraison, elle ne peut pas en retirer plus de profit qu'en s'unissant à la volonté de Dieu; résignez-vous donc, et dites: Seigneur, j'accepte cette peine de vos mains mêmes, je l'accepte pour Je temps qu'il vous plaira; si vous voulez que je sois ainsi affligé pendant l'éternité, je suis content. Cette prière, quoiqu'un peu pénible vous servira plus que toutes sortes de consolations.
Mais l'aridité n'est pas toujours un châtiment parfois Dieu en agit ainsi pour notre profit et pour conserver notre humilité. Le Seigneur permettait que S. Paul fût tourmenté par des tentations d'impureté, afin qu'il ne se glorifiât pas des dons qu'il avait reçus. Ne magniludo rcvclationnm exAollat me, datus est mihi stimulus carnis meæ, angelus satanec qui me colnphizet. ( IL Cor. xu. 7 ) Celui qui fait oraison avec beaucoup de douceur ne fait pas une chose étonnante. Est amicus socius mensœ > et non permanebit in die necessitatis. (Eccli. vi. 40. ) Vous ne tiendrez pas pour un ami véritable, celui qui vous accompagne à votre table, mais qui vous regarde travailler et ne cherche pas à vous être utile. Quand Dieu envoie des peines, c'est alors qu'il éprouve ses amis. Pallade avait un jour beaucoup d'ennui pendant l'oraison, il alla trouver S. Macaire; voici ce que lui dit ce saint : Quand quelque chose vous d i l : abandonnez l'oraison, répondez par amour pour Jésus-Christ : Je me contente de rester ici à garder les murs de cet appartement. C'est là aussi la réponse que vous devez faire quand vous êtes tenté d'abandonner l'oraison ; et lorsqu'il vous semble que vous perdez votre temps, dites alors : Je suis ici pour faire plaisir à Dieu. S. François de Sales d i l, que quand même pendant notre oraison nous ne ferions que chasser les distractions et les tentations, notre oraison n'en serait pas moins très-bien faite. Aussi dit Taulôrc, Dieu fera à celui qui persévère dans l'oraison pendant les sécheresses des grâces plus grandes que s'il avait prié avec beaucoup de ferveur sensible. Le père Rodriguez parle d'un homme qui n'avait éprouvé aucune consolation dans l'oraison pendant quarante ans, mais qui était toujours plus ferme dans la vertu toutes les fois qu'il faisait oraison, tandis qu'au contraire lorsqu'il passait un jour sans la faire, il était si faible qu'il n'était capable d'aucun bon acte. S. Bonaventure et Gerson disent qu'il y a plus de gens qui servent Dieu bien mieux, lorsqu'ils sont moins recueillis, qu'ils ne désirent, parce qu'alors ilssonl plus ditigens et plus humiliés; autrement ils s'enorgueilliraient et seraient plus tièdes, en pensant qu'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient. Ce que l'on dit des sécheresses, se dit encore des tentations. Nous devons tâcher d'éviter les tentations; mais si Dieu veut, ou permet que nous soyons tentés contre la foi, contre la pureté, ou contre toute autre vertu, nous ne devons pas nous en plaindre, mais nous résigner à la volonté de Dieu. Le Seigneur répondit à S. Paul, lorsqu'il le priait de le délivrer des tentations d'impureté, sufficit tibi gratia mea. Si nous voyons, nous aussi, que Dieu ne nous exauce pas et ne nous arrache pas à nos tentations fâcheuses, disons-lui : Seigneur, faites, permettez ce que vous voudrez; votre grâce me suffit, mais assistez-moi afin que je ne la perde pas. Ce ne sont pas les tentations, mais bien le consentement aux tentations, qui font que nous perdons la grâce de Dieu. Lorsque nous chassons les tentations, nous sommes plus humbles, nous acquérons plus de mérites ; nous avons recours à Dieu, plus souvent, nous restons plus long-temps sans l'offenser et nous nous unissons mieux à son saint amour. Il faut enfin que nous nous unissions à la volonté de Dieu pour ce qui regarde notre mort, pour le temps où elle doit arriver et la manière que Dieu emploiera pour nous l'envoyer. Sainte Gertrude ( L. I. Vil. c. 4 1. ) en franchissant une colline, roula et tomba dans la vallée. Ses compagnes lui demandèrent si elle n'avait pas craint de mourir sans sacremens? Mais la sainte leur répondit : Je désire bien, il est vrai, de mourir après avoir reçu les sacremens; mais je préfère encore la volonté de Dieu, car je crois que la meilleure disposition que l'on peut avoir pour bien mourir, c'est de se soumettre à ce que Dieu veut; je désire quelque mort que ce soit, el qu'il plaira à Dieu de m'envoyer. S. Grégoire dit dans ses Dialogues ( L. ni. c. 5 7. ) que les Vandales ayant condamné à mort un prêtre appelé Santolo, lui donnèrent la faculté de choisir la mort qu'il désirerait ; mais le saint homme refusa de choisir, et s'écria : Je suis entre les mains de Dieu, je subirai la mort qu'il voudra que je souffre, je n'en veux pas d'autre. Cet acte plut tellement à Dieu, qu'après que les barbares eurent délibéré qu'on lui trancherait la tête, le bras du bourreau fut arrêté par une force invisible, et à la vue de ce miracle, on fut contraint à lui laisser la vie. Quant à la manière, nous devons croire que la meilleure est celle que Dieu aura déterminée. Sauvez-nous, Seigneur, et puis faites-nous mourir comme il vous plaira ; voilà ce que nous devons dire lorsque nous pensons à notre mort.
