Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Choix d'homélies de saint Grégoire le Grand, à l'usage de la jeunesse · Saint Grégoire le Grand

    Homélie III : La brebis perdue

    La chaleur, qui m'est extrêmement contraire, ne m'a pas permis de parler longuement du récit de l'Évangile. Mais, est-ce à dire, parce que la langue s'est tue, que la charité a perdu son ardeur?

    Entouré d'un nuage, le soleil devient invisible à la terre, traits vifs qui colorent la pensée, la rendent pour ainsi dire palpable, et accusent dans l'écrivain une belle imagination.

    At contra hi qui de falsa justitia superbire solent, casteroR qnosque despiciunl, millà intirmanLibus misetîeordià cond e R c e u d u n l ; et quô se peccatores esse non credunt, eo deterius peccatores ûunt. De quorum profectô numéro Pharisœi Occupata, couvert*, voilée. — Exerit intus vim sui ardoris (déploie au dedans l'énergie de son ardeur). — Flammas operis, les flammes de son action» de son activité (expression remarquable par son énergie), (et ne laisse pas transpirer au-dehors les flammes de son activité). — Ut viihi taïuô, eir. CousU'uiaex : (ita) ut au point que, loqui, parler, Hbeat fait plaisir, t»»7it à moi, tantô ampliùs d'autant plus, quanta vc&trœ mentes que vos ctmirs, exspeetant attendent, hoc cela, desiderahiliùs plus ardemment.

    Audistis, syncope de audirislis, indiquée quelquefois par l'accent circonflexe.— Dedignati sunt, dédaignèrent, méprisèrent,

    * Dedignationem, dédain, mépris. — Tgpho svperhiiv, par enflure d'orgueil. — Zelo disciplinæ, par zèle pour la discipline (par amour de l'ordre, ou de la correction du pécheur). — Dedignantur etenim, sed non désignantes ; despidnnt, sed non despicientes : ils dédaignent sans bien qu'il resplendisse au firmament ; c'est ainsi que la charité se voile, et, déployant au dedans l'énergie de son ardeur, elle ne laisse pas transpirer au dehors les flammes de son activité. Mais voici de nouveau l'occasion de parler ; vos désirs m'enflamment, et mou ardeur à prêcher égalera l'empressement de vos cœurs à m'entendre.

    1j6 récit évangélique, mes frères, vient de vous apprendre que les pécheurs et les publicains s'approchèrent de notre Rédempteur, non seulement pour parler, mais aussi pour manger avec lui. Témoins de ces relations, les Pharisiens le méprisèrent.

    Inférez de ce fait que la justice véritable est miséricordieuse, et que la fausse est méprisante, bien qu'une sainte indignation contre le pécheur soit aussi le propre de la vertu. Mais quelle différence ! Jà c'est le fait de l'enflure de l'orgueil, ici c'est le fruit de l'amour de l'ordre. Le juste, en effet, dédaigne sans dédaigner, il méprise sans mépriser; tout en le poursuivant, il aime le pécheur; pour amender ce dernier, il peut bien multiplier extérieurement les reproches, mais au fond du cœur il conserve la douceur sous la garde de la charité. Il s'abaisse en lui-même au-dessous de celui qu'il reprend, estimant meilleur que soi-même celui qu'il censure ; conduite qui tout à la fois est un remède pour les inférieurs et un préservatif pour lui-même.

    Au contraire, ceux qui s'enorgueillissent de leur fausse justice, méprisent tous les autres, sont sans pitié pour les faibles ; pécheurs de la pire espèce, et d'autant plus qu'ils se se croient moins pécheurs. A cette classe appartiennent sans contredit les Pharisiens, qui font à Jésus le procès, parce dédaigner, ils méprisent sans mépriser ; car le dédain, le mépris des justes véritables retombe exclusivement sur le péché sans rejaillir sur le pécheur qu'ils entourent de charité, parce que la foi leur découvre, dans ce. pécheur, l'image, l'enfant «le Dieu, le membre de Jésus-Christ. — Kisi exafffjcrant inerepationex per distiïplinam, quoiqu'ils multiplient les reproches dans la vue de l'amendement (du pécheur). — Pr « - ponunl aibi in anhno, e/c, (ils s'abaissent dans leur cœur au-dessous do ceux qu'ils reprennent).

    exstilerant, qui, dijuduraiites Dominum quAcl peccatores Kiisciparct, arenti amie, ipsuui roulcm misericordiæ rcprehejulcbant.

    III.

    Dijndicantes Dominum, jugeant le Seigneur (lui faisant le p r o e ô a ). — Àrenti corde, avec, un cœur m\(.-ans pli")*

    Centenarius le cent; n a l r r (lu usmibri* i l u c c n l \ est perfectus est le nombre parraîl, r.'esl-iï- ;ire, enUer, iulc^ra! (le Sauveur dans la parabole paraît un nombreMiïUTiniin. pour un nombre indéterminé). Il fixe le nombre de cent pour l e j i n w n t i - r ia b i L. l i l é des créalmcs liilelligcnlca qu'il po-séil: ir avant ici.-bu:e :ln rb**ni!iu;.

    Desertum, désert. Desertum vient de deserere, o, îs, ui, ertum, abandonner. Il est appliqué au ciel, da».s la parabole, uniquement pour qu'il accueille 4es pécheurs; cœurs secs qui osenl Manier la source même de la miséricorde.

    Quel est celui d'entre vous qui, ayant cent brebis, eu*.

    Mais à ces malades au point de n'avoir pas conscience de leur mal, le céleste médecin applique avec douceur le remède; il pressure dans leur cœur malade cette enflure d'orgueil. Qui est celui d'entre vous, dit-il, qui, possédant cent brebis et en ayant perdu une, ne laisse pas les quatre-vingtdix-neuf autres dans le désert, pour s'en aller après celle qui s'est perdue ?

