Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Visites au Saint-Sacrement et à la Sainte Vierge · Alphonse de Liguori

    Introduction

    La foi nous enseigne, e! nous devons le croire, que l'homme consacré contient réellement le corps de Jésus-Christ, sous du pain Mais il est l 'espèce bon aussi que non? sachions qu'il est sur nos autels comme sur un trône d'amour U de miséricorde pour dispenser ses grâces, et qu'il montrer l'amour nous porte en demeurant ainsi caché parmi nous la nuit et le jour. On n'ignore pas que, si la sainte Église a institué la fête du Saint-Sacrement avec octave solennelle, processions et expositions, comme nous le voyons pratiquer, c'est afin que les hommes, p«*r leurs hommages, leur affection et leur reconnaissance, honorent dignement la présence et le séjour de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Autel. O Dieu, combien d'injures et de mépris cet aimable Rédempteur n'est-il pas exposé à souffrir chaque jour dans ce sacrement, de la part de ces mêmes hommes pour l'amour desquels il s'est volontairement placé sur l'autel ! Il s'en est plaint lui-même à sa bien-aimée servante Marie Alacoquc. comme le rapporte l'auteur du livre de la dévotion au cœur de Jésus. Un jour qu'elle méditait devant le Saint-Sacrement, Jésus lui fit voir son cœur, sur un trône de flamme, couronné d'épines et placé sur une croix : « Voici, lui dit-il, le cœur qui a tant aimé les hommes et n'a rien épargné pour eux ; il se consume pour leur montrer son amour ; mais pour prix de tout ce que j'ai fait, je n'éprouve qu'ingratitude de la plupart d'entre eux ; il me payent en irrévérences, en froideur, en mépris et en sacrilèges. Ce qui m'afflige le plus, c'est d'être ainsi traité par des cœurs qui me sont consacrés. » Jésus lui dit ensuite qu'il désirait que le premier vendredi après l'octave fût consacré, par une fête particulière, destinée à honorer non cœur adorable, afin que les âmes qui l'aimaient, cherchassent à compenser par leurs affectueux hommages, les outrages qu'il a reçus des hommes, dans le sacrement de l'Autel. Il promit d'abondantes grâces à ceux qui lui rendraient cet honneur.

    Ceci nous fait comprendre ce que le Seigneur avait déjà dit une fois par la bouche de son prophète : Qu'il trouve ses délices à séjourner parmi les hommes; il ne peut pas même se séparer d'eux, bien qu'ils l'abandonnent et qu'ils le dédaignent. Cela nous fait voir encore combien sont agréables à Jésus ceux qui le visitent souvent, et qui demeurent long-temps avec lui dans les églises où il est exposé. Il exigea de S t c. - Marie Magdeleine de Pazzi qu'elle visitât le Saint-Sacrement trente-trois fois par jour, et cette épouse chérie de Jésus obéit ; elle s'approchait même chaque fois de l'autel autant qu'elle pouvait, et le touchait avec son corps, comme cela se voit dans sa vie. Mais interrogeons toutes ces âmes dévotes qui visitent souvent le Saint-Sacrement ; qu'elles nous disent quelles clartés, quelles flammes, quelles lumières elles reçoivent; qu'elles nous parlent du paradis dont elles fouissent devant Jésus sur l'autel. Le serviteur de Dieu, le P. Louis La-Naza, grand missionnaire de la Sicile, fut tellement épris de Jésus-Christ, même lorsqu'il était encore séculier et fort jeune, qu'il ne pouvait s'arracher de sa présence, tant il éprouvait de délices. Son directeur lui ayant ordonné de ne passer qu'une heure devant l'autel, on voyait bien, dit son biographe, quelle violence il devait se faire pour obéir, quand l'heure était expirée. On eût d:t d'un enfant qu'on éloigne du sein de sa mère. au moment où il va le saisir avec plus d'avidité. Quand il partait, il restait quelque temps debout, regardant l'autel, et faisant une infinité de génuflexions, comme s'il ne pouvait se détacher d'un lieu, oh il voyait le Seigneur, dont la présence lui était si douce. Il avait été défendu de même à St.-Louis Gonzague de s'arrêter devant le Saint - Sacrement, de sorte que, lorsqu'il lui arrivait de passer près de lui, se sentant doucement attirer vers son Seigneur, il s'éloignait avec effort, en disant avec amour : Recette d me, Domine, recède. C'était encore en présence du Saint-Sacrement que St.-François Savérien se délassait de ses fatigues dans l'Inde ; il employait le jour à travailler au salut des âmes ; il passait la nuit en oraison devant Jésus-Christ. St.-François Régis faisait à peu près de même, et si quelquefois il trouvait l'église fermée, il se consolait en s'agenouillant devant la porte, malgré la pluie, le froid et le mauvais temps, et, bien que de loin, il aimait à tenir compagnie à son Rédempteur. St.-François d'Assise n'éprouvait pas la moindre peine, qu'il n'allât la porter aux pieds de Jésus exposé sur l'autel.