Nous devons encore nous conformer au moment de notre mort. Qu'est-ce que cette terre, qu'une prison où nous devons souffrir et où nous sommes en danger de perdre Dieu à tout moment? C'est ce qui faisait dire à David, erue de custodia animam meam* ( Ps. CXLI, 8. ) C'est encore cette crainte qui faisait désirer la mort à Sainte Thérèse, car lorsqu'elle entendait sonner l'horloge, elle était toute consolée, en pensant qu'elle avait passé une heure de sa vie, et une heure où elle avait couru le danger de perdre Dieu. Le père Avila disait, que quand même on ne serait disposé que médiocrement, on devrait désirer la mort, par la raison du péril que l'on court de perdre la grâce de Dieu. Qu'y a-t-il de plus cher et de plus désirable, de s'assurer par une bonne mort de ne plus perdre la grâce de Dieu? Mais moi, dites-vous, je n'ai rien fait encore, rien acquis pour mon âme. Mais si Dieu veut que vous mouriez à présent, que ferez-vous après si vous vivez contre son gré? Et qui sait si plus tard vous feriez la mort que vous espérez faire? Qui sait si en changeant do volonté, vous ne tomberiez pas dans d'autres péchés, et si vous ne vous damneriez pas? Et s'il en était autrement, du moins vous ne pouvez vivre sans commettre des péchés au moins légers. Car, s'écriait S. Bernard, car vitam desideramus, in qua tanto amplius vivimm, lanto plus peccamus. (Mod. c. 8. ) Il est certain qu'un péché véniel déplaît plus à Dieu, que ne peuvent lui plaire toutes les bonnes œuvres que nous puissions faire.
Je dis encore que celui qui désire faiblement le paradis, donne des preuves qu'il aime peu Dieu. Celui qui aime, désire toujours la présence de l'objet aimé, mais nous ne pouvons voir Dieu, si nous ne quittons la terre; et tous les Saints n'ont désiré la mort que pour aller jouir de la présence de Dieu. C'est après cela que soupirait S. Augustin: Eiamoriar, ut le videam. S. Paul : Desiderium habens dissolvi et esse cum Christo. (Ad. Phil. i. 2 8. ) David: Quando veniam elapparebo ante faciem Dei ? ( Ps. XLI. 5.) C'est encore après cela qu'ont soupiré toutes les ames qui ont aimé Dieu. On lit dans un auteur, (Flores Enrcl. Grul. iv. c. 88.) qu'un chevalier allant un jour à la chasse dans un bois, entendit un homme qui chantait doucement. Le chasseur s'approche et aperçoit un lépreux dégoûtant, dont le corps tombait en lambeaux; il lui demande si c'est lui qui chante. Oui, monsieur, reprit le lépreux, c'est moi-même. Comment donc pouvez-vous chanter ainsi au milieu de tant de souffrances, et lorsque vous allez mourir? Mais, dit le lépreux, entre Dieu et moi il n'y a d'autre séparation que ce mur de boue, que ce corps chétif; quand je serai débarrassé de cet obstacle, je jouirai de mon Dieu : en voyant que je tombe en lambeaux, je me réjouis et je chante.
Enfin, pour dernier degré de grâce et de gloire, il faut que nous nous conformions à la divine volonté ; nous devons faire cas sans doute de la gloire de Dieu, mais nous devons préférer sa volonté. Nous devons désirer d'aimer plus que les Séraphins, mais nous ne devons pas vouloir un degré d'amour de plus ; si ce n'est celui que le Seigneur a voulu que nous ayons. Le père Avila l'a dit. (Audi filii. c. 4 5. ) Je ne crois pas qu'il y ait eu de saint qui n'ait pas désiré de devenir meilleur qu'il n'était; mais jamais ce désir ne leur enlevait la pr.ix, car ils ne le désiraient pas par cupidité, mais seulement pour Dieu, et ils étaient contents de ce qu'il leur avait donné, quoique souvent ils possédassent bien peu. Ils pensaient qu'il y avait plus d'amour à se contenter de ce que Dieu leur donnait qu'à désirer davantage, C'est ici le lieu de rapporter ce que dit Rodriguez (Tract, vin. c. 5 0. ), que, quoique nous devions être soigneux à nous procurer la perfection, autant qu'il est en nous, afin de n'avoir d'excuse ni dans la tiédeur, ni dans la paresse, comme disent quelques personnes. Dieu me la donnera, je ne puis aller que jusque là. Quand nous manquons cependant, nous ne devons pas perdre la paix et la conformité à la volonté de Dieu, qui a permis notre défaut, et nous ne devons pas perdre non plus courage. Prenons des forces, humilions-nous par le repentir, demandons le secours du Seigneur et poursuivons notre chemin. Ainsi, quoique nous puissions bien désirer de nous réunir dans le ciel,, au chœur des Séraphins, non pour avoir plus de gloire pour nous, mais pour glorifier Dieu cl pour l'aimer davantage, nous devons alors nous résigner à sa sainte volonté, nous contenter du degré auquel il daignera nous admettre dans sa miséricorde.
