Constitution apostolique Deus scientiarum Dominus (24 mai 1931) · Pie XI
Constitution apostolique : Des universités et facultés d'études ecclésiastiques
sur les Universités et Facultés d'études ecclésiastiques.
PIE, ÉVÈQUE SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU Pour perpétuelle mémoire.
Dieu, le Seigneur des sciences, en confiant à son Eglise le mandat divin d'enseigner toutes les nations, l'a établie sans nul doute maîtresse infaillible de la vérité divine et par là même protectrice principale et inspiratrice de tout savoir humain. C'est en effet le propre de l'Eglise de transmettre à tous les hommes les enseignements sacrés qu'elle-même a reçus et tirés de la révélation divine; comme, d'autre part, la foi et la raison humaine non seulement « ne peuvent jamais se contredire », mais, étant donnée leur harmonie parfaite, « se prêtent un mutuel appui», l'Eglise du Christ, à toute époque, a considéré comme un devoir d'aider et de promouvoir la culture des arts et des sciences ainsi que l'attestent de nombreux et irrécusables témoignages historiques. De fait, dès la fin de la primitive Eglise, période où le Saint-Esprit suppléait directement par l'abondance de ses charismes aux connaissances qui manquaient peut-être aux fidèles et dès le second siècle après la naissance du Christ, surgirent à Alexandrie, à Edesse, à Antioche, à Nizibe, à Side de Pamphylie, des foyers de la sagesse chrétienne. A la fin de ce même siècle et au cours du troisième, furent fondées à Alexandrie et Antioche ces illustres didascalées où vinrent puiser leur science, pour ne citer que les plus célèbres, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Denis le Grand, Eusèbe de Cesaree, saint Athanase, Didyme l'Aveugle, saint Basile le Grand, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Chrysostome, Théodoret. Ces Pères et écrivains ecclésiastiques avec saint Ephrem, saint Hilaire de Poitiers, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, ainsi qu'un nombre presque incalculable de docteurs et de savants de l'Eglise de la même époque, étaient considérés par l'opinion publique comme l'élite du savoir. Postérieurement aux Pères de l'Eglise, grâce surtout au zèle et à l'activité des moines et des évéques, secondés, il est vrai, par ceux qui détenaient alors le pouvoir, un grand nombre d'écoles furent fondées. Il est certain qu'alors civilisation et science ecclésiastique ne faisaient pour ainsi dire qu'un, et que ces écoles — édifiées à l'ombre des cathédrales et des monastères — furent une source abondante de bienfaits pour tous.
Puis, à cette époque du moyen âge, qu'on a coutume d'appeler l'époque des ténèbres, au moment où de nouvelles invasions de barbares menaçaient de les submerger et de les bouleverser, les lettres et les arts, abandonnés de tous et tristement déconsidérés, trouvèrent, le seul qu'il leur restât, un asile assuré dans les temples et monastères de l'Eglise catholique. Les Conciles tenus à Rome en 826 et 8S3 promulguaient la décision, telle une lumière au milieu des ténèbres, en vertu de laquelle « dans tous les évèchés et dans leurs domaines, et dans tous les autres lieux où besoin était, il fallait apporter toute diligence pour établir des maîtres et des docteurs qui enseignassent régulièrement les lettres et les arts libéraux ».
Si l'Eglise romaine, à cette époque troublée, n'avait pas sauvegardé les documents anciens de la civilisation, il est certain que le genre humain eût perdu ces trésors littéraires qu'avait transmis l'antiquité.
L'Université des études, cette institution glorieuse du moyen âge, appelée à cette époque a Etude » ou « Etude générale », a dès son origine, pour mère et patronne très libérale, l'Eglise. En effet, si toutes les Universités n'ont pas été créées par l'Eglise catholique, il n'en est pas moins vrai que la plupart des Athénées eurent pour fondateurs ou en tout cas pour patrons et guides les Pontifes romains.
A ce propos, c'est certainement un sujet d'admiration pour tous de voir combien ce Siège apostolique a fait pour le développement des sciences sacrées et profanes, même à ne considérer qu'un seul siècle. Des cinquante-deux Universités fondées par lettres patentes avant 1400, au moins vingt-neuf ont été créées par les Pontifes romains seuls et dix autres par décrets de l'empereur ou des princes en même temps que par bulles papales.