    Le nombre de cent est le chiffre total. Dieu s'acquit cent brebis par la création des anges et des hommes. Mais une brebis fut perdue lorsque l'homme, en péchant, abandonna les pâturages de la vie. Le pasteur laisse dans le désert les quatre-vingt-dix-neuf brebis, lorsque Dieu laisse au ciel les cœurs sublimes des anges.

    Mais pourquoi le ciel est-il appelé désert, si ce n'est parce que désert signifie abandonné? Or, l'homme, au moment de son péché, abandonna le ciel. Les quatre-vingt-dix-neuf brebis étaient demeurées au ciel, lorsque le Seigneur sur la terre cherchait la centième; le nombre des créatures raisonnables, c'est-à-dire l'ensemble des anges et des hommes destinés à la vision béatifique, (ce nombre) fut entamé par la perte de l'homme, et pour compléter intégralement la somme des brebis dans le ciel, il fallait retrouver sur la terre l'homme qui s'était perdu.

    Lorsqu'il Fa trouvée, il la met sur ses épaules;

    lia mis la brebis.(perdue) sur ses épaules, lorsque, revêtu de la nature humaine, il a pris sur lui nos iniquités. Et retournant en sa maison, il appelle, ses amis et ses voisins ; a Réjouissez-vous avec moi leur dit-il, parce que j'ai retrouvé ma brebis perdue. »

    La brebis une fois trouvée, il retourne en sa maison, parce que le Pasteur suprême est remonté au ciel après la réparafaire entendre que l'homme en péchant abandonna le ciel, il renonça au ciel que Dieu lui destinait pour son héritage.

    IV.

    In sua stabilitate, dans leur persévérance. Persévérance désormais immanquable, puisque, pour les anges, l'épreuve est accomplie, et qu'ils sont irrévocablement confirmés dans la justice. — Solemnitatem lœtitiœ ejus implemus (nous mettons le comble à sa Joie). Mot à mot : nous accomplissons, nous procurons le triomphe de sa joie.

    Per experimentum quolidianum visionis, par l'expérience quotidienne de la vue, de nos JMMIX.

    Anxiè non anhelant ad ccelesiem patriam ils n'aspirent pas ardemment à la céleste patrie. — Bona prweipna, les bonnes œuvres, éminentes, excellentes. — Mala graviora, des fautes trop graves.

    Cuncta difficilia sancti certaminis appetunt, ils affrontent toutes les difficultés du saint combat. — Ad cwlettcm patriam anhelant, ils soupirent après la céleste patrie. — Errasse syncope de erravisse. — Damna prœcedenlia, etc. (ils compensent les pertes précédentes par les gains ultérieurs, subséquents).

    tion de l'homme. Il y trouva ses amis et ses voisins, c'est-à-dire les chœurs angéliques qui sont ses amis, parce que, fixés dans la justice, ils obéissent inviolablement à sa volonté, ils sont aussi ses voisins, parce que toujours en sa présence ils jouissent dos clartés de sa face.

    Et remarquez qu'il dit : félicitez-moi, et non pas : félicitez ma brebis retrouvée ; car sa joie c'est notre vie, et notre retour au ciel met le comble à son bonheur.

    IV. Il y aura autant de joie dans le ciel à la conversion d'un seul pécheur, qu'à la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence.

    Recherchons, mes frères, pourquoi le Seigneur déclare que la conversion des pécheurs cause plus de joie dans le ciel que la persévérance des justes. Tous les jours l'expérience en met la raison sous nos jeux.

    Souvent ceux qui ne sentent pas sur leur conscience un poids énorme d'iniquités, en évitant les chutes graves, se maintiennent dans les voies de la justice; mais ils ne savent pas aspirer avec ardeur vers la céleste patrie; ils se passent l'usage de tout ce qui est licite, avec d'autant plus de facilité qu'ils n'ont pas de fautes graves à se reprocher; et d'ordinaire rien ne secoue leur indolence pour la pratique des grandes œuvres; ils sont pleinement rassurés, parce qu'ils n'ont pas commis d'énormités.

    Quelquefois, au contraire, des âmes coupables de quelques crimes, dans la douleur qui les pénètre, s'embrasent de l'amour de Dieu, s'exercent aux grandes vertus, affrontent * Car sa joie c'est notre vie, etc.... Aimable et consolante doctrine, bien propre à développer dans les cœurs le délicieux sentiment de la confiance.

    Qu'on peigne les rigueurs de la justice 4e Dieu pour porter la terreur dans les consciences assoupies, et pour les réveiller au bruit formidable des vengeances célestes?, rien de mieux, c'est une part du rôle du prédicateur évangélique; mais si l'on cache systématiquement le plus bel attribut de Dieu, la miséricorde, on flétrit, on dessèche les âmes, on les pousse au désespoir, on g*in&;.ire alors de lV*prit de cette hérésie dure, glaçante, l'hérésie janséniste si fa i aie à notre patrie, hérésie si perfide et si sourde, « la plus subtile que le diable ait jamais tissue, » véritalile vipère qui chercha toujours à se cacher sournoisement dans le sein de l'Eglise pour mieux injecter ses poisons dans les cœurs.

    Quia se errasse a Deo considérant, en considérant leur éloignement de Dieu. Cette traduction est plus littérale, nous avons cependant donné la préférence à celle-ci « à la vue de leur indigence passée, » pour obéir au génie de notre langue. Le français essentiellement ami de la clarté tolère peu l'omission d'une idée in terme ia ire, omission dont peut s'accommoder le génie du latin. Or l'orateur sacré, emporté par la rapidité de sa pensée, se borne à signaler la eau e de la pauvreté spirituelle doul il Yent parler, à savoir : l'éloignement de Dieu. » Mais le dénuement moral et l'éloignement. est indissolublement uni à sa cause; nommer l'un c'est implicitement indiquer l'autre.

