Advis sur la tristesse et l’inquietude interieure · Saint François de Sales
Appendice : Vray caractere de la tristesse salutaire de la penitence
La tristesse de la penitence ne doit pas tant estre nommée tristesse que desplaysir ou sentiment et detestation du mal : tristesse qui n’est jamais ny ennuyeuse ny chagrine; tristesse qui n’engourdit point l’esprit, mais qui le rend actif, prompt, et diligent; tristesse qui n’abat point le cœur, mais qui le releve par la priere et l’esperance, et qui luy fait faire les eslans de la fervente dévotion; tristesse laquelle, au fort de ses amertumes, produict tousjours la douceur d’une incomparable consolation, suivant le precepte du grand S. Augustin : Que le penilent s’attriste tousjours, mais qu’il se resjouysse tousjours de sa tristesse.
La tristesse, dit Gassien, qui opere la solide penitence, de laquelle on ne se repent jamais, est obeyssante, affable, humble, debonnaire, souëfve, patiente, comme estant issue et descendue de la charité; de sorte que, s’estendant à toute douleur de corps et d’esprit, elle est en certaine façon joyeuse, animée, et revigorée de l’esperance de son profict : elle retient toute la suavité de l’affabilité et longanimité, ayant en elle-mesme les fruicts du Sainct-Esprit, qui sont la charité, la joye, la paix, la longanimité, la bonté, la bénignité, la foy, la mansuotude, et la continence.
Telle est la vraye penitence, et telle est la bonne tristesse, qui certes n’est pas proprement triste ny melancholique, mais seulement attentive et affectionnée à detester, à rejetter et empescher le mal du péché pour le passé et pour l’advenir, par le seul amour de Dieu, auquel il deplaist; c’est-à-dire sans meslange d’aucun amour imparfaict, sans aucune vue d’interest de la peine ou de la recompense eternelle. Voicy l’usage de cette repentance amoureuse, qui se prattique d’ordinaire par des eslans ou par des eslevemens du cœur en Dieu, comme le prattiquoient les anciens penitens. Je suis vostre, ô mon Dieu! sauvez-moy, ayez misericorde de moy, car mon ame se confie en vous; sauvez-moy, Seigneur, car les eaux submergent mon cœur; faites-mov comme un de vos mercenaires, Seigneur; soyez-moy propice, à moy pauvre pecheur.
C’est en ce sens qu’on dit que l’orayson justifie; car l’orayson repentante, ou la repentance suppliante, esleve l’ame en Dieu; et, la reunyssant à sa bonté, obtient sans doute pardon en vertu du sainct amour qui luy donne le mouvement sacré.
FIN DB L’ a DVIS SUR LA TRISTESSE ET [.’INQUIETUDE INTERIEURE.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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