Les Universités les plus célèbres qui — pour ne citer que celles-là — furent fondées â Bologne, Paris, Oxford, Salamanque, Toulouse, Rome, Padoue, Cambridge, Dublin, Pise, Pérouse, Florence, Pavie, Lisbonne, Sienne, Grenoble, Prague, Vienne, Cologne, Heidelberg, Leipzig, Montpellier, Ferrare, Louvain, Bâle, Cracovie, Vilna, Gratz, Valladolid, Mexico, Alcalá, Manille, Santa-Fé, Quito, Lima, Guate-
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mala, Cagliari, Lwow, Varsovie, doivent à l'Eglise de Rome leur origine ou tout au moins leur développement.
Fréquemment, il est vrai, des gouvernements enlevèrent peu à peu à la direction et à la tutelle de l'Eglise de nombreuses Universités et écoles; néanmoins l'Eglise, quoique privée de sa liberté et de toutes les ressources dont elle abondait, n'a jamais cessé, obéissant à un penchant naturel, de fonder et de favoriser ces sortes de cénacles du savoir et ces chaires d'enseignement. S'inspirant de la mission propre que l'Eglise a reçue de Dieu, les hérauts de la religion catholique s'efforcent par tous les moyens d'ouvrir des écoles à côté des chapelles qu'ils construisent dans les régions barbares; et là, non seulement ils consacrent toutes leurs forces à l'enseignement des sciences sacrées, mais encore à celui des sciences profanes, transportant avec eux les instruments particuliers de la science et de la civilisation, pour donner à ces peuples ignorants les premiers éléments des lettres et de la culture des champs, Et si, un jour, les admirateurs d'un soi-disant progrès, pénétrant jusque dans ces régions que les messagers de Jésus-Christ ont ennoblies par la croix et la charrue, tentent d'y extirper les principes et les prétextes chrétiens des écoles fondées en ces lieux, ils ne pourront nier que l'Eglise a, la première, fondé ces écoles violées par eux.
Ce n'est pas seulement dans les pays de missions que l'Eglise favorise la civilisation humaine; elle s'y intéresse encore et bien plus intensément chez ces nations qui l'ont dépouillée plus d'une fois de son héritage de bienfaisance. Aussi voit-on surgir par ses soins, même en nos temps, de prospères Universités des études, celle, par exemple, dédiée au Sacré-Cœur à Milan; celles de Paris, Lille, Angers, Lyon, Toulouse, en France; de Nimègue, en Hollande; de Lublin, en Pologne; de Beyrouth, en Syrie; de Washington, aux Etats-Unis d'Amérique; de Québec, de Montréal et d'Ottawa, au Canada; de Santiago dans la République du Chili; de Changhaï et de Pékin, en Chine; de Tokio, au Japon, et quantité d'autres.
Une autre preuve éminente du souci qu'a eu l'Eglise de favoriser de tout son pouvoir la civilisation et la science nous est fournie par sa grande sollicitude à fonder et à conserver des bibliothèques. De la bibliothèque de Césarée jusqu'à l'Ambrosienne et à la Vaticane, combien de manuscrits, combien de livres imprimés, cette sainte Mère l'Eglise n'a-t-elle pas recueillis avec le plus grand empressement! Personne assurément ne pourrait les compter. On sait que déjà, dans les premiers temps du christianisme, les saints pasteurs, à rapproche du danger, supportaient d'un cœur égal la perte de leurs biens, mais qu'ils apportaient une extrême diligence à conserver, en même temps que les vases sacrés, les livres de science. Aussi est-elle dénuée de tout fondement la calomnie de certains qui prétendent que l'Eglise a entretenu les ténèbres de l'ignorance; non, la religion catholique ne craint pas les persécuteurs qui peuvent lui procurer la gloire du martyre, elle ne craint pas non plus les hérésies qui concourent à mettre plus en relief le dépôt de la doctrine sacrée qui lui a été confié; elle ne craint qu'une chose : l'ignorance de la vérité, certaine que ses adversaires cesseront de la persécuter, s'ils acceptent d'étudier soigneusement et avec un esprit libre de tout préjugé ses préceptes et ses doctrines comme le disait déjà Tertullien au n siècle à propos de ceux qui haïssaient le nom de chrétien : « Ils cessent de haïr ceux qui cessent d'ignorer. »
Cependant, si Nos prédécesseurs, au cours des siècles, n'ont épargné ni peines ni travaux pour donner la plus formidable impulsion à l'étude des sciences et des arts et pour ériger un peu partout toutes sortes d'écoles, ils ont spécialement appliqué leur volonté et leur zèle à développer la doctrine divine, comme étant celle qui mène le plus directement à la fin que Dieu lui a assignée.