    Plerique justi, beaucoup de justes. — Exercent se in afflictione tanli ardoris ac, etc., mot à mot : ils se montrent dans la mortification d'une ardeur aussi grande que s'ils étaient enlacés, accablés par tous 1rs p< • chfc. elles se livrent h la mortiikaliuri avec autant d'ardeur que s'ils étaient chargés de tous les crimes).

    * Plangit, se châtie, sa mortifie, fui» pénitence.

    toutes les difficultés du saint combat, et disant adieu à tout ce qui est du monde, elles fuient les honneurs, recherchent les affronts, et, consumées de (saints) désirs, elles aspirent à la céleste patrie : à la vue de leur indigence passée, elles compensent les pertes précédentes par les gains ultérieurs.

    La conversion du pécheur cause donc dans le ciel plus de joie que la persévérance du juste. C'est ainsi qu'un général d'armée préfère le soldat qui, honteux de sa fuite, revient charger vigoureusement l'ennemi, à celui qui jamais n'a tourné le dos, mais qui jamais non plus n'a vaillamment combattu. Ainsi le champ d'abord couvert de ronces et qui produit ensuite des fruits abondants, a plus de prix aux yeux du laboureur qu'une terre sans épines mais aussi sans fécondité.

    Mais cependant, sachez-le, il est des justes en grand nombre dont la vie cause (au ciel) une joie supérieure à celle que peuvent lui donner toutes les pénitences des pécheurs. Ces justes n'ont conscience d'aucun crime, et pourtant ils se livrent à la mortification avec autant d'ardeur que s'ils étaient chargés de toutes les iniquités. Ils se refusent toute satisfaction même permise; par un élan sublime, ils s'élèvent jusqu'au mépris du monde; rien à leurs yeux qui pour eux ne soit défendu; les adoucissements qu'on leur permet, ils se les retranchent; pleins de mépris pour les choses visibles, ils ne brûlent que pour les invisibles ; les gémissements sont leurs joies, et tout est pour eux une occasion de s'humilier. Ces âmes, je vous prie, ne joignent-elles pas la pénitence à la justice ?

    De là une conclusion : c'est que la joie que cause à Dieu la pénitence du juste doit être bien grande, puisque le ciel se réjouit de la pénitence du pécheur.

    * Pur, saint, immaculé et dans 'e sens le plus absolu, Jcsns-Chrtel cependant a subi toute la peine du péché. Or c'est le désir de ressembler à l'homme des douleurs, au dhin micilié, qui produit dans les j u Mes exempts de fautes graves et cette ardeur pour la mortification, et ce mépris pour toutes les satisfactions terrestres, et ces gémissements du la componction Saint Grégoire était compétent au suprême degré pour parler de ces phénomènes de la vie ascétique, il nous donne ici comme

    VI.

    VIL

    Novem angelorum ordines diximus, quia esse, testante sacro eloquio, scimus Angelos, Arehangelos, Virtutes, Potesun échantillon de sa science profonde dans les voies spirituelles; science qui pour lui ne restait pas à l'état de théorie, mais qu'il réalisait parfaitement dans sa conduite. A son insu, il a tracé dans ce passage le portrait de son àm:\

    Lucernam, lampe. — Testa, vase. — Mox ut (ensemble), aussitôt que.— Eversà. participe passé de everro, is t, ersum, eveirere, balayer.

    * Nec, pas même; nec, tout seul, a souvent la force de nec quidem, ou de ne quidem séparés par un ou plusieurs mots.

    Quelle est la femme qui, ayant dix drachmes, etc.

    Figuré par le pasteur, Dieu l'est aussi par la femme. Et comme sur la drachme une image est empreinte, la femme a perdu la drachme lorsque L'homme, fait à L'image de Dieu, a effacé par le péché sa ressemblance avec son Auteur.

    Mais la femme allume la lampe; c'est la sagesse de Dieu se couvrant de L'humanité. La lampe, en effet, est une lumière dans un vase; or la Lumière dans Le vase, c'est La divinité dans la chair, La lampe allumée, la femme balaie la maison, parce que, sitôt que la divinité a brillé dans la chair, toute notre conscience s'est ébranlée. Oui la maison est (comme) balayée lorsque la vue de ses fautes bouleverse la conscience humaine. Et la maison balayée, la drachme se retrouve, parce que ce bouleversement de la conscience répare dans l'homme sa ressemblance avec Dieu.

    VI. Et lorsqu'elle l'a retrouvée, elle appelle ses amis*

    Quelles sont ces amis, ces voisines, sinon ces puissances célestes, déjà plus haut mentionnées? Mais pourquoi cette femme, qui figure la sagesse de Dieu, nous est-elle présentée comme possédant dix drachmes dont une a été perdue?

    Il est certain que Dieu a créé les anges et les hommes pour la vision bienheureuse; or les dix drachmes que la femme possède, figurent les neuf chœurs d'anges, et l'homme, créé pour compléter la société des élus, forme le nombre dix, l'homme que son auteur n'a pas laissé périr même après la chute, puisque la sagesse éternelle a réparé ses ruines*

    VIL Quels sont les neuf chœurs des Anges.

    Nous avons dit qu'il y a neuf chœurs d'Anges, en nous fondant sur le texte sacré, qui distingue les Anges, les Archanges, * Drachme, monnaie grecque, surtout athénienne, l'équivalent de 18 s. 7 d. ou de 0,93 centimes.

    les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins. Qu'il y ait des Anges et des Archanges, presque toutes les pages des saintes Lettres en font foi. Quant aux Chérubins et aux Séraphins, les livres des prophètes en font souvent mention. Ecrivant aux Ephésiens, l'apôtre saint Paul à son tour distingue quatre ordres (d'intelligences célestes) : « du-dessus, dit-il, de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu, de toute Domination. Il dit encore, dans sa lettre aux Colossiens ; soit les Trônes, soit les Puissances, soit In Principautés, soit les Dominations. Il avait déjà parlé des Dominations, des Principautés et des Puissances dans son épitre aux Ephésiens.