    Le roi \enceslas eut aussi pour le Saint-Sacrement une dévotion bien tendre. Ce saint roi était si épris de Jé.-.'s d a n s é e sacrement que, non seulement il recueillait de ses mains le grain et le raisin pour en faire le pain et le vin dont on se servait pour la messe, mais qu'il allait encore, durant les nuits d'hiver, visiter le» égllsot» où le Saint-Sacrement ét \it exposé ; et ces visites remplissaient sa belle âme de tant d V n o u r divin, que la douce ch leur qu'il éprouvait ho c iiimnniqi;aiî à son corps, si bien qu'en touchant la neige il lui ôtait sa froideur. L'histoire rapporte que le serviteur qui accompagnait la nuit le saint roi, voulant se garantir du froid qu'il recrutait en marcL;,n> sur la neige, avait imaginé de placer successivement ses pieds sur l'empreinte des pas de bon maître, ce qui suAi/^it pour le réchauffer. Vous pourra voir d'autres exemples de la ferveur et et de l'affection des âmes attachées à Dieu dans leurs visites au Saint-Sacrement ; vous trouverez aussi que tous les saints ont été pénétrés de cette douce dévotion; pouvaient-ils au fond avoir une joie plus grande, un trésor plus aimable que Jésus-Christ dans Je sacrement ? Il est certain au reste qu'entre toutes les pratiques pieuses, celle d'adorer Jésus dans le sacrement est la plus agréable à Dieu et la plus utile à l'homme. Ne craignez donc pas, âme dévote, d'en prendre l'habitude; détachez-vous de la conversation des hommes, et à commencer d'aujourd'hui, donnez chaque jour quelque temps, ne fût-ce qu'une demi-heure ou même un quart d'heure, à visiter les églises où le sacrement est exposé. Gu&tate, etvidete quam suaves est Dominus. Faites-en l'épreuve, vous verrez quel fruit vous en retirerez. Sachez que le temps que vous emploierez à faire vos dévotions devant le plus saint des sacrements, sera le temps le mieux employé de votre vie, sans parler des consolations qui vous arriveront, et qui vous serviront à l'heure de la mort et dans l'éternité. Sachez encore que vous gagnerez plus peut-être à ce quart d'heure d'oraison, en présence du Saint Sacrement, que dans tous vos autres exercices spirituels de la journée. En tout lieu, il est vrai, Dieu exauce la prière, car il l'a promis : Petite et accipietis ; mais l'Apôtre nous apprend que Jésus-Christ répand de plus abondantes grâces sur ceux qui le visitent, et le bienheureux Éric Suzane nous dit que Jésus-Christ sur l'autel exauce les prières, là plus que partout ailleurs. En quel lieu en effet les saintes âmes ont-elles formé de plus belles résolutions qu'au pied du Saint-Sacrement ? Qui sait si vous-même un jour en sa présence vous ne prendrez pas celle de vous donner à Dieu tout entier. Il faut qu'ici je fasse briller la vérité, ne fût-ce que par reconnaissance ; c'est à l'habitude de visiter le Saint-Sacrement, quoique j'y aie mis beaucoup de tiédeur et d'imperfection, que je dois l'avantage de me trouver hors du monde, où j'ai vécu par malheur les premiers vingt-six ans de ma vie. Heureux celui qui plutôt que moi, pourra se détacher du siècle, et se donner tout entier à ce Dieu qui s'est donné tout entier à nous ! Heureux, je le répète, non seulement dans l'éternité, mais encore sur cette terre. Croyez-moi; tout ici bas est folie Les festins, les spectacles, les conversations, les divertissements sont les plaisirs de ce monde, mais ces plaisirs sont pleins d'amertume et de remords ; croyez-en à celui qui le sait par expérience, et qui gémit d'avoir cette expérience fatale. Soyez bien sûrs que l'âme qui prie avec recueillement Jésus sur Faute!, trouve plus de consolations dans Je sacrement, que le monde ne pourrait lui en offrir, avec toutes ses fêtes. Ah ! quels moments délicieux, ceux qu'on passe aux pieds d'un autel, avec une foi solide et une dévotion tendre, à s'entretenir familièrement avec Jésus-Christ, qui est là plus à portée de vous entendre et de vous exaucer; à lui demander pardon du mécontentement qu'on lui a donné; à lui parler des besoins qu'on a. comme 1 ami fait envers l'ami qui a toute sa confiance; à solliciter de lui ses grâces, son amour et son paradis ; et surtout, ( c'est là le vrai paradis) à faire des actes d'amour, adressés à ce Dieu qui, de l'autel même où nous le voyons brûlant d'amour, prie pour nous le Père éternel; amour si actif qu'il le rend satisfait de se tenir ainsi caché pour ainsi dire, dans le sacrement, méprisé même par les ingrats. Mais à quoi bon tant de mots ? Gustale et videte.