Quant à Nous, pleinement conscients de la très grande importance du mandat que Dieu Nous a confié, Nous avons surtout, avec la plu grande attention, et de toutes nos forces, appliqué notre esprit à obtenir que les Universités et Facultés catholiques, qui sont les premières en dignité, se distinguent aussi au premier rang, parmi tous les autres instituts, par la profondeur des études et la splendeur des sciences. En effet, à peine placé dans la chair du Pontificat suprême» Nous jugeâmes de Notre devoir de préparer une loi en vertu de laquelle les instituts d'études supérieures, fondés un peu partout au nombre de plus de cent, eussent à fixer plus clairement leur but, à déterminer avec soin leur méthode d'enseignement, et à établir enfin une forme unique d'organisation, sans toutefois entraver en rien les modifications exigées par les circonstances et les lieux, de manière à pouvoir répondre entièrement aux nécessités de l'époque actuelle.
On a coutume, aujourd'hui surtout, de dissimuler les erreurs de tout genre sous le fard du savoir pour trouver ainsi plus de crédit auprès du public, sachant le prestige qu'exerce la lumière de la science sur l'esprit de la multitude. Il est donc nécessaire que les fidèles du Christ doués plus particulièrement pour les recherches scientifiques, et surtout les élèves choisis des Séminaires, après avoir imploré le Père des Lumières et s'être souvenus de cette sentence que la sagesse n'entrera pas dans un esprit malveillant, approfondissent les sciences sacrées et celles qui leur sont connexes à un titre quelconque et les possèdent au point de pouvoir, à l'occasion, enseigner comme il convient la vérité catholique, la défendre très énergiquement contre les attaques et les sophismes des adversaires.
Quant à Nous, certes, nous ne négligerons rien de ce qui est en Notre pouvoir pour que les sciences sacrées, comme jadis dans les universités civiles, occupent aussi maintenant le premier rang qui leur revient à cause du magnifique trésor de vérités qu'elles enseignent, et de l'appui salutaire qu'elles donnent, par leur nature même, pour confirmer la foi catholique, dissiper les ténèbres de l'erreur et conformer les mœurs de tous aux préceptes de l'Evangile.
Ainsi arrivera-t-il, fort heureusement, que tous les hommes appelés des ténèbres à la lumière admirable de la foi parviendront à la connaissance de la vérité et que toute intelligence, la grâce de Dieu aidant, sera contrainte de rendre hommage au Christ.
Ces motifs et ces raisons Nous ont déterminé à constituer auprès de la Sacrée Congrégation des Séminaires une Commission d'hommes éminents par leur intelligence et leur expérience, avec charge précisément d'étudier et de décider tout ce qui concerne l'organisation et le perfectionnement des Universités et Facultés d'études ecclésiastiques,
TITULUS I Nor ma e generates. ART. 1.
Universitates et Facultates studiorum ecclesiasticorum eae sunt, quae auctoritate Sanctae Sedis ad disciplinas sacras vel en laissant de coté, pour le moment, ce qu'on pourra plus tard juger opportun de faire pour développer de plus en plus les autres institutions et surtout de l'Académie pontificale romaine de saint Thomas d'Aquin, qui Nous tient particulièrement à cœur.
Cette Commission, après un travail long et diligent, assistée d'ailleurs de docteurs éminents d'autres nations, avec un zèle en tous points louable, a heureusement terminé sa tâche sous Nos auspices et Notre direction. C'est pourquoi, mettant enfin à exécution ce que Nous Nous étions promis de faire, après avoir mûrement réfléchi et demandé, pour autant que la chose était nécessaire, le consentement des intéressés ou de ceux qui croyaient leurs intérêts en cause, Nous avons, avec une science certaine et la plénitude du pouvoir apostolique, décrété et prescrit les lois et règlements suivants et Nous ordonnons qu'ils soient observés par tous ceux qu'ils concernent.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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