    Si donc aux quatre ordres énoncés dans la lettre aux Ephésiens, savoir : les Principautés, les Puissances, les Vertus, les Dominations, on ajoute les Trônes, voilà cinq chœurs spécialement distingués. Joignez-y les Anges et les Archanges, les Chérubins et les Séraphins, et vous avez nécessairement neuf chœurs d'Anges.

    vin. Pourquoi sont-ils appelés Anges ?

    Mais pourquoi énoncer seulement ces chœurs d'Anges demeurés fidèles, et ne pas dire un mot aussi de leur ministère? En grec, le mot ange veut dire messager; et archange, messager suprême. Ce nom exprime donc l'office des anges et non pas leur nature. Ces pures et célestes intelligences, en effet, sont bien toujours des esprits, mais le nom d'anges ne peut pas toujours leur être appliqué.

    Ils ne sont anges que lorsqu'ils portent quelque message; de là cette parole du Psalmiste : Qui fait de ses esprits des messagers (2) comme s'il disait clairement : ces intelligences, qui toujours sont esprits, il en fait à son gré des messagers.

    Anges, quand ils remplissent des missions moins élevées, ils prennent le nom d'archanges si leur ndssion est plus haute. C'est pourquoi ce n'est pas un ange quelconque, mais l'archange Gabriel qui est député vers la vierge Marie; certes un ange sublime pour le plus sublime de tous les ministères était de toute convenance.

    avons-nous touché rapidement, effleuré ? — Subtiliser, légèrement (si nous ne disons pas aussi un mot «le li*ui uiiukliVc).

    IX. Que signifient leurs noms propres?

    Les anges portent des noms particuliers, afin que leur dénomination indique la nature de leurs opérations : Micliaôl (veut dire) qui est comme Dieu ; Gabriel, force de Dieu ; lia* phaël, remède de Dieu. Et toutes les fois qu'il s'agit d'un prodige extraordinaire, c'est Michaël que l'on voit figurer, pour que la mission et le nom de l'ambassadeur nous fassent comprendre que nulle puissance ne peut se comparer à la puissance de Dieu.

    C'est ainsi encore que Gabriel, ou force de Dieu, est envoyé à Marie ; car il était chargé d'annoncer Celui qui pour terrasser des puissances répandues dans l'air a daigné se faire petit.

    De même Raphaël signifia, nous l'avons dit, remède de Dieu, parce qu'il toucha les yeux de Tobie et les délivra des ténèbres de la cécité. Envoyé pour guérir, il devait de toute convenance porter le nom de remède de Dieu.

    Que signifient leurs noms communs ?

    Nous avons rapidement interprété les noms (propres) des anges, il nous reste à traiter en peu de mots de leurs noms (collectifs, révélateurs) de leurs offices. Car on donne le nom de Vertus aux esprits qui opèrent ordinairement les prodiges et les miracles.

    Les Puissances forment ce chœur auquel, plus largement qu'aux autres, il a été donné de tenir sous le joug les puissances ennemies; son pouvoir répressif les empêche de tenter, à leur gré, le cœur des hommes.

    On appelle Principautés, (les esprits célestes) préposés à de bons anges qui, dans l'accomplissement de leurs divins ministères, leur sont subordonnés.

    Les Dominations surpassent en pouvoir les Principautés mêmes; et ces phalanges angéliques, investies du droit de commander aux autres, sont pour ce motif appelées Dominations.

    anges). — Ut exseqttamnr breriter, que nous traitions en peu de mots, ipsa vocdbula offiriorum, de leurs noms (collectifs, révélateurs) de leurs offices.

    XI.

    « Deut. xxxii, 8.

    Quid prodest, à quoi sert (à quoi bon). Prodest est composé de pro et de esse, sum es, fui ; le d intercalé est purement euphonique, c'est-à-dire employé pour adoucir la prononciation, ou éviter Yhiatus résultant de la rencontre de deux voyelles. Aussi le d se trouve seulement devant toutes les formes du verbe sum qui commencent par une voyelle, pro d eram, pro d essem, etc.; il disparait dans prosum, pro fui, prosim, etc. — Si non studeamus si nous ne cherchons pas, derivare à faire tourner, hœc ces choses, ad profectus nostros à notre utilité. — Statuit terminos, etc. (Dieu a déterminé les limites des nations sur le nombre des anges de Dieu). Donc, pour raisonner comme le Saint Pontife, le nombre des anges fidèles est la mesure du nombre des hommes qui doivent composer la cité supérieure (civitas swperna), la cité de Dieu. Et rie. iptaie qu'il y a neuf chœurs d'anges, de même il y aura parmi le* Les Trônes forment comme un sénat qui rend la justice sous la perpétuelle présidence du Dieu tout-puissant. En latin trône veut dire siège : on les a doue nommés trônes parce que la grâce de Dieu surabondant en eux, ils sont comme le siège du Seigneur, qui par eux décerne ses sentences.

    Chérubins veut dire plénitude de la science. Ces sublimes cohortes doivent leur nom à la science qui les remplit dans une mesure d'autant plus abondante qu'ils contemplent de plus près les splendeurs de Dieu.

    Les séraphins composent ces bataillons sacrés qui, grâce à leur extrême proximité de Dieu, brûlent d'un amour incomparable. Séraphins, en effet, veut dire (en hébreu) ardents, enflammés.

    XI. Quels rapporte avons-nous avec les anges?

    Mais à quoi bon ces rapides considérations sur les esprits angéliques, si nous ne cherchons à les faire tourner à notre utilité? Cette cité supérieure se compose d'anges et d'hommes, et dans notre foi, le nombre des élus humains doit égaler le nombre des anges demeurés fidèles, suivait cette parole : (Le Créateur) a déterminé les limites des nations sur le nombre des anges de Dieu.

