De l’autorité des Conciles généraux · Alphonse de Liguori
I : Notions préliminaires touchant l’infaillibilité des Conciles
NOTIONS PRÉLIMINAIRES TOUCHANT L’IN FAILLIBILITÉ DES CONCILES.
La foi est nécessairement une ; car elle est la compagne inséparable de la vérité, et comme la vérité est une, il faut nécessairement aussi que la foi soit une. Il suit de là, qu’il a été et sera toujours nécessaire que dans les controverses touchant les dogmes de la foi, il y ait un juge infaillible, au jugement duquel tous doivent se soumettre. La raison en est évidente ; car, s’il fallait s’en référer au jugement de chaque fidèle, comme le prétendent les sectaires, outre qu’on se mettrait par là en opposition avec les Saintes Ecritures, comme nous le verrons ci-après, on contredirait encore la raison naturelle; en effet, il serait impossible de rassembler les sentiments divers de tous les fidèles et d’en former un jugement distinct dans les définitions des dogmes de la foi ; de plus, les contestations seraient éternelles et il ne pourrait plus y avoir d’unité de foi, mais on verrait se produire autant de croyances différentes qu’il y a de têtes parmi les hommes. Or, pour nous assurer des vérités que nous devons croire, l’Ecriture seule ne suffit pas, attendu qu’en bien des endroits elle peut avoir des sens différents, les uns vrais, les autres faux; par conséquent, pour ceux qui voudraient prendre ces passages dans un sens vicieux, l’Ecriture ne serait plus une règle de foi, mais une source d’erreurs. N’allons pas croire, dit Saint Jérôme, que l’Evangile se trouve dans les paroles mêmes des Ecritures : il se trouve plutôt dans leur sens ; car, par une interprétation erronée, on fait de l’Evangile du Christ l’Evangile de l’homme, ou même du démon : Ne putemus in verbis Scripturarum esse Evangelium, sed in sensu; interpretatione perversa de Evangelio Christi hominis fit Evangelium, aut diaboli J Mais, dans les doutes en matière de foi, où doit-on puiser le vrai sens des Ecritures? dans le jugement de l’Eglise, qui, d’après le témoignage de l’Apôtre,2 est la colonne et la base de la vérité.
D’autre part, que de toutes les Eglises existantes, l’Eglise Catholique Romaine soit la seule véritable, et que toutes les autres qui s’en sont séparées soient fausses, c’est ce qui ressort évidemment de tout ce que nous avons dit ; car, de l’aveu même des sectaires, l’Eglise Romaine a été incontestablement fondée la première par Jésus-Christ; c’est à elle qu’il a promis son assistance jusqu’à la fin des siècles; et cette Eglise, comme il l’a dit à Saint Pierre, ne sera jamais renversée par les Portes de l’enfer, lesquelles désignent, suivant l’explication de Saint Epiphane,3 les hérésies et les hérésiarques. Par conséquent, dans tous les doutes en matière de foi, nous devons nous soumettre aux déclarations de cette Eglise, en assujettissant notre jugement à son jugement par déférence pour la volonté de Jésus-Christ, qui nous commande d’obéir à l’Eglise, comme Saint Paul nous l’enseigne : Et in captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Christi.4,
Or, l’Eglise nous instruit par le moyen des Conciles œcuméniques ; et c’est pourquoi la tradition constante de tous les fidèles a toujours regardé comme infaillibles les définitions des Conciles généraux, et comme hérétiques ceux qui ont refusé de s’y soumettre : de ce nombre ont été les Luthériens et les Calvinistes, qui ont prétendu que les Conciles généraux ne sont pas infaillibles. Voici comment s’exprimait Luther dans le 29e des quarante et un articles condamnés par le pape Léon X : Nous avons toute liberté pour interpréter les témoignages des Conciles, contredire librement leurs actes, juger de leurs décrets, et déclarer avec assurance tout ce qui nous semble vrai, soit qu’un Concile l’ait approuvé ou rejeté : Via nobis facta est enarrandi auctoritatem Conciliorum, et libere contradicendi eorum gestis, et judicandi eorum decreta, et confidenter confitendi quidquid verum videtur, sive probatum fuerit sive reprobatum a quocumque Concilio} Calvin.2 a écrit dans le même sens, et cette fausse opinion a été embrassée dans la suite par les autres Luthériens et par les Calvinistes ; en effet, d’après ce que rapporte un auteur,3 Calvin et Bèze ont affirmé « que tous les Conciles, quelque saints qu’ils soient, peuvent errer en ce qui concerne la foi. » D’autre part, la Faculté de Paris, en censurant le 29° article de Luther, a fait la déclaration suivante ; Il est certain qu’un Concile général légitimement assemblé ne peut errer dans ses décisions en matière de foi et de mœurs : Certum est Concilium generale legitime congregatum in fidei et morum determinationibus errare non posse. Et, en vérité, il est souverainement injuste de nier l’infaillibilité des Conciles œcuméniques, attendu qu’ils représentent l’Eglise universelle; par conséquent, s’ils pouvaient errer en matière de foi, l’Eglise tout entière pourrait aussi tomber dans l’erreur, et alors les athées seraient en droit de dire que Dieu n’a pas suffisamment pourvu à l’unité de la foi, comme il y était tenu, puisqu’il veut que tous professent une seule et même foi.
C’est donc un point de foi, que les Conciles généraux ne peuvent errer en ce qui a rapport aux dogmes et aux préceptes moraux,
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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