    Pour ce qui est de la visite à la très-Sainte-Vierge, on est généralement convaincu de la vérité de ces paroles de St.-Bernard, que c'est par la main de Marie que Dieu distribue ses grâces : Deus nihil voluit nos habere quod per manus Mariae non transiret ; et suivant le P. Suarez, c'est aujourd'hui l'opinion de l'Église catholique, que, pour obtenir les faveurs célestes, l'intercession de Marie n'est pas seulement utile, mais qu'elle cet encore nécessaire. Sentit ecclesia Firginis iniercessionetii esse utilem ac necessariam* Pour preuve de cette assertion il suffit d'observer que l'église applique à Marie les parole? de l'Écriture, en lui faisant dire « In me omnis spes vitae et virtutis. Transite ad me omnes. (Eccles. 2 4. ) Venez tous à moi, qui suis l'espérance de tous les biens. Beatus homo qui audit me, et vigilat ad fores meas quotidiè. (Prov. Heureux celui qui s'empresse de venir chaque jour à ma porte réclamer mon intercession ; en me trouvant, il trouvera la vie et le salut éternel ; Qui me invenerit, inveniet vitam, et hanriet satutem à Domino. C'est donc avec raison que l'église veut que nous l'appellions tous notre commune espérance : Spes nostra, salve.

    St.-Bernard allait plus loin : il appelait Marie tota ratio spei meœ, toute la raison de mon espérance ; et il ajoutait : Qu&rumus gratiam et per Mariam quœramuSs Demandons les grâces, et demandons-les par le moyen de Marie. Demander des grâces sans l'intercession de Marie, dit St.-Antonin, c'est vouloir voler sans ailes, et renoncer à rien obtenir : Qui petit sine ipsâ duce, sine alis tentât volât e.

    Il faut lire dans le livre des affections réciproques du P. Auriemma, les innombrables faveurs que la Mère de Dieu a répandues sur ceux qui ont dévotement et fréquemment visité ses églises et ses images; les grâces qu'elle accorda au bienheureux Albert M., à l'abbé Rupert, au P. Suarez, en leur faisant obtenir le don d'intelligence, don auquel ils ont dû la célébrité qu'ils ont eue dans l'Église, par leur science profonde ; les grâces qu'elle fit au frère Jean Berchman, de la Compagnie de Jésus, qui allait chaque jour visiter Marie dans une chapelle du collège romain, renouvelait chaque fois la promesse de renoncer à toutes les affections mondaines, pour n'aimer, après Dieu, que la très-Sainte-Vierge, et avait écrit au-dessous de l'image qui la représentait : Nunquam quiescam, donec obtinuero tenerum amorem ergo matrem meam; enfin les grâces qu'obtint d'elle St.-Bernardin do Sienne, qui, jeune encore, ne passait pas un jour sans l'aller visiter dans une chapelle près de la porte de la ville, disant que Marie lui avait ravi le cœur, et l'appelant sa maîtresse bien-aimée, qu'il ne pouvait s'empêcher de \isiter fort sou vont ; ce fut par ce moyen qu'il obtint la grâce de quitter le inouï ", et de d c v c u b M i n g r a n d saint, Apôtre de l'Italie.

    Tâchez donc de vous attacher de plus en plus à visiter Marie, après que vous aurez visité le Saint-Sacrement. soit dans une église, soit dans quelque lieu '.ii son image sera placée. Si vous suivez cette coutume avec amour et confiance, soyez assuré que vous recevrez d'elle d'abondantes car elle aime faveurs; à payer largement, dit St.-André le Cretois, les hommages qu'on bu rend, quelque peu d'importance qu'ils aient : Solet munera pro minimis reddere.'

    Borne Marie, mon espérance, qui pourra jamais vous oublier ? O Reine des cieux, ayez pitié de moi.

    Comme dans chaque vNito au Saint-Sacrement, dont il va être question nous parlons de communion spirituelle, il est nécessaire d'expliquer co qu'on entend par ce mot, v.\ les avantages qu'elle produit. La romn i U K Î o n spirituelle consiste, suivant St.-Thomas, dans un désir ardent d« recevoir la communion réelle, et dai»s Ic.t d'amour a, lorsqu'on l a

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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