    Des distinctions établies parmi les citoyens célestes, il y a donc une induction (pratique) à tirer pour la direction de notre vie. Le genre humain doit fournir un contingent d'élus égal à celui des anges demeurés fidèles; il faut donc que les hommes, neuf chœurs d'élus.. Les vertus respectives de ces derniers cor» répondront aux diverses opérations des phalanges angéliques, et les élus de la terre pourront, sous ce rapport, porter, à bon droit, les noms collectifs des élus du ciel, c'est-à-dire s'appeler Vertus, Dominations, Puissances, etc.

    » Debemus ergô nos aliquid trahere, nous devons donc tirer quelque chose, ad usum conversations nostra, pour l'utilité (ou pour, la direction) de notre vie. — Quia enim, etc. Le sens de cette phrase est celui-ci : les élus de la terre (les hommes) doivent égaler, par leur multitude, les élus du ciel (les anges) ; mais à ce premier rapport il faut en joindre un autre, il faut de plus (superest ut) que les hommes, marchant vers la patrie céleste, réfléchissent en eux quelques traits des phalanges angéliques.

    » Distincte namque, etc. Car la vie des hommes (élus) répond parfaitement aux fonctions (diverses) des chœurs célestes ; et les élus de la terre, à raison de la similitude de vertus, doivent être mis au rang des Anges. _ plerique ; saint Grégoire emploie volontiers plerique dans le sens de multi beaucoup. On peut, sans inconvénient, lui conserver ici sa signification ordinaire : la plupart, le plus grand nombre» — Parva càpiuni, etc., comprennent les petites choses ( n'atteignent que lac plus humbles vérités), mais les annoncent pieusement et sans relâche à leurs frères. — Isti itaque, etc., ceux-là se rangent dans la classe (le chœur) des Anges.

    hommes, en marche vers la patrie céleste, réfléchissent en eux quelques traits des phalanges angéliques.

    Car la vie des hommes (élus) répond parfaitement aux fonctions diverses des chœurs célestes, et les élus de la terre, à raison de la similitude des vertus, doivent être mis au rang des Anges. La plupart n'atteignent que les plus humbles vérités, mais les annoncent à leurs frères pieusement et sans relâche ; ceux-là se rangent dans le chœur des Anges.

    Quelques-uns, comblés des dons de la munificence divine, sont capables de pénétrer et d'annoncer les plus hauts mystères des cieux; où les classer si ce n'est parmi les archanges?

    D'autres font des miracles et opèrent des merveilles avec une grande puissance. Ne viennent-ils pas naturellement se ranger parmi les Vertus célestes?

    Il en est aussi qui chassent les esprits malins du corps des possédés. Où ces derniers trouvent-ils leur place légitime si ce n'est parmi les Puissances ?

    Certains, par l'éclat de leurs vertus, font pâlir les vertus des autres; meilleurs que les bons, ils priment en mérite les élus leurs frères. N'ont-ils pas droit de figurer parmi les Principautés ?

    D'autres ont dompté tous leurs vices, tous leurs désirs, au point que leur pureté en fait des dieux parmi les hommes. Leur place convenable n'est-elle pas parmi les Dominations?

    Quelques-uns, vigilants, attentifs, maîtres d'eux-mêmes, sont toujours enracinés dans la crainte de Dieu; en récompense de leur vertu, il leur est donné de juger les autres » Signa, qui primitivement veut dire : signe, marque, par extension, statue, figure, signifie aussi, dan* la langue chrétienne, prodige, miracle; parce que le miracle est le signe par excellence, le signe de l'intervention de la puissance de Dieu.

    Quid isti meritum suum... sortiunlur? Mot à mot : quo où, isti ceux-ci, sortiunlur obtiennent-ils en partage, meritum suum leur mérite (ou plutôt ce qu'ils ont mérité)* leur récompense, nisi si ce n'est, etc. ( Où ces derniers trouvent-ils leur place légitime, si ce n'est parmi, etc.)

    Sortem suam, leur part, leur lot, ce qui leur revient de droit.

    XII-

    Hoc in munere virtutis accipiunt reçoivent en récompense de leur vcrt'i, hoc cela, ut que, possint ils puissent, etc., et n'oubliez pas que et, ainsi intercalé dans un membre de phrase, veut dire : aussi, même.

    In solo Conditoris sui desiderio anhelanU Ils soupirent dans le seul désir de leur Créateur. — Cuncta temporalia mente transcendunt, leur cœur plane (est élevé) au-dessus de toutes les choses temporelles. — Et quos verbo tangunt, etc., et le contact de leur parole allume au cœur qui les entend le feu de l'amour divin.

    * tntrorsus vos ad vosrnetipsos reducite\ rentre» en vous-mêmes. Remarquez la particule met, elle est invariable et ne va jamais seule. C'est, en terme de grammaire, une enclitique. On appelle ainsi les particules qui, suivant la force de l'étymologie, s^ couchent, pour ainsi dire, s'appuient sur les mots qu'elles accompagnent L'enclitique adoucit la prononciation, ou fortifie la signification des mots auxquels elle est jointe. — Si sortem vestrœ vocationis inrenilts* si vous trouvez le lot, la part ( la place de votre vocation). — Vœ deterius, un malheur plus terrible ; vm employé comme nom neutre indéclinable, doit être remarqué.

    connaître la justice même. Ne sont-ce pas là les Trônes de Dieu?

    D'autres sont si remplis de l'amour de Dieu et du prochain, qu'à bon droit ils méritent le nom de Chérubins.

    D'autres enfin, tout embrasés des feux de la divine contemplation, ne soupirent que pour le seul désir de leur Créateur; pour eux le monde n'a plus d'attrait, l'amour de l'éternité est leur unique vie; plein de mépris pour tout bien terrestre, leur ix eu r s'élève au-dessus de tout ce qui passe ; ils aiment, ils brûlent d'une ardeur qui ne se ralentit jamais, et le contact île leur parole allume soudain au cœur qui les entend le feu de l'amour divin. Quel nom leur donner, si ce n'est celui de Séraphins?

