Additions aux Constitutions de la Visitation · Saint François de Sales
Additions aux Constitutions
Mes tres-cheres Filles, nous avons ramassé quelques poincts qui ont esté obmis des Constitutions par les copistes; ainsi que N. B. H. Pere dit luy-mesme ; car, m’escrivant à Paris, en l’an mil six cens vingt-deux, il me dit : Voilà nos Constitutions, que je ne puis prendre le loysir de revoir; il y a plusieurs fautes; il faut que tout ce que je fais se ressente de mes empressemens et accablemens ordinaires. Et à feu ma sœur M. Jacqueline Favre, ce B. H. luy escrivit les pa^olles suivantes : J’envoye nos pauvres cheres Constitutions ; j’ay admiré combien les copistes ont fait d’obmissions, et de fautes assez notables ; mais j ’espere reparer ces deffauts aux livres des Advis : c’estoit le Coustumier qu’il nommoit ainsi. Il me semble donc bien qu’ils soient adjoustez au derriere des Constitutions. Dieu nous fasse la grâce, mes trescheres sœurs, de les bien observer. Amen. Sœur Jeanne-Françoise Fremiot. Dieu soit beny.
Sur la premiere Constitution.
Les personnes d’esprit et de vertu appreuvent et louent vostre tres-honnorable et saincte vocation ; quelque cervelle mondaine se fasche de la facile reception des infirmes et desveufves aagées : mais n’est-ce pas un secours fort à propos pour elles, de leur présenter une retraitte, en laquelle elles se puissent mieux préparer, pour estre retirées éternellement au ciel? La Congrégation ne pretend que de nourrir des ames humbles : les vierges seront'humbles, parce qu’elles sont vierges, d’autant que la virginité sans humilité n’est rien que vanité ; les veufves seront humbles, parce qu’elles ne sont pas vierges ; les vierges honnoreront les veufves, à cause de leur humilité et dévotion; les veufves honnoreront les vierges, à cause de leur humble virginité: ainsi toutes respireront l’humilité, et la suavité de la charité qui les rend sainctement esgales : doncques les vierges, les veufves, les vieilles et les maladives seront receuës en ces maysons, qui pour cela ne professeront pas une austere austérité, et faut que la ferveur de la charité, et la force d’une tres-intime dévotion supplée à tout cela.
De la Constitution de la Clausure.
Quand quelques dames seculieres entreront dans le Monastere, la Supérieure et deux Sœurs les iront recevoir à la porte avec tant de douce cordialité et de religiosité, qu’elles ayent subjet de dire qu’elles entrent en la mayson du Seigneur, pleine de douceur et de paix : il ne faut point qu’aucune des autres Sœurs s’aille présenter d’elle-mesme à telle reception ; au contraire, on sonnera une clochelte, affin que chacune se retire, et que lesdites dames qui seront entrées sçachent que c’est au rebours des maysons du monde, où chacun s’empresse à voir qui est là. En cela elles s’edifieront de la recollection des servantes de Dieu ; si toutesfois une Sœur est nécessité de passer és lieux où seront les dames, il luy sera loysible de les saluer, pour observer la cordialité en l’hospitalité chrestienne, et cela tres-briefvement ; que si toutesfois il est silence, qu’elle passe sans dire mot, sinon que la Supérieure l’appelle; alors elle saluera librement, sans se faire presser ou faire la honteuse,, mais dans la franchise des enfans de Dieu, qui doit exclure de la Congrégation de la Visitation toutes gesnes et petites niayseries.
Il est tolerable que quelque dame entre quelquesfois pour certaine grande, rare et extraordinaire occasion dans les Monasteres, mais que le monde n’y vienne point avec elle; ce qui arriveroit si les religieuses, par leurs sainetes contenances, modestie et devis, n’atliroient telles dames à parler chrestiennement et spirituellement, sans meslange de murmuration, curiosité, ou autre entretien superflu.
De la Constitution de l ’Obeyssance.
L’ame ayant à combattre tant d’ennemys visibles et invisibles, si elle veut demeurer victorieuse, il faut sur toutes choses avoir l’obeyssance. Or, cette Congrégation estant une petite armée dressée contre le peché et la vanité du monde, affin qu’elle puisse tres-heureusement vaincre en terre, pour triompher glorieusement au ciel, et rendre compte à Nostre-Seigneur et à Nostre-Dame de ses victoires, elle doit, en toutes choses et sur toutes choses, vivre en une tres-absoluë obeyssance, demeurant pleinement et perpétuellement sous l'authorité de l’evesque, sans qu’elle se puisse mettre sous aucun supérieur regulier ; ains l’evesque donnera une personne ecclesiastique despendante de son clergé et authorité, pour Pere spirituel, lequel sera respecté de la Supérieure, et de toutes les Sœurs, qui luy obeyront selon la Regle.
De la Constitution de la Pauvreté.
Ayant tiré les billets des Saincts, tout se fera avec reverence e dévotion, pour l’amour du Sainct qu’on aura tiré, et pour imiter en quelque sorte, par cette circoncision des affections que l’on pourroit avoir, celle de Nostre-Seigneur. Enfin, si ce n’estoit qu’à cause de la diversité des tailles, on ne se peut pas servir des robbes, il seroit expedient que l’on les changeast aussi bien que les -chapelets et croix, neantmoins tous les habits estant sans façon, et tous d’estoffe vile. Il n’y a pas de l’apparence qu’aucune y doive avoir de la particulière affection, et pour oster le scrupule des reliques, les Sœurs doivent croire, qu’elles serviront de protection pour toutes, estant communes entre toutes; et celles d’un Sainct qu’une Sœur portera, n’auront pas moins de vertu pour toutes les Sœurs, que si une chacune les portoit, puisque celle qui les porte les a de la part de toutes, et pour le bonheur de toutes; telle est la force de la communauté et de l’unyon charitable.