Ce serait encore un trop grand défaut, que de désirer d'avoir le don d'oraison surnaturelle, le don d'extase. de vision, de révélation ; car les maîtres de la vie spirituelle disent que les ames que Dieu favorise de ces grâces doivent le prier de l'en priver, afin de l'aimer simplement par la foi pure ; ce qui est le moyen le plus certain. Bien des Saints sont arrivés à la perfection sans ces grâces surnaturelles ; les vertus seules portent les ames à la sainteté, et les font se conformer à la volonté de Dieu, Si Dieu ne veut pas nous élever à ce degré sublime de perfection et de gloire, conformons-nous à son saint vouloir; prions-le qu'il nous sauve au moins par sa miséricorde. En agissant ainsi, la récompense que le Seigneur nous donnera dans sa bonté ne sera pas petite, car il aime par-dessus tout les ames résignées.
Au fait, nous devrions regarder toutes les choses qui nous arrivent, et qui nous devaient arriver, comme venant do la main de Dieu. Nous devons aussi diriger toutes nos actions vers un seul but, celui de faire la volonté de Dieu, et de ne rien faire que ce que Dieu veut ; et pour y arriver plus sûrement, il faut que nous nous laissions guider par nos supérieurs pour le temporel, et par nos directeurs pour le spirituel, afin d'apprendre d'eux ce que Dieu exige de nous; il faut aussi avoir foi dans ces paroles de Jésus-Christ : Qui vos audit, me audit. (Luc. x. 1G. ) Par-dessus tout, appliquons-nous à servir Dieu de la manière dont il veut que nous le servions. Je dis cela, afin que nous évitions l'erreur de celui qui perd son temps à se dire: Si j'étais dans un désert, si j'entrais dans un monastère, si j'allais dans un autre lieu, loin de ma maison, de mes païens et de mes compagnons, je me sanctifierais; je ferais telle pénitence, je ferais tant d'oraisons. Il dit toujours je ferais, je ferais. Mais, malgré cela, en supportant de mauvaise grâce cette croix que Dieu lui envoie, en ne marchant pas dans le chemin qu'il lui indique, il ne se fait pas saint, et va de mal en pis. D'autres fois ces désirs seront des tentations du démon, car ils ne seront pas selon la volonté de Dieu ; par conséquent, il faut les chasser, et s'encourager à servir le Seigneur par les moyens qu'il nous a choisis. En faisant sa volonté, nous ne pouvons que parvenir à la sainteté dans toutes les conditions où le Seigneur nous a placés. Ne veuillons donc toujours que ce que Dieu veut ; si nous agissons ainsi, il nous pressera sur son cœur. Aussi familiarisons-nous avec les passages de l'Écriture, qui nous invitent à nous unir toujours de plus en plus à la volonté de Dieu. Domine, quid me vis facere? O mon Dieu, dites-moi ce que vous voulez de moi, car je veux l'accomplir. Tuus sum ego, salvum me fac. ( Ps. x v m. 94. ) Je ne suis plus a m o i, je suis à vous, Seigneur; faites de moi ce que vous voulez. Lorsqu'il nous arrive quelque contrariété plus grande, telle que la mort de nos parents, la perte de nos biens : Ita pater, écrions-nous, itapater, quoniam sic fuit placilum ante te. (Matth. xi. 2G. ) Oui, ô mon Dieu, oui, ô mon père, qu'il en soit ainsi, puisque cela vous a plu; que la prière que Jésus-Christ nous a enseignée, soit surtout chère à notre cœur: Fiat voluntas tua, sicut in cœlo tt in terra. Le Seigneur dit un jour à Sainte Catherine de Gênes, de toujours répéter le Pater noster, et d'insister particulièrement sur ces paroles, que sa sainte volonté s'accomplit en elle, aussi entièrement que les Saints l'accomplissent dans le ciel, et nous aussi conduisons-nous ainsi, et nous parviendrons à la sainteté.
Aimée et louée soit à jamais la volonté de Dieu, et la bienheureuse vierge Marie conçue sans péché.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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