    XII. Que devons-nous conclure ?

    Mais vous, très-chers frères, à ce discours rentrez en vous-mêmes. Voyez si dans le nombre des chœurs, qu'en quelques mots nous avons légèrement effleurés, vous trouvez la place de votre vocation. Ah! malheur à l'âme qui ne découvre pas vestige en soi des vertus que nous avons énumérées; mais trois fois malheur si la conscience de cette pauvreté ne lui arrache pas des gémissements!!!

    Il est déplorable cet état dans une Ame, surtout parce qu'elle ne le déplore pas. Qu'il gémisse donc celui qui reconnaît en soi ce dénuement absolu des dons célestes; mais que la vue d'un plus riche que soi n'éveille pas sa jalousie; car * Très-chers frères! Cette appellation, que le prédicateur adresse à son auditoire, pour qui la médite et la pénètre, une immense portée. Ce mot bien compris résume pour ainsi dire tout l'esprit de l'Evangile, et creuse un abîme incommensurable entre les peuples de l'antiquité et les nations chrétiennes. Qu'on nous permette quelques détails.

    \o Tous les hommes sont égaux par nature. Composés d'un corps et d'une âme, faits à l'image du Créateur, liés par les même* devoirs, ils ont une origine commune, une commune destination, et forment comme une famille sous la paternité de Dieu. Or, cette vérité si simple et que nous avons bégayée dès l'enfance, le paganisme l'avait profondément méconnue. Les classes élevées ou riches, qui formaient au sein des Sociétés antiques une imperceptible minorité, étaient seules honorées du titre d'hommes. Les classes inférieures ou pauvres, composant, dans une proportion considérable, la masse de la population, étaient condamnées tu; plus ubtuiUsaut esclavage, et figuraient dans la loi sous la rubrique non invideat, quia et supernœ illaB distinctiones beatorum spirituuin ita sunt condito, ut aliae aliis sint prœlatœ.

    XIII.

    des choses. Or le nom de frères, qui retentit si fréquemment dans les tribunes saintes, proclame solennellement cette égalité de nature. Au regard de l'Evangile il n'y a plus d'esclaves, ni d'hommes libres; il n'y a plus de patriciens ni de plébéiens. Le prédicateur ne voit devant lui que les membres d'une même famille, que les enfants d'un même père, en un mot des frères !

    2° Frères, dans la langue païenne, désigne ce rapport do parente, ce lien que le sang forme entre les enfants d'un père commun.

    Mais dans la langue chrétienne, sur les lèvres du prédicateur évangélique, il a une signification plus étendue et surtout plus élevée. Applicable à tous les fidèles, il rappelle cette parenté surnaturelle qu'ils ont contractée dans le sein maternel de l'Eglise... De plus, cette douce parole exprime et provoque la plus vive tendresse; fruit de la charité, elle tend à la produire et à fondre tous les cœurs dans cette belle unité qui est le but suprême du christianisme.

    Ainsi donc, frères avec son acception nouvelle est une création de l'Evangile. C'est une des richesses de la langue chrétienne, langue si tendre, si onctueuse, si pénétrante, mais langue, hélas ! que nuire siècle ignore pour son malheur, et qu'il ne voit qu'au travers d'un épais rideau d'injustes préjugés !

    Quia et supernœ distinctiones, etc. Suivant la théorie savante de l'illustre docteur, les élus humains sont organisés entre eux comme les élus angéliques j or, les anges ne sont pas tous au même niveau, il y a les esprits célestes, distribués en chœurs, sont également classés entre eux dans un ordre hiérarchique.

    X11L II y aura grande joie parmi les anges, à la conversion d'un pécheur.

    Mais voilà qu'en sondant les secrets des citoyens célestes, nous nous sommes écartés de l'ordre de notre discours. Aspirons sans doute à la gloire de ceux qui nous ont occupés, mais revenons à nous. Nous ne devons pas oublier notre mortalité. Silence donc sur les secrets du Ciel, et sous les yeux de notre Créateur secouons par le travail de la pénitence la poussière qui nous souille.

    Ecoutez les promesses de la miséricorde divine illijanra, dît-elle, de la joie dans le ciel, à la conversion d'un seul pécheur, et cependauHe Seigneur déclare par le prophète: Jujour que le juste aura péché, je mettrai en oubli toutes ses justices (passées) *.

    Apprécions, si nous le pouvons, cette économie de la charité suprême. Sur qui se tient debout, s'il vient à tombe*, il suspend le châtiment; devant qui est tombé, pour l'exciter à se relever il place la miséricorde. Il effraie le premier, pour qu'il ne s'enfle pas de présomption dans le bien; il relève le courage du second, pour prévenir son désespoir. Vous êtes entre eux hiérarchie, subordination; de même pour les élus humains, ils sont plus ou moins élevés en vertu, en gloire, en dignité. C'est l'ordre établi de Dieu, il faut le respecter. C'est même le plan universel. Regardez au-dessous de l'homme, point culminant, par son corps, de la création matérielle ; que d'échelons ne faut-il pas descendre avant d'arriver jusqu'à l'atome, imperceptible ! ! !

    « Bimamnr, nous sondons, nous scrutons. — Ab exposiHonis nostm online, de l'ordre de notre discours. — Maculas pulreris, les taches, les souillures de la poa&si&rc La poussière soulevée souille le corps du voyageur dans sa marche; de même les passions soulevées trop souvent ternissent l'Ame du voyageur spirituel, ou du chrétien dans les voies de l'éternité.

    & Pens emus, pesons, apprécions. — Dispensationem, l'économie. — PiHalis de la bonté, de la charité. — Se présumant in bonis, de pour qu'ils ne s'enflent de présomption dans le bien. — Befotel, il ranime, il relève (le courage). — Pmsume, ayez confiance.