De la Constitution du Silence.
Toutes les heures seront employées proportionnement selon qu’il est marqué; le reste du tems des offices et communautez sera employé à faire des ouvrages chacune en sa cellule ou office, tant qu’il se pourra, gardant le silence és heures marquées; et pour se resjoüyr sainctement, ou reprendre haleine, elles pourront chanter des cantiques ou psalmes, mais fort bas. Es jours des festes, on pourra quelquesfois employer le tems destiné aux ouvrages et au silence, à escrire, lire, composer des cantiques et choses semblables, s’entend celles qui en auroient le talent et le désir, pour mieux employer le tems, sans toutesfois nuire au recueillement.
Des Récréations et Conversations.
Elles s’entretiendront ensemble de ce que bon leur semblera, filant neantmoins ou faysant quelque besongne legere qui ne les occupe point trop, et qu’elles fassent sans beaucoup d ’attention; elles prendront garde à parler en toutes occasions doucement, paysiblement, simplement, et non point brusquement ny hautement, ny avec mots recherchez, ny ceremonies affectées : elles s’abstiendront, tant qu’il leur sera possible, de parler de leur mayson, race, famille, ny des honneurs qu’elles ont eues au monde, de leur pays et noblesse.
De la Constitution du Manger.
Si celle qui a la charge de lire prend le soing de prévoir ce qu'elle devra lire, elle fera chose fort aggreable à Dieu ; car ainsi elle rendra sa lecture plus utile et fructueuse aux autres : on taschera de donner la viande et le pain si nettement sur table, que nulle des Sœurs n’ayt besoin de rascler, pincer et escrouter, ny tesmoigner aucune delicatesse aux autres.
De la Constitution de l’Humilité.
Que les jeunes honnorent les vieilles, bien qu’elles soient depuis peu en la Congrégation, et que les vieilles n’usent d’aucun mespris ou authorité sur les jeunes ; mais toutes s’aymeront et honnoreront cordialement, et tant en leurs escrits qu’en leur langage et maintien, elles seront humbles de cœur et d’effect, honnorant un chacun humblement et simplement, et que l’on prenne garde que l’on n’escrive point de lettres de compliment. Sur-tout les novices, si ce n’est pour des occasions grandement légitimés, comme de condoléances avec les parens, et que ce soit d’un style pieux et dévot. Celle qui demeurera en la place de la Supérieure, comme Lieutenante ou Assistante, ne verra point les lettres addressantes à la Supérieure absente, bien que tousjours on luy doive demander licence pour luy escrire et faire cacheter les lettres par celle qui a le sceau de la mayson ; que si quelques Sœurs vouloient les monstrer, il faut que ce soit en sorte que les autres ne s’en apperçoivent pas, afBn de ne point tenir les esprits en contraincte.
De la Constitution de la Modestie.
Qu’elles ne s ’interrompent point les unes les autres, quand elles parlent ensemblement, et spécialement lorsqu’elles font la conference des lectures, et que l’on parle de choses serieuses. Si quelqu’un manque par oubly ou negligence à ce qui est de sa charge, celle qui s’en appercevra l’en pourra divertir, non par forme de remonstrance, ains comme la faysant ressouvenir; mais celle qui sera ainsi advertie le doit prendre en bonne part, et tesmoigner d’en sçavoir gré.
De la Constitution des Officieres de la mayson.
La Supérieure considérera spécialement la Directrice et les novices, affin que cette pepiniere soit bien cultivée en la vie spirituelle, et affin que la reformation de l’homme exterieur ne soit pas sans celle de l’homme intérieur, et que la Congregation cognoisse tousjours que l’unyon des ames avec Dieu est sa principale fin, et que les filles d’icelle ne se retirent pas du monde seulement pour fuir les peines et travaux, perils et dangers de damnation qui y sont; meus aussi, et principalement pour estre tirées, joinctes et unies de plus près et plus fortement à leur Sauveur et Crealeur.
De la Constitution de l’Eslection de la Supérieure.
Pour l’eslection des Conseilleres et de l’Assistante quand la Supérieure jugera à propos de les changer, elle en fera la proposition au Chapitre, comme dessus (voilà ce qui estoit demeuré de cet article). Que si la Congregation faysoit jamais de si mauvaise eslection de Supérieure, qu’elle meritast d’estre deposée avant le tems, les Sœurs qui en conscience cognoistront que cela deust estre fait, en avertiroient le Pere spirituel, qui en confereroit avec les Officieres principales, puis entre toutes les Sœurs ; et enfin prieroit le prélat du lieu qu’il vinst à l’assemblée, ou deputast quelque personne signalée pour s’y treuver ; et en cette troisiesme deliberation on concluroit la déposition ; et de mesme si la Supérieure venoit à tomber eu quelque longue maladie qui la rendist du tout inhabile aux exercices de sa charge, au prejudice de la Communauté, on pourra procéder à l’eslection d’une nouvelle Supérieure.
DIEU SOIT BENY.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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