    Ezectu n x n i, 18.

    XIV.

    Rem, fratres, breviter refero, quam viro venerabili Maximiano, tunc patre monasterii mei atque presbytero, nunc autem Syracusano episcopo, narrante cognovi. Hanc itaque si solerter auditis, Charitati Yestrae non breviter suflxagari credo. i\ostris modo temporibus Victorinus quidam exstilit, qui alio quoque nomine JÉmilianus appellatus est, non inops Qui concidit rectos, celui qui abat les justes (qui rabat la présomption du juste).

    * Plangere pleurer (en se frappant la poitrine en signe de componction), mala perpetrata les péchés perpétrés (commis). — Nonperpe~ irare ne pas commettre, plangenda (mala des péchés qui doivent être pleurés (dignes de larmes). — Qui déplorât alia celui qui déplore les uns, sic ut de telle manière que, committat alia, il commette les autres. Lorsque alius est deux fois répété, le premier se rend par l'un, et le second par l'autre. — Prodest : n'oubliez pas que le d de prodest est euphonique ; en le supprimant par la pensée, l'o rapproché de Informerait un hiatus. On évite cet inconvénient par l'intercalalion du d. — Kl tamen et (si) cependant, anhelat il est agité (il bouillonne), mstibus par les ardeur*, etc. La vigueur de ce langage doit vous frapper. Saint (Grégoire peint avec pnorsde les passions humaines ; on pense naturellement à la juste, craignez sa colère pour ne pas tomber; vous êtes pécheur, pour vous relever, ayez confiance en sa miséricorde.

    Mais nous sommes tombés, nous n'avons pas su nous tenir debout, nous voilà comme ensevelis dans nos convoitises. Eh bien, celui qui rabat la présomption du juste nous attend encore, il nous provoque à nous relever. Il nous ouvre le sein de sa clémence; il désire notre retour à lui par la voie de la pénitence.

    Mais pas de pénitence efficace, si nous ne savons la manière de la pratiquer. Faire pénitence, c'est tout à la fois pleurer les péchés commis, et ne plus se créer de ces sujets de larmes. Celui qui, déplorant certaines fautes en commet de nouvelles, celui-là, soit mauvais vouloir, soit ignorance, ne fait pas encore pénitence. Que sert en effet de pleurer les péchés de luxure, si les ardeurs de l'ambition nous tourmentent encore? que sert de pleurer les péchés de colère, si les feux de l'envie nous consument encore?

    xiv. Trait historique.

    Je vais rapporter en peu de mots * un trait que m'a raconté un homme vénérable, Maximien, prieur de mon monastère, prêtre alors et maintenant évèque de Syracuse; si vous l'écoutez avec attention, il sera pour longtemps profitable à Votre Charité.

    a II a vécu dans ces derniers temps un certain Victorinus, également appelé Emilianus, qui possédait de grands trésors, mer tourmentée par la tempête. Et tamen et (si) cependant, tabescat il est consumé, facibxts par les feux, invidiat de l'envie. Langage aussi juste que fortement coloré.

    » Bréviter, en peu de mots. — Rem, une chose (un fait). — Pâtre, père (prieur, supérieur). Pour rendre heureusement en français une phrase latine, prenez l'ablatif latin pour en faire le sujet de la phrase française, par exemple : Qu'un homme vénérable, Maximien, prieur de mon monastère, prêtre alors, et maintenant évèque de Syracuse, m'a raconté. — Solerter, parfaitement (avec attention); suffragari être utile, non breviter non pour peu de temps (c'est-à-dire pour longtemps). — Non inops mbsianliœ non dénué de fortune (c'est-à-dire riche); culpa carnis le péché de la chair, régnât domine (au sein de l'opulence).

    * Nom de tendresse et d'honneur que saint Grégoire applique à.-ou auditoire:

    Erexit se contra se, il s'éleva contre lui-même (indigna contre lui-même, effet propre de la componction (ou du repentir). — Tantceque districtionis, d'une si grande sévérité.— Excreverant ad amorem Divinitatis, avaient crû (grandi) dans l'amour de Dieu. —'Adnisu, effort nisu comme annisu, en convertissant la finale de la préposition en l'initiale du substantif. — Furlicas, scellés (faites en secret).

    Vigilias, au pied de la lettre, les vigiles, les veilles et par extension les prières que l'on récitait pendant la nuit ( noclumas) dans les premiers siècles du Christianisme, et en particulier dans les communautés religieuses.

    On distinguait alors, à l'imitation des Romain?, quatre veilles dont chacune embrassait trois heures. La première commençait à six heures du soir et durait jusqu'à neuf; la seconde s'étendait de neuf heures à minuit; la troisième, do minuit à trois heures, et la quatrième, enfin, de trois heures à six heures du matin.

    et comme le péché de la chair règne ordinairement au sein de l'opulence, il tomba dans une faute grave. Pénétré de componction à la vue de son crime, il s'indigna contre lui-même, laissa tous les biens de ce monde et entra dans un monastère. Il s'y montra d'une humilité profonde, d'une extrême sévérité pour lui-même: et tous ses frères, qui, dans cet asile, avaient grandi dans l'amour de Dieu, étaient contraints, à la vue de sa pénitence, de mépriser leur vie. Il s'appliqua, de toutes les puissances de son Ame, à crucifier sa chair, à briser sa volonté propre, à rechercher, pour prier, les lieux retirés, à se purifier chaque jour dans les larmes, à aimer le mépris et à craindre le respect dont ses frères l'entouraient.

    » Il se levait donc ordinairement avant les Nocturnes ; or la montagne où le monastère était situé, formait dans un endroit fort retiré une espèce de couvert; c'est là qu'avant les Vigiles il se retirait régulièrement pour se macérer tous les jours dans les larmes de la pénitence avec toute la liberté que lui donnait le secret de sa retraite. Pénétré de la sévérité de son juge, il en épousait à l'avance les intérêts, et il punissait, dans les larmes l'énormité de son crime.

    » Or, une nuit, le vigilant abbé du monastère l'ayant vu sortir" mystérieusement, se mit à pas lents à le suivre; le voyant prosterné en prière dans l'endroit solitaire de la montagne, il voulut attendre qu'il se relevât pour constater la longueur de sa prière. Mais voilà, tout-à-coup une lumière venue du ciel se répandit sur le (religieux) humblement prosterné en prière; une clarté si grande resplendit en ce lieu que tout ce côté de la montagne en fut illuminé; à cette vue l'abbé tout tremblant prit la fuite.

    On se levait à ces heures diverses pour réciter la partie correspondante de l'office divin. — ïn parleseeretiori, dans un endroit plus secret (que les autres}, et par conséquent le plus secret, 1c plus rrlîrc.— Proiiirnebaf, formait une saillie (el comme un couvert propre à le dérober aux regards). — Ut se maclarel, pour se mortifier, se macérer.

    Egrcdicntem latenter, sortant en se cachant (mystérieusement). — Longanimilatem, la longueur. — Â b h u s, Publié, le porc. Ce mot, dans son sons étymologique et aussi dans le texte, a la même valeur absolument que le mot paler employé plus haut (page 6f>, note *), et désigne le prieur ou le supérieur d'un couvent.

    Cùmque post loiigum horœ spatium idem frater ad monasterium rediisset, abbas ejus, ni disccret an super se rffiisionem tanti luminis agnovisset, requirorc ou m Rtuduil, dicens : Ubi fuisti, frater ? Àt ille, latere posse se credens, in monasterio se fuisse respondit. Quo negante, abbas eompulsus est dicere quid vidisset. At ille videns se esse deprelionsum, hoc quoque quod abbatem latebat aperuit adjungens : Quando super me vidisti lucem de cœio descendes, vox etiam pariter venit, dicens : Diinissum est peecatum tuum.

    ShiduUreqnirerc enm, s'appliqua à l'interroger. — Credens croyant, se lui, posse pouvoir, latere être caché (encore), (garder le secret de ses sorties et de ses mortifications). — Quod latebat, abbatem, ce qui était caché pour l'abbé (ignoré de l'abbé). Latebat. avec le nom de personne à l'accusatif, est à remarquer; fugil, fallil, prœieril, se construisent de la même manière.

    • LargUotnn, la générosité, la munificence, pietatis, de la charité (bonté, amour). — />i'ujr,l>on, clément.

    » Le long intervalle d'une heure écoulé, le même frère revint au monastère; l'abbé, pour savoir s'il avait eu conscience de cette abondante effusion de lumière qui l'avait enveloppé, se mit à l'interroger : Frère, lui dit-il, d'où venez-vous? Croyant pouvoir garder son secret; J'étais au monastère, répondit-il. Cette réponse évasive obligea l'abbé à dire ce qu'il avait vu. Mais lui, se voyant découvert, révéla au prieur ce qu'il ignorait encore : au moment que sous vos yeux cette lumière céleste descendait sur moi, ajouta-t-il, une voix a retenir qui disait : a Ton péché est pardonné. »

    Sans doute le Dieu tout-puissant eût pu lui remettre son péché sans rien dire; mais cette voix qui résonne, cette lumière qui resplendit, voilà deux traits de miséricorde qui provoquent nos cœurs à la pénitence.

    Ayez donc confiance, mes frères, en la miséricorde de notre Créateur, approfondissez votre vie présente, revenez sur votre vie passée. Considérez la munificence de la charité divine, et fondant en larmes recourez au juge miséricordieux qui patiente encore. À la pensée de sa justice, ne mettez pas en oubli vos iniquités, mais à la pensée de sa clémence gardez-vous de désespérer. Un Dieu-Homme inspire à l'homme confiance en Dieu. Et un gage solide pour notre repentir, c'est que notre avocat est notre juge, lui qui étant Dieu vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

    IV. HOMIUA HABITA AP POPUITN ÏK HAS1MCA 8AKCT0OTU APOSTOÏ.ORUM JACOBÏ ET PHIMPPI, SECUKDA BOJfll^lCA POST PKXTECOSTKN.

    Cette basilique, appelée aujourd'hui des SS. Apôtres, doit son nom à davantage qu'elle a de posséder les corps sacrés de saint Philippe et de saint Jacques le Mineur, frère de saint Jude et parent de la sainte Vierge. On la regarde comme une des huit basiliques constantiniennes. Outre les corps des saints Apôtres, elle possède les reliques d'un grand nombre, de saints et de martyrs, entre autres celles de sainte Eugénie et de sainte Claudia, sa mère. Il ne reste plus de la construction primitive que le portique. Cette vénérable église est située entre le Quirinal ctlcViminal, dans l'ancienne région appelée Via Lata.

    Hoc distare solet; mot à. mot : /locccla, solet a coutume, distare d'être en différence, t'nf ère* >trp, delicias corporis, etc. (entre les plaisirs du corps et ceux de l'Ame, il y a celle différence que). Cùm non haber fur, lorsqu'ils ne &ont pas éprouvés, accendunt ils allument (en nous), desiderium grave un désir violent, in se pour eux (plaisirs). — llabitœ éprouves, cdvntur ils sont savourés, rertunt protinus comedentem in fastidium, ils tournent (ils amènent) incontinent celui qui les goûte au dégoût par le rassasiement.

    In illis pour ceux-là (pour les plaisirs du corps); appetitus l'appétit (le désir), placet plaît (est plein de séduction). — In islis pour ceux-ci (pour les plaisirs de l'àme), appetitus l'appétit (le désir}, rilis est est faible.

    UOUKLUS A D R E S S É E A U P E U P L E D A N S J*A B A S I L I Q U E D E S S A I N T S APÔTRES JAC-

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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